COMPLOT
d'aRNOLD et de sir HENRY CUNTON CONTRE LES ÉTATS-UNIS d'AHÉRIQUE ET CONTRE LE G^NiRAL WASHINGTON y PAR M. BARBÉ-MARBOIS, PAIR DE FRANCE.
Rien de plus frappant , rien de plus instructif dans l'histoire moderne, que cette révolution américaine qui fit sortir un peuple, jeune encore , du rang des nations obscures y pour l'élever à l'indépendance et à la gloire. Jamais événement ne produisit une sensation plus vive , ne réveilla plus de craintes, d'espérances , de vœux contraires. Les amis de la
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iraison et de la justice comprirent ausûlAt qu^il s'agissait moins de l'indépendance particulière de rAmérique du nord que de l'émancipation générale et graduelle de tous les peuples civilisés. Il s'établit une lutte de principes dont l'issue devait exercer sur l'avenir une influence directe et irrésistible. L'ancien continent tressaillit à ces grands noms de liberté et de patrie , qui parlent avec tant de force à l'imagination , et qui remuent si profondément les cœurs généreux. Tous les hommes que fatiguait l'opposition, si manifeste dans la plus grande partie de l'Europe , entre les moeurs nouvelles et des institutions usées par le temps; tous ceux qui croyaient qu'il n'existe plus de devoirs là où les droits légitimes sont méconnus ; enfin tous les philosophes dont la voix éloquente sollicitait depuis un siècle la tolérance religieuse , l'affranchissement de la pensée , applaudirent à cette déclaration d'indépendance, qui leur parut un arrêt solennel de la destinée.
Cependant , aux yeux de la politique vulgaire , la cause amëriraine paraissait au moins
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hasardée. L'Angleterre, qoiy grâce àla fintnetë de aon gouvernement , avait saisi d'one main audacieuse la balance de l'Europe , et dont la marine jusque alors victorieuse enchaînait les deux Océans ; l'Angleterre , sortie avec une ambition et une force nouvelles de ses longues et sanglantes révolutions , qui voulait la liberté pour elle et k servitude pour les au-* très, était prête à déployer ses immenses ressources; elle menaçait les Américains de aes flottantes citadelles , de l'expérience , de Hotrépidité de ses propres guerriers , de la valeur mercenaire de nombreuses légions dont le sang lui était vendu. Le cabinet de Saint-James méprisait un peuple qui ne pouvait opposer à tant de moyens d'agression que son amour pour la patrie , sa pauvreté, pa vertu.
On n'a pas oublié cette proclamation &stueuse du général Bnrgoyne , lorsque , sur le point de quitter les bords du Saini-LaurêfUy à la tète de l'armée la plus formidable qui eAt jusque alors traversé l'Atlantique, il prononçait avec orgueil sur le sort du peuple américain. Ses soldats, venésdans l'art de la guerpe.
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aecootumés à une savante discipline , coiireits de glorieuses cicatrioes , n'avaient , disait*-!! ^ qu'à paraître pour faire trembler des rebelles dont réloignement senl de la métropole en* Gonrageait la témérité. Les foudres britanni** qnes imposeraient silence à ces orateurs se»
ditieux , dcmt le courage de tribune expire-, rait à la vue d'un champ de bataille. Ces su-» jeta indociles de la Grande-Bretagne n'étaient que des esclaves révoltés, qui s'empresseraient de rentrer dans la soumission pour éviter le diàtiment dû à leur ingratitude. Les enfants de la ideille Angleterre traverseraient le nour ▼eau continent sans rencontrer d'obstacles di« gnes de leur valeur. Mais, au défaut de gloire acquise dans les combats , ils auraient l'hon* neur d'avoir rendu un service signalé à leur patrie en rétablissant son pouvoir méconnu , en étouffant les derniers germes d'une révolte impie, cri* apprenant au monde que rien ne pouvait résister à la sagesse de ses conseils et à la force deses armes. . .
Ces • magnifiques promesses, ces paroles superbes enflammèrent ie courage de l'armée
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anglaise; chaque officier , chaque soldat, se regardait comme le vengeur et Tapput de la cause nationale. Leur ardeur accrut encore l'audace du général Burgoyne. L'invasion fui décidée. Les troupes se mirent en mourement , et parurent sur les confins de l'état de New- York. Cette nouvelle s'était répandue dans les provinces fédérées. Ce fut alors qu'à la voix du congrès rassemblé à Philadelphie, on vit descendre des montagnes, et accourir du fond des forêts, une race d'hommes fiers et indomptables , dont le gouvernement anglais soupçonnait à peine l'existence. Ces hommes, dont la vie n'était qu'une lutte sans cesse renouvelée contre un climat rigoureux et une nature sauvage , qui ne connaissaient d'autre besoin, d'autre trésor, que la liberté , se réunirent sous les ordres du brave général Gates, armés seulement de leurs mousquets de chasse (i) ; ils marchèrent au-
(i ) C'est une espèce d'arme à feu cannelée/dont les chasseurs amëricains font usa^e : ils hit donnent le
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devant de l'ennemi, et le rencontrèrent dans les plaines de Saratoga.
