PRECIS
LA VIE DE MILTON (i).
La famille de Milton descendait des pro-.
priétaires de la terre de Milton, située près de Thanie , dans le comté d'Oxford. Cette terre fut réunie au fisc pendant les troubles occasionés par les divisions des maisons d'Torketde Lancastre.
Le grand-père de notre poète , catholique zélé, déshérita son fils Jean, qui avait abandonné la religion de ses pères. Jean fut obligé
(i) j4 complète édition ofthepoets of Great-Bn^ tain, vol. the fifth y London.
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d'embrasser Tétat de notaire , pour se procurer les moyens d'ejiListence que cette disgrâce lui avait enlevés; il se livra au travail avec tant de succès , qu'il acquit une fortune assez considérable pour se retirer des affaires , et passer le reste de ses jours dans Tindépendance et le repos.
Il épousa une dame du nom de Gaston j qui descendait d'une famille originaire de la principauté de Galles. De ce mariage il eut trois enfants, savoir : Jean, le poète:
Christophe , destiné au barreau , et une fille nommée Anne. Christophe reçut du roi Jacques II le titre de chevalier et la dignité de juge , et la fille épousa Edouard Phillips , qui obtint un poste lucratif à la nomination du gouvernement.
Jean Milton naquit à Londres, dans la maison paternelle, située rue du Pain (Bread- Sixeej.), Jle ^décjejQubxs^ aôû8. L'InAUuctioA.de sa première jeunesse fut confiée aux soins d'un ecclésiastique nommé Thomas Young , dont les attentions et la capacité furent celé-
DB LITTÉRATURK. a85
brëes dans ane élégie latine qne son élève écrivit à i^àge de douze ans.
A cette époque , il fut envoyé à l'école de Saint- Paul , où il suivit ses études jusqu'à ce qu'il eut atteint sa seizième année. Alors il entra au collège du Christ , dans l'université de Cambridge.
Ce fut pendant son séjour h l'université qu'il composa la plupart de ses poèmes latins, dans un slyle formé sur ks bons modèles de l'antiquité. On dit que Milton est le premier Anglais qui ait composé des vers latins où l'on croit retrouver cette élégance qui distingue les productions des grands écrivains du siècle d'Auguste.
Après avoir quitté l'université, où il reçut , en i63a , le degré de maître es arts , Milton retourna chez son père , qui résidait à Horson, dans le comté de Buckingham, et il continua de se livrer à l'étude avec une constance remarquable , et avec le plus heureux succès. Il produisit alors l'opéra de Co-
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musj ouvrage embelli de toas les ornements d'une diction brillante et poétique. Quoique ce drame soit écrit dans un style trop épique pour plaire à la scène , néanmoins y sous quelque point de vue qu'on le considère, on trouvera que, parmi les productions de notre poète , il n'est inférieur qu'au Paradis perdu (i).
Lycidéu fut son second ouvrage. Ce petit poème , aussi admirable dans son genre que le Masque de Cornue , est un monologue sur la mort de son ami Edouard King, fils du
(i) Ou ne sera pas (Hché de savoir ce que le fameux critique Johnson pensait de ce poème.
< La plus importante des compositions de la jeunesse de Milton, dit-il, est le Masque de Cornus, dans lequel on peut apercevoir l'aurore ou le crépuscule du Paradis perdu. Milton paraît ayoir adopté de bonne heure ce système de diction , et ce mode de vers que son jugement plus mûr lui fit approuver, et dont il ne s'est jamais écarté dans la suite.
» Non seulement Cornus ofire un exemple de son
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chevalier John King, secrétaire-d'état en Irhinde. Edouard avait péri dans un naufrage , lorsqu'il passait d'Angleterre en Irlande.
