‹ Œuvres de M.A. Jay (volume 2)Chapitre 5 sur 32 · DR LÀ F BAH CE · texte numérisé non relu

DR LÀ F BAH CE

vrages qui portent l'empreinte du siècle , sur lesquels je n'ai pu m'étendre et qui réclameront un juste souvenir de la postérité ! J'ai considéré cette époque d'un plus haut point de vue. La révolution qui s'est faite dans les idées j des écrivains supérieurs frayant aux arts de nouveaux sentiers, entraînant leurs contemporains avec eux , et réunissant les esprits dans les principes du goût , de la morale et de la politique ; l'éloquence devenue l'arme de la raison ; la philosophie pénétrant dans la littérature et la littérature dans les sciences ; les chefs- d ? œ uvre qu'a produits cette triple alliance ; la langue française établissant dans l'Europe une communication de lumières dont tous les peuples ont recueilli les bienfaits ; en* fin l'action des lettres sur les mœurs et des mœurs sur les lettres , voilà les parties dominantes dont j'ai voulu composer le tableau que j'ose vous présenter.

La dernière époque littéraire du dix-huitième siècle est trop près de nous pour qu'il soit possible de Ta bien juger? Nous y touchons encore, les uns par des intérêts froissés, les

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autres par des espérances déçues , tous par de douloureux souvenirs. Les* haines, les préju-

gés écoutent ; faut-il se taire et reculer devant la vérité? Non , je dirai comme Isocrate (i) : Que l'envie s'accoutume à nous entendre louer le mérite vivant, et pardonnons aux hommes de génie d'être nos contemporains.

Sans doute , dans le soulèvement général des intérêts et des passions , on a moins remarqué les progrès des arts et les efforts de la pensée. Le spectacle imposant et terrible d'un peuple entraîné vers l'anarchie par la force des événements , ivre de liberté , égaré par les factions, déchiré par la guerre civile, essuyant d'une main ses plaies sanglantes, de l'autre ébranlant vingt trônes ennemis; un tel spectacle, sans doute, a dû concentrer l'attention et réunir toutes les idées, toutes les craintes, toutes les espérances. Mais lorsque les passions contemporaines ne mêleront plus leurs

(i) Eloge d'Évagoras.

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dammrs à la voix éternelle de la justice j lorsque l'histoire équitable et sévère peindra ces temps mémorables , une de ses plus belles pages sera consacrée à développer la marche constante de l'esprit humain à travers le choc des partis et les erreurs de l'opinion. Eh quoi ! l'éloquence politique n'a -t- elle pas , à cette époque , déployé le grand caractère que nous admirons dans les monuments de l'éloquence antique? Oui, nous pouvons opposer aux Démosthènes et aux Cicéron un homme puissant par la pdlole et grand par son génie. A l'ambition qui dédaigne les obstacles cet homme joignit l'énergie qui les surmonte. La violence de ses passions fortifia son talent. Les deux années de tribune de Mirabeau nous ont expliqué l'histoire des temps les plus orageux de Rome et d'Athènes ; et sa mort prématurée excita des regrets qui firent oublier les erreurs de sa vie.

Parmi les nombreux orateurs qui se précipitèrent dans la même lice, les Français n'oublieront ni ce Cazalès qui s'ignora longtemps lui-même, et qui fut éloquent sans

connaître Fart de l éloquence ; ni cet ia£> ruiné Vergniaud qui , plus d'une fois , arrêta les factions frémissantes au pied de la tribune où retentissait sa voix pathétique, et dont les derniers accents touchèrent des cœurs qu'au* cun sentiment d'humanité n'avait encore émus.

Que d'hommes je pourrais nommer qui , pendant cette époque , ont éclairé la morale publique y sondé les profondeurs de la politique , et produit des modèlefde discussion, des chefs-d'œuvre de raisonnement.

La littérature prend un caractère prononcé d'utilité publique. Les deux scènes sont ranimées par des talents qui sont encore l'espoir du nouveau siècle. La tragédie redevient, comme au temps de Voltaire , une école de morale publique. Elle défend contre l'oppression l'innocence calomniée , désarme le fanatisme religieux , arrache des mains d'un autre fanatisme ses poignards ensanglantés , fait frémir fe crime en lui montrant la justice sans voik; et, noblement intrépide, réclame, ausein

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