ESSAI
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l'Etablissement monarchique de louis xiv et sua l'alteration qu'il eprouva pendant la vie de ce prince , avec un extrait dbs memoires de d4n6bau *
PAR LEMÔNTEY.
Où accuse souvent les Français de gçgiiger les étude* sérieuses ; cfest un reproche qu'on ne prononce plus que par habitude , et parce
aôo MÉLANGES
qu'il en coûte toujours un peu de renoncer aux formules de dénigrement. C'est ainsi que nous subissons encore le blâme d'une frivolité dont les grands spectacles de la politique, et une alternative inouïe de succès et de revers, ont dégagé le caractère national. Il faut pourtant se résoudre à croire que ce qui était vrai il y a trente ans peut être faux aujourd'hui. Je sais quW existe un certain nombre de phrases rédigées en forme de sentence . et destinées à rattacher ou plutôt à confondre deux époques bien différentes. Otes apophthègmes vulgaires sont à la portée de toutes les mémoires , et trouvent place dans les esprits les plus étroits- mais des liens aussi fragiles ressemblent à ces fils légers que l'industrie d'un insecte attache aux ruines des vieux monuments , et que le moindre souffle fait dis* paraître.
Depuis que la nation est comptée pour quelque chose et que la machine du gouvernement a été montée au grand jour, les temps passés sont devenus l'objet d'une utile investigation. L'ancienne monarchie a éprouvé le sort de
DE LITTÂBAWJBB. 2&L
tant d'hommes célèbres exposés, pendant leur vie, à l'indifférence contemporaine, et qui excitent , après leur mort, une vive curiosité. Nous demandons des historiens à notre littératnre avec autant d'instance qu'on lui demandait autrefois, des historiographes. S'U manque aux «annales françaises un Tacite ou un Tite-Live , l'esprit de notre époque n'en est point responsable j tout est prêt, le gjéqjç peut arriver quand il voudra.
L'introduction à l'histoire critique de la France depuis 1716 , qui v\çnt d'être publiée sur le titre modeste <X Essai sur l'établissement monarchique de Louis XI f&, nous annonce un historien, et l'apparition de, ce phénomène est une bonne nouvelle que je me hâte d'annoncer à la république des lettrçs.
Je me propose d'e$aniinçr à loisir cette production remarquable sous plusieurs rapports; je vais me débarrasser aujourd'hui des JVawneaux mémoires de ce Pangeau , que M* Leinontey nomme judicieusement le Suétone du dix -septième siècle : en effet , ce courtisan ne quflte jamais l'antichambre, et on reconnaît
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aisément daaa son style finfiuettce dé fcr livrée.
C'est au* soins de madame de GenKs que ùous devons les anciens mémoires de D»
geau. En parcourant, à l'époque de h publication, ce recueil indigeste d'événements vulgaires et d'anecdotes sans intérêt , je fus surtout frappé de l'immense labeur auquel madame de Genlis s'était volontairement cou* damnée. Comme cette dame a trop d'esprit pour se livrera des travaux stériles , je cherchai quel avait pu être son but çn disputant à l'oubli les pages arides du grand-maltie de l'ordre de Saint-Lazare. Sa préface m'assurait qu'elle avait voulu rendre service h la mémoire de Louis XI Y, et fournir de nouveaux arguments aux ennemis de la philosophie ; mais la lecture de l'ouvrage produisit on effet contraire. Louia XIV est un de ces rois qu'il ne faut pas considérer avec une attention trop familière , et qui ont. besoin , pour faire eflfct, du prestige de l'éloignement et d'un costume de théâtre. On peut nous montrer Henri IT jouant avec ses enfants en barette et en justau-
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corps: ce segi toujours le bon roi ; mais je ne conseillerai jamais aux admirateurs de Louis XIV de nous le présenter sans la majesté d'une chevelure empruntée et la décoration d'un ample manteau royal. L'imagination ne peut séparer ce roi des attributs extérieurs de la royauté. Il figure assez bien dans l'histoire ; mais les mémoires particuliers lui donnent une attitude gauche et fâcheuse : le despotisme n'est jamais à son aise en robe de chambre.
Ces considérations si simples avaient-elles échappé à la pénétration de madame de Genlis? Je ne puis me déterminer k le croire.
Persoftne plus que moi ne rend justice k la variété de ses connaissances , à la finesse de son esprit et à la délicatesse de son goé't. J'ai lu la plupart de sesx>uvrages avec un extrême plaisir ; et c'est précisément cette haute opinion de . ses talents qui me fit penser qu'elle avair tendu un piège innocent à ses lecteurs. En conséquence, je remerciai madame de Genlis , au nom des philosophes , de la publication des mémoires de Dangeau ; je prou-
vai sans . peine qu'on ne pouvait mieux s'y prendre jxrar détruire les illusions du pouvair absolu , et pour nous faire apprécier les grands avantages d'une liberté constitutionnullement établie. Les Nouveaux mémoire* dont je vais parler viennent à l'appui de cette opinion.
