I. Voyez page 35, présent volume. [Note de l'Éditeur
DES INQUISITEURS DE LA PENSÉE. 'M,c)
qu'elle sert à faire la fortune d'un individu de la caste des Maîtres des requêtes : l'une des trois cents castes privilégiées qui écrasent de leur poids le royaume de France. C'est le peuple qu'il faut éclairer; et c'est l'argent du peuple qui paie ce magistrat de la librairie , chargé d'intercepter les lumières; car le peuple est toujours contraint de payer pour être opprimé. L'homme actuellement chargé de cette place étrange , s'appelle Maissemy. Il s'est donné de grands ridicules en voulant s'opposer à la publication d'un journal énergique , composé par M. de Mirabeau '. Sans cette aventiu^e le nom de Maissemy serait resté dans l'éternel oubli , qui doit être la seule ambition de cet homme.
YIII. S'il est question d'une pièce de théâtre , ce n'est pas assez des inquisiteurs ordinaires : la troupe des valets de cour s'empare de l'ouvrage, indignement mutilé par la bande des Censeurs royaux, escortés du Lieutenant-général de police.
I. Le Journal des Etats-Généraux. Ce journal avant été supprimé par un arrêt du conseil, Mirabeau prit le parti de lui donner la forme de lettres écrites à ses commettans. La première de ces lettres porte la date du lo mai; elle débute par une vive réclamation contre l'arrêt du conseil. Cette lettre et plusieurs autres sont imprimées à la fin du premier volume des Mémoires de Bailly, chapitre Éclaircissemens historiques.
( Note de l'Éditeur. )
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lie liitile Magistrat de la librairie , du profond Ministre de Paris, du Garde-des-sceaux, ou grand inquisiteur. Telle tragédie, telle comédie, pourrait faire parvenir jusqu'aux rois la vérité; par cet ingénieux moyen, les intrigues de leur cour, son insolence et sa perversité, pourraient leur être dévoilées; mais en cela, comme en tout le reste, les rois de France sont esclaves des importans qui les approchent, et des créatures de ces importans. vivant de parvenir au trône , il faut qu'un ouvrage dramatique plaise aux intendans des meuus-piaisirs, valets subalternes des grands, valets nommés Gentilshommes de la chambre; il faut qu'il n'épouvante pas ces grands valets ; et tout ce qui a l'air d'une pensée les épouvante. Ils sont courtisans ; et comment espérer d'éclairer le maître sur son antichambre, quand i! faut être jugé par cette antichambre avant d'arriver jusqu'à lui?
IX. Si les premiers hommes dune nation, c'està-dire , les hommes les plus éclairés, pouvaient empêcher les plus ignorans de publier leur pensée, cette autorité serait souverainement injuste. Premièrement, tous les hommes sont susceptibles de passions : par conséquent, ils sont tous capables de parler, d'agir avec partialité. En second lieu , quand on pourrait trouver un homme toujours équitable, toujours impartial, son autorité
DES INQUISITEURS DE L\ PENSÉE. 4oi arbitraire sur la publication de la pensée serait encore injuste par cela seul qu'elle serait arbitraire, et qu'elle détruirait l'égalité des droits, qui ne peut subsister qu'avec des lois écrites, établies par le Peuple ou par ses Représentans. Quand les plus ignorans peuvent empêcher les plus éclairés de publier ce qu'ils pensent, cet ordre de choses n'est pas plus injuste que le premier, je le sais; mais on conviendra qu'il est infiniment plus ridicule. Or, voilà ce qui est arrivé, ce qui arrive tous les jours en France. Je n'exagère point, j'ose le dire; une seule réflexion suffira pour en convaincre mes lecteurs: se figurent-ils, sans éclater de rire. Voltaire, Montesquieu, J. J. Rousseau, Buffon , Destouches , Piron , Gresset , tous les gens de lettres dans tous les genres, ne pouvant offrir leurs idées au public sans consulter Armenonville, Chauvelin, Hérault, Berrier, Le Noir, de Crosne, Desentelles , Yillequier, Marin, Suard, e tutti quanti? Je ne saurais joindre dans mon esprit ceux qui sont soumis à la férule , et ceux qui la tiennent, sans me représenter une troupe d'aigles gouvernés par des dindons. Qu'on ne dise pas que l'image est trop burlesque : en conscience, elle ne saurait l'être plus que la chose même.
X. A moins d'avoir beaucoup réfléchi sur l'inquisition française, il est fort difficile d'imaginer
Œnvrps anciennes. IV. "^-O
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toutes les précautions qu'elle a prises contre la Raison. Sans vouloir nuire dans l'opinion publique à l'armée des commis de barrière, j'ose affirmer que la Raison en France a été proscrite bien plus soigneusement que la contrebande. L'étendue de la proscription est aussi ridicule qu'effrayante. Il y a eu un tems où les adresses des marchands ne pouvaient s'imprimer sans permission ; mais le gouvernement s'est éclairé : cet abus ne subsiste plus. On voit encore au bas des aftiches pour la vente des maisons la signature de M. de Crosne : les têtes fortes du ministère conviennent que c'est encore un abus, mais qu'il ne subsisterait plus dans cent ans, si on laissait faire le gouvernement , qui se garde bien d'agir avec précipitation. H y a tout lieu d'espérer aussi que, vers le même tems, on ne pourra donner à danser sans la permission de M. le Lieutenant-général de police. Les philosophes veulent aller trop vite : ils gâteront tout , comme disent fort bien les ministres. Il est très-certain qu'il ne faudrait que savoir attendre : au bout d'une vingtaine de siècles, nous aurions infailliblement la plus grande liberté de penser.
