‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 117 sur 179 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

et respirant la mollesse de ces charmantes élégies qui , dans une époque antérieure , avaient fondé si justement sa réputation ! Ce poète habile et fécond nous a donné d'autres compositions épiques. Ses Rosecroix y dont la fable est peutêtre un peu obscure, présentent une foule de morceaux où se retrouve son talent accoutumé. On sait avec quelle grâce naïve il a chanté les amours des patriarches; mais, entre les poëmes qu'il a composés depuis la Guerre des Dieux, nous oserons décerner la palme à celui qui a pour titre le Paradis perdu. Nous ne dissimulerons pas néanmoins que des personnes austères , ou voulant le paraître, ont reproché à lauteur d'avoir voulu traiter gaunent un sujet délicat et singuher que Milton, plus hardi d'une autre manière, avait osé traiter sérieusement; c'est sur quoi nous ne pouvons avoir un avis. Notre devoir est d'écarter avec respect des questions épineuses qui dépassent la littérature, de nous borner au seul point qui soit de notre compétence , et de reconnaître en M. de Parny l'un des talens les plus purs , les plus brillans et les plus flexibles dont puisse aujourd'hui s'honorer la poésie française.

La plupart des choses humaines pouvant être envisagées sous des aspects très-différens, on ne doit pas être surpris que la conquête de Naples par Charles VIII ait semblé à M. Gudin le sujet

d'un poème héroï-comique. Il faut en convenir : l'importance de l'entreprise, les premiers exploits du chevalier Bayard, le nom de Bourbon, comte de Vendôme, une époque imposante où déjà l'Italie atteignait la hauteur des arts, tout paraissait appeler la véritable épopée. Alexandre VI et son terrible neveu, César Borgia , devaient même attrister l'imagination la plus riante. Toutefois l'odieux n'exclut pas le ridicule; et la couleur dominante peut souvent être au choix du peintre. Pour Charles VIII, Bayard, Vendôme et d'autres guerriers célèbres, ils forment dans le poème la partie vraiment héroïque. D'ailleurs Cliarlemagne et les douze pairs de France n'ont pas inspiré à l'Arioste une gravité inaltérable; et personne n'y trouve à redire ; mais l'Arioste excellait dans tous les tons : aussi ne peut-on quitter son Roland furieux; et l'on est tenté de le trouver trop court après avoir lu quarante-six chants. La Napliade en a quarante: que ne produit-elle un effet semblable! Par malheur il n'en est pas tout-à-fait ainsi : non qu'elle soit dépourvue de mérite ; elle en a, sans doute, et de plus d'un genre: les notes sont d'un homme instruit, et, ce qui vaut mieux encore, d'un homme éclairé. On en peut dire autant du corps de l'ouvrage : on y désirerait souvent, il est vrai, plus de poésie de style, une versification plus soutenue, et même une plaisanterie

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