Veut-on une preuve de l'insensibilité de Louis XIV? Lisez le trait suivant :
Le prince de la Roche-sur- Yon avait striai le roi à la chasse. Le cerf le blessa d'un coup d'andouiller entre l'œil et la tempe, et l'enleva fort haut de dessus son cheval. On fut obligé de lui recoudre la peau du visage, ce he roi , dit Dapgeau , n'a point envoyé savoir de ses nouvelles , ni n'en a demandé. » Ce que madame de Genlis nomme .peu grammaticalement les étiquettes ne permettait peut-être pas à Louis XIV de s'informer si la blessure du prince de la Roche-sur-Yon était dangereuse; mais je suis porté à croire qu'en pareille occurrence* le cœur de Henri IV aurait oublié le cérémonial.
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Louis XIV était crédule ; jamais roi ne fut plus aisément trompé par ses ministres. Cette assertion paraîtrait téméraire si elle n'était appuyée par des faits incontestables. Écoutons le marquis de Dangeau : « Le roi dit à monsieur le Nonce (9 octobrei685), à son lever, qu'il avait eu nouvelle que la ville d'Uzès se convertissait tout entière , à l'exemple de Nîmes et de Montpellier, et qu'il ne doutait pas que le pape ne se réjouît fort de ces belles nouvelles-là. »
Les simples lumières du bon sens auraient dû faire sentir à Louis XIV que des conversions générales et subites , en présence de la proscription et des échafauds, n'avaient rien de réel , et qu'on ne changeait pas aussi aisément de conscience que de ipasque. Mais il ne discernait pas les embûches de la flatterie , et l'ivresse du pouvoir absolu lui enlevait jusqu'à la faculté de la réflexion. Il paraît, et j'en fais l'observation avec plaisir, qu'on loi cachait avec soin l'atrocité des moyens mis en œuvre par des prêtres bourreaux pour opérer ce qu'ils appelaient , dans leur lan~
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gage hypocrite , la conversion des villes du Midi.
Les bonnes nouvelles dont il vient d'être question parvinrent an pape. L'auteur de* mémoires annonce ainsi cet événement : aLe pape a fait faire de grandes réjouissances pour la conversion des hérétiques de France. 11 a tenu un consistoire exprès, où il a donné de grandes louanges au roi , et a fait tenir une chapelle où l'on a chanté le Te Deum. Ce qui a été suivi d'illuminations dans toute la ville pendant trois jours. »
Il n'est pas inutile d'observer que ,dans le temps même où l'on chantait le Te Deum h Rome , et où le roi s'applaudissait à Versailles de la conversion des hérétiques, on était forcé d'élargir les prisons , pour recevoir les malheureux protestants, et d'entourer nos frontières d'une triple ceinture de baïonnettes, pour empêcher deux millions de Français de chercher hors du royaume un refuge contre la conversion et les tortures. Le désespoir bravait quelquefois ces redoutables barrières.
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Dangeau nous apprend de quelle manière on traitait ces émigrés :
a On eut nouvelle que le marquis de Bordage avait été arrêté auprès de Trelon , entre Sambre et Meuse j il voulait sortir arec sa famille du royaume. Sa femme a été blessée d'un coup de fusil. On mène le marquis de fiordage dans la citadelle de Lille , sa femme dans celle de Cambrai , et mademoiselle de la Mous6aic, sa belle-sœur , dans celle de Tournai ; on fait revenir les enfants à Paris, où ils seront élevés, dans notre religion. »
Je m'abstiendrai de toute réflexion sur ce raffinement de cruauté : je craindrais qu'on ne m'accusât de vouloir diminuer l'horreur que nous inspirent les excès révolutionnaires. Il y a en effet un assez grand rapport entre les crimes des deux époques; seulement les premiers n'excitèrent aucun remords j on les couvrit d'un voile religieux , et ce fut un crime de plus.
Il se trouve assez fréquemment des personnes, transportées d'enthousiasme pour les
beaux-arts, qui s'accommoderaient volontiers d'un règne tel que celui de Louis XI Y , pourvu qu'il fût accompagné de ses pompes et du génie de ses artistes. Peu leur importerait Thonneur de la France, la liberté descitoyens, la prospérité de l'état , s'ils voyaient la scène française dans une situation florissante , si des poètes comme Racine et des orateurs comme Bossuet illustraient encore notre littérature. Pour moi , quelle que soit mon admiration pour les chefs-d'œuvre de ces grands maîtres, je trouve que ce serait payer un peu trop cher sa place au théâtre ou au sermpn. Je ne me plairais nullement dans une prison , quand même l'extérieur, décoré avec un goût exquis, serait comparable , en grandeur et en magnificence , à la façade de Saint-Pierre ou à la colonnade du Louvre. Je ne connais point de chef-d'œuvre plus sublime qu'un bon gouvernement , point de spectacle plus intéressant que celui d'une nation libre et digne de l'être.