XL Mais on jouit en France de la liberté de penser ; qu'est-il besoin d'écrire ce qu'on pense? cette réponse est digne d'un despote ou d'un esclave. Elle est digne d'eux ; car elle est absurde
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Il est certain que je ne l'ai pas inventée à plaisir: un magistrat, dont je veux bien taire le nom, m'a fait cette incroyable objection. Je veux bien taire son nom , je le répète ; mais cet ouvrage ne peut guère manquer de tomber entre ses mains; et il rougira. On jouit en France de la liberté de penser ! O vous , qui voulez bien ne pas nous ravir cette liberté si consolante , fidèles agens de la tyrannie , pouvez - vous comprendre l'énorme ridicule d'une pareille réponse? Faut-il vous savoir gré de ne point posséder un art que le despotisme ignorera toujours : celui de contraindre les mouvemens secrets de l'âme? Citez-moi, de grâce, un pays où la pensée soit esclave dans le sens que vous entendez. On jouit en France de la liberté de penser! Ah! ia malheureuse captive reléguée loin de sa famille et de sa patrie tlans un sérail de Constantinople jouit aussi de la liberté de penser , à l'instant même où sa bouche n'ose repousser des embrassemens odieux. Le nègre de vos colonies que vous faites expirer dans les travaux et dans les tourmens pour avoir du sucre jouit aussi de la liberté de concevoir qu'il lui serait utile et qu'il serait juste d'exterminer ses tyrans. La pensée du Juif est libre au milieu des bûchers de l'Inquisition; la pensée du Maure était libre, quand sa tète allait tomber sous le glaive de Mulley Ismaél , qui fut à
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la fois, dans son empire, législateur, magistrat, pontife et bourreau.
XII. Partisans gothiques de l'autorité arbitraire, vous tous qui n'avez cessé d'usurper les droits d'une grande nation , quand la voix de vingt-cinq millions d'hommes s'élève contre vous, quand la plume des philosophes, amis du peuple, vous dénonce à l'Europe et aux générations à venir, il vous est permis de penser qu'on vous accable d'un mépris injuste , et que vous ne serez pas toujours marqués du sceau du ridicule; mais, si vous n'aviez pas cette liberté , seriez-vous libres ? non, sans doute. Il doit vous être permis de combattre en ce point le sentiment universel , de défendre publiquement vos lumières et votre conduite publiquement attaquées. Il doit vous être permis d'énoncer votre pensée de quelque manière que ce soit. Si votre pensée nuit aux droits des autres citoyens , ils peuvent vous en faire rendre compte devant les tribunaux. Si vous êtes reconnus calomniateurs, la loi porte une peine contre le calomniateur; et vous devez subir cette peine. Telle est la véritable borne; tel est l'instant où la publication de la pensée n'est plus légitime. Cette borne, qui vous est prescrite, est prescrite à tous. Ce droit que vous avez , c'est le droit de tous. Ce droit que vous avez, des hommes plus éclairés le réclament pour eux ; et , quand
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ce ne serait pas des hommes plus éclairés que vous , ce sont des hommes et des citoyens : cela suffit. Dans la constitution politique, les magistrats n'ont des droits que comme citoyens; comme magistrats ils n'ont que des devoirs. Ces devoirs peuvent être renfermés dans une seule ligne : faire exécuter les lois écrites.
XIII. La quantité de libelles prononcés dans les églises prouve que la chaire ne participe pas en France aux entraves de la presse et du théâtre. Il faut conclure encore qu'il y a des professions où le calomniateur est sûr de l'impunité. Quant aux tribunaux, les cliens qui veulent publier des mémoires sont soumis à la censure des avocats : nul ne peut présenter au public ses griefs ou sa justification sans la signature d'un avocat. Ce simple exposé suffit pour faire concevoir aux lecteurs qui exercent leur raison tous les inconvéniens d'un pareil usage. Et, par exemple, dans ce pays des ordres, je suppose qu'un homme de \ ordre de la nation accuse , en justice réglée, un homme de X ordre des Ministres , ou de \ ordre des Intendans des provinces , ou de \ ordre des Maîtres des requêtes, ou de X ordre des Présidens à mortier, ou de X ordre des Conseillers, on doit sentir aisément que cet homme aura peine à trouver dans X ordre entier des Avocats un seul jurisconsulte assez hardi pour signer son mémoire. Quand il ne s'agirait que d'un confrère, la même
difficulté subsisterait encore. S'il s'agit de faire casser le jugement d'une cour souveraine, la di(ficiilté devient beaucoup plus grande. 11 n'est point de procès un peu célèbre qui ne vienne à l'appui de ce que j'avance. Parmi cent exemples, que je pourrais accumuler , je veux en choisir un seul dont nous avons été témoins il y a peu d'années. Quand feu M. Dupaty prit la défense de ces trois malheureux de Chaumont, injustement condamnés au dernier supplice, un jurisconsulte intègre, et plus courageux que la plupart de ses confrères, signa le mémoire justificatif, composé par M. Dupaty ^ Ce jurisconsulte fut puni de sa générosité. L'injustice qu'il éprouva, car le mot de sévérité serait ici fort peu convenable, ne lui ravit point l'estime publique, et ne parvmt pas davantage à convaincre la nation de l'infaillibilité parlementaire; mais cette injustice a dû nécessairement augmenter la circonspection des Avocats, qui ont presque toujours refusé leur signature à des mémoires où la faiblesse osait plaider contre la force. XIV. Ici finit l'inquisition antérieure à la publication de la pensée. Nous entrons dans une carrière nouvelle, et qui n'est guère moins étendue. Il est juste de commencer par la censure de la Sorboime , censure autrefois redoutable , et