Cinq ans après le retour de Milton dans la maison paternelle, il perdit sa mère, qu'il aimait tendrement ; et , pour faire diversion à sa douleur, il obtint de son père une permission qu'il avait ardemment désirée , celle de voyager sur le continent. Il quitta l'Angleterre en i638 , et se rendit d'abord à Paris , où il fit connaissance avec le célèbre Grotius.
langage 3 il montre en même temps son génie descriptif et sa vigueur de sentiment employée pour l'éloge et la défense de la vertu. 11 est difficile de trouver un ouvrage plus éminemment poétique. Les allusions, les images » les épithètes descriptives , embellissent presque toutes les périodes avec profusion. C'est pourquoi , comme série de vers , on peut le regarder comme digne de toute l'admiration avec laquelle il fut reçu par les enthousiastes. »
(Johnson's Uves of the poeis,)
]1 partit ensnite pour l'Italie, dont il étudia la langue et la littérature avec un succès peu commun. Les grands seigneurs elles hommes de lettres les plus distingués de ce pays lui firent un accueil favorable, et quoiquHl avouât ouvertement ses opinions religieuses et politiques, il fut admis à un concert par le cardinal fiarberini , connu depuis son élévation au trône pontifical sous le nom d'Urbain YTII. Ce prélat, qui se connaissait en mérite, ne dédaigna pas de recevoir lui-même Milton , et de le conduire dans rassemblée en le tenant par la main. On dit que notre poète aimait à raconter cette petite anecdote.
Il alla de Rome à Naples , où il acquit l'amitié du seigneur Manso, marquis de Villa , qui avait déjà été le patron du Tasse. Il visita ensuite le reste de l'Italie , trouvant partout des admirateurs et des amis. Parmi ces derniers il faut compter le grand Galilée , qui gémissait alors dans les cachots de l'inquisition , parce qu'il avait prouvé que la terre tournait autour du soleil.
Dfi LITTERATURE. flSg
Milton employa deux aas dans ces voyages. Il aurait désiré passer en Sicile et en Grèce , cette terre classique , si féconde en grands souyenirs; mais il apprit que des troubles se manifestaient dans sa patrie y. et , loin de se tenir , comme il pouvait le faire , à l'abri des orages , il abandonna ses projets , et revint partager la destinée de ses conoitoyena.
A son retour , il prit une maison dans la rue d'Aldersgate , où il s'occupa de l'éduca* tion d'un de ses neveux , fils de sa sœur. Il reçut aussi quelques autres jeunes gens qui demeuraient chez lui , et dont il dirigeait les études.
Dans sa trente-cinquième année , il épousa Mary , fille de Richard Powell, écuyer ; mais, on mois après la cérémonie , il se sépara de sa femme, ou plutôt ce fut elle qui abandonna son mari. Milton l'invita plusieurs fois à revenir chez lui. Irrité de ses refus , il publia plurieurs traités sur la nécessité du di- Yorce , et commença même à rechercher ouvertement une jeune dame distinguée par sa III. 19
agO M^LANOBS
beauté et son esprit. Cette noayelle étant parrenue aux oreilles de Mary, elle en fut alarmée ; et un jour qu'elle se rencontra inopiné^ ment avec Milton , elle ne balança point à se jeter à ses pieds , et à implorer un pardon que la bonté facile de son époux lui fit obte«nir. On assure que , frappé de cet éyénement, il s'en ressouvint en composant le Paradis perdu j et que ce souvenir lui inspira la scène pathétique dans laquelle Eve sollicite avec tant de cbarme et d'éloquence le pardon de safsiute.
Il est vrai qu'en lisant ce morceau , on est vivement touché de la force et de la vérité des sentiments. C'est un des morceaux que Delilie me paraît avoir fait passer dans notre langue avec le plus de bonheur. On en jugera par la comparaison de la traduction avec l'original.
Yoici le texte de Milton :
He added not , and from her tum'd; bat Eve Mot 00 repulf'd , with teara that ceas'd not flowing;
DE LITTERATURE. agi
And tresMs ail ditorder'd , at his feet
Fell humble, and embraeing them , befought
His peace , and thns proceeded in her plaint :
« Forsake me not thos , Adam ; witness heavea What love sincère , and révérence in my Leart I bear thee , and anwilliBg bave offimded y Unbappily deceiv'd } thy suppliant I beg, and clasp thy knees; bereave me not Whereon I live, thy gentle looks, thy aid, Thy counsel in this nttermost distress , Hy only strength and stay } forlom of thee , Whither shall I betake me; where subsist?