Depuis plusieurs années, Louis XIV a été, pour un certain parti , l'objet d'une adoration
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spéciale. On ne trouvait point de roi qui représentât mieux le despotisme auquel on voulait nous ramener. Son nom était un signe de ralliement pour les partisans du pouvoir absolu , et l'on ne peut même aujourd'hui hasarder quelque doute sur la bonté de son gouvernement sans encourir la haine des ennemis de la liberté. Il est heureux que madame de Genlis et M . Lemontey nous aient donné un auxiliaire tel que Dangeau. Il nous révèle dans ses récits ce que l'imagination la plus hardie aurait eu peine à concevoir. C'est l'ami ou plutôt le serviteur de Louis XIV, qui ne veut pas qu'on oublie la résolution que prit ce monarque de rouvrir les frontières de son royaume aux protestants pour avoir l'occasion de confisquer leurs propriétés.
a Le roi , dit-il , a résolu de faire sortir du foyaume tous les gens de la religion qui y restent. Il confisque leurs biens, et leur donne permission de se retirer où il leur plaira : il les fera conduire hors du royaume. »
Ce qu'il y a de plus singulier dans cette narration /c'est la naïve simplicité de l'écrivain. Il semble croire que les gens d* l* religion étaient trop heureux d'avoir la permission de sortir du royaume , et que ce privilège était un dédommagement plus que suffisant de la confiscation de leurs biens. Ils ss retireront où il leur plaira ; on Us accompagner* hors du royaume. De quoi cta genslà pourraient^! se plaindre? manque - 1- on envers eux d'égards et de politesse ?
Que faisait Louis XIV dans ces temps de proscriptions? il cherchait à se désennuyer par des fêtes et des parties de chasse. «Aptes dîner, dit l'auteur des mémoires, le roi, mon* seigneur, Madame, les princesses et les dames, sont allés aux toiles où M.Degvilly avait enfermé six loups qu'on prit aux lévriers avec beaucoup de plaisir.
* Le roi mena le roi d'Angleterre et la reine à la chasse du sanglier; et au retour ik virent, de la terrasse du grand appartement, la curée du cerf que le roi d'Angleterre et
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Monseigneur avaient pris le matin. Ce spectacle-là aux flambeaux fut très agréable, d
Est-on curieux de savoir comment Louis XIV imitait les personnes qui lui adressaient des plaintes? le trait suivant va nous l'apprendre :
« M. de Saint-Pierre , et M. le chevalier des Adrets , qui furent mis en prison , Tannée passée , pour avoir voulu faire une ' remontrance au roi , au sujet de l'École de marine du Pftit-Renaut , ont été cassés. Ils étaient capitaines de vaisseau , et sont même en réputation d'être bons officiers. »
Lorsque Louis XI Y se fut livré à son confesseur , il voulut que la dévotion régnât dans sa cour , et il fut servi à souhait. L'église de Versailles était aussi fréquentée que l'œilde - bœuf , et les courtisans se plaçaient de manière à être ?us du roi et de madame de Maintenon. C'était là , à peu près , toute leur religion , comme il est aisé de s'en convaincre en parcourant les Nouveaux mémoires. Pre-
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nous pour exemple le comte de Grammont , l'un des valets de cour les plus assidus. Les mémoires de ce grand seigneur, si spirituellement écrits par Hamilton , son beau-frère , donnent une juste idée de sa probité. L'anecdote suivante nous fait connaître ses progrès en matière de religion :
« Le comte de Grammont , qui est malade à Paris depuis Fontainebleau , reçut les sacrements. Il a soixante-treize ans , et on ne croit pas qu'il en puisse échapper. Sa femme, dans cette maladie , lui apprit les premiers éléments de la religion , et comme elle lui récitait le Pater : « Comtesse, lui dit son mari , » répétez - moi encore cela ; cette prière est » belle ! qui Ta faite ? »
On a dit souvent que Louis XlV avait été le protecteur des hommes de lettres , et cela est vrai jusqu'à un certain point. Il est sûr qu'il répandit ses faveurs sur Boileau , Racine , Molière , Quipault , et en général sur les écrivains qui flattaient son orgueil ou qui contribuaient à ses plaisirs ; mais il laissa dans
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l'indigence ou il persécuta tous ceux qui portaient de mauvaise grâce le joug de la dépendance , et qui ne sacrifiaient à ses préjugés ni leurs affections ni leur conscience. Corneille et Lafontaine ne sortirent point de leur honorable pauvreté ; les solitaires du Port- Royal , ces grands maîtres dans l'art d'écrire, qui > les premiers , fixèrent la langue , et soumirent la pensée à la discipline du raisonnement , furent l'objet d'une infatigable persécution. Arnaud, qui obtint de son siècle le nom de Grand , mourut dans l'exil. Le marquis de Dangeau raconte ainsi cet événement :
a On a nouvelle que M* Arnaud est mort.