I. Cf mémoire in -4", signé T,pgr;md I.alni. fut publia f-n 1786. [Note fie l'É dit en r.)
maintenant tombée dans le plus profond mépris. Au dernier siècle , une censure de la faculté de théologie faisait le sujet de toutes les conversations : elle occupait Paris, et quelquefois la France entière. La Sorbonne, il y a quelques années, s'avisa de censurer les Principes de la Morale de l'abbé de Mably. Personne n'en sut rien, même dans le quartier de la Sorbonne. La censure de Bélisaire a fait quelque bruit , parce qu'il plut dans le tems à M. de Voltaire de s'égayer sur Riballier: mais les mœurs étaient déjà changées; et M. de Voltaire n'aurait pas eu besoin de diriger sur ce point l'opinion pubhque. On sait que la Sorbonne voulait censurer X Esprit des lois, quand il parut. De bonnes gens menacèrent les docteurs de la colère de Montesquieu , colère purement philosopliique , et qui ne tendait qu'à les couvrir de ridicule. Probablement ils eurent peiu* ; ce qu'il y a de certain , c'est que la censure n'eut point lieu. Mais c'est trop long - tems parler de la Sorbonne,
XV. Après l'inquisition théologique de la Sorbonne, vient l'inquisition des évéques. Ces messieurs se sont arrogé le droit de dénigrer publiquement les philosophes , de leur adresser les invectives les plus dures , de les désigner par leurs écrits; et, quand ils sont une fois désignés, souvent même nommés , de tirer de leurs écrits des inductions calomnieuses sur leur caractère et
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sur leur conduite. Messieurs les évèques ne se font pas scrupule d'appeler gens sans religion tous ceux qui professent une religion différente de la leur, eXgens sans mœurs^ tous ceux qui n'ont point leurs mœurs. Ces pieuses satires, parions mieux, ces pieux libelles, sont intitulés Mandemens ou Pastorales. Ces Pastorales sont aussi mauvaises que celles de Fontenelle, mais ne sont pas toutà-fait aussi mielleuses. Lorsque J. J. Rousseau publia son beau traité de l'Éducation , l'Archevêque de Paris, qui vivait alors, crut devoir précautionner son troupeau contre les leçons que donnait un philosophe éloquent et passionné pour la vérité. Christophe de Beaumont fit ou fit faire un Mandement .^ que la plus énergique réponse a couvert d'un opprobre immortel. Christophe de Beaumont prouvait fort bien que J. J. Rousseau avait été prédit par saint Paul , et que J. J. Rousseau, suivant la prédiction de saint Paul, était amateur des voluptés plutôt que de Dieu. La correction vigoureuse que reçut cet archevêque rendit un peu plus timides les faiseurs de mandemens'. On trouve aujourd'hui moins de personnalités calomnieuses dans leurs chefs-d'œuvre, qui toutefois sont loin d'en être exempts. Les évèques s'escri-
I. Voyez plus haut, même volume, page 279, le rhapifrtintitulé : Sur une édition des œuvres de J.-J. Rousseau, cl plus haut encore, page aS et suiv. (^Note de l'Editeur.)
DES INQUISITEURS DE UA PENSEE. 409 ment toujours contre les philosophes, surtout contre ceux qui n'existent plus. Un homme qui aurait le courage de compulser ces nombreuses sottises ferait bien des gros vohnnes, s'il recueillait seulement les Mandemens où l'on a injurié Voltaire pendant sa vie et après sa mort. Au reste, dans tous ces écrits, les philosophes sont outragés collectivement. On trouve une occasion de les attaquer jusque dans les Mandemens publiés au commencement du carême, pour permettre aux dévotes de manger des œufs frais. Survient -il une guerre? il faut s'en prendre aux philosophes. Une grêle désastreuse vient-elle à ravager les moissons? ces coquins de philosophes ont amené la grêle. Nos saints orateurs mitres ressemblent tous au personnage de ï Ecossaise , qui accuse les philosophes de faire baisser les fonds publics , et de faire renchérir l'eau des Barbades.