On connaît l'issue de cette bataille , où le nombre, le courage et la science militaire cédèrent la victoire au dévouement d'un généreux patriotisme ; les vieilles bandes de l'Angleterre baissèrent les armes devant les défenseurs de l'indépendance. L'armée entière resta prisonnière de guerre ; le général Burgoyne n'eut pas même le bonheur d'échapper , par une mort glorieuse , à la commune destinée. Il traversa, désarmé et cap-« tif , ces mêmes provinces qu'il s'était promis de parcourir en triomphateur. La nouvelle de ce désastre dérangea les espérances, les calculs du ministère britannique , et fut reçue en Europe aux acclamations de tous les amis de la liberté. Cet événement eut des
nom de rifle. Ils manquent rarement leur bat à deux cents pas de distance; on y adapte une baïonnette en temps de guerre.
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suites d'autant plus scrieuses qu^ii était plus inattendu. Le gouvernement français, qui avait à réparer de longues fautes et de longs malheurs, se décida enfin à combattre ouvertement en faveur des Américains , que sa politique incertaine avait secourus jusque alors avec une mystérieuse timidité. L'union déclarée de la France et des États-Unis fit sentir au cabinet de Saint-James que remploi illimité de toutes ses ressources pouvait seul contrebalancer une alliance qui, par le fiadt , élevait ses colonies au rang des nations libres. On résolut d'éprouver jusqu'où pourrait aller la puissance de la séduction.
De tous les généraux américains , Washing* ton était celui qui causait le plus d'ombrage au ministère anglais. Ce général possédait toutes les qualités nécessaires pour conduire une armée de citoyens à la victoire y et pour diriger un peuple naissant à la liberté. Plus jaloux de la gloire de son pays que de sa gloire personnelle , il ne cherchait point à subjuguer les imaginations par l'éclat et la nouveauté des entreprises : avant tout, il consultait l'in-
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térét de son pays. Les passions vulgaires , la cu[ndité, l'ambition, ne pénétrèrent jamais en son cœur. Modeste dans ses désirs, ferme et prudent dans les conseils, héroïque sur le champ de bataille , inébranlable dans les revers, plein d'hiimanité après la victoire, il n'oubliait que ses services et ne négligeai! que ses propres intérêts. vVashington s'élève dans | les temps modernes comme une de ces nobles '
figures antiques qui attestent le séjonr de la *
vertu sur la terre. ^
L'influence de ce grand homme était bien connue en Angleterre. Le ministère britannique aurait regardé comme un véritable triomphe , non de corrompre Washington , on le connaissait, mais de s'emparer de sa personne. Les généraux anglais étaient chargés de traiter avec Ik officiers de l'armée américaine, et d'acheter la trahison à tout prix. La corruption était un auxiliaire dont ils voulaient essayer la puissance.
Un guerrier déjà célèbre par de brillants exploits, qui s'était couvert de gloire devant
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les murs de Québec , et aux champs de Saran toga , soumis le premier à cette épreuve , ne put y résister. Le général Arnold, renommé entre les plus braves, accueillit les projets que sir Henri Clinton , commandant des forces britanniques, avait formés contre les États* Unis et contre Washington : les destinées du général et celles de son pays paraissaient inséparables. L'origine , les progrès , le dénoûment imprévu de cette conjuration , sont la matière de l'ouvrage de M. Barbé-Marbois.
L'auteur , recommandable par son caractère et par les talents divers qu'il a développés dans les places les plus éminentes, a traité cet intéressant sujet avec une incontestable supériorité. Il a placé à la tète de son livre un discours digne d'une sérieuse attention. Je reviendrai sur cette partie ; je ne veux m'occuper ici que des faits relailb à la conspiration.
a Washington avait formé le projet de serrer l'ennemi dans New-York, et il ne pouvait y parvenir qu'après lui avoir fermé la rivière du Nord , connue sous le nom à^Hud-
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^on. Des ingénieurs d'une grande habileté lui avaient été envoyés par le gouvernement français. Ils reconnurent que la position la plus avantageuse pour barrer l'Hudson était à ff^eêt- Point : c'est le nom d'une coUiné située sur la rive occidentale du fleuve. Des forts y furent construits.
