‹ Œuvres de M.A. Jay (volume 2)Chapitre 14 sur 32 · CHARLES IX · texte numérisé non relu

CHARLES IX

« Monsieur mon fils, vous ayant déjà envoyé ce que j'ai pensé vous satisfaire i ce que me dites avant que d'aller à Gaitton(y) , il m'a semblé qu'il restoit encore ce qut j'estime aussi nécessaire pour vous foire obéir à tout votre royaume , et reconnoitre combien désirez le revoir en Testât auquel il a été par le passé durant les règnes des rois mes seigneurs, vos pète et grand-père. Pour y parvenir, j'ai pensé qu'il n'y a rien qui vous y serve tant que de voir qu'aimiez les choses réglées et ordonnées , et tellement policées que l'on connoisse les désordres qui ont été jusques ici par la minorité du roi votre frère, qui empeschoit que l'on ne pouvott faire ce que l'on désiroit. Cela vous a tant desplu

(i) Maitoa de campagne près de Rouen.

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que , incontinent qu'aYez eu le moyen d'y remédier , et le tout régler par la paix que Dieu vous a donnée , que n'avez perdu une seule heure de temps à rétablir toutes choses selon leur ordre et la raison , surfout aux choses de l'église et qui concernent notre religion, laquelle pour conserver, et par bonne vie et exemple tascher de remettre tout i icelle , comme par la justice conserver les bons , et nettoyer le royaume des mauvais , et recouvrer par là votre autorité et obéissance entière.

» Encore que tout cela serve , et sdft le principal pilier et fondement de toutes choses , si est-ce que je cuide que , vous voyant xéglé en votre personne ettfaçon de vivre , et votre cour remise avec l'honneur et police que j'y ai vus autrefois , que cela sera un exemple partout votre royaume , et une connoîssance à un chacun du désir et volonté qu'avez de remettre toutes choses selon Dieu et la raison . Et afin qu'en effet cela soit connu d'un chacun , je désirerois gue prissiez une heure Certaine de vous levers et pour contenter votre noblesse, foire comme faisoit le feu roi votre père : car , quand il prends sa chemise, et que les habillements entroient, tous les princes , seigneurs , capitaines , chevaliers de l'ordre, gentilshommes delà chambre, maistresd'hostel , gentilshommes servants , entroient lors ,

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et il parioit à eux et le voyaient , ce qui les content oit beaucoup.

» Cela fait , s'en alloit A ses afflrires y et tous sortaient hormis ceux qui en estaient, et les quatre secrétaires. Si faisiez de mesme, cela les. contenteroit fort, pour estre chose accoutumée de tout temps aux rois vo*çère et gïand-père.

» Après cela , que donnassiez une heure ou deux à ouïHes dépesches et affaires qui , sans votre présence, ne se peuvent dépescher, et ne passer les dix fceures pour àUer à la meete* Qtie tous les princes et seigneurs vous-aaccompagnasseiit» et non comme j*wus vois aflfer , que n'avez que vos #~ chers» Et au sortir de Ja messe disner s'il est tard ; ou si rien , tout promener pour voir* santé, et ne passer onze heures que ne disniez ; et après disner, pour le moine deux, foii la semaine , damier at#dience , qui est une chose qui contente infiniment tos sujets , et après vous retirer , et venir chez moi ou ehetla reine, afin que toneonnoieee une façon de oour , qui est chose qui plaist infiniment aux François. Ayant demeuré demi-heure ou une heure en public , vous retirer ou A votre estude , ou en privé , où bon vous semblera ; et sur les trois heures après midi , vous alliez vous promener à pied ou <r

cheval) afin de tous montrer et eontqnter la noblesse \ et passer votre temps arec cette jeunesse à quelque exercice honneste, sinon tons les jours , an moins deux ou trois fois la semaine : cela les contentera tons beaucoup, l'ayant ainsi accoutumé du temps du roi votre père, qui les aimoit infiniment. Après cela , souper avec voire famille ; et Paprèfl-soupée , deux fois la semaine , tenir la $àUe du bal y car j'ai ouï dire au roi tertre grand - père » qu'il failoit , pour vivre en repos a^ec les Fran- » çois, et qu'ils aimassent leur roi , les tenir joyeux, » et occuper A quelque exercice.» Pour cet &et» il faut souVfent combattre à cheval, à pied, avecta lance. Au temps passé, les garnisons de gens-d'an&ts estoîent parles provinces, oùla noblesse d'alentour s'exerçoit A courre la bague ou tout antre ejterctee honneste ; et outre qu'ils servoient pour la eeureté du pays , ils contenoient les esprits de pis ftvre.

