‹ Œuvres de LeibnizChapitre 13 sur 47 · SECOND SYLLOGISME · texte numérisé non relu

SECOND SYLLOGISME

« L*otivrage le plus digne de la sagesse de Dieu comprend enfre » autres choses le péché de tous les hommes , et la damnation » éternelle de la plus grande partie des hommes.

j) Or Dieu veut nécessairement l'ouvrage le plus digne de sa

» Il veut donc nécessairement l'ouvrage qui comprend entre » autres le péché de tous les hommes , et la damnation éternelle » de la plus grande partie des hommes. »

Passe pour la majeure, mais on nie la mineure. Les décrets de Dion sont toujours libres , quoique Dieu y soit toujours porté par

ESSAIS Sun LA mmÈ de ïHIlV, etc. PARTIE II. aU

des raisons qui consistent dans la vue du bien : car être nécessité moralement par la sagesse , être obligé par la considération du bien , c'est ^e libre , c'est n'être point nécessité mélapbysiquûment, Et la nécessité métaphysique seule, comme nous avons re^ marqué tant de fois, est opposée à la liber0,

238. Je n'examine point les syllogismes que M. Bayle objecte dans le chapitre suivant (ch. 452) contre le système des supralapsaires, et particulièrement contre le discours que Théodore de Béze fit dans le colloque de Montbelljard, Tan ^^6. Ces syllog^ mes ont presque le mèam défaut que ce^n. que nous venons d eya-r miner; mais j'avoue que le système même de Bèze ne satisfait point. Ce coHoq^je aussi ne servit qu'à augmenter le» i»igre«irs dm partis. « Dieu a créé l^ monde à sa gloire; sa glojre n'est connue, » selon Bèze , si sa miséricorde et sa juMice o'est déclarée ; pour » cetle cause il a déclaré aucuns £eirtains bomnaes de pure grâce » à vie éternelle , et aucuns par juste jugement a damnation éierrr ;» neile. La miséricorde présuppose ta n^isère, ta justice présuppose » )a coulpe (il pouvaitajouter qu'iencope ta misère suppose tacouipe), « Cendant Dieu étAut ^, voire ta bo^l^ n^ême, ii a créé rbQnîfna » bon et juste, mais muable, eit qui peut pécher de sa fra^he vo^ » lonté. L'homme n'est point chu à ta volée ou jtémérairem^ii ^ » ni par les causes ordonnées par quelque autre dieu > setau M ^> manichéens, mais par ta providence de Dm^\ toutefois de telle » sorte que Dieu ne fui poi^t enveloppé daps ta tauite : pf^ eut,aM » que l'homme n'a point été contraint de pécher, »

239. Ce système n'est pas des mieux imaginés : il n'est pas fort propre à faire voir la sagesse, la bonté et ta justice de Dieu; et heureusement il est presque abandonné aujourd'hui. S'il n'y avait point d'autres raisons plus profondes, capables de porter Dieu à la permission de la coulpe , source de la misère , il n'y aurait ni coulpe oi misère dans le moAde , car celles qu'on allègue ici ne suffisent point. Il déclarerait mieux sa miséricorde en empêchant la misère, et il déclarerait mieux sa justice en empê* chant ia coulpe, en avançant la vertu , en la récompensant. L'on ne voit pas Aussi comment celui qui non-seulement fait qu'un homme puisse tomber, mais qui dispose les circonstances en-eorte qu*ettes contribuent à le faire tonaber, n'en soit point coi>f>abta, s'il n'y a d'autres raisons qui l'y obligent. Mais lorsqu'on considère que Dieu , parfaitement bon et sage , doit avoir produit toute la vertu, bonté, félicité , dont le meilleur plan de l'univers est capable; et que souvent un mal dans quelques parties peut servir à un plus graad bien du tout; l'on juge aisément que Dieu peut Avoir

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donné place à rinfélicilé, et permis même la coulpe, comme il a fait, sans en pouvoir être blâmé. C'est l'unique remède qui remplit ce qui manque à tous les systèmes , de quelque manière qu'on range les décrets. Saint Augustin a déjà favorisé ces pensées, et l'on peut dire d'Eve ce que le poète dit de la main de Mucius Scaevola :

si non errasset feccrat illa minus.

240. Je trouve que le célèbre prélat anglais, qui a fait un livre ingénieux de l'origine du mal, dont quelques passages ont été combattus par M. Bayle dans le second ^ome de sa Réponse aux questions d'un provincial , quoiqu'il semble éloigné de quelques-uns des sentiments que j'ai soutenus ici , et paraisse recourir quelquefois à un pouvoir despotique, comme si la volonté de Dieu ne suivait pas les règles de la sagesse à l'égard du bien ou du mal, mais décernait arbitrairement qu'une telle ou telle chose doit passer pour bonne ou mauvaise ; et comme si même la volonté de la créature , en tant que libre , ne choisissait pas , parce que l'objet lui parait bon, mais par une détermination purement arbitraire, indépendante de la représentation de l'objet; cet évêque, dis-je, ne laisse pas de dire en d'autres endroits des choses qui semblent plus favorablesà ma doctrine qu'à ce qui y paraît contraire dans la sienne. Il dit que ce qu'une cause infiniment sage et libre a choisi, est meilleur que ce qu'elle n'a point choisi. N'est-ce pas reconnaître que la bonté est l'objet et la raison de son choix? Dans ce sens on dira fort bien ici :

Sic placuit superis , quœrere plura nefas.

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