• » Les forts de pF'esP'Paini sont à vingt lieues de New-York. Le rocher sur lequel ils s'élèvent est s^dossé à une montagne, et baigné par le fleuve ; le sommet en est couronné par un plateau, que couvrent les principales fortifications.
j> Quand les ouvrages forent terminés , les Anglais reconnurent , mais trop tard , qu'ils n'auraient pas dû laisser à leur ennemi les moyens et le loisir nécessaire pour les élever. Ils n'étaient pas en état de s'en emparer de vive force, et cependant il fallait renoncer à prendre l'offensive tant que le fleuve serait fermé auprès de New-Tork.
y> Arnold aspirait à commander en chof
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dans ces postes importants ) il n'ignorait pas qu'un général qui se vend à l'ennemi perd au même instant tout ce qu'il avait acquis de gloire et d'estime. Ses lauriers sont flétris par la trahison, et la puissance qui l'achète compte plutôt les avantages dont elle prive le parti contraire que la valeur de l'acquisition en elle-même. Il ne voulait pas être reçu en déserteur; et, puisqu'il lui était impossible d'entraîner l'armée, ou même un seul ba* taillon , dans sa défection , il voulait livrer aux Anglais tous ces forts avec leurs garnisons et les immenses magasins qui s'y trouvaient.
j> Le salaire de la trahison d'Arnold consistait dans la somme de 3o,ooo liv. sterl.
(720,000 fr.), et dans la conservation, au service de l'Angleterre , du grade de brigadier général, qu'il avait acquis dans l'armée de l'indépendance.
» Telles furent les conditions auxquelles il stipula avec les Anglais l'asservissement d'un peuple qui combattait pour devenir
le plus libre du monde , et qui sera bientôt coDjpté parmi les plus puissants.
» Arnold avait sollicité et obtenu le corn* mandement de West* Point; nul soupçon ne s'élevait sur son parfait dévouement à la cause publique. On ne pouvait imaginer qu'un homme qui avait versé son sang pour sa patrie fût capable de passer sous les drapeaux étrangers. L'idée d'une telle infamie était mise au rang de ces impossibilités mo* raies dont la raison ne daigne pas s'occuper. Ainsi Arnold put méditer avec sécurité l'attentat qui devait , quel que fût l'événement , flétrir sa vie et déshonorer sa mémoire.
» Le major André , aide de camp du général Clinton, fut chargé de correspondre avec Arnold. Ce malheureux jeune homme était doué de tous les avantages qui rendent un citoyen utile à son pays et cher à la société ; il brûlait du désir de se distinguer par une action éclatante; l'espérance illusoire de mettre fin à la guerre en s'emparant de West- Point et de la personne même du héros de
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l'Amérique enflammait son zèle : il consentit à une entrevue secrète avec le général Arnold. C'était là que sa destinée l'attendait ; il fut arrêté , et ses papiers furent saisis. »
Je passe sur des détails quUl faut lire dans l'ouvrage même. Je ne m'arrêterai que sur la catastrophe qui termina la vie du major André y parce qu'on peut en tirer d'utiles leçons.
ce Le ^néral Arnold avait eu le temps de se sauver à New- York. Lorsque Washington apprit sa défection, il était entouré de ses généraux.
a J'ai cru , dit-il , qu'un officier habile , » intrépide, qui avait été blessé au service de » son pays, était digne de confiance , et je lui » ai donné la mienne. Je reconnais aujourj> d'hui , et poar tonte ma vie , qu'il ne &ut y> jamais se fier à ceux qui manquent de pro- » bité, quelques talents qu'ils puissent avoir. » Arnold nous a trahis, d
}> Il s'agissait de prononcer sur le sort du
BS UTTiHATUBB. • 36i
major André , qui, se trouvant arrête sans uni* forme et avec un faux passeport y pouvait être considéré comme un espion : il fut décidé qu'il serait mis en jugement. Washington avait consulté secrètement le congrès avant de prendre cette résolution. Cette assemblée lui répondit qu'il n'y avait point de motif qui pût arrêter le cours de la justice.
j> Le \:ommandant en chef fit aussitôt assembler un conseil militaire , composé de six majors et de huit brigadiers généraux , parmi lesqueb se trouvaient les généraux Lafayette et Steuben.
