CHAPITRE VII
I.à , tout seconde un poète : l'harmonie des noms grecs et des noms asiatiques, la solennité de l'époque, la renommée lointaine des héros, l'autorité de l'histoire, le charme et la magnificence de l'antique mythologie. Glover, il y a soixante ans, traita ce beau sujet en Angleterre, sous le nom de Léonidas ; et ce ne fut pas sans succès. Il est à présumer que M. de Fontanes réussira d'une manière plus éclatante. Il a lu dans nos séances publiques plusieurs fragmens de la Grèce sauf^ée. Un style harmonieux et correct, une précision nerveuse , une versification savante sans recherche , embellissent ces fi^agmens ; et , comme l'exigeait l'époque la plus brillante des républiques grecques, les vers respirent à la fois l'enthousiasme de la poésie et celui de la liberté. Puisse ce grand ouvrage arriver bientôt à son terme! On a droit d'espérer qu'il soutiendra cette gloire poétique léguée par Malherbe à ses successeurs, et qui, de classique en classique, s'est conservée chez les Français durant deux siècles, toujours fidèlement recueillie , toujours enrichie de nouveaux trésors.
Dans l'épopée héroï-comique , nous ne sommes pas contraints de nous borner à des espérances ; et déja^ notre littérature possédait deux chefsd'œuvre en ce genre. Le froid Tassoni fut effacé par Despréaux , qui, cette fois indulgent, l'iio-
nora de quelques louanges; et, quel que soit le génie de l'Arioste, Voltaire, en luttant contre lui, s'est montré du moins son égal. M. de Parny n'est pas indigne d'être cité après ces modèles. Le pas que nous avons à franchir semble peut-être un peu difficile ; toutefois il n'est ici question que du mérite littéraire. Un zèle pieux, en se croyant obligé d'être sévère, peut usurper le droit d'être injuste; l'envie, pour user du même droit, emprunte le langage et le masque de l'hypocrisie. Circonspects, mais appréciateurs du talent, nous ne voulons scandaliser aucune conscience , ni partager aucune injustice. Il y aurait une réserve ridicule à ne pas nommer la Guerre des Dieux , comme il y aurait une insigne malveillance à nier les beautés qui brillent partout dans ce poëme : il est soutenu d'un bout à l'autre par ce merveilleux si essentiel à l'épopée , quoi qu'en dise Marmontel. Comment n'y pas remarquer une composition originale, le dramatique jeté sans cesse au milieu des récits, l'art d'enchaîner les phrases poétiques, le naturel et pourtant la sévérité des formes dans celte longue suite de vers de dix syllabes, d'autant plus difficiles à bien tourner qu'ils semblent aisés aux plumes vulgaires! Comment n'y pas louer surtout cette foule d'heureux détails, les uns sur un ton élevé que n'avait pas encore essayé M, de Parny, les autres plus doux