M . de Pomponne a dit au roi qu'il ne savait pas précisément en quel endroit, et qu'il croyait que c'était à Liège , ou en quelque endroit de Flandre. M. Arnaud était un docteur de Sorbonne , fameux par ses ouvrages , par sa vertu et parla vie qu'il a menée. Depuis l'année 164a , il a presque toujours été caché, et n'a paru en ce pays-ci que deux ou trois ans. Madame de Longueville lavait tenu
long-temps caché dans sa maison , où elle Jni portait à manger elle-même. »
Louis XIV était ignorant ; mais ce reproche doit moins s'adresser à ce prince qu'aux personnes qui furent chargées de son éducation. Souvent il rencontra des gens dont la profession exigeait quelque savoir, et qui n'étaient guère plus instruits que lui. L'aventure du cardinal de Goislin en est une preuve remarquable.
« Le roi avait ouï chanter le psaume où se trouve le passage nycticorax in domicilia. Ce mot l'avait frappé ; comme il ne savait point le latin > il en demanda l'explication à M. de Coislin , alors évéque d'Orléans*. Celui-ci rêva un peu, puis répondit que nycticorax était le nom propre d'un roi d'Israël qui vivait fort en solitude. Chacun baissa les yeux ; mais on ne put s'empêcher de rire, et le roi n'en sut pas davantage. »
Le droit de propriété est le fondement de la société civile ; il est généralement établi sur
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des lois fixes. C'est ce premier de tons les droits qui donne une patrie au citoyen et une garantie à Fexfetence des familles. Je Saurais jamais imaginé , sans le témoignage irrécusable da marquis de Dangeau * que le despotisme de Louis XIV eût été jusqu'au point de priver arbitrairement des Français de leurs propriétés pour en faire don à un valet de ehambre. Que de réflexions on pourrait faire sur le trait que je vais transcrire!
a Le roi a fait acheter toutes les terres qui sont entre la maison de Cavoye et la rivière, en a fait don à Cavoye , qui désirait passionnément cette augmentation à sa maison , et qu'il n'attirait pas pu faire sans la bonté du roi , parce que ces terres étaient à beaucoup de particuliers qui lui faisaient tous les jours des difficultés nouvelles. Ce présent est plus considérable par l'attention que le roi a eue de faire plaisir à Cavoye que pour l'argent qu'il en pourra coûter ; et les jardins de Lucienne par là deviendront tout- à «frit aimables. »
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J'avais noté un grand nombre d'autres anecdotes propres à donner une idée juste du caractère et du gouvernement de Louis XIV ; mais je sens que l'espace me manque, et je veux, avant de finir, reprocher à madame de Genlis une petite infidélité, la seule probablement dont elle ait jamais été coupable. Ce n'est, à dire vrai, qu'un péché très véniel,dont elle obtiendra facilement la rémission , d'autant plus qu'il s'agit d'un philosophe. Je veux parler de Voltaire, dont la gloire fait tant d'ombrage à madame de Genlis.
Le marquis de Dangeau avait inséré dans son journal l'anecdote suivante : a Àroaet a été mis à la Bastille. C'est un jeune poète accusé de faire des vers fort imprudents. U avait déjà été exilé il y a quelques mois. » Madame de Genlis , en préparant son édition des Mémoire* de Dangeau, a trouvé cette note peu satisfaisante , et n'a pu résister k la tentation d'y ajouter ces mots piquants : // est incorrigible.
Dangeau ne dit pas que le jeune poète a fait
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des vers imprudents, mais qu'il est accuse d'en avoir composé , ce qui est un peu différent. L'accusation pouvait être fausse, et nous savons aujourd'hui que c'était une calomnie.
Comment , sur une simple prévention , l'auteur des Mémoires atirait-il pu raisonnablement affirmer que ce jeune poète était incorrigible? M. Lemontey a découvert l'interpolation, et il s'est contenté de Hindiqner sans réflexion: J'imiterai sa réserve d'autant plus volontiers que , sur. ce point , comme sur beaucoup d'autres , je me plais à croire que madame de Genlis n'est pas incorrigible.
Depuis quelques années , le règne de Louis XIV est devenu le sujet d'une attention spéciale j c'est l'époque de notre histoire où lés écrivains qui professent les dogmes du pouvoir absolu se reportent le plus volontiers , et où ils se plaisent à rencontrer les défenseurs des doctrines populaires. Ceux-ci, forcés d'examiner le terrain sur lequel ils sont appelés à combattre, en ont reconnu les diverses positions, et ne craignent point de s'y engager.
*7& îlÉLÂitêts
L'espoir do triomphe aiimen leurs efforto tant que le .bonheur des nations paraîtra préférable aux prestiges d'une gloire .équivoque, et l'intérêt de l'humanité aux jeux brillants de l'imagination.
A la distance oà noms sommes éa siècle de Louis XIV ? la pensée échappe difidlençut aux surprises de l'admiration. Il ne reste 2k cette époque que la splendenr de ses monuments, kç chefs» d'oeuvre de se» génie. Les gémissements des victimes de l'ambition ne tmrcffseot point les âges ; les larmes de l'opprimé coulent sur la terre sans y laisser <fe traces, et le sang injustement versé n'a jamais soulevé les tombeaux; l'histoire elle-même apprend à flatter le pouvoir 1 qui n'est pins ; tout parie de la grandeur des souverains, toot est muet sur la misère des peuples*
Considérez Louis XI V au milieu desa cour rien de plus magnifique qu'en tel spectacle.