XVI. S'il n'est pas de Mandement qui ne soit coupable de ridicule , aucun n'avait encore égalé, dans ce genre, celui que M. l'Evéqne de Chàlons n'a pas craint d'offrir, il y a quelques mois, à la dérision des fidèles. ^I. l'Evêque de Châlons ordonne des prières publiques dans son diocèse pour les Etats- généraux. Il n'aime pas plus les assemblées nationales que les philosophes. Il se plaint amèrement de cette doctrine nouvelle, que des impies ont semée dans tous les coins de la
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France : doctrine abominable, et qui tend manifestement à ramener les hommes an droit naturel. Je ne citerai aucun passage de ce Mandement. Poui' citer tout ce qu'il offre de remarquable , il faudrait en faire une seconde édition : j'aime mieux renvoyer au texte même. Il faut le lire et le conserver ; car ce pamphlet , vu la date , est un des monumens les plus curieux de l'esprit humain. Je ne doute pas qu'il ne devienne un jour aussi cher que la bonne édition de Marie Alacoque ^ le chef-d'œuvre d'un ancien archevêque de Sens'. Au reste, comme les évéques ne cessent de démontrer, non pas mathématiquement, mais théo logiquement, que les philosophes sont coupables de tous les maux possibles; lorsque les évéques déraisonnent, si j'ose ainsi parler, il paraît évident que c'est encore la faute des philosophes. C'est à eux seuls qu'il faut imputer l'orgueil et l'avidité de toutes les aristocraties, les déprédations de la cour, la tyrannie des ministres, la simonie des évéques, et leurs mœurs anti - évangéliques. On voit bien que les philosophes sont des monstres , comme le disent sans cesse une infinité d'honnêtes gens, auxquels il n'a manqué, pour
i. L'abbé Langue! (Jean Joseph), nommé en 1731 à l'archcvèché de Sens. La vie de Marguerite Marie Jlacoque parut en 1729. {Note de l'Editeur. \
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être à leur place, que de naître au quinzième siècle : ils auraient eu l'esprit du douzième. Peutêtre, dans aucun cas, ils ne seraient montés au niveau de leurs contemporains. On doit sentir qu'il serait inutile de vouloir instriiire des raisonneurs de cette force : il faut seulement les dévouer à l'opinion publique, les faire rougir en face du peuple , à moins qu'on n'aime mieux les livrer au fouet des événemeiis pour toute réponse y selon l'expression énergique d'iui célèbre député de Paris.
XVII. 11 est une inquisition bien plus redoutable que celle des évêques , et dont la funeste puissance ne saurait être dénoncée avec trop de force. Je veux parler de l'inquisition judiciaire, (le la tyrannie continuelle exercée par les parleniens contre les écrits philosophiques , et contre les auteurs de ces écrits. Ce ne sont pas en effet les déclamations d'un prélat peu éclairé qui ont forcé l'auteur (S^ Emile de quitter la France , et d'offrir à l'Europe entière le spectacle imposant et sublime d'un grand homme qui n'est point accablé sous le triple fardeau de l'oppression , de la misère et de l'opprobre. Mais, non , ma plume va trop loin; je vois un mot qu'il faut effacer: l'opprobre n'était point pour le philosophe; il était pour ceux qui condamnaient son livre; pour ceux qui privaient la France d'un étranger sage et éloquent , dont les écrits avaient honoré la lan-
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gue française , et que la nation aurait dû fixer dans son sein par des bienfaits et des hommages. On voulut flétrir Emile; on le fit brûler par la main du bourreau; mais, sortant de ces mains impures, il passa dans celles des mères; il resserra les saints nœuds de la tendresse maternelle et delà tendresse filiale. Il passa dans les mains des enfans, et rendit plus vertueux que leurs pères les fils de ces magistrats qui avaient traité l'auteur en criminel. Il fut traduit dans toutes les langues de l'Europe; et partout il forma des instituteurs, des époux, des citoyens; partout il perfectionna l'éducation; surtout dans cette île fameuse où la raison , jusqu'à nos jours, était plus réputée qu'ailleurs ; dans cette île , fière et magnanime , qui donna si long - tems à la France des leçons de liberté , que la France va lui rendre désormais. Depuis la condamnation à' Emile ^ presque tous les livres célèbres furent brûlés par ordre du parlement de Paris. Cette flétrissure devint un honneur; et ce fut presque un déshonneur pour un philosophe que d'échapper aux injures des Avocats-généraux. Du reste, leurs fréquentes attaques furent toujours dédaignées; aucun d'eux n'obtint l'espèce de gloire qu'avait obtenue Christophe de Beaumont. Il doit être permis à tout citoyen de dénoncer en justice réglée un écrivain qu'il croit coupable. Si la loi prononce contre l'accusé, il <loit subir la peine déterminée par la loi; sinon.
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c'est l'accusateur qui doit être puni. Ici le magistrat accuse, et ne court aucun risque. Un dénonciateur de cette espèce est un calomniateur privilégié.
XVIII. Que dirai-je maintenant de ce despotisme exercé sur les gazettes par le Ministre des affaires étrangères? On sait à quel degré le despote Fergennes a poussé cette inquisition. Par le double moyen de la crainte et de l'amour du gain , ce profond politique avait soumis, ou pour mieux dire, accaparé les journaux de l'Europe entière. Aussi, tant qu'il a vécu, les journalistes fidèles n'ont cessé de lui donner le titre de grand homme. Il ne l'a perdu qu'en mourant; et sa gloire est descendue avec lui dans la tombe. Mais achevons le tableau de tyrannie que j'ai voulu présenter à la nation généreuse qui s'est lassée d'être esclave : j'y veux ajouter encore quelques traits. Les Gouverneurs et les Intendans de province réunissaient dans leurs mains tous ces différens pouvoirs. Ce qui est peut-être plus odieux : à la voix des princes, des ministres, de tous les esclaves puissans, les lettres étaient ouvertes; le gouvernement, toujours absurde, mais toujours infatigable dans sa tyrannie, interceptait les secrets des citoyens, et n'offrait dans ses agens de toutes les classes qu'un vil amas d'espions et de délateurs. Afin de mêler le brigandage aux autres crimes, on inventa la
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chambre syndicale, ou chaque auteur déposait huit exemplaires de chaque ouvrage. C'était im impôt particulier sur les gens de lettres, qu'ils devaient payer sans doute en reconnaissance de l'oppression particuHere sous laquelle ils gémissaient.