Whiie yet we live , scarccone short hour perhaps, Between us two let there be peace , both joiiiing , As join'd in injuries , one enmity Against a foe by doom express'd assign'd us , That cruel serpent : on me exercise not Thy hatred for this nùsery befairn, On me already lost; me than thyself More misérable; both hâve sinn'd, but thou y Against God only, 1 against God and thee , And to the place of judgment will retum , There with my cries importune heav'n , that ail The sentence from thy head remov'd, may light On me , sole cause to thee of ail this woe , Me, me only, just object of hu ire. »
She euded weeping; aud her lowly plight,
apa MÉLANGES
Immoveable , till peace obtain'd from (auli Acknowledg'd and deplor'd , in Adam wrought Commisération ; soon his heart relented Towards her, his life so laie and sole delight , Now at his feet snbmtssive in distress , Créature so fair hb reconcilement seeking , His counsel , whom she had displeas'd , his aid } And thus with peaceful words nprais'd her soon.
« Unwary, and too désirons as before , So now of what thou know'st not , who desir*st The punishment ail on thyself ; alas , Bear thine own first, ill able to sustain His fuU wrath, whose thon feel'st as yet least part^ And my displeasure bear'st so ill. If prayers ' Could alter high decrees, I, to that place Would speed before thee , and be louder heard, That on my head ail might be visited , Thy frailty and infirmer sex forgiven , To me committed and by me expos*d.
But rise } let us no more contend , nor blâme Each other, blam*d enough elsewhere , but strive In offices of love , how we may lighten Each other's burden in our share of woe. »
Paradisb lost, book the tentlu
DB LITTBRATURB. 398
Traduction, ou plutôt imitation de Deliile:
U dit , et se dëtonme. Eve alors fond en larmes. Ses beaux cheveux ëpars ajoutent à ses charmes; Elle tombe à ses pieds , embrasse ses genoux , Et de l'air le plus humble et du ton le plus doux :
€ Cher Adam, prends pitië de ma douleur extrême. J'en atteste le ciel , qui sait combien je t'aime, Et pour toi quel respect est grave dans mon cœur. Ma &ute fut bien moins un crime qu'une erreur : L'imprudence la fit , que le remords l'efface. Vois mes larmes couler sur tes pieds, que j'embrasse. Asset de maux sur moi tombent de toutes parts, Ne me refuse pas tes consolants regards ; Toi seul es mon conseil , mon guide , ma ressource ; D'un reste de bonheur ne ferme point la source. Dans ce monde désert tout me glace d'effiroi ; Ah ! ne repousse point un cœur qui vient à toi ! Où fuir si mon ëpoux me défend de le suivre?
Peut-être nous n'avons que peu d'instants à vivre : Ah! qu'aujourd'hui nos vœux et nos cœurs ne soient qu'un. Noos avons à lutter contre un danger commun ; Cet ennemi du ciel, il est aussi le nôtre ; Pour le combattre mieux liguons-nous l'un et Kautre , Pour la seconde fois ne nous séparons pas!
J'ai failli loin de toi ; je vaincrai sur tes pas. Hélas! d'un double poids l'infortune m'accable ;
2g4 HÉLAN6B8
Je «uis la plus à plaindre, étant la plus coupable. Gimme moi ta péchas contre le ciel; et moi.
Criminelle envers lui , je le suis envers toi. Aux lieux où l'Eternel prononça sa sentence , J'irai , j'irai fléchir, s'il se peut, sa vengeance, Lui dire que moi seule ai provoqué ses coups, Que sur moi seule aussi doit tomber son courroux. Heureuse , s'il exauce un vœu si légitime , D'emporter en mourant le pardon de mon crime. »
Elle dit , et sa voix expire dans les pleurs. Son maintien suppliant , ses remords , ses malheurs y Ses accents douloureux , l'aveu de sa faiblesse , Ont dans le cœur d'Adam réveillé la tendresse ; Le doux ressouvenir &it parler la pitié.
L'objet de ae^ désirs , sa plus chère moitié, Dont son amour naguère idolâtrait les charmes , Prosternée à ses pied» , qu'elle baigne de larmes. Embrassant ses genoux , implorant son appui.
Résolue à mourir s'il faut vivre sans lui.
Ont insensiblement désarmé sa colère.
Il la fixe en silence , et d'un ton moins sévère :
« Imprudente , dit-il , quelle nouvelle erreur Vient encor t'abuser d'un délire trompeur!
Tu veux seule, dis-tu, supporter la tempête : Contente-toi des maux qui pèsent sur ta tête. Comment peux-tu de Dieu soutenir le courroux. Quand tu ne peux souffirir celui de ton époux ?