Tous les arts l'environnent de leurs prodiges, tons les talents conspirent à sa gloire, il assiste lui -même à son apothéose : c'est an dieu dont
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les volonté* sont des lois. La nature fléchit devant lui; les. forêts disparaissent sons ses yeux, les montagnes s'aplanissent, les eaux s'élèvent , les mers se rapprochent^ le monde est plein de sa renommée.
Mais ne aortes point de cette cour si brillante et si polie ; ne portes point vos regards au-delà de ces palais somptueux, de ces marbres qu'anime un ciseau créateur, de ces bron«» ses qui respirent , fidèle image des courtisans. N'entres point dans les chaumières ; toi» n'y trouveriez que la servitude et le désespoir»
.Les murs de ces palais ont été cimentés avec les sueurs du peuple ; la subsistance de cent familles a été dévorée par ce groupe d'airain ; des provinces entières ont été ruinées pour creuser ces canaux et suspendre ces aqueducs. Le monarque lui-même, au milieu de ces décevantes prospérités, est rongé . d'ennui.
Bientôt la fortune lui apprend qu'il n'est se* paré des destinées humaines que par une de qgs fictions qui prouvent l'infirmité de notre intelligence; il meurt , et la joie publique outrage ses funérailles. Telle est en peu de mots
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l'histoire du règne le plus brillant de h mo~ narchie absolue. *
On poqrniit croire que le temps est venu oA la publication de ces faits authentiques n'est suivie d'aucun inconvénient. Ce serait une erreur : les habitudes et les préjugés poussent leurs racines à une profondeur qui n'a point été encore calculée. 11 existe des hommes qui, ne pouvant se résoudre à se passer d'illusions, regardent comme leurs ennemis personnels tous les ennemis du mensonge. II est curieux d'entendre ces docteurs se répandre en invectives contre les écrivains véridiques, et parler de la gloire nationale comme s'ils avaient quelque chose à démêler avec elle* Tout fier d'une faconde stérile , d'une modération apprêtée que déguisent mal un cœur ulcéré d'envie et les cruelles inquiétudes de la médiocrité, ils ne pardonnent que les succès qui sont le fruit de l'intrigue ou le prix de la servilité.
M. Lemontey n'est point un de ces auteurs dont les productions s'adressent aux passions
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Contemporaines , et qui écrivent sous la dictée d'un lâche intérêt. Jamais il ne sera regardé comme un historien de circonstance, A quelque époque que la presse reproduise ses ouvrages historiques , il ne sera forcé d'y changer ni des maximes arrangées dans l'intérêt du pouvoir dominant , ni des portraits tracés par la flatterie du jour. Aussi les suffrages des hommes éclairés et l'estime publique deviendront l'honorable récompense de ses travaux.
Cet écrivain , avare de paroles et prodigue de pensées , définit ainsi l'établissement monarchique de Louis XIV : ce Cette monarchie , dit-il , fut pure et absolue j elle reposa toute dans la royauté , et la royauté toute dans le roi. »
L'enfance de Louis XIV fut bercée de ces doctrines par les soins d'une mère espagnole et d'un abbé ul tram on tain. Anne d'Autriche et Mazarin ne comprenaient ni les prétentions aristocratiques de la noblesse , ni les privilèges des corps de magistratures , ni les
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droits do peuple : ils ne reoan naissaient de nrfr son que la force, de loi que la nécessité, de pouvoir que le despotisme. Ils excitèrent dans l'àme du jeune prince le mépris des hommes} et, le jour où il parut en bottes, et le fouet à la main , au milieu du parlement , pour ordonner l'enregistrement de ses ëdits bureaux, le caractère de sa monarchie fut déterminé.
L'expérience du pouvoir absolu ne pouvait être essayée dans des circonstances plus favor râbles : l'état des choses, la personne du prince, lui étaient également propices. L'anarchie de lajFronde avait lassé la patience du peuple, qui s'éta\t aperçu , un peu tard , que ses intérêts étaient tout - à • fait étrangers aux agitations de la magistrature et aux soulèvements de l'aristocratie. Jamais d'ailleurs la royauté n'avait eu de représentant plus séduisant et plus majestueux que le jeune monarque* Il réunissait toutes les qualités et tous les dé* fauts qui peuvent faire illusion à un peuple spirituel et sensible , dont la raison et la liberté n'ont pas mûri le jugement. Louis XIV avait de la force dans le caractère , de la
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gnité dans les manières , et une sorte (Tinstinct qui l'avertissait de ce qui était beau dans les arts et noble dans les pensées. Il ne connaissait des passions vulgaires que le séntimen t de l'amour , de toutes les feiblesspi royales celle que les Français considèrent avec une indulgence qui ressemble quelquefois k l'intérêt ; enfin Louis XI V , sans être bon comme son aïeul , n'avait pas un coeur inaccessible à la clémence. Son règne parut souvent tyrannique : non qu'il eût l'âme d'un tyran , mais parce que le pouvoir arbitraire dans sa marche impétueuse écrase sans distinction comme sans remords tout ce qui ne cède pas immédiatement à ses caprices. D'ailleurs, ce prince fut tenté de la gloire militaire , qui éblouit les peuples et se réfléchit vivement sur les rois. Cette terrible distraction fut toujours un de ses premiers besoins. Il vécut trop de plusieurs années : ce qui est un malheur pour les conquérants abandonnés de la victoire , 1/àge amenant la faiblesse et les infirmités, le pouvoir absolu tomba entre les mains d'une dévote surannée et d'un confesseur hypocrite ou fanatique : alors nulle décoration ne
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voilà la nudité du despotisme , et il devin odieux au peuple.
