LIVRE VIII, CHAP. VI. i(m
Le duc ne put s’empêcher de rire du désordre où il me voyoit. Console -toi, Cil lilas, me répondit- il, et m’écoute! Quoiqu’en me découvrant tes besoins cesoil me reprocher de ne les avoir pas prévenus, je ne t’en sais point mauvais gré , mon ami. Je me veux plutôt du mal a moi-méme de ne t avoir pas demandé comme tu vivois. Mais, pour commencer *à réparer cette faute d attention, je te donne une ordonnance de quinze cents ducats, qui te seront comptés à vue au trésor royal. Ce n’est pas tout, je t'en promets autant chaque année; et de plus, quand des personnes riches et généreuses te prieront de leur rendre service, je ne te défends pas de me parler en leur faveur.
Dans le ravissement où me jetèrent ces paroles, je baisai les pieds du ministre, qui, m’ayant commande de me relever, continua de s’entretenir familièrement avec moi. Je voulus de mon coté rappeler ma belle humeur; mais je ne pus passer si subitement de la douleur à la joie. Je demeurai aussi troublé qu’un malheureux qui entend crier grâce au moment qu'il croit recevoir le coup de la mort. Mon maître attribua toute mon agitation a la seule crainte de lui avoir déplu, quoique la peur d’une prison perpétuelle n’y eût pas moins de part. Il ni avoua qu il avoit alfecté de me paraître refroidi, pour voir si je serais bien sensible à ce changement; qu’il jugeoit par là de la vivacité de mon attachement a sa personne, et qu’il m’en aiinoit davantage.
Lit lilas, ii.
GiL U LAS.