3> Ils remplirent avec douleur un devoir rigoureux. Le conseil , après un mûr examen, rapporta au général Washington que a John iE> André devait être traité comme espion i> de ^l'ennemi , et que , suivant la loi et les 9 usages de la guerre , il avait mérité la
D mort. »
D André , justement condamné , inspirait cependant un intérêt général ; il mourait vic«-
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tiine de Tattentat d'un traître , h la fleur de l'âge et à son entrée dans une carrière que sa bravoure , ses talents , son goût poijr les arts et les lettres , devaient rendre utile à son pays et glorieuse pour lui. Sa conduite envers les Américains avait toujours été remplie de modération ; plusieurs lui devaient la conservation de leur vie et de leurs propriétés ; et tandis que d'autres faisaient la guerre avec une fureur qui n'est que trop ordinaire dans les dissensions civiles, il s'était appliqué à diminuer les maux qu'elles en traînent. Les circonstances mêmes de l'entreprise qui était cause de sa condamnation ne montraient en lui qu'un homme puissamment touché des intérêts de son pays ; il y avait de l'élévation jusque dans sa faute. »
Aux approches de l'heure fatale , il témoigna le désir d'avoir la compagnie d'un officier américain , et le choix tomba sur le colonel Hamilton , l'un des officiers les plus estimés dans l'armée. Ce fut sans pusillanimité comme sans ostentation de courage qu'il alla au supplice.
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(( Sa contenance , ajoute l'historien , était celle du plus brave des hommes , placé par l'ordre de son général sur une mine embrasée dont l'explosion va lui donner la mort.
» Quelques uns accusaient cette aveugle destinée qui , en le faisant périr , sauvait le véritable criminel. Mais la vie d'Arnold était mille fois plus malheureuse que la mort d'André. Arnold survivait ; mais, banni pour tou-
jours de son pays natal , il devait traîner une existence déshonorée chez une nation qui lui imputait la perte qu'elle venait de faire ; il transmettait à ses enfants un nom odieux et honteusement fameu^L; il n'obtenait qu'une partie du prix avilissant d'une trahison inutile. Ses plaintes firent bientôt connaître que toutes les promesses qui l'avaient séduit n'a^ vaient pas été remplies.
» Arnold est le seul oflScier américain qui ail abandonné la cause de l'indépendance , et tourné son épcc contre son pays. Les officiers de Tarrnée anglaise montrèrent une
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grande répugnance à servir avec lui. Il avait eu leur estime quand il les combattait, ils Taccablèrent de mépris lorsqu'il se fut joint a eux par une trahison . y>
Il serait difficile d'exposer avec plus de force et de vérité l'infamie qui accompagne toujours les trahisons. Une chose que je me plais à remarquer , c'est que les traîtres obtiennent rarement en entier les récompenses promises à leur cupidité. Le général Arnold n'est pas le seul qui se soit plaint d'avoir été séduit par de vaines promesses. Tel sera toujours le sort des hommes qui trahissent leur pays en faveur de l'étranger.: ils ne peuvent compter avec certitude que sur l'indignation des contemporains et sur le mépris de la postérité.
} Le récit de la conspiration d'Arnold est { précédé d'un discours sur les États-Unis d'Amérique qui mérite, comme je l'ai déjà dit, une attention particulière. Il est aisé de s'apercevoir , à la lecture de ce discours , que l'auteur est maître de son sujet ^ que ses opi-
OB LITTBRATUBB. 365
nions sont le résultat de ses propres recherches, et des observations quMl a recueillies luimême sur les lieux. Personne n'était plus en état que M. Barbé-Marbois de nous éclairer sur la situation politique et morale des États- Unis. Secrétaire de la légation française pendant les dernières années de la guerre de l'indépendance , il eut des relations intimes avec les illustres fondateurs de VVnion fidérale.
J'ai sous les yeux les Noies sur la Virginie, par M. Jefferson; elles m'apprennent que nous devons leur existence au zèle éclairé de M. Barbé- Marboi^ Voici les propres paroles du philosophe américain : « The Noies an Virginia were loriUen in Virginia j in ihe years 1781 and 1783, tu anewer io certain queries proposée io me hy M' de Marhoie , ihen secreiary ofihefrench légation in ihe Vnited^ta^ tes y and' a manuscript-copy was delivered to him. )>*(Les Notes sur la Virginie ont été écrites en Virginie pendant les années 1781 et j ^8a, en réponse à certaines questions qui m'avaient été proposées par M. deMarbois, alors secrétaire delà légationfrançaisedansles États- Unis. Il lui en fut délivré une copie manus-
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crilc.) Depuis celte époque, M. fiarbé-Marbois a visité de nouveau rAmérique du nord.