■>* » Or , pour retourner en la police déjà cour » du temps du roi votre grand-père, il n'y eut homme Bi hardi d'oser dire dans sa cour mjnte k autre : ear 9 s'il eust été oui , il eust été mené au poévost de l'hostel. Les capitaines de ses gardes sdprçn^noient ordinairement par les salles, et dans la cour-, et quand l'après-di$née le roi étoit retiré en sa chambre, <hez la reine , ou che* les dames , les archers se tenoieot

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aux dalles parmi les degrés et dans la oour f pour empêcher que têt pages et laquait ne jouatteni et ne tinssent Us brelans qu'ils tiennent ordinairement dans le chasteau où vous estes logé, avec blasphèmes et jurement», chose exécrable -, et devez renouveler les anciennes ordonnances et les tostres mesmes , en faisant faire punition bien exemplaire , afin que chacun s'en abstienne. Aussi , les Suisses se promenoient i la cour ; et le prévost de rbostel avec ses archers dans la basse-cour et parmi les cabarets et lieux publics , pour voir ce qu'il s?y fait et empescher les choses mauvaises , et pour punir ceux qui avaient délinqué. Les portiers ne ktissoient entrer personne dans la cour du chasteau, si ce n'estoit les enfants du roi, les frères et sœurs*, en coche , à cheval , en litière* Des princes et princesses descendoient dessous la porte -, les autres hors la porte. Tous les soirs, depuis que la nuit venoit, le grand-maistre avoit commandé au maistred'hostel de foire allumer des flambeaux par toutes les salles et passages , et aux quatre coins de la cour et degrés, des falots-, et jamais la porte du ehasteau n'estoit ouverte que le roi ne fust éveillé, et n'y entrait ni sortoit personne quel qu'il ftist. Comme aussi au soir, dès que le roi estoit couché, on fermoit les portes , et an mettait les clefs sous le chevet de son M. Au matin , quand on alloit ouvrir pouK

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ftot) disner » le gentilhomme qui tranchoit devant loi alloit quérir le couvert , et portoit en sa main la nef et les couteaux avec lesquels il devoit trancher ; devant lui , l'huissier de salle $ et après, les officiers pour couvrir. Gomme aussi, quand on ailoi ta la viande, le maistre-d'hostel y alloit en personne et le panetier, et après eux, c'ét oient enfants d'honneur et pages sans valetaille , ni autre que ressuyer $e cuisine, et cela estoit plus seuret plus honorable.

m L'après~disnée et l'après-eoupée , quand le roi demandoit sa collation , un gentilhomme de la chambre l'alloit quérir ; et , s'il n'y en avoit point, un gentilhomme servant qui portoit en sa main la coupe ; et après lui venoient les officiers de la paneterie et échansonnerie. Ainsi, en la chambre n'entroit jamais personne quand on faisoit son lit; et si le grand-chambellan ou premier gentilhomme de la chambre n'estoit à le voir foire, y assistait un des principaux gentilshommes de ladite chambre $ et au soir le roi se déshabilloit en la présence de ceux qui au matin estaient entrés lorsqu'on portoit les habillements. a

» Je vous ai bien voulu mettre tout ceci de la façon que je Pai vu teniraux rois vos père et grand-

l^O NOTES.

père , pour les avoir tus tous aimés et honorés de leurs sujets ; et en étaient si contents que , le désir que j'ai de tous voir de mesme , j'aij que je ne vous* pouvois donner meilleur que de régler comme eux.

