‹ uvres de M. J. Chénier (volume 2)Chapitre 165 sur 179 · CHAPITRE XII. 35ï · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. 35ï

formés? sur les théâtres de province. Ces théâtres étaient de véritables écoles; car on n'y cultivait que les genres importans ; et ces écoles nombreuses maintenaient dans Paris la déclamation théâtrale à ce haut degré de perfection qu'elle avait atteint. Pour y remonter , il faut reprendre la même route. Nous avons doimé quelque étendue à cet article ; mais les lecteurs éclairés ne regarderont pas comme étranger à la littérature un objet lié si intimement à l'art dramatique.

Quant à cet art considéré en lui-même, veuton qu'il se soutienne? Veut-on même qu'il fasse des progrès? Il faut lui donner beaucoup de latitude. Ecrire en ayant peur de soi, reculer devant sa pensée, chercher, non ce qu'il y a de mieux, mais ce qu'il y a de plus sûr à dire; travailler pour exprimer faiblement ce qu'on a senti avec force; après tout cela, redouter encore et les obstacles certains et les délations probables, au moins de la part de ces écrivains subalternes qui nuiraient gratuitement, quand ils ne nuiraient pas pour vivre : c'est un tourment qu'il est impossible de supporter long-temps; et le silence absolu vaut mieux. Dans un tel état de choses , les talens se tairaient; il y aurait toujours beaucoup d'ou- NTages , mais des ouvrages d'écoliers ; le théâtre serait sans éclat; et ce n'est point à la vraie littérature qu'il faudrait imputer cette décadence. Le

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cercle des idées ne sera jamais, ni trop étroit pour la médiocrité, ni trop étendu pour le génie. Des esprits timides, abusant d'un peu d'influence, interdiront -ils à la tragédie les grands intérêts et les passions politiques ? à la comédie , le droit d'apercevoir et de peindre les travers de la ville et de la cour? Des élégies dialoguées, des farces insignifiantes : voilà ce qui restera pour les deux gemmes. Est-ce bien là ce qu'il faut aux Français du dix-neuvième siècle ? De tels spectacles seront-ils dignes de la gloire nationale , dont le gouvernement est le dépositaire et le soutien? Si notre théâtre, sous Louis XIV, n'avait pas joui d'une liberté qui lui est nécessaire, nous aurions Campistron et Dancourt, mais non pas Corneille et Molière. Telles sont les réflexions que nous croyons devoir énoncer avec une respectueuse confiance. Il n'est pas de genre d'écrire auquel on ne puisse les appliquer; mais elles intéressent plus directement le théâtre, partie éminente de notre littérature, qui a perfectionné tant d'autres parties, et qui, plus que tout le reste, a rendu notre langue classique chez les diverses nations de l'Europe.

OEuviHg postbames. III.

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