Ainsi le discours préliminaire de son dernier ouvrage a été composé de matériaux précieux ; c^cst le fruit des méditations d'un homme d^état éclairé par Texpérience y et soutenu par une haute philosophie.
On a composé beaucoup de livres sur les États-Unis; mais, si Von excepte le Voyag% de M. de la Rochefoucault-Liancourt, si digne d'éloges par son exactitude et son impartialité, ces productions renferment des erreurs graves ou de fâcheuses exagérations. Je voudrais pouvoir séparer entièrement de ces relations infidèles le Tableau de M. de Yolney. Ses remarques sur la partie matérielle des
£tats-l} nis sont curieuses et instructives; mais, dans tout ce qui concerne les mœurs des Américains , leur caractère , l'influence du gouvernement sur l'esprit public , j'ai peine à reconnaître l'auteur justement célèbre du Voyage en Egypte et en Syrie. On est d'abord frappé du ton d'aigreur peu philosophique qui domine dans son ouvrage. licite des faits isolés^
DE LITTBaATUBE. 3^7
el en déduit des conséquences générales : manière de raisonner qui ne convient qu'aux ennemis de la raison. Il n'épargne pas même les femmes américaines, qui cependant ne le cèdent point aux Européennes pour les grâces , la délicatesse des sentiments , l'esprit et la beauté. La mauvaise humeur de M. de Yolney était incurable, puisque la réunion de tant de charmes n'a pu l'a-^ doucir.
Le Voyage de Brissot en Amérique était moins destiné à faire connaître les Etats- Unis qu'à fournir un cadre aux réflexions de l'auteur sur les abus des gouvernements et sur les préjugés de l'ancien monde. M. de Chastellux voyageait en militaire et en académicien. Ses observations sur les événements de la guerre peuvent fournir des ma-* tériaux à l'histoire; mais trop souvent il fait briller son esprit aux dépens de la vérité.
Lorsqu'il prenait des notes sur les bords de l'Hudson , ou dans les montagnes de la Virginie , il songeait un peu trop aux petits aréopages littéraires de Paris, qui le jugèrent
avec une indulgence dont nous pouvons aujourd'hui nous dispenser.
On n'a pas encore oublié la vive impres* sion que produisirent les Lettres dPun cultivateur américain y à l'époque où elles furent publiées. La peinture des mœurs patriarcales d^un peuple* qui jusque alors avait échappé à la renommée; les brillantes descriptions d'un pays peu connu , où la nature a déployé toute son énergie et sa grandeur :^* enfin , le récit passionné des charmes de l'indépendance et des bienfaits d'un gouvernement fondé sur l'intérêt commun , saisirent les imaginations, touchèrent des cœurs avides d'émotions nouvelles , et , d'un bout de l'Europe à l'autre , rallièrent les hommes généreux à la grande cause de la liberté.^ Il faut cependant avouer que M. de Crèvecœur est souvent exagéré dans ses tableaux ; qu'il écarte avec soin tout ce qui pourrait en obscurcir l'éclat ; qu'il décrit en poète , et sacrifie à des illusions l'intérêt de la vérité» U y a au moins autant d'idéal que de réalités dans les ouvrages de cet écrivain ^ un tel mé-
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lange qui déèoncerle le jugement , excite l'enthonâasme , et prépare les succès plus qu'il ne les soutient.
* M. fiarbé-Marbois a évité toute espèce d'exagération ; il s'est constamment tenu dans les limites de la yérité et de la justice. S'il xecherche les causes de la prospérité tou- ' jours croissante des États-Unis, il les trouve ; dans la bonté des institutions, qui sont en ' accord parfait avec Fétat des lumières , avec les intérêts et les besoins de la société. C'est la perfection de la liberté sociale, ou, en d'autres termes, c'est la garantie assurée des droits publics et privés, qui ennoblit les destinées des peuples, et qui a élevé les États-Unis au rang honorable qu'ik occupent parmi les nations civiiisée^l Là, chaque individu, placé ' sous l'empire des lois, ne redoute aucune injus* tice, et marche avec fierté sur une terre irié- Tocablement affranchie ; là , chaque citoyen , k l'abri de l'insulte des privilèges, occupe dans la société la place q«l M est assignée par son mérite , par son caractère et par ses vertus.
lit. a4
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S) La société, dit Tautciir, n^esi j^as composée^ dans les Etats-Unis, dWdies divers, les uns supérieurs , les autres inférieurs. Oa n'y voit point d'individus décorés de simples titres dépourvus d'attributions réelles : car des ordres élevés sans privilèges et sans autorité, des titres sans fonctions y semblent, dans une république, des fictions peu dignes d'kommes graves et raisonnables. Une magistraluie et des pouvoirs y sont toujours attachés k un titre, et ces titres ne «sont honorifiques qu'autant que les magistrats remplmenl dignement leurs emplois.
