‹ Œuvres de LeibnizChapitre 23 sur 47 · RÉFLEXIONS SUK LE LIVRE DE HOBBES · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUK LE LIVRE DE HOBBES

dit-il, la j iistice n'est pas en Dieu comme dans un homme, qui n'est juste que par l'observation des lois faites par son supérieur. M. Hobbes se trompe encore en cela , aussi bien que M. Puffendorff qui l'a suivi. La justice ne dépend point des lois arbitraires des supérieurs , mais des règles éternelles de la sagesse et de la bonté dans les hommes aussi bien qu'en Dieu. M. Hobbes prétend au même endroit, que la sagesse qu'on attribue à Dieu ne consiste pas dans une discussion logique du rapport des moyens aux fins, mais dans un attribut incompréhensible, attribué à une nature incompréhensible pour l'honorer. Il semble qu'il veut dire , que c'est un je ne sais quoi , attribué à un je ne sais quoi , et même une quantité chimérique donnée à une substance chimérique ; pour intimider et pour amuser les peuples par le culte qu'ils lui rendent. Car dans le fond, il est difficile que M. Hobbes ait une autre opinion de Dieu et de sa sagesse, puisqu'il n'admet que des substances matérielles. Si M. Hobbes était en vie, je n'aurais garde de lui attribuer .des sentiments qui lui pourraient nuire : mais il est difficile de l'en exempter : il peut s'être ravisé dans la suite, car il est parvenu à un grand âge, ainsi j'espère que ses erreurs n'auront point été pernicieuses pour lui. Mais comme elles le pourraient être à d'autres, il est utile de donner des avertissements à ceux qui liront un auteur, qui d'ailleurs a beaucoup de mérite, et dont on peut profiter en bien des manières. Il est vrai que Dieu ne raisonne pas à proprement parler, employant du temps comme nous, pour passer d'une vérité à l'autre : mais comme il comprend tout à la fois toutes les vérités et toutes les liaisons, il connaît toutes les conséquences, et il renferme éminemment en lui tous les raisonnements que nous pouvons faire, et c'est pour cela ménoe que sa sagesse est parfaite.

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