‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 160 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Le Drame, les deux Scènes Lyriques.

Coup - d'œil sur les mojens de soutenir l'art dramatique.

Malgré quelques scènes atleiidhssantes répandues de loin en loin dans les conjédies que Térence a imitées de Ménandre et d'A^poUodore, on peut affirmer que les anciens, sévères sur les limites des genres, ignorèrent toujours ce que parmi nous on est convenu d'appeler drame. On en peut dire autant des Italiens, qui refirent tous les arts chez les modernes. Les Espagnols, les Anglais, Lopès de Véga, Shakespeare, mêlèrent les deux genres dramatiques dans chacun des deux. Des Espagnols nous vint la tragi-comédie, dont l'action n'était pas toujours héroïque : témoin le Clitandre de Corneille. Depuis le Cid et le Menteur, les limites de la tragédie et de la comédie furent respectées durant plus d'un siècle; enfin la satiété des chefs-d'œuvre fit chercher de nouvelles formes ; et les deux genres furent mêlés encore , attendu qu'il est plus facile de tout confondre que d'inventer. La Chaussée, talent esti-

mable , mais qui manquait tout à la fois d'élévation et de gaieté , fit des comédies larmoyantes , que l'abbé Desfontaines voulait appeler Romanédies : là commence le drame. C'est un drame que le Sidnej de Gresset, ouvrage plus fort de style, mais plus faible de conception que les pièces de La Chaussée. Nanine etV En/àntprodigue tiennent de près à cette famille; V Ecossaise en fait partie : c'est là le chef-d'œuvre du genre. Le Père defaimlle de Diderot n'est guère moins digne d'éloges. Il y a beaucoup d'effet dans le PhUosophe sans le savoir, de Sedaine. Le mérite si rare d'une versification toujours élégante place à un rang élevé la Mélanie de la Harpe, la mieux conçue, /la mieux exécutée, la meilleure à tous égards des productions de cet écrivain.

En donnant, au commencement de l'époque actuelle, le drame intitulé la Mère coupable , ou \ Autre Tartufe y Baumarchais commit, avant Chérori , la faute que nous venons de remarquer dans le chapitre précédent , et dont le premier exemple fut donné par Dorât, à la tête d'une pièce aujourd'hui inconnue, les Preneurs ou le Tartufe littéraire. Lorque Beaumarchais fit représenter Y Autre Tartufe, on sentit l'inconvenance de ce titre ambitieux ; et le nom de la Mère coupable a prévalu. Quant à l'ouvrage, il est d'un grand effet : les caractères y sont fortement des-

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