IV
3o6 UBhàMGEB
guerres homicides , ou Porgueii des rois et de leurs ministres? Sont-ce enfin ses panions qui, sons mille formes, tourmentent les individus et les peuples; ou sont-ce les passions des hommes? »
Après une véhémente justification de la nature , qui a donné à l'homme tant de moyens de se conserver , d'être heureux, nous arrivons à la conclusion suivante :
ce La source des calamités de l'homme n'est point reculée dans les cieux , elle est près de lui sur la terre , elle n'est point cachée au sein de la divinité , elle réside dans l'homme même , il la porte dans son cœur. »
Ces pensées, si vraies et si heureusement cpjyimées, sont le texte dont une partie de l'ouvrage de M. de Volney est un éloquent commentaire. Montaignea dit , avec son énergie accoutumée : a Le vrai champ et subject de l'imposture sont les choses inconnues. »
M • de Volney pense à cet égard comme Montaigne , et nous rend cette vérité palpable ,
DB LITTBJUTURE. 3o7
soit en s'^ppnyant sur le témoignage de l'histoire , soit en réfutant des erreurs trop longtemps accréditées» Il nous dit que tous les tourments de la vie humaine viennent de Vi~ gnoranceetde la* cupidité: de l'ignorance, qui fait tomber les peuples dans tous les piégea du charlatanisme ; de la cupidité , qui dessèche les âmes et déchaîne toutes les passions incompatibles avec le repos et le bonheur des sociétés.
II &ut lire avec attention , dans l'ouvrage même de M» 4e Yoloey, les développement* de ces vérités fondamentale*. Cette lecture est d'autant plus utile aujourd'hui, qu'il existe encore parmi nous des partisans de cette en*-, tique ignorées * é favorable à tous les genres de despotisme. Noua avons vu, nous voyons tous les jours certains personnages, dont l'exis-i tence est fondée sur l'erreur et le mensonge , s'opposer an progrès de l'instruction. C'est avec une aorte de fureur qu'ils repoussent cette méthode nouvelle , <jui rend renseignement acoesttble à tontes tes classes des ci toy eas, heureuse découverte destinée à rendre les peuples
3o8 MÉLANGES
dignes de la liberté. Que d'efforts inutiles pour faire recaler la raison humaine , qui marche en avant , soutenue par la vérité! que de vaines déclamations pour reproduire des préjugés nuisibles dont le règne est passé sans retour ! Ce sont là les dernières tentatives des hommes avides de domination , et qui , sans l'appui de V ignorance y ne sauraient satisfaire leur cupidité.
En recherchant les causes de la prospérité des anciens peuples, M. de Volney les résume en ces termes : ce Les anciens états prospérèrent parce que les institutions sociales y lurent conformes aux véritables lois de la nature , et parce que les hommes, y jouissant de la liberté et de la sûreté de leurs personnes et de leurs propriétés, purent déployer toute l'étendue de leurs facultés. »
Ce peu de mots renferme toutes les conditions du bonheur des peuples ; c'est la mesure commune avec laquelle on peut déterminer la valeur réelle de chaque gouvernement. Le meilfcur de tous est celui où les lofe garantis-
DB UTTBRATURB. 3og
sent le plus sûrement à chaque citoyen l'exercice légitime de ses facultés , sa liberté , la su* reté de sa personne et de ses propriétés. A mesure que les gouvernements descendent de ces principes, les peuples sont plus- malheureux , jusqu'à ce qu'enfin ils rencontrent le despotisme, qui, comme l'anarchie, est le dernier degré de la corruption et le fléau de l'humanité.
C'est parce qu'ils <fflt été frappés de ce terrible fléau que les anciens états ont perdu leur gloire et leur existence ; c'est le despotisme d'une seule idée , la fatalité, qui , consacrant la tyrannie militaire et religieuse des succès-* seurs de Mahomet , a couvert l'Asie de tombeaux et de ruines; elle a éteint tous les sentiments généreux dans le cœur de l'homme , et plongé les nations dans cette funeste apathie, avantreoureur de la destruction des empires.
Telle est la force de l'opinion : une seule erreur tue les peuples , une seule vérité les ressuscite.
Je n'ai point prétendu faire l'analyse complète d'une production aussi généralement
3lO MÉLANGES
connue que le livre des Ruines, et qui est entré dans le grand dépôt littéraire commun a tous les peuples civilisés. Chargé d'annoncer une nouvelle édition de cet ouvrage, je devais peut-être me borner à dire que l'auteur Fa revue avec soin , et qu'il y a fait de notables améliorations; mais je n'ai pu résister au désir d'en extraire quelques considération propres à exercer la pensée , et qui peuvent trouver une application facile dans les circonstances où les sociétés européennes sont aujourd'hui placées. D'ailleurs mon suffrage ne ferait point autorité pour la partie scientifique de ce livre , sur le mérite duquel tous les bons esprits sont depuis long- temps d'accord*
J'ai parlé du succès européen de cet ouvrage , et ce n'est point là une de ces vagues formules d'éloge trop généralement adressées à l'amour-propre des écrivains : c'est un fait réel, et dont il est facile de rassembler les preuves. En 1801 une traduction italienne des Ruines fut imprimée à Milan, et, bien qu'un peu verbeuse , elle se répandit bientôt dans les divers états de l'Italie. Déjà, en 1794? un sa-
DE LITTBHÀTUM. 3l 1
yant Allemand, l'illustre Foroter, en avait publié une traduction qui jouit d'une grande estime, et qui a eu neuf ou dix éditions.
Deux écrivains bollandaiç ontaussi traduit cet ouvrage. On accorde la préférence à la dernière version, qui parut en 1797, et qui passe pour un modèle de goût et de style.
En 1793 , une première traduction anglaise fut publiée à Londres chez Johnson. On lui reproche de graves contre-sens et un style dénué de grâces et de correction. Ces défauts engagèrent M. Joel-Barlow, le célèbre auteur de la Colombiadê, mort ambassadeur des États-Unis en, France, à traduire de nouveau les Ruinée en 1801, sous les yeux de M. de Volney son ami. Aussi cette traduction est* elle supérieure à l'autre sous tous les rapports. £l!e fut imprimée à Paris en 1803 , et l'édition entière passa aux États-Unis par les soins de M. Stone. On assure qu'en ce moment il s'en prépare une traduction en grec vulgaire, ce qui introduirait ce livre jusque chez les Turcs, dont il réfute le dogme, ou plutôt Terreur favorite , je veux dire la fatalité.
3*2 MÉLANGES DE L1TTEHATUHK.
D'un autre côté il ne peut manquer d'arriver tôt ou tard que la traduction anglaise ne le fasse connaître à quelques Persans dans V Inde ; et il est aisé de prévoir quelle serait chez les Orientaux l'influence d'un ouvrage singulièrement approprié au génie de ces peuples, et qui semble composé exprès pour frapper leur imagination et agir sur leur caractère.
Enfin , j'ai sous les yeux une traduction espagnole des Ruines, imprimée à Paris sous le titre de Méditation , etc. , sans nom d'auteur. Presque toute l'édition a été envoyée aux États-Unis, où elle se débite sous son véritable titre. Elle a obtenu en Espagne les honneurs de la proscription ; le saint-office s'est armé contre elle de la plus rigoureuse sévérité» Ainsi rien ne manque à la gloire de l'auteur, ni la haine des apôtres de l'intolérance, ni les suffrages des hommes de bien.