SI. Lemontey n'a déguisé aucun de ces faits, etil les a développés avec un talent qui nous promet un historien d'un ordre élevé. Il examine d'abord les doctrines qui servirent de bases à l'établissement monarchique de Louis XIV. a Le roi , dit-il , se confondit avec k Divinité , et eut droit comme elle à une obéissance aveugle. Il fut l'àme de l'état > et ne tint ses droits que du ciel et de son épée ; il devint la source de toute grâce, de tout pouvoir, de toute justice , et toute gloire lui fut rapportée. Sa volonté fit la loi sans partage , et regarda comme un opprobre ces mélanges aristocratiques ou populaires qu'on désigne plutôt qu'on ne les définit par le nom de monarchit tempérée. Il eut , ainsi que les califes , la dis* position et la propriété de tous les biens ; et ce qu'il en laissa au peuple, et même au clergé, fut un bienfait de sa modération. S'il voulut ménager le sang de ses sujets , ce ne fut ni par devoir ni par pitié , mais par intérêt de propriétaire. Cette doctrine eut pour sanction sa
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propre volonté, et il prit soin que l'àme de ses héritiers s'en pénétrât dès l'enfance. Enfin , le Coran de la France fut contenu dans quatre syllabes , et Louis XIV les prononça un jour : a L'état , c'est moi. »
Toutes les pensées et les institutions de Louis XIV eurent pour but de détruire les résistances qui pouvaient embarrasser l'action de sa volonté , qu'il regardait comme une inspiration divine. La crainte et l'admiration furent les appuis du nouveau système ; la première s'entretint par la force et la seconde par un éclat continu.
a Ce fut 9 ajoute l'auteur , à bien établir ces deux ressorts que s'attacha la politique du roi. L'armée fut fortement organisée ; la puis* sance royale en fit un instrument simple, prompt et docile, qu elle appliqua sans trop de réserve à toutes les branches de l'administration : ainsi les troupes allèrent dans les provinqps protéger l'extension progressive de l'autorité des intendants j elles remplirent les citadelles, dont les feux plongeaient sur des
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Tilles turbulentes ; dans les temps on daas les lieux difficiles elles hàtèient par k %wimr la levée des impôts ; enfin on leur confia jusqu'à l'emploi assez extraordinaire de ramener la conscience des dissidents à l'unité de la foi.
d L'établissement civil ne Ait pas moins favorable au développement du pouvoir arbitraire que la nouvelle organisation de Farinée. Le despotisme des ministres et leur indépendance des rares délibérations des conseils conservaient le nerf de la volonté royale. Louis XIV taxait les personnes et les propriétés sans contradiction j les casuistes le rassuraient sur la légitimité de celte prérogative. Méserai perdit sa pension pour avoir rappelé des principes contraires ; et les précepteurs des deux dauphins, Bosàuet et Fénelon, eurent la faiblesse de cacher à leurs élèves l'existence de cet historien honnête homme. j>
Louis XIV ne permit pas que le peuple ftt exposé à d'autres vexations qu'à celles des agents de son autorité. Des gentilshommes ,
Hop pleins de leurs vieux souvenirs , ayant, opprimé les laboureurs de quelques provinces écartées , se virent promptement atteints par les vengeances dn trône.
« Ils s'étaient mis , dit Fauteur, en té de crimes avec les prévôts et leurs juges , aussi pervers et aussi décriés que les bandits de la Sicile. Des commissions du parlement de Paris et de celui de Toulouse furent envoyées tenir les grmnds-jourë , pour châtier ces rejetons de tyrannie , et le roi ne dédaigna pas d'encourager la sévérité des magistrats. »
Quant aux prévôts et aux juridictions prévitales , voici ce qu'en pensaient les Talon , les Lamoignon 9 et les autres grands magistrats du dix-septième siècle : «c Les prévôts oppriment les innocents et déchargent les coupables; la plupart sont plus à craindre que les voleurs même. Ils vexent les sujets du roi en prenant connaissance de toutes matières.
Toutes les oppressions que peuvent commettre on les voleurs, ou les personnes puissantes qui s'engagent à mal faire, n'approchent point des
concussions des prévôts. Cette vérité a été connue aux grands-jours de Clermont , où l'on a fait le procès à plusieurs de ces officiers. L'on a été persuadé d'ailleurs qu'il n'y en avait pas un seul dont la conduite fût innocente.
