‹ Œuvres de M.A. JayChapitre 41 sur 48 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Le théâtre représente le palais de Cornus , magnifiquement décoré. On entend une mu^ siqne douce ; on voit des tables couvertes de mets exquis. Comus parait avec sa troupe.

La princesse est assise sur un siège enchanté. Il lui offre la coupe, qu'elle rejette avec dé-*

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dain. Elle fait des efforts pour se lever. Go^ mus lui dit.:

(c Non j non princesse , restez assise. Si je remue seulement cette baguette, vos nerfe seront enchainés dans Talbàtre ; vous deviendrez semblable à une statue , ou h Daphné, qui prit racine en voulant fuir Apollon.

LA PRINCBSSS.

» Insensé, ne vante plus ton pouvoir. Tan* dis que le ciel le perra^, tu enchaîneras mon corps : mais tu ne pourras porter atteinte à la liberté de mon àme.

GOICUS.

D Pourquoi ce courroux et ces regards irrités ? Le dédain et la colère n'habitent point cette enceinte inaccessible aux noirs soucis. Voyez, c'est ici l'asyle de tous les plaisirs dont l'imagination berce la jeunesse, lorsifoe le sang coule rapidement dans les veines et revient avec une douce chaleur comme le premier beau jour du printemps. Voyez celte liqueur cordiale qui pétille et bouillonne dans

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la coupe et eristeL lAi néfeaMt^ qmf épome de Thoné présenta, en Egypte, à Hélène, fille de. Jupiter, n'avait pas antant de pooH voir poor exciter la j<He que cette Mquenr sa* lutaire et rafrakliissante. Pourquoi étee-Toos ai sévère envers vous-même, envers ces membres délicats que la nature a formés poor la volupté (1)? D

Il lui. présente de nouveau la coupe eflhchantée ; la princesse se Aehe sérieusement ; elle appelle Cornus ira4ire déloyal, et lui reproche de l'avoir trompée. Ensuite elle l'interroge en ces termes :

<c Quelles sont ces hideuses figures , œs monstres avec des têtes difformes? Miaérifior-*

(i) J'ai retranché quelques «cènes préparatoires où figure Euphrosine, personnage épisodique. Elles sont remplies de fienx (Communs sur Tamour et sur te plaisir. Le second génie deseend sur le thâitre , mais il est iwipisible et ne prend^u'one ^t indirecte à Pacticm» III. aa

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d«^hrilKî , pitHége-vioi ! £JoigB«>'t0i arec im iftfiànes ciidbanteiiieflts , vil fléducteur 1 Non Mutent d'avoir trahi ma crëdvie innoceiice sous «n tifisqm tvqmpeur , ta cherches encote à me aédukt par vme liqueur qui ne peat aurpTCodfe que des âmes stopidea. Quand ton hteuvage serait digne des JMinquets de Inncm^ je ne l'approcherais pas de mes lèvres. Il n'y a que les êtres bons qui puissent donner de baninas ahosiS ; tout ce qui vient des méchants est méchant comme eux .

GOMUS.

» Que les hommes sont insensé de prèler l'oreille aux docteursyâurr^^ de l'école stot> q«€, q«i louent 4a maigre et pftk abstinence ! Pourquoi la nature a-t -elle répands ses dons avec profusion, couvrant la terre de parfums, di fruits et de troupeaujc ^ sice n'eiit |pur l'usage de l'homme et pour flatter ses goûts?

Pourquoi l'insecte précieux renfermé dans soa atelier verdoyant fîle-t*il la trame de la soi^ moelleuse^ sinon. pour iitous couvrir de vétemeats légaars et Boymx^ Pov f^Airt k ses enfants y ef pont le» mettre à portée de

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jotthr âe b vie , la natue Vixoê êomne lV[>ii^ les pierreries et tous les melMUK prédânx.

3» Si les hommes ^ dam on aeeès do Ism^ pérance, ne viraient qne de légumes, ae buvaient que de Feau des fontaines, et ne portaient que des vétemeats gioesierst ils selaient ingrats snvets le suprâme dispensateur de toutes choses. Nous le servirions comme un maître avare , comme un pénurieux économe de ses richesses ; nous vivrioos comme les bâtards de la niiture , et non comme ses fik.