DB UTTSaATURB. 3^5
Ta ne vois que Tessai de nos longues misères. Si j'espërais d'un Dieu fléchir les lois sévères , Je te devancerais au lieu du jugement , J^appellerais sur moi tout son ressentiment ; J'irais , m'bumiliant sous sa main vengeresse , De ton sexe fragile excuser la faiblesse, De ce sexe imprudent que j'ai dû protéger, Et que j'ai laissé seul s'exposer au danger.
Lève-toi y bannissons ces discordes cruelles; N'allons pas aux remords ajouter les querelles; Que la paix, que l'amour consolent nos deux cœurs; Aidons-nous l'un et l'autre à porter nos douleurs. »
Cette scène pathétique serait aussi digne du théâtre que de Tépopëe ; et si l'on excepte une faute remarquable de français , que j*ai soulignée (i), on conviendra que ce passage
(i) Fixer quelqu'un. On trouve cette &ute dans Rousseau et dans quelques autres écrivains ; et c'est par cette raison même qu'il convient de la relever partout où elle se trouve. U £iut la proscrire de la langue écrite, comme on a proscrit adwer, uiiUser, et antres barbarismes qui tendent à dénaturer la langue.
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reunit à un degré éminent la beauté des sentiments à celle du langage. Le style de Milton serre de plus près la pensée 3 mais je crois que, s'il eût écrit en français, il lui eût été difficile de mieux s'exprimer que son traducteur. Le mérite de la brièveté tient au génie de la langue anglaise, etàPabsence de la rime, qui exige toujours du poète quelques sacrifices.
Mais il est temps de revenir à Milton.
Depuis l'époque de sa réconciliation avec sa femme , il s'engagea dans toutes les querelles politiques du temps , et ne trouva plus de loisir pour les travaux poétiques. Pendant plusieurs années , il ne donna au public que deux petits poèmes , intitulés Vjiillegro et le PenserosOf qui parurent en i645 , dans une collection de poèmes anglais et latins (1).
(1) L* Allegro et le Penseroso , l'homme joyeax et l'homme mélancolique. Thëobald prétend que le dessein de Milton dans ces. deux petits poèmes a été » en décrivant les effets que la contemplation des mêmes
DB UTTBRATUBB. rkQ']
Ces pièces charmantes sont , sans contredit , les meilleurs poèmes descriptifs qui aient jamais été écrits. Quand Milton n'aurait laissé d'autres monuments de son génie que ces deux productions, son Lycidas et l'opéra de Commué, ils suffiraient pour rendre son nom immortel. Le public fit peu d'attention à ces ouvrages lorsqu'ils parurent. Ils ont été presque oubliés pendant un siècle, tandis que les
objets produit sur deux hommes, l'un dominé par la joie y et Faatre par la mélancolie , de montrer comment les choses empruntent leurs cotdeurs de la dis^position de notre esprit. Le docteur Johnson pense que Milton n'a eu d'autre but que de représenter ce penchant naturel de l'homme à ne saisir, dans le spectacle varié de la nature , que les accidents et les ima- Ipes qui s'accordent le plus avec les sentiments auxquels son âme est exclusivement livrée. Peut-être le poète avait-il l'une et l'autre intention.
Quant au mërite de ces deux poèmes , il doit être ëminent , si l'on considère les éloges que leur ont prodigués la plupart des critiques anglais. Après une lecture attentive de ces productions , je n'ai pu partager
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tés pMmiques de Milton , qu'on ne Ut pins , Gontribuèrent à sa fortune et à sa réputation. Le plus célèbre de ces traités est sa Défense du peuple anglais , en réponse à celui de Saumaise , intitulé Défense du roi, qui avait été écrit sous les auspices de Charles II. On dit que la réponse de Milton était si véhémente , et qu'elle produisit un si grand effet , que Sao-
l'enthousiasme de lears admiratears , et je crois que Johnson, dont les jugements sur Milton n'obtiennent pas nne grande confiance en Angleterre, est poor* tant le seul qui ait parlé de V Allegro et du Penseroso avec impartialité.
