‹ Œuvres de Le SageChapitre 67 sur 262 · LIVRE VIII, CIIAI». VI. i · texte numérisé non relu

LIVRE VIII, CIIAI». VI. i

<4A‘To. Seigneur, lui répondit le Cachemirien, vos souhaits peuvent s’accomplir. Eh, comment cela? repril Alalmuc. C’est, répartit Zéangir, qu’un derviche ca- 1k» liste m'a enseigné la langue des oiseaux. Si vous le souhaitez, j’écouterai ceux-ci, et je vous répéterai mot pour mot ee que je leur aurai entendu dire.

Le vizir y consentit. Le Cachemirien s’approcha des corbeaux, et parut leur prêter une oreille attentive. Après quoi , revenant à son maître, Seigneur, lui dild, le croiriez-vous? nous faisons le sujet de leur conversation. Cela n’est pas possible , s’écria le ministre persan. Eh! que disent-ils de nous? Un des deux, reprit le secrétaire, a dit : Le voilà lui-même, ce grandvizir Alalmuc, cet aigle tutélaire qui couvre de ses ailes la Perse comme son nid , et qui veille sans cesse à sa conservation! Pour se délasser de ses pénibles travaux, il chasse dans ee bois avec son fidèle Zéangir. Que ce secrétaire est heureux du servir un maître qui a mille bontés pour lui! Doucement a interrompu l'autre corbeau, doucement, ne vantez pas tant le bonheur de ee Cachemirien! Atalmuc, il est vrai, s'entretient avec lui familièrement, l'honore de sa confiance, et je ne doute pas même qu'il n'ait dessein de lui donner quelque jour un emploi considérable; mais avant ce temps-là Zéangir mourra de faim. Ce pauvre diable est logé dans une petite chambre garnie, oîi il manque des choses les plus nécessaires. En un mot, il mène une vie misérable , sans que personne s’en aperçoive à la cour. Le grandvizir ne s’avise pas de s’informer s’il est bien ou mal dans ses affaires; et, content d’avoir pour lui de bons sentiments, il le laisse en proie à la pauvreté.

Je cessai de parler en cet endroit pour voir venir le duc de Lenne, qui me demanda en souriant quelle impression cet apologue avoit faite sur l'esprit d’Atahnuc, et si ce grand-vizir ne s’étoit point offensé de la hardiesse de son secrétaire. Non, monseigneur, lui répondis-je un peu troublé de sa question; la fable dit au contraire qu il le combla de bienfaits. Cela est heureux , reprit le duc d’un air sérieux; il y a des ministres qui ne trouveroicnt pas bon qu’on leur fit des leçons. Mais, ajouta-t-il en rompant l’entretien et en se levant , je crois que le roi ne tardera guère à se réveiller ; mon devoir m’appelle auprès de lui. À ces mots if marcha vers le palais à grands pas sans me parler davantage, et très mal affecté, à ce qu’il me sembloit, de ma fable indienne.

Je le suivis jusqu’à la porte de la chambre de sa majesté, après quoi j’allai remettre les papiers dont j’étois chargé à l’endroit où je les avois pris. J’entrai dans un cabinet où nos deux sécrétaires copistes travailloient, car ils étoient aussi du voyage. Qu’avezvous, seigneur de Santillane ? dirent-ils en mevoyant. Vous êtes bien ému! Vous seroit-il arrivé quelque désagréable accident?

J’étois trop plein du mauvais succès de mon apologue, pour leur cacher ma douleur. Je leur fis le récil. des choses que j’avois dites au due, et ils se montrèrent sensibles à la vive affliction dont je leur parus saisi. Vous avez sujet d’être chagrin, me dit l’un des deux. Monseigneur quelquefois prend les choses de travers; cela n’est que trop vrai, dit l’autre. Puissiez -vous être mieux traité que ne le fut un secrétaire du cardinal

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