» Monsieur mon fils , après vous avoir parié de la police de la cour , et de ce qu'il but faire porf rétablir tous vos ordres en votre royampe , il me semble qu'une des choses la plus nécessaire pour vous faire aimer de vos sujets , c'est qu'ils connoissent qu'en toutes choses avec soin d'eux , autant de ceux qui sont près de votre personne que de ceux qui en sont loin. Je dis ceci , parce que vous avet vu comme les malins , avec leur méchanceté , ont fait entendre partout que vous ne soucies de leur considération , aussi que n'aviez agréable de les voir; et cela est procédé des mauvais offices cl menteries dont se sont aidés ceux qui , pour vous faire haïr, ont pensé s'establir et s'accroître) et que pour la multitude des affaires et négligence de ce» à qui faisiez les commandements , bien souvent les dépesches nécessaires , au lieu d'être diligemment répondue^ ne l'ont pas esté ; au contraire ont de* meure quelquefois un mois ou six semaines , qui estoit cause que, voyant telle négligence» on peosoit estre vrai ce que disoient ces malins. Voilà qb qui

me Ait vous supplier que dorénavant vous n'ometties un seul jour, prenant l'heure à votre commodité, que ne voyea toutes les dépesches, de quelque part qu'elles vieniant , et que preniex la peine d'ouïr celles qui tous sont envoyées* Si ce sont choses de quoi le conseil puisse vous soulager , les y envoyer , et faire un commandement au chancelier pour Jamais , que tontes les choses qui concernent les affaires de votre estât , qu'avant que les ipaistre* des requestes entrent au conseil , qu'il aye à donner une heure pour les dépesches ; et après faire entrer les maistres des requestes et faire suivre le pour les parties.

» Cest la forme que , durant les rois mes seigneurs, vos père et grand- père, tenoient M. le connétable et ceux qui assistaient audit conseil* Les antres choses qui ne dépendent que de votre volonté , après , comme dessus est dit , les avoir entendues , commander les dépesches et réponses , et selon votre volonté, aux secrétaires* Le lendemain , avant que rien voir de nouveau , vous les faire lire * et commander qu'elles soient envoyées sans délai* Ce faisant , n'en viendra point d'inconvénient à vos affaires. Vos sujets connoistront le soin qu'ave* d'eux ; cela les fera plus diligents et soigneux ; et connoistront davantage combien vous voulez con-

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serrer votre état et le soin que prenez de vos affaires. Quand il viendra, soit de ceux qui ont charge de vous ou d'autres des provinces , pour vous voir, il faut que vous preniez la peine de parler à eux , leur demander de leurs charges , et , s'ils n'en ont point , du lieu d'où ils viennent. Qu'ils connoissent que vous voulez savoir ce qui se fait parmi votre royaume ; et leur faire bonne chère , et non pas parler une fois à eux -, mais , quand les trouverez en votre chambre ou ailleurs , leur dire toujours quelque mot.

» C'est comme j'ai vu faire aux rois vos père et grand-père , « jusqu'à leur demander , quand ils • » ne savoient de quolles entretenir, de leur ménage, » afin de parler à eux, et de leur faire connois tre qu'il » avoit bien agréable de les voir. » En ce faisant, les menteuses inventions qu'on a trouvées pour vous déguiser à vos sujets seront connues de tous ; en serez mieux aimé et honoré d'eux ; car , retournant à leur pays , feront entendre la vérité , si bien que ceux qui vous ont cuidé nuire seront connus pour méchants , comme ils sont. Aussi je vous dirai que, du temps du roi Louis douzième votre aïeul , qu'il avoit une façon que je désirerois infiniment que vous voulussiez prendre pour vous oster toutes les importunités et presses de la cour , et pour faire

