‹ Œuvres de M.A. JayChapitre 24 sur 48 · III. lO · texte numérisé non relu

III. lO

l46 NICOLAS F&BBMAN.

là le pauvre diable rendormi pour rétemité.

FRBBMAN.

Croyez-vous que lea Deux Gendres vivent plus long^temps?

KBES.ABON.

Oui , parce que le poète a peint les mœurtf , et voilà ce qui distingue un boa auteur comique de cette foule d'écrivains dramatiques qui ne savent rien peindre , ou qui ne peignent que des arabesques.

FRBBMAN.

L'auteur, dit*on , a beaucoup d'ennemis.

KJBHKABON.

TflAt mieux pour lui, c'est une preuve qu'il a du talent ; n'a pas d'ennemis qui veut. S'il a le boa esprit de mépriser cette foule d'envieux impuissants, que tout mérite blesse^ et que tout succès irrite ; s'il continue à mar* cher dans ia benne route, il enrichira^la scène d'ouvragos qui parviendront avec ï la postérité.

FRBSMAM.

Qoel est ce gros billot que je trouve du fbod du sac? f^ojfoge â Mtmroe tn 1690, «pony^ me. Gela me pansât boo à enrojer chez l*é^ picier.

Voyons y je ne snis pas de votoe ans ; et je conseille à notre ami Duhamel dû le j^cap dans sa bibliothèque. Ce voyage est peu emiH nu : mais il renferme un trait d'hënusme qui surpasse à mon gré tont ce que FantiqiQtrf nous offire en ce genre de plos adainble.

Tournez à la page 635, et lises-nous Ma^OAr tore du jenne Hamédy, officier de TalcaSde d'Énoz , petits ville située à qnelqM^istanee de Maroc.

FRBBMAN.

M'y vcMlà. t Dca farigandsinfestaient de* puis long-temps ^le territoire d'Énoz. L'aicaîde Sidy-Moulou envoya contre eux im détachement qui parrkit à les dispeiier ai à

se saisir de leurs ehe& Ils iumati conduits

l48 NIGOL4« FRBBMAN.

devant l'akaïde , qui monta sur son tribunal pour procéder à leur jugement. Il était entouré de soldats commandés par un officier nommé Hamédy, qui avait toujours montré beaucoup de zélé dans l'exercice dé ses fone* tions.

7> Le premier criminel qui se présenta était on vieillard de soixante-cinq ans , père de ce même Hamédy. L'-alcude , par égard pow cet officier, ne voulut pas condamner le vieillard à la peine de mort, et ordonna seulement qu'on lui coupât une main , dans le Uea destiné à ces sortes d'exéetttioM.

y^ Le fMAlard sortit de la salle d'audience, et un soldat s'apprêtait à le suivre, lorsque le jeune Hamédy prit la parole , et , s'adressant à l'alcaide, lui demanda, comme une grâce , d'exéeuter lui*-même . la sentence prononcée.

t< Considérez, lui dit Sidy-Moulou, que si ce vieiUard •est votre père.

NJCOXA6 FRBBIfAK. l49

^ — Je lésais, répondit Hamédy; maasilA'est » rendu coupable , et je ne me regarde plus » comme son fils. Je ne trouverai jamais une s^ 9 belle occasion de vous proivirer mondéroue- » ment , de montrer mon zèle pour le service y> du prince, et ma haiae pour ses ennemis. r>

D Les paroles de ce fils dénaturé • firent frémir toute l'assemblée. L'alcaide essaya vainement d'ébranler sa résolution; enfin, il en eut borreur, et, voulant se défaire d'un tel monstre, il lui accorda l'borrible faveur qu'il sollicitait avec tant d'ittstances. Pendant qu'Hamédj était absent, Sidy-Mouleu osdos^ na à un soldat de se tenir prêt à abattre la

tête de cet officier au premier signal.

» Hamédy rentra bientôt, portant k naaiin coupée , qu'il remit tranquillement à un «s^clave de l'alcaïde. Celui-ci, dans le fmààm mouvement de son indignation, d(mne au soldat le signal convenu. Un coup de cimeterre fait voler la tête d'Hamédy asx pieds de Sidy-Moulou; le cadavre tombe, et Aaoùii s aperçoit qu'il lui manque une main^

l5o NIOÛLAS FBBBMAN.

^ Cette Yietime de Tamour filial n'avait demandé à exécatei la sentence du juge que pour sauver son père. Il s'jétait rendu près du vieitlstd, et lui avait dit : a Sortez ; l'alcaîde » veut bien Vous fiûre grftoe en ma faveur. » A peine est4l sortie que le généreux Hamédy se coupe une main , et , enveloppant la plaie dans là longue manche de son doliman , il revient, dW air calme, rendre compte de sa misdms.

3» Sidy^Mottiou étiM pénétré de douleur •t de^remocds, ionique te vieillard lui-même Mutna les mains élevées , et se jeta sur le corps de-fldn fils ) m poussant des cris de désespoir. Cette scène pathétique attendrit même les bourreaux de Talcaïde. Hamédy fut enterré avtee booneor dans tui lieu particulier, aupies duquel on éleva une mosquée ; son père wlui survécot pas long- temps. »

KBRIULBOn.

. L'action d'Uamédy est certainement le plus heau trait de piété filiale que je connaisse, et il mérite d^tre transmis à la postéfité.

NICOLAS FHKKMAN. iSi

Concevez, s'il est possible, rétonnement, ou plutôt la stupéfaction de Sidy-Moulou à la yue de ce corps privé d'une main, et combien fut rapide le passage de l'horreur à l'admiration !

DUHAMEL

Je trouve étonnant que cette belle action se soit passée parmi des Turcs.

UKBILABON.

Espérons , mon cher Duhamel , que l'ange dépositaire du livre de vie ne s'informa pas à l'auteur de ce trait héroïque était Turc , on chrétien.

FBBBMAN.

Je suis tellement frappé de cette touchante anecdote , que je n'ai plus le courage de m'occnper de notre examen .

DUHAMEL

Remettons la partie à une autre séance ; celle-d m'a intéressé. Je garde ce Voyage à Maroc , et je le placerai avec honneur dans ma bibliothèque.

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