D Ecoutes , priaeesse : ne faites point la précieuse , et ne soyez pas dupe de ca nom exalté de virginité.

» La beauté est*la mauiâie de la nalu»:

elle ne doit pas être enfouie, mais dok avoir son cours; son avantage consiste en uk jouissmoe rautaeila et paista^^ sans savev quand elle jouit seule d'elle^mâiae. 8i vpus laissée échapper Toc^iiston, la beauté, Me h la fleur négligée , succaosbe Yt «e^&ne

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m lige« La beauté est l'orgueii de la nature ; elle doit paraître avec édat à la cour , dans ks fêtes et dans les grandes solennités y afin de trouver un plus grand nombre d'adorateurs.

» Que les femmes aux traits grossiers fassent tourner le fuseau y et cardent la laine de la^maison. Elles n'ont besoin, pour vaquer à ces soins du ménage, ni de lèvres vermeilles, ni de ces yeux où l'amour puise ses traits , ni de ces tresses de blonds cheveux , plus belles que celles de l'aurore. Ces dons vous furent dispensés {(our un autre but. Suivez mes conseils, vous êtes jeune encore ! »

Telle est la harangue de Cornus , dont j'ai retranché quelques superAuités. Cette morale lielàchée , et qui est du goût de bien des gens, ne fait aucune impression sur la princesse , dont le cœur eist oeint d'un triple acier. Elle répond à Cornus des lieux communs sur la «§esse , et sur ce quelle appelle ce la sage et '«liasle doctrine de la virginité. » Elle entasse

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méUqplKires sur métaphores , et finit son dis* cours en ces mots :

« Si je voulais faire parler la vérité , le mérite évident de cette noble cause que je dé-* fends allumerait dans mon cœur une tdie flamme , que la nature muette serait émoe jusqu'à la sympathie, et que la terre , ouvrant ses entrailles, s'ébranlerait, et lancerait jus^ qu'aux cieux les édifices magiques, qui retomberaient en pièces sur ta tête crimineUe. »

Gomus est touché de cette menace ; les hyperboles de la princesse opèrent sur son esprit.

d La vérité, dit-il, sort de sa bouche. Je crains ses menaces; et, quoique immortel, je suis couvert d'une sueur froide , je frissonne : je crois entendre le tonnerre de Jupiter gronder sur ma tête. Allons, n'en parlons pins; tout ceci n'est que du bavardage moral, et directement contraire aux lois canoniques de notre fondation. Mais voici qui va tout réparer . une goutte de cette liqueur plongera

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f 08 rnns dans des délices inexprimtUfea*

Soyez sage , et goûtez ! »

Ici les dais frèMt ^élancent «or la acèae, l'éj^ à la main ; ils te jettent sur Cornus , loi amcfaent sa oa«pa , et la brisent contre terre. La titMipa de Gotniis ae prépara à la rrfsistaace; nais elle est miss en ftiite. Le premier génie parait.

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Le génie reproche aux deui^ firères d'avoir laissé échapper Cornus sans rompre sa baguette, seul moyen qui put délivrer leur sœur de l'enchantement qui la retient immobile s^r son siège. Bientôt il.se ravise ^ et leur dit de ^ cQnsoler i qpi'il existe près de là une nymphe I la déesse du fleuve Saverne, nom- D;iée SabrÎQ^y qui peut détruire le charme magique de Cornus. Il chante l'invocalion suivante à Sabrina . Ce morceau est plein de poésie.

K Êelle Sabrina , déesse du lac argenté y

Yout qvi aoues avee 4ea lis U» loQgwe Uw^ ees de tob blonds dbeTeiiB aous le mirair tnnqpereot des eeiuL > voim qui aimez la ver<ta et protégea TiBiieoeiice , écoutez dm priéree. Quittez votre couche, ovnëe de corail , levés votre iéte charmante*, et «etenea vûb vagnea rapidoi ; nona voua en conjnrona par le trident de Neptune, qni 4brank la terre, par le chant des douces Syièoe^ par les belles mains de Leucathoé» la brUlanle chaussure de Thétis et la tombe chérie de Parthénopé. »

Sabrina , sensible à cette paièie , se montre , accompagnée dis nymphéa des eaus» ^

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