‹ Œuvres de M.A. JayChapitre 40 sur 48 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Les deux frères paraissent sur la scène , et ^entretiennent de leur situation, dans un langage tout-à-fait romantique. Voici le discours du frère alnë, qui donnera une idée de h nature de ce dialogue :

« Dëroilez votre front, étoiles languissantes; et vous, belle Phœbë, qui aimez les bénédictions du voyageur , inclinez votre pàk visage au travers d'un nuage couleur d'ambre , et faites disparaître le chaos qui domine ici dans la double nuit des ténèbres et des ombres ; ou, si votre lumière ne peut pénétrer les épais nuages qui l'interceptent , qu'une douce lueur , ne fi&t-ce même que celle d'une lampe nocturne perçant le treillis d'osier de quelque cbaumière , arrive jusqu'à nous avec son long filet de lumière tnJnante , et vous serez notre

lîle d'Arcadie ou Cynosuie tyrien. »

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Le plus jeune frère répond sar le même ton.

Il voudrait seulement, pour se désennuyer, entendre les chants des bergers, ou les ramages des coqs , qui comptent les différentes heures de la nuit à leurs dames emplumëes.

Enfin y ils pensent à leur sœur. Le jeune frère craint qu'elle ne soit agitée de terreurs funestes , ou qu'il ne lui arrive quelque fiicheux accident. Le frère atné , plus courageux, répond qu'il n est pas raisonnable de se forger des chimères ; que la princesse est pleine de courage et de vertu. Ils font, à ce sujet, de longs raisonnements , et Tainé conclut en di* sant que sa sœur a une force cachée.

LB JBUNB FRÂRB.

«Quelle force secrète, si ce n'estpasla force du ciel ?

LBFRiBB aîné.

» C'est la chasteté , mon frère , la chasteté. Celle qui possèdece trésor est couverte d'une armure complète ; semblable à une nymphe au carquois rempli de flèches acérées, elle peut

DB LITTiaATUBS. 333

traveraer des forêts imaienses et des bruyères dëeoavertes , des montagnes horribles y et des déserts sablonneux et dangereux , où , par la vertu des rayons sacres de la chasteté , nul féroce sauvage, nul bandit ou montagnard n'oserait souiller sa pureté virginale. y>

Ces réflexions sont suivies d'une longue et p(mipeuse déclamation sur les avantages de la chasteté. Ce fràre aîné, qui aime à parler longuement , déploie son érudition mythologique , sa métaphysique , et ne s'occupe pas plus de sa sœur que si elle n'existait pas.

Le second frère mérite le même reproche ; il s'amuse à &ire des apostrophes k la philosophie. Mais tout à coup ils entendent des sons harmonieux : c'est le premier génie ^ déguisé en berger , qui s'approche des deux frères*

SCÉN£ IL

I^^ deux frères prennent le génie pour le berger de leur père , et l'ainé lui dit :

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a Gomment e8«-ta Tenu ici , bon berger?

Quelque bëlier s'est^il échappé de la bergerie, oa quelque jeune cherreau a*Ml perdu sa mère, ou quelque mouton tralneur a-t-jl abandonné le troupeau? Comment ea^^tu parvenu dans ce bosquet solitaire ? d

Le génie , qui , à l'exemple des autres personnages, ne demande pas mieux que de parler et de disserter, répond très prolixemenl à cette question si simple ; et ce n'est qu'après de longs discours qu'il apprend aux deux frères que leur sœur est tombée entre les mains de l'enchanteur Cornus.

Le jeune frire craint que la chasteté de sa sœur , dont il a été si long^temps questkw , ne coure quelque danger dans le palais de Cornus. Le frère aîné le rassure, et se prépave à mettre l'épée à la main, pour aller dëii* vrer cette sœur chérie. Mais le beiger leur dit que la force ne peut rien contre la puissance magique du fils de Bacchus et de Circé. Il leur indique une plante , nommée hœmony , qui a la vertu de résister aux enchante-

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ments , et de mettre celai qui la potte en état de braver tous les sorciers du monde.

Dans les changements qu'on a faits à Fouyrage original, on a inséré ici deux scènes de remplissage , qui n'apprennent rien au spectateur, et qui ne serrent qu'à donner au second acte une longueur raisonnable* Ce second acte est vide d'action, et contient beaucoup de discours oiseux. Mais les Anglais n'y regar* dent pas de si près ; d'ailleurs , il y a dans les détails des traits d'une poésie si âeyée, qu'ils désarment la critique.

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