XIX. Je pouvais mêler ici une foule d'anecdotes piquantes qu'on s'est empressé de me fournir : elles auraient fait de cet écrit un livre de toilette ; mais toutes ces anecdotes sont aussi nicertaines que vraisemblables. Je laisse aux académies ce style aristocratique. J'expose la vérité sans ornement, et je ne suis point d'avis de faire dégénérer une question de droit en misérable question de fait. Je n'ai donné ici que le simple exposé d'un ordre de choses qui a été long-tems sous nos yeux. Je ne dis point tout ce que je pourrais dire, j'en atteste mes compatriotes; mais, si cet ouvrage parvient à des tems un peu re- <:ulés , ceux qui le liront un jour ne pourront croire à toutes ces iniquités du gouvernement chez les Français du dix-huitième siècle. Ils ne verront qu'un roman satirique dans cet écrit , où j'ai presque adouci la vérité. Dussé-je, toutefois, redoubler leur méfiance, je dirai qu'outre ces inquisitions définies il existait encore en France une dernière inquisition. J'en vais rendre compte en peu de mots. Voici un précepte de conduite
DES INQUISITEURS DE LA PENSÉE. 4 1 5 à l'usage de ceux qui vivent sous un gouvernement: arbitraire : opprimez le faible, et caressez le fort. Ce précepte a été parfaitement pratiqué en France par les inquisiteurs de la pensée. Les princes, les ducs et pairs, les ministres, les commis, les valets nommés gentilshommes de la chambre, les femmes de chambre nommées clames d'honneur, les valets de garde -robe, les proxénètes, les préteurs d'argent, les prêteurs de femmes, les actrices, les chanteuses, les danseuses célèbres, les filles un peu distmguées, enfin la race immense et rampante de tous les gens tenant au despotisme par quelque lien : voilà ce qui dirigeait l'esprit de tous les inquisiteurs, et la plume vénale d'une multitude de journalistes, d'écrivailleurs de toute espèce, courant les antichambres, sollicitant les pensions, les places subalternes; dénigrant le mérite, toujours sans protection parce qu'il est sans bassesse; exaltant sans pudeur la médiocrité protégée et la stupidité protectrice ; prêts à écrire sous la dictée de tout ce qui pouvait quelque chose, à tant par feuille, ou par paragraphe , comme il est juste et raisonnable.
XX, On m'apporte, au moment où j'écris, une brochure très-contraire à la liberté publique, et notamment à la liberté de la presse. Cette brochure , imputée généralement à M. l'évêque de
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Blois, jouit, m'a-t-on dit, tl'une grande faveur auprès des aristocrates : en la lisant, je suis convaincu que cela doit être. Elle contient des instructions pour le hameau de Madon. Voilà ce que j'y trouve mot pour mot : Toutes les choses et toutes les personnes ne doivent pas indifféremment être ébranlées et décréditées dans Vopinion. Il n appartient pas au premier venu d'infecter l'air de poisons et de maximes pernicieuses. Toute production clandestine est un délit punissable. Il doit y avoir un aréopage pour exercer la censure, et un ministère public chargé de dénoncer les coupables. J'ignore si quelqu'un des paysans de Madon a réclamé contre une pareille doctrine. En tout cas, je prie M. l'évéque de Blois de vouloir bien me permettre de lui représenter que les propositions qu'il avance ne sont conformes ni à l'équité, ni à la saine logique. Toutes les choses doivent pouvoir être également soumises à la discussion. Chacun doit pouvoir, à son gré, les attaquer ou les défendre. Il est dit, dans l'évangile, que les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre l'Eglise de Dieu : cette prédiction doit rassurer l'Eglise de Dieu. Quant à moi, j'ose affirmer que le mensonge ne prévaudra plus contre la vérité. Elle sortira toujours triomphante des combats perpétuels qu'elle soutient contre lui; et nous verrons chaque jour les préjugés reculer devant
DES INQUiSITEUHS DE LA PENSEE. 417
la philosophie. La société doit accorder aux citoyens un droit égal. L'homme qui publie ses opinions en quelque manière que ce soit ne nuit point aux droits d'un autre homme : donc , toutes les opinions doivent être indifféremment discutées. Celles qui sont décréditées par Texamen ne peuvent qu'être nuisibles : voilà pour les choses. Quant aux personnes, j'invoquerai encore cette égalité de droit à laquelle il faut toujours revenir: hors de ce principe, l'arbitraire commence; hors de ce principe, il n'y a plus qu'injustice et délire. Le calomniateur doit être puni, quel qu'il soit, et quelle que soit la personne calomniée. L'honneur d'un paysan de Madon est aussi sacré que celui de M. l'évêque de Blois; mais, du moment que l'honneur d'un citoyen n'est pas outragé dans un écrit , cet écrit est légitime; et l'amour propre de M. l'évêque de Blois n'est pas plus sacré que celui d'un paysan de Madon. Je ne sais trop ce que veut dire infecter Vair de poisons et de maximes pernicieuses: ce style est fort singulier; mais il n'est pas question ici de style. Si M. l'évêque de Blois veut dire qu'il n'appartient pas au premier venu de calomnier, je lui représenterai encore que cela n'appartient à personne. Quant aux maximes pernicieuses ^ je ne sais si on peut en infecter Vair; mais je sais que nombre de gens en ont infecté