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conooistre à tous qu'il n'y a que tous qui donne les biens et honneurs : vous en serez mieux servi et avec plus de faveurs. Il avoit ordinairement en sa poche le nom de ceux qui a voient charge de lui , fust-ce près ou loin , grands et petits comme de toutes qualités ; comme aussi il avoit un autre roole où estoient écrits tous les offices , bénéfices , et autres choses qu'il pouvoit donner. Il avoit fait commandement à un ou deux des principaux officiers en chaque province que , quelque chose qui vaquast ouavinstde confiscations, aubaines, amendes et autres choses pareilles, nul ne fust averti que premièrement ceux à qui il en avoit donné la charge ne l'en avertissent par lettres expresses , qui ne tombassent es mains des secrétaires ni autres que de lui-même. Lors, il prenoit son roole , et regardoit selon la valeur qu'il voyoit par icelui , ou qu'on lui demandoit ; et selon le roole qu'il avoit dans sa poche , il donnoit à celui que bon lui sembloit , et lui en faisoit faire la dépeschelui-mesme sans qu'il en sust rien $ ill'envoyoii à celui à qui il le donnoit. « Et si de fortune , quelqu'un en étant » averti le lui vendit demander, il le refusoit : car » jamais à ceux qui demandoient il ne donnoit , » afin de leur oster la façon de l'importuner. Ceux » qui le servoient sans laisser leurs charges , sans * venir le presser à la cour , et dépenser plus que

» ne vaut le don bien souvent , il les récompensent »> des services qu'ils lui faisoient. »

» Aussi estoit-il le roi le mieux servi, i ce que j'ai ouï dire , qui fut jamais : car ils ne reconnoissoient que lui , et ne faisoit-on la cour à personne, étant le plus aimé qui fut jamais, et prie Dieu qu'en fassiez de même : car, tant qu'en ferez autrement aux places ou autres inventions, croyez qu'on ne tiendra pas le don de vous seul , car j'en ai oui parler où je suis.

» Je ne veux pas oublier à vous dire une chose que fahoit le roi votre grand-père , et qui loi censervoit toutes les provinces à sa dévotion. Il avoit le nom de tous ceux qui estoient de maison dans les provinces , et autres qui avoient autorité parmi la noblesse, et du clergé des villes et du peuple. Pour les contenter , et qu'ils tinssent la main à ce que tout fust A sa dévotion , et pour estre averti de tout ce qui se remuoit dans lesdites provinces , soit en général ou en particulier, parmi les maisons privées ou villes , parmi le clergé , il mettoit peine d'en contenter parmi toutes les provinces une douzaine ou plus ou moins de ceux qui ont plus de moyen dans le pays , ainsi que j'ai dit ci-dessus : aux uns il donnoit des compagnies de gens-d'armes ;

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aux autres , quand il vaquoit quelque bénéfice dans lemesme pays, il leur eu donnoit; comme aussi des capitaines des places de la province et des officiers de judicature , selon et à chacun sa qualité. Cela les contentoit de telle façon qu'il ne s'y remuoit rien, fust-ce au clergé ou au reste de la province, tant de la noblesse que des villes et du peuple, qm'il ne le suit. En estant averti, il y ïamédioit, selon «pie son service le portoit, et de si bonne heur** qu'il empeschoit qu'il n'advinst jamais rien contre son autorité ni obéissance qu'on lui devoit porter. Je pense que c'est le remède dont vous pourras user pour vous faire aisément et promptement bien obéir % et oster et rompre toutes autres lignes , accointances et menées , et remettre toutes choses sous votre autorité et puissance seule.

» J'ai oublié un autre point qui est bien nécessaire , et cela se fera aisément si vous le trouvez bon : c'est qu'en toutes les principales villedde votre royaume vous y gagniez trois ou quatre des principaux bourgeois , et qui ont le plus de pouvoir en la ville , et autant de principaux marchands qui ayent bon crédit parmi leurs concitoyens ; les favorisant par tyenfaits et aufres moyens , sans que le reste sfen aperçoive , et puisse dire que vous rompiez leurs privilèges, tellement qu'il ne se fasse

et dise rien au corps de ville, ni par lés maisons particulières , dont ne soyez averti , et que , quand ils viendront à faire leurs élections pour leurs magistrats particuliers, selon leurs privilèges, que ceux-ci, par leurs amis et pratiques, fassent toujours élire ceux qui seront à vous entièrement; qui sera cause que jamais ville n'aura autre volonté , et n'aurez point de peine i vous y faire obéir : car, en un seul mot, vous le serez toujours en ce faisant.

» Monsieur mon fils, vous en prendrez la franchise de quoi je le vous envoie, et* le bon chemin. Ne trouverez mauvais que Je Fade fait écrire à Montaigne, car c'est afin que vous le puissiez mieux lire. C'est comment vos prédécesseurs (aisoient.

