J>H LA FRANCK
die l'anarchie , le pouvoir des lois et les droits sacrés de l'humanité.
La comédie se rapproche de la vérité. L'impitoyable égoïste est traîné sur la scène et justement flétri; le tableau du vieux célibataire, entouré de pièges, de séductions, puni d'avoir oublié le premier devoir de l'homme et du citoyen , nous transporte aux beaux jours df xhalie. Des poètes estimables soutiennent l'honneur du Théâtre Français (i^ L'un d'eux , qui trouva la gloire en cultivant l'amitié, justifie les espérances qu'avait données un heureux début , et dans ses productions variées joint l'esprit au naturel, la grâce à la galté (2).
La lyrede Tyrtée se réveille au bruit des armes et renouvelle ses prodiges. Les chants
(1) MM. Picard , Alexandre Duval.
(a) M. Andriera.
sublimes de la victoire s'élèvent au milieu des cris du désespoir et du rugissement des factions déchaînées.
La philosophie , étonnée de servir de prétexté aux excès populaires, suivait alors dans ses courses lointaines et fructueuses le génie voyageur qui lui servit d'interprète lorsque, assise sur les ruines 4e Palmy re , elle donnait à tous les hommes des lecSns de sagesse et de tolérance (1). Elle inspirait à la vieillesse du chantre clés Saison* quelques idées utiles sur la morale universelle. Elle présidait à ces écoles normales où des littérateurs , des métaphysiciens , des savants du premier ordre, répandaient la lumière sur les connaissances les plus abstraites , et, dirigés par une noble ambition , se préparaient des successeurs , peut-être même des rivaux.
En même temps le génie français soumet
(1) Volney voyageait alors dans les Etats-Unis.
l'Europe à l'influence de nos savants comme les victoires de nos guerriers l'ont soumise à nos armes. La chimie multiplie de jour en jour ses découvertes. Les agents invisibles que la nature emploie dans son travail sur le monde matériel sont aperçus par la pensée et saisis par l'analyse. L'innombrable famille des plantes adopte de nouveaux genres et de nouvelles espèces; la science du calcul, parvenue à une hauteur jusque alors inconnue, dopiine sur toutes les sciences. L'astronomie agrandit pour l'homme l'immense domaine des cieux.
Un savant aussi modeste qu'éclairé nous dévoile la marche de ces grands corps dont la course rapide et régulière étonne l'imagination et révèle une pensée suprême (1). L'érudition philosophique jette un rayon de lumière sur l'origine des croyances religieuses. Enfin l'homme qui le premier sut appliquer avec succès le calcul aux chances de la politique, Condorcet, avant de s'offrir à la rage des
(1) M. Laplace.
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factions, consacre les derniers moments de son existence à tracer d'qne main ferme le tableau rapide des travaux de l'esprit humain. Exemple unique et mémorable de philosophie et de grandeur d'âme !
Cette époque présente à l'observateur impartial tout ce que les passions exaltées, au dernier degré , peuvent produire à la fois de plus vil et de plus noble : des crimes atroces, des vertus sublimes, le plus dur égofeme , le plus rare dévoûment, les fureurs de la faibles* se, le calme de l'héroïsme, le jargon de la barbarie , la langue divine de l'éloquence. Qu'il renaisse un Tacite; qu'un nouveau Montesquieu s'avance : les matériaux sont prêts , ils réclament le génie de l'histoire !
Et nous , témoins de cette étonnante catastrophe , nous qui voyons l'empire français rajeuni par l'héroïsme et par la gloire, et qui retrouvons, après tant d'alarmes, tant d'agitations, tant de pertes, te repos si long-temps exilé de la terre natale j nous enfin qui pouvons jouir sans crainte du présent et même de
DE LA FRANGE. jg
l'avenir, soyons justes avant tout. La volonté puissante qui régit nos destinées réprime tous les genres de fanatisme , établit la tolérance civile , régénère l'instruetion publique , perfectionne la législation, encourage et protège les lettres , les sciences et les arts. Soyons reconnaissants de tant de bienfaits ; mais gardons dans notre souvenir une place distinguée pour les écrivains philosophes qui ont conçu les premières idées de ces réformes importantes et salutaires. Ils ne sont plus; mais leurs pensées hautes et généreuses parviendront avec leur gloire jusqu'aux âges les plus reculés. C'est ainsi que la raiso^ humaine, immobile au .milieu des orages politiques et des révolutions de la nature, voit tout passer, tout périr, excepté lés grandes conceptions et les monuments du génie. •
Les auteur» de discours académiques ont joui jusqu'à présent sans réclamation du privilège de joindre des notes i leurs ouvrages. J'userai de ce privilège; mais je tâcherai de n'en point abuser. Je m'en servirai seulement pour développer certaines idées que je n'ai fait qu'indiquer, et pour ajouter quelques traits à la physionomie de plusieurs écrivains du dernier siècle. Quelques unes des notes suivantes faisaient partie du discours précédent.
