‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 161 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

sinés, l'action rapide, l'intérêt puissant. Cette pièce énergique et neuve , où tout appartient à l'auteur, vaut bien mieux que son Eugénie; et Ton y voit partout les traces de ce talent original qu'il avait diversement déployé, soit dans son Barbier de Séville et dans plusieurs parties de son Figaro, soit dans les éloquens mémoires qui fondèrent sa célébrité. Cet écrivain remarquable est plein de mauvais goût sans doute, mais il est en même temps plein d'esprit, de verve et d'imagination. Il avait jeté sur la société des regards étendus et profonds. Une vie orageuse avait rais son caractère à l'épreuve ; et , malgré ses nombreux ennemis, il doit laisser un honorable souvenir fondé sur des ouvrages très -distingués, comme aussi sur le noble usage qu'il fit de sa fortune, en élevant avec tant de frais un monument immortel à la gloire de Voltaire, et par conséquent à la gloire nationale.

Après la Mère coupable, quelques autres drames ont obtenu des succès plus ou moins brillans. Le public a été fortement ému aux représentations des Victimes cloitrées , ouvrage de M. Monvel, auteur de l'intéressante comédie de VÂniant bourru^ d'une foule de productions agréables, et l'un des plus grands acteurs qui aient brillé sur la scène française. C'est encore M. Monvel qui a composé avec M. Duval un drame intitulé la Jeunesse du

duc de Richelieu^ ouvrage dont le sujet pathétique est puisé dans les Mémoires de ce courtisan, plus fameux qu'illustre. M. Rouilly a cru pouvoir consacrer au théâtre un trait de bienfaisance , ou peut-être une erreur de l'abbé de l'Épée. L'événement célébré par l'auteur a causé deux procès. Le premier jugement a été cassé par un jugement contraire : quant à la pièce , elle a été vivement applaudie; car elle est touchante, et cela suffit au tribunal des spectateurs. C'est à des tribunaux plus graves qu'appartiennent les discussions juridiques.

Le théâtre allemand , non moins irrégulier que le théâtre anglais , est beaucoup moins riche en beautés énergiques et profondes : il en offre néanmoins plusieurs dans les pièces de M. Goethe, de Lessing, de Klopstok. Déjà nous avions en français douze volumes de pièces allemandes. Les partisans de ces singuliers ouvrages ont fait depuis vingt ans de nouvelles tentatives pour en inspirer le goût au public de France. On a traduit Schiller entier; mais on ne s'est point borné à ce travail utile; on a transporté sur notre scène son drame extravagant des Voleurs: il a réussi même; et \\\\ tel succès n'a pu que nuire à l'art dramatique. Les drames de M. Kotzebue, bien inférieurs encore à Schiller, n'ont pas été dédaignés. Qui ne connaît la vogue assez longue de Misantropie

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