‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 127 sur 179 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

vaiitage poui' taire croire qu'il n'y a point de travail? Les plus savans efforts de Tart surpasseront-ils jamais ce naturel admirable qui caractérise les poètes du dix-septième siècle, et que Voltaire avait conservé? Nous n'affirmons rien; nous craignons de nous tromper : nous proposons seulement des doutes que M. Delille peut résoudre. Appliquées à des ouvrages tels que les siens, les critiques fondées sont de quelque utilité pour les élèves, sans rien diminuer de sa gloire; mais elles doivent être circonspectes et mêlées d'hommages. Nous l'avons dit, nous le répétons avec plaisir: il a pris rang parmi les classiques.

Quoique Lebrun n'ait point publié, quoique même il n'ait point achevé son poème de la Nature, nous croyons devoir faire mention de cet important ouvrage, dont quelques fragmens ont paru dans les dernières années du dix-huitième siècle. Le poème de Lebrun ressemble à celui de Lucrèce par le genre, par le titre et par le talent; il en diffère beaucoup par les opinions et par le plan général. La vie champêtre, la liberté, le génie et l'amour : tels sont les quatre chants du poème français. Voilà sans doute une division brillante ; il faudrait connaître l'ensemble de l'ouvrage, pour juger si elle s'accorde avec l'unité nécessaire à toute composition poétique; mais on peut du moins apprécier les fragmens insérés, du

vivant de l'auteur, dans quelques feuilles périodiques. Les connaisseurs n'ont jDas oublié de trèsbeaux vers sur Voltaire à Ferney; une élégante et sombre tirade sur la Saint-Barthélemi; une tirade, plus considérable et très-philosophique , sur les consolations que peut offrir la solitude champêtre aux courtisans disgraciés; une troisième, encore supérieure, sur la chaîne des êtres, en remontant par degrés d'un infini à l'autre; enfin, une profession de foi, pure de superstition, mais pure aussi d'athéisme et vraiment religieuse; car le poète y présente l'existence de Dieu , non pas seulement comme un dogme utile au maintien des sociétés, mais comme un principe d'action nécessaire à l'ordre éternel. Des quatre chants de ce poème, un seul est complet : le chant du génie; et ceux d'entre nous qui l'ont entendu lire tout entier ne craignent pas de garantir qu'il suffirait pour assurer la gloire poétique de Lebrun. Il nous reste à faire une remarque essentielle : l'auteur, peu docile au goût dominant, s'est rigoureusement abstenu du genre descriptif, mis à la mode en France par Saint-Lambert, lorsqu'il publia le seul ouvrage peut-être où ce genre fût à sa place , l'élégant poëme des Saisons.

Dans les deux littératures anciennes, les descriptions faisaient partie de tous les genres de poésie et même de tous les genres d'écrire; mais

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