OEuvres anciennes. IV. "-^7
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le papier. Un aristocrate en trouvera beaucoup dans cette dénonciation ; j'avouerai que j'en trouve beaucoup dans la brochure de M. l'évêque de Blois. J'entends par maximes pernicieuses des maximes contraires à la justice, à la morale, au droit naturel; et je citerai pour exemple les propositions que je combats actuellement. Mais la loi ne doit punir que ce qui nuit au droit des citoyens : un livre immoral ne nuit point au droit des citoyens. Le mépris public doit être le seul châtiment d'un auteur immoral; il n'appartient qu'à l'opinion de faire justice des opinions. Il ne fallait pas dire que toute production clandestine est un délit punissable : la clandestinité ne suppose pas toujours un déUt; et le délit peut exister sans la clandestinité. Les Lettres Provinciales, dans le tems de leur nouveauté, pouvaient s'appeler des productions clandestines; et, malgré l'arrêt du parlement de Provence, les Lettres Provinciales ne formaient pas un délit punissable. D'un autre côté , les sermons calomnieux du curé Lincestre contre le roi de Navarre, depuis Henri TV, étaient véritablement criminels; mais ils n'étaient pas clandestins. Si M. l'évêque de Blois s'était borné à dire : toute production calomnieuse est un délit punissable , il aurait énoncé clairement une proposition conforme à la justice, à la vérité. Au reste, en admettant même ces propo-
DES INQUISITEURS DE LA PENSÉE. 4,9 sitions inadmissibles, en supposant que la société puisse accorder à quelques citoyens plus de droits qu'aux autres, en supposant qu'elle puisse sévir contre les écrivains immoraux, en supposant que toute production clandestine soit un délit punissable , il ne s'ensuivrait pas qu'il dût y avoir dans l'état un aréopage pour exercer la censure , et un ministère public chargé de dénoncer les coupables. Tous les cas pourraient être prévus dans des lois écrites, établies par le Peuple ou par ses Représentans. Si les prohibitions blessaient le droit naturel, ce serait toujours des injustices; mais ce serait des injustices légales : T'arbitraire ne peut jamais être légal. J'ai dit tout ce que j'avais à dire sur un ministère public accusateur. Quant à l'aréopage qu'on propose, je ne connais que ce seul moyen de rendre la censure, en France, plus tyrannique et plus odieuse ; de lui imprimer plus que jamais cet esprit aristocratique, jugeant avec deux poids et deux mesures, faisant acception des personnes et des choses, mais dont l'oppres sion, toujours égale, toujours invariable, ne laisse. aux opprimés aucun espoir d'adoucissement. M. l'évêque de Blois aime tant les censeurs et les aréopages qu'il désire encore une censure secrète des mœurs, et un tribunal de magistrats chargés de distribuer des lettres de cachet, selon leur conscience ; car les lettres de cachet lui paraissent
bonnes à conserver. Si jamais ces deux censures et ces deux aréopages s'établissaient dans ce royaume, ceux qui pourraient rester en France y regretteraient sans cesse le gouvernement de Louis XI, et celui du cardinal de Richelieu. Non, je le déclare : Tinquisition de Madrid et la chambre étoilée d'Angleterre n'offriraient, à mon sens, qu'une faible idée de ces institutions désastreuses.
XXI. Récapitulons maintenant tous les genres de tvTannie que j'ai exposés dans cet écrit : il ne s'agit plus que de les compter. L'inquisition des Censeurs royaux, l'inquisition du Lieutenant général de police, l'inquisition du Magistrat de la librairie , l'inquisition du Garde des sceaux , l'inquisition du Ministre de Paris, l'inquisition des Intendans des menus plaisirs , l'inquisition des Gentilshommes de la chambre, l'inquisition des Avocats, l'inquisition de la Sorbonne, l'inquisition des faiseurs de Mandemens et de Pastorales, l'inquisition des faiseurs de réquisitions, l'inquisition du Ministre des affaires étrangères, l'inquisition des Gouverneurs et des Intendans de province, l'inquisition lie la Poste aux lettres, l'inquisition de la Chambre syndicale, l'inquisition indéfinie de tous les valets de Versailles; somme totale: seize inquisitions exercées en France sur l'esprit des citoyens. J'en oublie peut-être quelques-unes; mais il ne faut
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plus compter les billets de confession, ce complément de la tyrannie ecclésiastique; ni, j'espère, ce complément de la tyrannie ministérielle; ces terribles lettres de cachet, distribuées abondamment à ceux qui osaient parler ou écrire avec énergie. Ce sont toujours deux inquisitions de moins : tant il est vrai que tout dégénère. Les gens qui ne pensent pas, et qui s'appellent les gens sensés, disent tous qu'il n'y a plus assez d'entraves; ils ajoutent que c'est bien dommage, mais qu'il faut s'en prendre aux philosophes.