)) Chez celte nation , car déjà ces peuples en forment une , la liberté ne dépend ni de la sagesse, ni de la modération d'un seul; elle a les lois pour sauvegarde , et elle est la plus parfaite qui convienne à l'homme en ao* oîété. »
Rien de plus commun ,»parmi les apoiogis^ tes des i^nstitatiiMis nées dans les temps de barbarie , que la* maxime suvvafite : <i Une constitution écriie n'est qu'une chimère. »
Tootes les ressonrces da sophisme ont ëtë épuisées pour convertir cette proposition en axiome , et ponr la faire admettre au nombte des vérités reconnues^ Des hommes qni ne croient ni aux progrès de U raison y ce qm proure une rare connaissance de soi-même , ni an perfectionnement dés choses humaineS) ont soutenu cette opinion avec persévérance , et méïne avec torne sorte de fureur. Il est difficile de convaincre des eqnrits ainsi disposés. Je ne sais quel sceptique niait le mouvement; son antagoniste marcha devant lui , mais le discipfle de Pyrrhon ne fut point convalincu. En opposant un fait illcontestable aux partisans de la législation primitive, M. Barbé- Marbois sera-t-il plus heureux que l'adversaire du sceptique.
« Les constitutions nouvêlUê des Ëlats-* Unis, dit-il , ont été rédigées par des sages doués de la plus noble ambition , celle de rendre les hommes heureux , et ils ont rempli complètement ce sublime dessein» »
Les constitutions écrites des États-Unis
3'ja
ejmfeent depuis plus d'un demi -siècle ; elles ont subi l'ëpieuve des situations politiques les ]4us opposées ', elles ont lësistë à l'état de guerre comme à l'état de paix : ainsi , le temps a consacré l'œuvre de la sagesse. La cause du despotisme est enfin décidément jugée et perdue au tribunal de la raison et de l'expérience.
I £n poursuivant son examen de la situation morale des Etats-Unis , M. Barbé-Marbois
I est arrivé à une observation judicieuse et utile : c'est que la religion n'est point dans ce pays l'auxiliaire de la politique ; qu'elle est seulement une pensée du cœur, un sentiment qui âève l^me et qui contribue au bonbeur.
« Là y dK-il , toutes les religions qui recon- Missent loChristsont également révérées. Le gouvernement n'en préfière aucune , et nulle n'a besoin d'élrt protégée contre les autres. La morale divine , qu'elles professent toutes, les protège suffisamment ; et ceux qui gouvernent sont profondément pénétrés de celle vérité, qu'un état tombe en ruine aussilAt que la r<4igioR cesse d'y être en honneur.
D& LITTBRATURB. 3']3
V Une force supérieure à l'autorité des,ma* gistrats , à la craiote des châtiments , à la ▼!gilance des gardiens préposés à l'ordre , une force qu'aucune autre ne saurait égaler, pré* vient les délits, maintient la tranquillité pu** blique : c'est le bonheur, qu'on est sûr de trouver dans toutes les classes et toutes les professions. Pour une société aussi fortunée , la religion n'est plus un instrument de crainte , nécessaire à la conservation de l'ordre et de la paix : elle est une jouissance de plus et une récompense nouvelle pour la vertu. »
Les avantages qui résultent de la position physique des Etats-Unis sont développés, dans le discours de M . Barbé-Marbois , avec force et avec préciaion. L'importance de cette citation en justifiera l'étendue :
ce Leur territoire , éloigné du pôle d'un côté , et voisin du tropique de l'autre , embrasse les contrées les plus favorisées par le soleil et les saisons , et la durée du jour j est le plus convenable aux travaux de l'homme.
Il est vrai que, leurs terres n'ayant été que réceaiinent dépouillées des arbres qui les coih vraient , leurs hivers sont plus rudi^s que ceux de plusieurs régions du globe qui sont situées sous les mêm^ climats. Les habitants ne sont pas pourtant condamnés à l'iu action , comme tant d'autres peuples qui ne font, pour aîosi dire , que végéter pendant cinq à six mois de Tannée.
