‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 162 sur 179 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

et Repentir! Il faut le dire cependant; ces pièces vulgaires , où la familiarité basse est prise pour la naïveté, une morale rebattue et fastidieuse pour la philosophie, le bavardage sentimental pour l'éloquence passionnée, rappellent et ne surpassent point les mélodrames qui figurent convenablement sur nos théâtres subalternes. Qu'il nous soit donc permis de donner peu d'importance à ces productions germaniques, et de passer à deux ouvrages originaux , plus dignes de nous arrêter , quoiqu'ils ne semblent pas destinés à la représentation.

M. de Lacretelle a publié , dans le recueil de ses œuvres, un drame intitulé le Fils naturel. La pièce que Diderot avait composée sous le même titre est loin d'égaler le Père de famille. Le sujet semble avoir été mieux conçu par M. de Lacretelle. La noble énergie de plusieurs caractères et la force des situations produisent des scènes éloquentes ; peut-être même cet ouvrage ne seraitil pas d'un effet vulgaire au théâtre, si l'auteur le resserrait de moitié, et pouvait l'assujettir aux formes régulières de la scène française. M. Bernardin de Saint-Pierre vient de faire imprimer un drame, dont le sujet est la Mort de Socrate. liCS derniers momens d'un sage opprimé n'ont rien qui soit fort théâtral ; mais c'est un admirable sujet d'étude. Les traditions des élèves de Socrate

et de l'école académique sont habilement fondues dans quatorze scènes. L'imagination brillante et le rare talent de l'auteur embellissent tout l'ouvrage. C'est dans ce goût et de ce style que Platon lui-même aurait pu l'écrire , s'il avait écrit en français.

Quinault, vrai fondateur de la scène lyrique, y transporta le merveilleux de la mythologie ancienne et de la féerie moderne. Il mérita, par un style plein de grâce et de correction, l'honneur d'être nommé à la. suite des grands poètes de son siècle. Après lui, Fontenelle, Lamotte , Labruyère , et surtout Bernard , cultivèrent avec succès le genre que l'auteur d'Armide avait porté à sa perfection. Quelques opéras représentés durant notre époque peuvent encore obtenir des places parmi les productions littéraires. Celui de tous qui nous parait le plus digne d'éloges, soit pour la composition, soit pour le style, est V Adrien de jM. Hoffman, puisque les tragédies lyriques de jNI. Guillard sont d'une époque antérieure. Le Trajan de M. Esménard offre assez souvent des vers bien tournés , plusieurs même qui en rappellent d'autres mieux tournés encore ; mais l'action ne marche point ; et l'intérêt se fait chercher dans cet opéra , beau pour les yeux. On ne peut adresser le même reproche à la Vestale de M. Jouy. Cette pièce, écrite avec pureté, composée avec art, soutenue d'ail-

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