XXII. Ici des réflexions singulières se présentent sans doute à l'esprit de mes lecteurs. Des philosophes ont-ils pu exister dans un pavs si monstrueusement despotique? Est-ce véritablement en Erance , est-ce parmi tant de liens ridicules , que les premiers écrivains du siècle ont osé prendre leur essor? Est-ce bien au milieu de ces barbares que Voltaire, Montesquieu, J.-J. Rousseau, d'Alembert, Diderot , Mably, Raynal , Helvétius, ont écrit avec une liberté courageuse? Oui, ces hommes sont des Français; mais ce n'est pas impunément qu'ils ont instruit les nations. La tyrannie leur à fait payer cher une gloire déjà trop orageuse , et des lumières trop souvent contestées par ceux même qu'ils éclairaient. On connaît les nombreuses persécutions excitées contre Voltaire, et les disgrâces de sa cendre, qu'un rao-
nument public devait offrir au. respect de ses concitoyens et des étrangers. Montesquieu, plein de hardiesse et de timidité, né dans une classe qui le forçait à la circonspection, respecta, malgré lui, quelques-uns des préjugés de son siècle; et les crens à préjugés qui rejetaient avec effroi tout ce qu'il a dit de vrai dans son grand ouvrage exaltent aujourd'hui tout ce qu'il a dit contre son opinion, et se prévalent sans cesse de ce qu'il n'a point osé dire. J.-J. Rousseavi, le plus malheureux des hommes de génie, parce qu'il était le plus sensible, fut décrété par le parlement de Paris, et chargé des imprécations ecclésiastiques, pour avoir écrit un ouvrage aussi vertueux qu'éloquent. Lorsqu'il composa le chef- d'œuvre du Contrat social, il n'évita de nouveaux malheurs que par la profonde ignorance des tyrans de la pensée, dont le plus éclairé ne pouvait comprendre cette admirable exposition du droit politique, encore moins toutes les conséquences qui résultent de pareils principes. On enferma Diderot au donjon de Vincennes, pour avoir publié des Pensées philosophiques. Il fut depuis avec d'Alembert à la tête d'un monument littéraire, dont le projet seul étonna l'Europe ; mais que d'impertinentes tracasseries, que de vexations de toute espèce éprouva cette Encyclopédie , qui , malgré ses nombreux défauts, fait tant (riionneur
à la France et au dix-huitième siècle ! Mably n'osa publier ses meilleurs ouvrages : ils ont paru depuis sa mort; et sa réputation s'accroît à mesure que la nation s'éclaire. Raynal, décrété comme J. J. Rousseau , fut contraint de fuir comme lui ; et l'auteur du livre de l'Esprit s'est vu forcé de rétracter la vérité : malheur plus grand pour un philosophe que l'exil et la persécution. Ils furent tous en horreur aux agens du fanatisme, et plus encore, s'il est possible, aux agens de la tyrannie : ce qui me rappelle ce mot célèbre de Duclos, qui aurait dû trouver sa place parmi les écrivains que j'ai nommés : Les gens de cour craignent les gens de lettres , comme les filous craignent les réverbères.
XXIII. La génération qui a succédé immédiatement à ces hommes illustres n'a point hérité de leur courage. Les écrivains qui maintenant touchent à la vieillesse n'ont déployé, pour la plupart, qu'une philosophie timide. Ils se taisent dans la révolution présente ; et , tandis qu'un cri universel de liberté se fait entendre d'un bout de la France à l'autre, ceux qui devraient élever la multitude à leur niveau peuvent à peine atteindre au sien. La génération qui succède à celle-ci offre un aspect plus imposant, des talens plus brillans et plus utiles, une raison plus fière et plus vigoureuse. Comment se fait -il cependant
424 DÉNOIXCIAÏION
que , parmi tant de bons citoyens qui réclament avec force le droit de publier sa pensée , ce droit le plus particulier à l'homme, puisque l'homme est essentiellement doué de raison ; comment se fait -il que je sois encore le seul à développer dans toute son étendue cette chaîne tortueuse qui nous garrotte et nous entoure de tous côtés? Comment se fait-il que je sois encore le seul à dénoncer cette immense hiérarchie d'oppresseurs, qui pèse sur le génie des hommes voués aux lettres , et par conséquent sur les opinions de toutes les classes de citoyens ? Si la philosophie s'est répandue dans les provinces, si elle s'est montrée dans le conseil du roi, si elle s'est fait jour au sein des corps les plus aristocratiques , si nous sommes enfin plus raisonnables à beaucoup d'égards, nous le devons tous à ces hommes qui ont été persécutés. Ce sont eux qui nous ont appris à penser; ils nous ont menés comme par la main vers la vérité. Guidés par eux, nous avons laissé les préjugés dans la poussière des collèges. Eux seuls ont préparé la Révolution qui commence. Ils nous ont servis pendant leur vie; ils nous servent encore du sein de leur tombe. Leurs écrits sont pleins d'un feu sacré qui nous échauffe et nous éclaire. Ils ont été nos précepteurs, nos bienfaiteurs; et pouvons-nous, sans être indignés, rappeler à notre souvenir tous les malheurs qu'ils ont
éprouvés, précisément parce qu'ils ont été nos bienfaiteurs? La force de la justice et de la vérité m'entraîne. Autant ils méritent de respect, de reconnaissance, autant faut-il prodiguer de mépris et de haine à cette foule de méchans ou d'imbéciles qui, sous mille dénominations différentes, n'ont exercé qu'un seul emploi , celui de persécuter la raison : espèce odieuse et vile, qui aurait étouffé le génie en France, si le génie pouvait être étouffé; espèce vraiment ennemie du peuple, vraiment rebelle au peuple, et qui, par des lettres de cachet, des vexations, des crimes sans nombre, serait parvenue à vaincre l'opinion publique, si l'opinion publique n'était pas irrésistible.