)) Tandis que la neige couvre les champs , leurs navigateurs parcourent encore VOcéan dans toutes les directions. Des charpentiers et autres artisans sont occupés à construire, à r^rer des navires , ou à bâtir des maisons dans des villes nouvellement fondées. Une glande partie de la toile et du drap qui se consomment dans Tintérieur du pays y sont fabriqués. Plusieurs s'adonnent à la chasse ou à la pêche, et tous sont occupés pendant l'année entière à quelques travaux utiles. Bornés à l'orient par l'océan Atlantique , ils s'éten» dxont, k l'occident, jusqu'à la nier Pacifique. Peut-être ont-ils aujourd'hui trop de provinces maritimes, relativement à leur popula-
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tioa ; mais cet ineonvënîent , s'il existe , s'affaiblit de jour en jour; et, avant la fin du siècle , la proportion convenable sera établie entre la classe des cultivateurs et celle des gens de mer«
y> Les pêcheries du grand banc ( Terre- Neuve ) sont le patrimoine des Américains plus particulièrement que des autres nations. Toutes celles du monde pourraient y diriger leur activité sans qu'il fût épuisé. Les récoltes en sont epcore plus assurées que les moissons des campagnes ; elles sont , avec la pêche de la baleine , Técole la plus propre à former d'excellents marins , et aucun peuple du monde ne doit avoir une {dus grande part à ces richesses naturelles que les Américains, voisins de ces parages.
)) Les États-Unis deviendront , par l'effet nécessaire de leur situation, l'entrepôt de l'Europe et de l'Asie , qui sont les deux plus industrieuses parties de la terre Déjà les A méricains fréquentent les ports de la Chine et des grandes Indes , sans tout l'appareil, sans
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la dépense des compagnies, des comptoirs fortifiés et des garnisons. Cette économie lear permet de vendre leurs marchandises à meilleur marché, et d'acheter moins chèrement* On croirait difficilement que leur commerce en Asie approche déjà de ia moitié de celui de l'Angleterre dans ces pays. Ainsi, ils prennent sans effort une part considérable à la navigation du globe , et ils l'ont obtenue sans usurper les droits des autres peuples, parce que leur commerce maritime est à peu près proportionné à leur territoire, à ses produits, à l'étendue de leurs côtes , à leur population. Cette révolution est commencée, le temps l'achèvera; et, malgré toutes les résistances, la civilisation se répandra de proche en proche, d
Ces espérances n'étonnent point la raison ; elles se réalisent déjà dans ce pays où le commerce , les arts , les lumières , tous les biens qui accompagnent la civilisation , ont feit depuis l'émancipation des progrès si rapides. On ne peut attribuer qu'à la bonté des institutions politiques, et à l'une de ses conséquences les plus heureuses, je veux dire à la saffesse
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des adiDioistralioiis particulières el à celle du gouvernement fédéral , cette saite non interrompue de perfectionnements et de prospérités. Une seule idée pénible se mêle aux consolantes réflexions qu'inspire un phénomène si nouveau dans Thistoire des peuples.
L'expérience des siècles , le souvenir des révolutions humaines, excitent quelque inquiétude pour l'avenir. On craint pour les États- Unis les funestes effets de l'ambition particulière , de l'inégalité des fortunes » de cet amour d es conquêtes qui enivre les nations , prépare leur décadence , et couvre des pompes d'une gloire trompeuse les funérailles de leur liberté.
V Je crois que , dans les circonstances où se trouvent les États-Unis, le passé ne peut ser* vir de règle pour l'avenir. Il est vrai que des \
peuples libres se sont éteints dans le despotisme ; mais ces peuples avaient-ils une idée précise de leurs droits et de leurs devoirs? ^' i Connaissaient-ils ces institutions protectrices, cette indépendance des tribunaux, ces assemblées représentatives si redoutables à la ty-
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raimie , cette feroe de lV>pinioQ qui nbjiigoe les esprits les plos rebelles? Chez les anciens, la liberté n'était qu'un sentiment; aujourd'hui, c'est tout à la fois un sentiment et une science positive. Nous savons tous comment la liberté se perd ; nous connaissons tous les moyens de la défendre.
Voilà plus d'un demi-siècle que les Etats- I Unis sont heureux et libres. La liberté a je- I té de profondes racines dans ce pays ; elle ' entre dans les premières affections du cœur j dans les premières combinaisons de la pensée ; elle est protégée par la religion et par les j lois ; elle se lie à toutes les habitudes , à tou-> j tes les opinions , à tous les intérêts ; enfin ,
elle est devenue la raison commune et le besoin de tous*
Proposez la servitude à un tel peuple ; essayez de le ramener à ce que vous nommes la législation primitive ^ ou l'unité^ c'est-àdire à l'ignorance et au despotisme ; entassez sophisme sur sophisme pour lui prouver la paternité du pouvoir arbitraire: il ne vous
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comprendra pas, et c'est ce qui pourra voua arriver de plus heureux.
