LA FÊTE DE FAMILLE
Il y a huit jours que je reçus le billet suivant:
<c Polycarpe Duhamel à Nicolas Freeman, y> salut. C'est après-demain la Sainî^Poly- D carpe, jour de ma fête. Madame Duhamel, D suivant l'ancien usage , dont elle ne s'écarte » jamais, me prépare mystérieusement quel- D que chose dont elle dit que je serai content. y> Je veux que mes amis prennent leur part y> du plaisir qui m'est promis. En conséquen- 9 ce, j'invite M. Freeman à se joindre à la » compagnie peu nombreuse qui se trouvera D réunie chez moi ce jour- là. Pendant que D nos amis s'amuseront à leur manière , je
ia8 NICOLAS FRBBMAN.
y> donnerai à M. Freeman un régal de ma fa- » çon. Nous examinerons ensemble un ma- D nuscrit autographe du fameux Alcuin , qui » florissait dans le huitième siècle. C'est le » manuscrit le plus curieux qu'il soit possible » de voir ; c'est bien dommage qu'on ne puisy> se le déchiffrer .
)) Signé PoLYGABPB Duhamel. »
J'acceptai avec plaisir cette invitation amicale , sans toutefois me promettre une grande satisfaction de l'examen du manuscrit dont on me faisait fête. Je me rendis donc lundi dernier 37 avril chez M. Duhamel. Madame, qui faisait ce jour- là les honneurs de la maison , et qui était en grande tenue , vint me recevoir elle-même , et me conduisit dans le salon , où je trouvai nos amis réunis. Floranville me parut un peu rêveur , ce qui m'étonna beaucoup de la part d'un homme habituellement gai. Duhamel , en habit noir à la française , avec une perruque neuve bien poudrée , et sa cravate tombant sur l'estomac en forme de rabat , faisait tous ses efforts pour
NICOLAS FRESMAN. 12^
donner à son visage un air d^hilarité ; mais ses muscles , roidis par l'habitude de la gravité , n'obéissaient qu'imparfaitement à son intention , et il en résultait une grimace assea plaisante. Kerkabon était toujours le même, et ne cherohait qu'à dire des choses agréables aux personnes de la compagnie , surtout aux fiMumes , sur lesqudles il n'arrête jamais que des regards affectueux.
Mademoiselle Angélique Duhamel, nouvellement sortie du couvent des dames anglaises, paraissait ce jour-là pour la première fois dans le monde. Son air timide et embarrassé annonçait la pensionnaire; mais ses grands yeux noirs , sa taille élégante et la finesse de son sourire , faisaient présager qu'elle ne tarderait pas à perdre les habitudes du couvent. C'était sortoat madanflie Duhamel qu'il faisait bon voir et entendre. £lle étidt pénétrée de l'importance du rôle qu'elle jouait ce jonr-là. Yétue d'une rol)e nohe de gros de Tours lustré, qui traUssait ohacun- de sei mouvements par un frôlement peu bavmo^ nieux , elle se rengoi^eaif en parlant , et s^in^