» Catherine. »

Cens qui ont étudié dans l'histoire le caractère et les mœurs de Catherine de Méditis , et qui ont lu avec quelque attention les réflexions que Montaigne a répandues dans son livre sur les devoirs des souverains , reconnaîtront sans peine que les avis qu'ils viennent de lire sont l'ouvrage de Montaigne lui-même. Charles IX ne sut point en profiter. Les désordres de toute espèce augmentèrent

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*eus son tègne , et furent portes au comble sous celui de son successeur. De toutes les qualités distkictives des Valois, Henri III ne conserva que le courage personnel , la clémence et la libéralité. Fils d'une mère superstitieuse et livrée à la galanterie, il joignit la débauche à la superstition , et se rendit odieux à ses sujets. On connaît sa fureur pour les déguisements et les proeqpsions religieuses, toujours suivies d'excès en tout genre. Il avait institué des confréries de pénitents, dont les assemblées finissaient toujours par des orgies scandaleuses. Poncet , fameux prédicateur , leur en faisait en chaire de sanglants reproches. « J'ai été averti- de 11 bon Heu , disait-il , qu'hier au soir, qui étoit le » vendredi de leur procession , la broche tournoit » pour le souper de ces gros pénitents, et qu'après » avoir mangé le gras chapon , ils eurent pour col- » lation de nuit le petit tendron qu'on leur tenoit » tout prêt. Ah! malheureux hypocrites, vous vous » moquez donc de Dieu sous le masque, et portes » par contenance un fouet à votre ceinture ! Ce » n'est pas là, de par Dieu, où il faudroit le por- » ter : c'est sur votre dos et sur vos épaules, et vous » en étriller très bien ! Il n'y a pas un de vous qui ».ne l'ait bjen gagné. »

Telle était l'éloquence du seizième siècle -, et cette iv. i3

]g4 NOTES.

audace du prédicateur annonçait assez fat4aiblesse du gotivernenient et lea révolutions qui devaient en résulter. Ces orateurs séditieux étaient pour la plupart vendus aux Guises. Poncet ne reçut d'autre punition que l'ordre de se retirer en son abbaye de Melun. Le duc d'Épernon voulut le voir lorsqu'il sortit de l'appartement du roi*, « Monsieur notre » maître , on dit que vous faites rirfe les gens k vo- » tre sermon : cela*n'est guère beau. Un prédicateur » comme vous doit précheg pour édifier, et non poor » faire rire. — Monsieur, répondit Poncet avec fer- » meté, je veux bien que vous sachiez que je ne » prAehe que la parole de Dieu , et qu'il ne vient » point de gens à mon sermon pour rire, s'ils ne » sont méchants ou athées, et aussi n'en ai jamais » fait tant rire que vous en avez fait pleurer. » Cette réponse hardie ferma la bouche an courtisan.

J'espère qu'on me pardonnera cette aion, qui sert i faire connaître le siècle où vivait Montaigne, et combien il était supérieur à ses contemporains.

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H fui décoré de tordre du prince à um époque m il était encore honorable ty h recevoir. #

« L'ordre Saint-Michel , dit Montaigne , qui a été

«orra. ig5

si longtemps en créait parmi noA, n'a voit point de plus grande commodité que celle-là de n'ayair communication d'aucune autre commodité. Cehi faisoit qu'autrefois il n'y avoit ni charge ni état, quel qu'il fttt , auquel la noblesse prétendit avec tant de désir et d'affection qu'elle faisoit A Tordre , ni qualité qui apportât plus de respect et de grandeur, la vertu embrassant et aspirant plus volontiers à une récompense purement sienne , plutôt glorieuse qu'utile.