Ou redoute les ambitions particulières.
(( Mais à quoi pourraient -elles se prendre , observe M. fiarbé-Marbois , dans un pays dont les institutions civiles, noiilitaires , e% mémQ religieuses, ont pour but l'égalité entre les citoyens; où il n'y a ni malheureux, ul opprimés; dans un pays qui, n'ayant aucun voisin à redouter , n'a pas besoin de milices nombreuses toujours armées, et dans lequel le despotisme militaire ne pourra jamais s'introduire. L'ambitieux ne pourra donc as* pirer qu'à la gloire légitime d'avoir mieux réussi à faire le bonheur de ses concitoyens; et si la nature lui a départi des qualités su«périeures, ses désirs seront facilement accomplis : car, parmi eux, aucun homme capable de remplir dignement des postes importants ne demeure long-temps ignoré.
D Deux causes soutiendront la liberté aroé* ricaine, ajoute l'auteur : une bonne consti"-
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tution, et des terres d'une fécondité inépuisable , qui , pendant plus de dix siècles , pourront être distribuées à une population toujours croissante. »
Qu'il me soit permis de fortifier ces re-> marques par une observation de quelque importance. Le législateur a sagement pourvu aux inconvénients de l'inégalité des fortunes. Lorsqu'il n'existe point de dispositions testamentaires , aucun droit exclusif n'est admis dans la distribution des béritages. D'un autre côté, les filles n'apportent en dot à leurs époux que leurs cbarmes et leur fécondité.
Dans un pays où l'on rencontre souvent de nombreuses familles , ces deux coutumes opposent un puissant obstacle à l'accumulation des richesses.
Parlerai -je de l'amour des conquêtes?
Comment cette passion cala miteuse pourraitelle égarer les conseils publics d'une nation qui , en partant d'une ligne de près de quinze cents lieues de côtes, peut étendre les nobles conquêtes de l'industrie et des arts, des
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bords de l'océan Septentrional jusqu'aux rivages de la mer Pacifique. Telle est l'heui^use situation des Etats-Unis , que la nature ellemême favorise leurs institutions , et défend au despotisme d'approcher de cette terre , véritable patrie de la liberté. Je m'aperçois, un peu tard , que les considérations qui naissent en foule à la lecture du discours de M.. Barbé-Marbois m'ont fait franchir les limites d'une simple analyse. Pour mériter l'indulgence de meç lecteurs , je vais laisser parler l'auteur lui-même. Cette dernière citation servira de complément à quelques idées que je n'ai pu qu'indiquer.
a Heureuse nation ! s'écrie cet écrivain philosophe et ami de l'humanité ; heureuse nation dont la félicité ne sera limitée ni par les temps, ni par les lieux ! Déjà , et depuis un grand nombre d'années, les effets ont commencé à en être ressentis par-delà les mers qui la séparent des autres continents. Les États-Unis offrent un asyle, l'abondance et la paix, à tous les infortunés du monde. Les potentats de l'Europe entière, ceux même
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dont rautorité était illimitée , ont cédé sans effort à cette influence bienfaisante ; ils ont reconnu par quels mojens ils pouvaient retenir leurs sujets ^ous le sceptre. Une juste liberté , des lois égales pour tous , ne leur in- ^ire^t plus d^nquiétudè; et ils rconnaissent la nécessité d'établir leurs ponroirs sur ces fondetiiènts immuables. Ils peuvent offrir aux uns leurs brillantes fiâveurs , a^x autres l'éclat de la gloire et de la renommée, et en même temps assurer h tous des jouissances exeinptes de Tagitation qui trouble les états populaires. Si même ces baillantes chimères, perdant chaque jour de leur prix atix yeux de la raison, cessaient d'être un moyen de gouverner plus facilement , ils eil ont d'autres mille fois plus efficaces , et qui sont indépendants des vicissitudes humaines. Ib ont cette sagesse royale qui n'est autre chose que la réunion des vertus et des qualités nécessaires à ceilx (](ui occupent le trône pour rendre les hommes heureux et la société florissante. Os vu souvent la prospérité des peuples unie à la gloire des monarques; et jamais, peut-être, les circonstances ne furfut plus favorables
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qu'aujourd'hui à cette heureuse intelligence ; jamais on n'eut plus de motifs d'y compter.
Que l'impulsion donnée se conserve et se propage , le bonheur pubUc , plus puissant que les gardes et les barrières , préviendra efficacement les murmures, les émigrations, et l'Europe participera elle^méoie au bienfait de la révolution américaine. »