‹ Œuvres de M.A. Jay (volume 2)Chapitre 13 sur 32 · N0TB · texte numérisé non relu

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feu des guerres civiles, i regagner l'indépendance «t les privilèges des grands vassaux de la couronne, qui s'étaient graduellement affaiblis depuis le règne de Louis» XI. Ils combattaient moins le pouvbir de l'église que celui du souverain. Quelques idées républicaines flottaient même au travers de ce chaos d'opinions opposées. Ainsi chacun s'occupait de ses intérêts personnels en paraissant s'occuper de l'intérêt général , et la religion servait de prétexte à la révolte et aux factions politiques. Montaigne n'avait point été dupe des apparences; et , ne partageant ni les fureurs ni les crimes dffcucun parti , il se bornait à mettre en pratique la philosophie qu'il avait puisée dans les écrits des anciens sages , et i éclairer les haïmes sur leurs devoirs et leurs vrais* intérêts.

Montaigne profita' donc des circonstances. Il avait encore un grand avantage. L'esprit de parti qui divisait alors les savanjts ou plutôt les érudits ne s'était point introduit dans la littérature, et n'en •irait point banni la franchise et la vérité. Il n'était pas nécessaire pour réussir de se ranger sous une bannière , d'appartenir à une école , de se faire l'apôtrf de certains pijncipes ; il suffisait de plaire et d'instruire. 11 n'existait point de coteries littéraires , de critiques de profession , toujours prêts i

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distribuer le blâme ou l'éloge , non suivant le mérite de l'ouvrage, mais suivant les opinions de fauteur. On n'achetait point les succès; on se contentait de les mériter.

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Rame, fàre et vertu&un, devint sa pairie. *

Il n'y a point d'exagération dans cette pensée. C'est Montaigne lui-même qui rend témoignage de son attachement et de sa tendresse presque filiale pour cette grande cité, dont un poète célèbre a dit:

Vente d'an peuple roi , nuii reiue encor du monde.

Il faut l'entendre s'exprimer luMjrême sur ce sujet;

« J'ai vu ailleurs des maisons ruinées et des statues et du ciel et de la terre : ce sont toujours des hommes. Tout cela est vrai ; et si pourtant ne saurois revoir le tombeau de cette ville si grande et si puissante que je ne l'admire et révère. Le soin des morts^nous est en recommandation. Or j'ai été qourri dès^mon enfance avec ceux-ci. J'ai eu connoissance des affaires de Rome long - temps avant que je l'aie eue de celles de ma maison. Je vi. 12

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savois le dapitole et son plan ayant que je sceusse le Uravre , et 1* Tibre avant la Seine. J'ai eu plus en teste les conditions et fortunes de LucuUus , Métellus et Scipion , que je n'ai d'aucuns hommes des nostres.

» J'ai soutenu dijfr querelles pour la défense de Pompéius et pour'là Clause de Brutus. Cette accoïntance dure encore entre nous. Les choses présentes mesmes , nous les tenons que par fantaisie. Me troiftfent iuutfte à ce siècle , je me rejette à cet aàtre , et en suis fi eaobabouihé 9% que l'esUt de cette vieille Rome libre , juste et florissante (car je n'en aime ni la naissance ni la vieillesse ) , m'intéresse et me passionne. Par quoy je ne saurois revoir si souvent l'assiette de leurs rues et de leurs maisons , et ses Urnes profondes jusqu'aux Antipodes , que je ne m'y amuse. Est-ce par nature ou par erreur de fantaisie que la vue des places que bous savons avoir été hantées et habitues par personnes desquelles la mémoire est en recommandatita nous esmeut aucunement plus qu'ouïr le récit de leurs faits ou lire leurs escrits. Il me plaist de considérer leur visage , leur potf et leurs règlements* Je remasche ces gran^p noms entre les dents , et les fais retentir à mes oreilles.

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» Et puis cette mesme Rome que nous voyons mérite qu'on l'aime; seule Tille commune et universelle. Il n'est lieu çà-bas que le Ciel aitemb^ssë avec telle influence de faveurs et telle constance, ha ruine mesme est glorieuse et enflée , et retient-elle au tombeau des marques et imaiges d'empire. Ut palamoUunoinloeogaudentisopusessenaturœ.»

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jtvec quoi intérêt ne le suivrions-nous pas dans une tour élégante et corrompue, dévote et licencieuse , où régnait cette MjfKcis qui confondit ê ^intrigue avec la politique,* et la cruauté avec ta force.

On ignore assez généralement qUe Montaigne/ut quelque temps placé en qualité de secrétaire dans le cabinet de la reine Catherine de Médicis. C'est sans doute à cette époque qu'il fut décoré du cordon de lV>rdi% de Saint-Michel , faveur très recherchée •Tant rinfetitation de Tordre do Saint-Esprit par Henri HP.

Il nous reste un monument authqptiqu&jle remploi que Montaigne exerçait à la cour : ce sont des avis donnés par Catherine de Médecis à Charles IX,

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peu de temps après sa majorité , et qui furent écrits par Montaigne lui-même. Cette pièce est un peu longue ; mais , comme eUe sert à faire connaître les mœurs du temps, j'ai cru devoir la conserver dans son entier.

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