‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 155 sur 179 · CHAPITRE XI. 33i · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 33i

quelques hardiesses ; mais il attiédit les effets comiques ; il énerve la vigueur des scènes ; il décolore les détails ; et tous les bons mots disparaissent; car il n'y a plus de bons mots où il n'y a plus de précision. Cette imitation faible a pourtant réussi : en effet les situations restent ; et l'empreinte originale est si forte qu'elle perce encore à travers les voiles d'un style vague et d'un dialogue insignifiant. Comment l'auteur, qui, sous d'autres rapports, était un homme de beaucoup de mérite, a-t-il rappelé, dans le nouveau titre de sa pièce , le chef-d'œuvre de tous les théâtres comiques : Tartufe ? Un Anglais n'avait pas eu cette imprudence ; un Français, au lieu de provoquer le parallèle, aurait dû le fuir avec une crainte respectueuse ; et l'écrivain dont nous parlons, doué d'une raison très-saine, était plus en état que personne de sentir les dangers d'une concurrence impossible à soutenir, même pour les talens du premier ordre.

On ne doit pas oublier ici les ouvrages de M. Duval. La petite pièce des Héritiers et celle des Projets de mariage annonçaient un auteur comique. Sa manière a paru perfectionnée dans la Jeunesse de Charles II , improprement nommée la Jeunesse de Henri V. Ce singulier sujet avait déjà tenté l'auteur ingénieux du Tableau de Paris ; mais M. Mercier avait écrit à 1 anglaise, avec une

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liberté qui excédait de beaucoup les bornes prescrites au théâtre français. M. Duval a mérité par d'heureux efforts le succès dont jouit sa pièce. En traitant de nouveau le sujet, il lui a donné de la décence, mais sans lui ôter du comique; sa fable est conduite avec art; l'intérêt croit de scène en scène; et, ce qui vaut encore mieux dans une comédie, l'ouvrage est gai d'un bout à l'autre. En lisant le Tyran domestique, il est permis d'y blâmer une versification pénible; il est juste d'y louer quelques développemens du caractère principal, et surtout la marche de la pièce. C'est là que réussit toujours M. Duval. Estimable dans plusieurs parties de l'art, il est habile dans une partie importante : la combinaison du plan.

Deux petites comédies de M. Roger, le Tableau et \ Avocat, sont dignes de louanges à un autre égard : la seconde est encore une imitation de Goldoni. Toutes deux sont faibles d'intrigue, mais remarquables par un style correct et par une versification facile.

L'auteur de la tragédie diAgamemnon^ M. Lemercier, s'est essayé plusieurs fois dans le genre de la comédie. L'idée de son Pinto est singulière. Présenter sous le point de vue comique et dans la partie secrète une de ces révolutions qui changent les états : telle est l'intention de l'auteur. Peut-être l'événement choisi ne s'y prêtait pas

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