Les assesseurs, bien loin de veiller sur les actions des prévôts , partagent la proie avec eux , et commettent souvent plusieurs malversations de leur chef. La juridiction pré* vôtale devrait être resserrée dans des bornes étroites par le mauvais usage qu'on en fait. »
La rupture de cette fédération entre les petits aristocrates des provinces et les cours prévôtales contribua jusqu'à un certain point à réconcilier le peuple avec le gouvernement arbitraire, oc Ce qui restait de l'ancienne chevalerie, dit M. Lemontey, était peu propre à inspirer des regrets. Cette institution mensongère, qui prétendait guérir l'anarchie par un remède anarchique , et dont les préceptes et les actions se montrèrent si dissemblables, ne survivait que dans la licence de quelques jeunes gens impétueux et grossiers. Les vols de manteaux sur le Pont- Neuf étaient son
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denier exploit. Le lieutenant de police d'Argenson ferma la lice des chevaliers en France un peu moins plaisamment que Cervantes ne l'avait fait en Espagne. »
L'auteur (ait un tableau piquant de l'embarras où se trouva le gouvernement au milieu des ruines de la féodalité. L'état ne savait que faire de trente mille familles de hobereaux oisifs, remuants, présomptueux, et n'ayant d'autre instruction, dit l'historien, qu'une gymnastique brutale fort décréditée par l'invention des armes k feu. On en fit des corps privilégiés qui excitèrent des jalousies, amenèrent le goût du faste et rendirent peu de services. Ce fut en vain 'qu'on leur ouvrit la carrière du commerce maritime , où ils pouvaient entrer sans dérogeance. Ceux même dont les pères avaient acquis la noblesse à prix d'argent se soulevèrent .contre cette innovation : il fallut les nourrir dans Poisivetë. L'énorme quantité de pensions alimentaires exigea de grands sacrifices et de nouveaux impôts. Cette lèpre attachée à la nation depuis
des siècles n'a jamais été entièrement guelfe, iv. 19
Un événement remarquable servit à Ocrédite* entièrement la noblesse comme incitation politique. En 1674 > au milieu des désastres de la guerre , on se souvint du ban et et de i'arrière-ban des époques féodales , et on en fit solennellement la convocation, « Cet essai , dit L'historien , ne mit au jour que des exemples de désordre et de faiblesse- Cette masse de nobles montrée à l'ennemi abandonna en fuyant son capitaine-général, et dès lors on dédaigna de troubler le repos de oes races, soit qu'elles fussent en effet dégénérées, soit que l'art de la guerre ne s'aocommodèt plus de ces tourbes sans discipline. »
. La magistrature et le clergé subirent à leur tour des modifications inévitable* dans le nouvel ordre de choses* L'influence parlementaire ne survécut point aux saturnales de la S ronde, Le parlement de Paris conserva, il esL vrai, la faculté des remontrances, mais tellement limitée par la loi de 1 667, que l'usage en devint illusoire. Cependant la magistrature sortit des moules du despotisme moins aUéfée que la noblesse. « L'ignorance et l'é~
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tourdepie des preux cédaient aux mœursigraves et studieuses des parlementaires , et lo patronage passait insensiblement des hommes d'armes aux gens de loi. S'il m'était permis d'éclairer ce parallèle par une image physique, je dirais que le temps importai ait i la non blesse la rouille de fer, cpri le tache et lo dé~ t mit, et à U magistrature la rouille de bronze, qui l'embellit et le conserve. Ces antique^ cours souveraines se dirigeaient paît des qia»* mes et des traditions consacrées dans leur sein. Le* historiens) qui , pour la plupart, le? ont ignorées, accusent souvent les hommes de l'imperfection des choses , et ne comprennent pas comment les erreurs du corps furent pluf d'une fois le résultat de la vertu et de la fidélité dte ses membres. Oq ne saurait juger avec trop de réservé tant de personnages distingués qui achetaient à de grapfb prix^l'obli* gation d'une vie dore , fastidieuse et désintéressée* et dont Famé s'était trempée dans ftes anciennes la milles de robe , où la sciencp T la •foi, le courage et la pudeur, se transmettaient oooime des biens héréditaires. Si , aq milieu 4e la corruption commune, quelques bêUfs pa~
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ges restaient à no» annales , c'étaient principalement celles que remplissait la vie des grands magistrats. »
Là grande erreur de la magistrature fut d'abuser le peuple sur la perte de ses droits, en usurpant l'autorité des états-généraux, et en remplaçant par des formules de greffe l'imprescriptible nécessité du vote libre de la nation pour la levée des impôts. Les parlements firent tomber ainsi la seule barrière iqa posante qui put arrêter l'invasion du pouvoir despotique, et ils en ont été les victimes , car cette erreur fondamentale n'a pu être redressée que par une révolution.
a Louis XIV, pieux, mais fier, songea plus à faire du trône l'appui de la religion que de la religion l'appui du trône* Après la mort de Mazarin, il n'appela aucun ecclésiastique dans ses conseils. D'Estrées , Polignac et Janson, remplirent seuls au - dehors des missions de quelque importance. La voix des prédicateurs, qui, même sous le règne précédent, s'était plus d'une fois mêlée aux
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ques , rentra timidement dans le domaine de l'Évangile.