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V admiration pour F antiquité devint une espèce de culte qui eut »e$ prêtres, son intolérance et ses victimes.
On connaît la fin tragique de Ramus , qui avait eu l'audace d'attaquer Aristote 9 dont l'autorité subjuguait alors tous les esprits. Il fut cité comme un
8* !fOMS.
criminel devant une commission spéciale nommée par François I er . Les juges déclarèrent que , témérairement et insolemment, il s'était élevé contre les qginions du philosophe grec. Les ouvrages de Ramus furent proscrits, et lui-même périt dans le massacre de la Saint-Barthélemi , victime de ses principes philosophiques plutôt que de ses principes religieux.
En 1624, à la requête de l'Université, et surtout de la Sorbonne , il fut défendu par arrêt du parlement, sous peine de la vie, de tenir ou et enseigner aucune maxime contre les ancietts auteurs et approuvés, et de faire aucunes disputes que celles qui seront approuvées par les docteurs de la Faculté ds théologie. Par le même décret on admonesta et on bannit différents particuliers qui avaient publié et composé des thèses contre la doctrine d'Aristote.
Il serait curieux d'examiner les causes du despotisme qu'Anatole a si long-temps exercé dans l'école. Sans doute l'esprit humain, sortant des ténèbres de la nuit gothique où , comme dirait Montaigne , il avait si long-temps sommeillé sur l'oreiller de l'ignorance, était encore trop faible pour avancer de lui-même dans s% nouvelle carrière) à chaque pas, H craignait une chute, et s'appuya sur
Aristote comme sur an guide fidèle. La reconnaissance et surtout l'habitude consacrèrent l'autorité du Stagyrite. Il faut des idoles à l'imbécillité humaine, et ceUe-ci euftlait bien une autre.
Lorsque des hommes plus éclairés voulurent renverser les autels de cette divinité fantastique, ils troublaient tant d'opinions , ils dérangeaient tant d'idées et menaçaient tant de réputations usurpées, que cette hardiesse fut considérée comme un sacrilège. Il est peut-être plus difficile et non moins dangereux de désenseigner la sottise que d'enseigner la vérité. Descartes en fit la triste expérience. Comme l'hypocrisie n'était pas encore perfectionnée au point de décrier le nom de philosophie, on se contenta de l'accuser d'athéisme, et la vengeance implacable des adorateurs d' Aristote le poursuivit jusqu'au tombeau.
La mémoire du philosophe grec ne doit point souffrir des excès commis en son nom par des pédants fougueux qui ne pouvaient ni l'entendre ni l'apprécier. Ce disciple de Platon était digne d'un tel maitre. Ses études embrassèrent les diverses parties des connaissances humaines. Il appliqua le premier l'analys^philosophiqae aux principes des arts d'imagination, et, s'il n'excite plus de fana-
tisme, il a trouvé des juges qui sont devenus sea admirateurs.
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Montaigne supérieur à son siècle.
Personne n'ignore que la plupart des idées hardies qu'on reproche aux écrivains éminents du dernier siècle se trouvent dans Montaigne , que luimême avait puisé largement dans les écrits des anciens sages; de sorte qu'en dernière analyse cette philosophie du dix-huitième siècle, tant calomniée, pourrait bien n'être que la philosophie de tous les 4ges et de tous les peuples éclairés.
On ne sait pas aussi généralement combien la langue française doit i Montaigne d'expressions et de tournures heureuses. On rencontre dans ses Essais des modèles de style dans tous les genres , depuis le plus naïf jusqu'au plus sublime. Il appelait la langue le boute-hors. Voici quelques unes des expressions dont il a enrichi notre idiome : inanité, — diversion, — insensible, — gendarmer, — enfantillage, — opportunité, — opportun, — molester, — par lier } — portière (fiousseau s'est serv i de cette dernière expression dans la Nouvelle Héloue), — hos-
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tile, — poignant, etc. Que de mots énergiques il a crées, que l'antipathie des écrivains de Port-Royal pour ses écrits no usa peut-être empêchés d'adopter! Tels sont improvidence , — invigilance, préordonnance, — dédaignable, — incurieux, — équanimité, — inéloquent, — aperce vance, — artiaUter, pour opposer à naturaliser, — désenseigner, — forfaire, — imprémédiCé , — déconseiller, — impiteux, etc. , etc.
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tf.
Ce grand poète n'a jamais été mieux apprécié que par M. Daunou , le savant éditeur de la dernière édition stéréotype de ses Œuvres. Le discours préliminaire qui se trouve à la tête de cette édition est éfcrit avec une élégance, une pureté de style, qui devrait servir de modèle aux futurs éditeurs de nos auteurs classiques. Ce morceau exquis de littérature est surtout remarquable par la simplicité ingénieuse des idées , par la justesse des observations et par ce ton de modération et de vérité qui donne aux jugements littéraires plus d'autorité que le langage toujours un peu suspect de l'enthousiasme.