« Dans ces deux poèmes , dit-il , les images sont bien choisies et distinguées avec soin i mais la oonlenr du style n'est pas suffisamment marquée par le poète. Sa joie n'est pas asses expansive , ni sa mélancolie assez austère. Il est vrai que dans celle-ci il n'y a point de gaîté ; mais je crains qu'on ne trouve quelque mélancolie dans sa joie. Toutefois ce sont deux nobles efforts d'une imagination poétique. »
( Johnson* s lives ofihe poeis. )
DB LITTi&ATURfi. aQQ
maise , alors professeur de belles-lettres à Leyde, en mourut de chagrin.
La publication de ce traité valut à Milton une récompense de mille livres sterling , ce qui fait une somme vingt fois plus forte que tout ce qu'il a jamais reçu des libraires pour ses ouvrages poétiques réunis. Il fut aussi nommé secrétaire pour la langue latine près du Protecteur. Ses travaux littéraires et politiques contribuèrent à lui faire perdre la vue. Une goutte sereine obscurcit ses yeux , et il devint totalement aveugle. A cette époque ^ sa femme mourut en travail d'enfant, et lui laissa trois filles. Il pensa bientôt à un second mariage » et son choix tomba sur Catherine , fiUe du capitaine Woodcock. Il eut aussi le malheur de la perdre un an après son mariage , par le même accident qui lui avait enlevé sa première femme.
A l'époque où Charles II monta sur le trône, Milton perdit sa place , et fut obligé de quitter sa maison. Il se réfugia dans un coin obscur de la Cour Barthélémy (Bartbo-
3oO MELANGES
lomew Close). Ce fut avec quelque peine que ses amis empêchèrent qu'il ne fût personnellement excepte dans l'acte d'oubli. Pour prévenir l'activité des recherches, et pour gagner du temps , ils s'avisèrent de faire courir le bruit de sa mort , et lui firent même de fausses funérailles. Enfin, la promulgation de l'acte d'oubli fit cesser le danger de Miltonet les craintes de ses amis.
De la Cour Barthéhmy , il passa dans la rue Jev^rio , et prit une troisième femme , Elisabeth Minstur, qui appartenait à une bonne famille de Cheshire.
Il était alors âgé de cinquante-deux ans , aveugle, infirme, et avait perdu la plus grande partie de sa fortune. Mais ni les infirmités ni les caprices du sort ne purent affaiblir la vigueur de son génie , et lui faire perdre de vue le dessein qu'il avait formé depuis longtemps de composer un poème épique.
En i665, il termina son grand ouvrage du Paradis perdu j à Chalfont, dans le comté
DB lilTTiRATURS. 3oi
de Buck , où il s'était retiré pendant la fameuse peste qni ravagea la capitale de TAngleterre. Ce ne fut qu'à son retour dans cette ylUe I en 1667 ' 9^'^^ publia son nouveau poème. Il céda la propriété de cet ouvrage à Samuel Simmons , pour la modique somme de cinq livres sterling , à condition toutefois que la même somme lui serait payée lorsque le libraire en aurait vendu treize cents e^LcmpIai- Tes j ainsi qu'à chaque nouvelle édition , jusqu'à la troisième inclusivement. Par cet arrangement , Milton reçut en tout quinze livres , et sa veuve huit livres sterling.
Tel fut , dans sa naissance , le succès d'un ouvrage qui est le plus beau monument littéraire dont l'Angleterre puisse s'honorer:
car, malgré la juste sévérité de quelques critiques, ce poème se soutient avec avantage à côté des compositions épiques les plus estimées.
Trois ans après la publication du Paradis perdu j Milton fit paraître Samsan Agonistesy tragédie dans le genre du théâtre grec; et U
303 MÂLAHOES DB LITtArATUBE.
J^aradU regagné ou reconquis , qu^il préférait, dit-on, à son premier poème; sentiment que personne n'a partagé avec lui.
Le 10 novembre 1674 9 il mourut à Bunhillfield , usé par la goutte et par ses longs travaux. Il fut enterré à Cripple^Gate , dans l'enceinte de Saint-Gilles. Ses funérailles se firent avec éclat , et attirèrent un concouis nombreux de personnes distinguées. Il laissa quinze cent livres sterling à sa famille; preuve évidente , comme je l'ai déjà dit , qu'il ne fut pas aussi maltraité de la fortune qu'on a bien voulu le supposer.
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