» Témoip du naufrage de ses libertés, le clergé en saura quelques lambeaux pour luimêibe. Au lieu d'être taxé pour l'impôt , il eut l'air de l'octroyer; et, .sous le prétexte du don gratuit , il figura tous les cinq ans une sorte d'assemblée délibérante. Tout cela ^obtenait par ruse et par évasion : c'était l'esprit des faibles. 11 s'en fallait bien que Louis Xiy avouât de telles concessions j mais un peu de besoin d'argent, un peu de superstition et beaucoup d'autres affaires lui firent tolérer cette situation équivoque. En un mot , ce qui fut le premier ordre de l'état n'offrit plus qu'une espèce de communauté, concentrée dans l'égoïsme de sa conservation , négociant, sur la quantité de ses dons , et temporisant avec une guerre intestine allumée dans son sein par la mon* strueûse inégalité des fortunes : car les vices * des hommes avaient , pour ainsi dire , transporté l'iniquité des fiefs dans la maison du Christ. Les grands-bénéficiaires nageaient en suzerains dans l'oisive opulence ; une abjecte
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pauvreté était le partage du commun des pas* leurs, attachés comme des serfs à la glèbe du sanctuaire , tandis que les moines, semblables aux possesseurs d'allodiaux , mettaient leurs soins à 0e défendre contre la cupidité des premiers ef contre la misère des seconds, »
L'asservissement général une fois complet, la passion dominante de Louis XIV se trouva satisfaite. Sa volonté parcourut avec une force irrésistible la vaste étendue de ses états, et, ne trouvant partout qu'une aveugle obéissance, put pousser à son gré une immense population sur le territoire de ses voisin», et grossir ses trésors des modiques épargnes de l'industrie. Ainsi se trouva réalisée l'audacieuse fiction d'un état personnifié ; mais , pbr une conséquence inévitable,. les infirmités de la nature humaine se firent sentir dans le gouvernement. Tant que Louis XIV fut jeune et plein de santé , la marche des affaires ne parut point embarrassée ; l'industrie se réveilla, et fournit au monarque les moyens de poursuivre ses projets d'agrandissement ; mais, au milieu de son règne , ce prisée se trouva frappé d'une
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révolution ^amorale qui altéra la forte de son tempérament, et changea le cours dé été idées.
y> Sa carrière fat coupée en deux moitiés , dont la première forma sa vie héroïque , et la seconde sa vie subjuguée ; eiïflfc, puisqu'il faut dire cette vérité abjecte , le sort de la monarchie dépendit d'une fistule. Le roi, échappé au fer de son opérateur, semble se succéder à lui même. Louis XI Y ne parait pins à quarante- ' sept ans que l'ombre de lui-même. La Pranee étonnée voit dans son sein la misère et les lâr~ mes, et dans ses armées la honte et les revers. Certes il y a loin du souverain qui dictait la paix de Nimègue, creusait le canal du Languedoc et faisait représenter le Tartufe, au dévot amoureux qui transporte l'empire dans la chambre de la veuve de Scarron.
y> De cet obâoir réduit sortirent des fléaux sens gloire. La révocation de l'édit de Nantes, qui ressemble à la Saint-Barthélémy autant qu'Un crime français peut approcher d'un «finie Italien , ouvrit une longue carrière de proscriptions. Des pertes irréparables en ri-
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chesses eC en citoyens utiles ^certifièrent l'aveuglemctat du persécuteur. Les protestants français portèrent à l'Angleterre le secret et l'emploi ées premières machines qui ont fondé sa prodigieuse fortune industrielle , tandis que la juste plaint*de ces proscrits alla cimenter dans Augsbourg une ligue vengeresse. »
• Qui croirait qu'il se trouve aujourd'hui des hommes qui regrettent un ordre de choses où la honte et la gloire , la misère et la prospérité des peuples, dépendent d'un dérangement dans les humeurs du chef de l'état. Tel est cependant le sort des gouvernements fondés sur des volontés arbitraires.
Quand Auguste buvaii , la Pologne ééati ivre. Cette plaisanterie est une sérieuse réalité sous un régime despotique. Quand Louis XIV souffrait , tout souffrait en France. Pendant la vieillesse de ce prince , le gouvernement offrit les caractères de la décrépitude , et l'état pencha vers son déclin. Aussi ce règne, tout brillant qu'il fut dans sa première partie», *t l'argument le plus irrésistible qu'on puisfe al-
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léguer en faveur de la monarchie constitutionnelle. Les garanties, offertes par le caractère des souverains , quelque justes , quelque sages qu'ils soient, paraîtront toujours incertaines , et c'est à la stabilité des institutions libres que sont attachés le bonheur des peuples et la durée des gouvernements*