‹ Œuvres de LeibnizChapitre 22 sur 47 · RÉFLEXIONS SUR LE LIVRE DE HOBBES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LE LIVRE DE HOBBES

» mais pensé. » Et, Osée, XÏII , 9 : « 0 Israël , la destruction vient » de toi, mais ton aide est en moi. » Et, 4 Tim., Il, 4 : je Dieu veut » que tous les hommes soient sauvés, et qu'ils viennent à la con- » naissance de la vérité. » Il avoue pouvoir rapporter quantité^ d'autres passages, comme ceux qui marquent que Dieu ne veut point l'iniquité, qu'il veut le salut du pécheur, et généralement tous ceux qui font connaître que Dieu commande le bien et défendle mai.

44.1! répond à cefe passages que Dieu ne veut pas toujours ce qu'il commande, comme lorsqu'il commanda à Abraham de sacrifier son fils ; et que sa volonté révélée n'est pas toujours sa volonté pleine ou son décret, comme lorsqu'il révéla à Jonas que Ninive périrait dans quarante jours. Il ajoute aussi , que lorsqu'il est dit que Dieu veut le salut de tous , cela signifie seulement que Dieu commande que tous fassent ce qu'il faut pour être sauvés : et que lorsque l'Écriture dit que Dieu ne veut point le péché, cela signifie qu'il le veut punir. Et quant au reste, M. Hobbes le rapporte à des manières de parler humaines. Mais on lui répondra qu'il n'est pas digne de Dieu que sa volonté révélée soit opposée à sa volonté véritable : que ce qu'il fit dire aux Niniviles par Jonas , était plutôt une menace qu'une prédiction , et qu'ainsi la condition de l'impénitence y était sous-ent8ndue : aussi les Ninivites le prirent-ils dans ce sens. On dira aussi qu'il est bien vrai que Dieu commandant à Abraham de sacrifier son fils, voulut l'obéissance et ne voulut point l'action, qu'il empêcha après avoir obtenu l'obéissance; car ce n'était pas une action qui méritât par elle-même d'être voulue ; mais qu'il n'en est pas de même dans les actions qu'il marque de vouloir positivement, et qui sont en eff'et dignes d'être l'objet de sa volonté. Telle est la piété , la charité , et toute action vertueuse que Dieu commande; telle est l'omission du péché, plus éloigné de la perfection divine que toute autre chose. Il vaut donc mieux inconrparablement expliquer la volonté de Dieu comme nous l'avons fait dans cet ouvrage : ainsi nous dirons que Dieu , en vertu de sa souveraine bonté, a préalablement une inclination sérieuse à produire, ou à voir, et à faire produire tout bien et toute action louable ; et à empêcher ou à voir, et à faire manquer tout mal et toute action mauvaise ; mais qu'il est déterminé par cette même bonté , jointe à une sagesse infinie , et par le concours même de toutes les inclinations préalables et particulières envers chaque bien, et envers l'empêchement de chaque mal à produire le meilleur dessein possible des choses ; ce qui fait sa volonté finale et décrétoire : et que ce dessein du meilleur étant d'une telle nature , que le bien y

doit être rehaussé comme la lumière par les ombrages do quelque mal, incomparablement moindre que ce bien, Dieu ne pouvait point exclure ce mal , ni introduire certains biens exclus dans ce plan , sans faire du tort à sa suprême perfection ; et que c'est pour cela qu'on doit dire qu'il a permis le péché d'autrui, parce qu'autrement il aurait fait lui-môme une action pire que tout le péché des créatures.

12. Je trouve que Tévèque de Derry a au moins raison de dire (article XY, dans sa Réplique, p. 153), que ie sentiment des adversaires est contraire à la piété, lorsqu'ils rapportent tout au seul pouvoir de Dieu ; et que M. Hobbes ne devait point dire que l'honneur ou le culte est seulement un signe de la puissance de celui qu'on honore, puisqu'on peut encore et qu'on doit reconnaître et honorer la sagesse, la bonté, la justice et autres perfections : Magnos facile laudamus, bonos libenter; que cette opinion qui dépouille Dieu de toute bonté et de toute justice véritable, qui le représente comme un tyran, usant d'un pouvour absolu, indépendant de tout droit et de toute équité, et créant des millions de créatures pour être malheureuses éternellement, et cela sans autre vue que celle de montrer sa puissance; que cette opinion, dis-je, est capable de rendre les hommes très-mauvais; et que si elle était reçue, il ne faudrait point d'autre diable dans le monde pour brouiller les hommes entre eux et avec Dieu, comme le serpent fit en faisant croire à Eve que Dieu lui défendant le fruit de l'arbre ne voulait point son bien. M. Hobbes tâche de parer ce coup daYis sa Duplique (p. 160), en disant que la bonté est une partie du pouvoir de Dieu, c'est-à-dire le pouvoir de se rendre aimable. Mais c'est abuser des termes par un faux-fuyant , et confondre ce qu'il faut distinguer; et dans le fond, si Dieu n'a point en vue le bien des créatures intelligentes, s'il n'a point d'autres principes de la justice que son seul pouvoir qui le fait produire, ou arbitrairement ce que le hasard lui présente, ou nécessairement tout ce qui se peut, sans qu'il y ait du choix fondé sur le bien : comment peut-il se rendre aimable? C'est donc la doctrine, ou de la puissance aveugle, ou du pouvoir arbitraire qui détruit la piété : car l'une détruit le principe intelligent ou la providence de Dieu, l'autre lui attribue des actions qui conviennent au mauvais principe. La justice en Dieu, dit M. Hobbes (pag. 164), n'est autre chose que le pouvoir qu'il a, et qu'il exerce en distribuant des bénédictions et des afflictions. Cette définition me surprend : ce n'est pas le pouvoir de les distribuer, mais la volonté de les distribuer raisonnablement, c'està-dire la bonté guidée par la sagesse qui fait la justice de Dieu. Mais,

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