CHAPITRE Vil
raire ; un peuple rustique et fier affermissant ses droits par les périls qu'il sait braver, par les obstacles qu'il sait vaincre ; la pauvreté libre triomphant de la richesse corruptrice et du pouvoir ambitieux . voilà des objets dignes de la poésie ; et ce grand exemple donné au monde méritait de retentir au milieu des siècles , célébré par la trompette épique. Si l'époque toutefois présentait des beautés imposantes que le poète a su saisir, elle offrait aussi de nombreux écueils qu'il n'a pas su toujours éviter : il a cru que des événemens modernes repoussaient le merveilleux ; mais l'absence du merveilleux fait d'un poème épique une histoire en vers. Ce n'est pas tout : quelques circonstances ont influé sur l'exécution de l'ouvrage. Masson , attaché depuis sa jeunesse au service militaire de la Russie , le quitta de la manière la plus honorable , lorsque l'empereur Paul I^*" déclara la guerre à la France; mais presque tout son poème avait été composé à Pétersbourg; et le séjour de Paris est nécessabe au talent le plus décidé , s'il veut bien écrire en vers français. Des habitudes septentrionales rendaient Masson trop facile sur la musique du langage : il pensait et colorait ses pensées par des images; mais il oubliait qu'en blessant l'oreille on ne satisfait complètement ni l'imagiiiation ni l'esprit. Les noms suisses, d'ailleurs, étant surchargés de consonnes
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difficiles à prononcer, contribuent encore à donner au poème une âpreté qui en diminue beaucoup l'effet dans les endroits les plus estimables. On y trouve en abondance des idées fortes , généreuses , dignes d'un esprit mâle et d'une ame élevée ; on y remarque souvent du nerf et de la franchise dans l'expression ; quelques narrations rapides, quelques discours pleins de verve, y brillent par intervalles; mais, il faut en convenir, on y désire presque toujours la douceur, Tharmonie, l'élégance , tout ce qui fait le charme du style. Il est à regretter qu'une mort trop prompte ait enlevé à ses amis et à la littérature cet homme, diversement recommandable. Il n'a pu retoucher à fond un poème qui méritait, mais qui exigeait d'heureuses corrections et des changemens nombreux.
Un écrivain distingué comme poète et connne prosateur, M. de Fontanes, s'occupe depuis longtemps d'une épopée. Les connaisseurs ont déjà remarqué parmi ses ouvrages, le joli poème du Verger, une traduction en vers tle \Essai sur V Homme , plus concise et plus égale que celle de l'abbé Duresnel, et surtout un excellent morceau élégiaque, intitulé, le Jour des Morts dans une Campagne. Son poème épique a pour titre la Grèce scuH'ée; pour sujet, la ligue du Péloponèse victorieuse des armées et des flottes de Xerxès.