» Il est bien certain que la récompense de Tordre ne toucfcoitpas, au temps passé, seulement la vaillance; elle regardoit plus loin. Ge n'a jamais été le paiement d'un vAeureus soldat, mal d'un capitaine fameux. La science d'obéir ne méritoit pas un loyer ai honorable. On y requéroit anciennement une expertise bellique plus universelle,* et qui tanbrass&t la plupart et plus grandes parties d'un 4ommç nmtaire (neque éktm eœckm miUtares et impemtotim artes tutti ), qui fût encore, outre cela , de condition accommodable f une telle dignité. >** * •'.■- <■

ie parle ensuite d'un nouvel

s'agissait d'établir, et il sjUjUe : « Les règles de la

dispensation de ce nouvel ordre auroient besoin

ig6 N0TB8.

d'être extrêmement tendues et contraintes pour loi donner autorité , et cette saison tumultuaire n'est pas capable d'une bride courte et réglée , outre ce qu'avant qu'on lui puisse donner crédit , il est besoin qu'on ait perdu la mémoire du premier et du mépris auquel il est chu. »

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A peine o-/-fl touché cette terre des héros que son

génie s'enflamme,

La seule partie du voyage de Montaigne qui me paraisse digee de son talejxt, c'est celle où il parle de Rome; et je crois faire plaisir au lecteur d'en extraire ce qui s'y trouve de plus frappant.

11 disait « qu'on ne voyoit rien de Home que le » ciel sous lequel elle avoit été assise et le plan de » son gfte; que cette science qu'il en tvoitétoit une » science abstraite et contemplative, de laquelle il » n'y avoit rien qui tombât sous les sens.,Ceux qui » disoient qu'on y voyoit au moins les ruines de » Home en disoient trop , car les ruines d'une si « épouvantable machine jrapporteroient plus d'hoo- »jaeur et de révérence 4 sa mémoire : ce n\

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» rien que son sépulcre. Le monde , ennemi de sa » longue domination, avoit premièrement brisé et

* fracassé toutes les pièces de ce corps admirable, » et parce que, encore tout mort, renversé et défi-

* garé, il lui faisott horreur, il en a voit enseveli » les ruines même.

» Ces petites montres de sa ruine qui paroissent » encore an-dessus de la bière , c'était la fortune » qui les avoit conservées po*r le témoignage de » cette grandeur infinie que tant de siècles, tant » d'incendies , la conjuration du monde réitérée » tant de foi» à sa ruine , n'a voient pu nuiverseU*- » ment éteindre. Mais étoit vraisemblable que ces » membres défigurés qui en restaient , c'étaient les » moins dignes , et que la furie des ennemis de cette » gloire immortelle les avoit portés premièrement » à miner ce qu'il y avoit de plus beau et de plus » digne. Les bâtiments de cette Rome bâtarde qu'on » alloit à cette heure attachant â ces masures, quoi-

* qu'ils eussent de quoi ravir en admiration nos » siècles présents , lui fitisoient ressouvenir pro- » prement des nids que les moineaux et les corneil- S les vont suspendant en France aux voûtes et pa-~ » rois des églises que les huguenots viennent d'y » démolir. Encore craignoit-i , â voir l'espace » qu'occupe ce tombeau , qu'on ne le reconnût par*

» tout > et que la.sépultur? e ne fût eUe-méme pour » là phyart ensevelie. *

» Que cela de voir une si chéti ve décharge comme

* de monceaux de tuiles et pots cassés. être ancien- » nemeflt arrivée â un monceau d» grandeur si » excessive qu'il égale en hauteur et largeur plu- » sieurs naturelles montagnes (1) , c'était une exil presse ordonnance des destinées, pour faire sentir a au monde leur conspiration à la gloire et préémi-

* nanee de cette ville par un si nouveau et extraor-

* "dinaire témoignage de sa grandeur. Il dteoft ne »"peuv*tt,aiséttient faire contenir , vu le peu d'es-

* pae* et 4e lieu que tiennent aucun* de ces monts , a et notamment lepplus fameux , comme le Capi-

* ftftUn et l*Falatia, qu'il y rangeai uo si grand » nojabrfc d'édifices. A vctfr seulement ce qui reste » du temple de la Paix , le long du Forum romain num , duquel on voit encore la chute toute vive » comme d'une grande montagne dissipée en plua sieurs horribles rochers , il ne semble que deux « tels bâtiments pussent tenir en tout l'espace du

(1) ft?orme ce qu'on nomme aujourd'hui le Mont-TesUrté t Moate-Tettaceo*

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