XXIV. Ceux de mes contemporains qui cultivent les belles -letti^es auraient pu me donner l'exemple que je leur donne. Les auteurs dramatiques, surtout , auraient dû me prévenir, en fixant sur la liberté du théâtre une partie de l'attention publique. Il convenait à des sexagénaires de ne pas attendre qu'un homme à peine âgé de vingtcinq ans défendît leurs intérêts. Si je n'aimais que la renommée, je les remercierais de leur silence, et de l'honneur qu'ils m'ont laissé; car il y a de l'honneur à défendre, même faiblement, la cause de la liberté : mais je souhaite, au contraire, que ce reproche les réveille, et qu'il les anime dans leurs travaux; je souhaite sincèrement de me voir chaque jour surpassé par les talens.
et surtout par cet amour de la patrie, qui seul peut assurer aux talens une gloire solide et véritable. C'est parce que j'aime ma patrie que je lui souhaite des citoyens meilleurs que moi. Si j'ai nommé, si j'ai attaqué dans cet écrit quelques hommes qui vivent encore, ils m'ont opprimé, comme ils ont opprimé tous ceux qui écrivent. J'ai voulu publier ma pensée : ils ont voulu me borner à publier la leur; ils ont blessé mon droit légitime : je n'ai blessé que leur amourpropre ; et l'amour-propre des citoyens , par conséquent des magistrats, ne peut être mis au rang de ces choses que la société doit protéger. On a vu trop long-tems des mercenaires, soudoyés par les gens en place, dénigrer dans les satires les plus sanglantes les premiers écrivains de la nation. On a vu de misérables journalistes outrager périodiquement Voltaire, et je ne sais quel Rivarol insulter aux derniers soupirs de Buffon^ Il était tems qu'un homme de lettres, armé de ce noble orgueil qui convient à la raison indignée, versât sur les oppresseurs du génie l'opprobre que leur fidèles suppôts ont voulu verser sur les gens de lettres. Je me saisis avec ardeur de cet emploi : je veux le remplir tant que je vivrai. Du moment que j'ai cru devoir écrire, j'ai voué aux
1. Voyez le troisième vol. des OEiivrcs niuivniics, pag. xil.
{Note de l'Éditeur.)
tyrans une haine mâle et franche; j'ai consacré pour toujours à la patrie, à la liberté, ma voix, ma plume et ma vie. Ceux qui combattent les préjugés sont mes amis; ceux qui les soutiennent sont mes ennemis : je ne connais plus d'autre mesure de mon amitié , ni de ma haine. Si l'on trouve de la colère dans cet écrit, c'est que l'oppression inspire de la colère à tout homme qui sent et qui pense. Le style fier et passionné est celui des amis de la liberté. Le style humble et glacial est celui des amis du despotisme. Je ne puis écrire du ton d'un esclave, en dénonçant la tyrannie. Malheur à l'écrivain qui ne sait dire la vérité qu'à demi , qui compose, pour ainsi dire, avec les erreurs, et qui accuse tranquillement des absurdités révoltantes !
XXV. Je sens que ma plume a besoin de repos : je vais la quitter avec le dégoût qu'inspire nécessairement aux esprits bien nés le récit des vexations arbitraires. Quel étrange renversement de l'ordre naturel , quand les magistrats , de serviteurs du Peuple, deviennent ses maîtres; quand ils exigent pour leurs opinions le respect qu'on ne doit qu'aux lois; quand le Peuple est contraint d'obéir à des lois qu'il n'a pas établies! Dès lors les magistrats et les citoyens cessent d'avoir des intérêts communs; dès lors, par conséquent, ils ont des mtéréts contraires. Il s'établit
mie guerre perpétuelle entre ceux qui gouverueut et ceux qui sont gouvernés; et l'on voit une nation entière avilie devant quelques individus, qui ne sauraient tenir leur pouvoir que de cette nation. Quand le désordre est venu à ce point, il arrive, par la force des choses, que les magistrats sont presque toujours des hommes ignorans ou corrompus; je dis presque toujours, et j'affaiblis ma pensée, je ne sais pourquoi. En effet, l'intérêt du gouvernement devenant directement contraire à l'intérêt de la société, les magistrats étant conjurés contre les citoyens, je puis concevoir qu'un honnête homme ignorant s'imagine faire le bien en faisant le mal ; je conçois facilement qu'un homme éclairé, mais injuste, sacrifie le bien public à son intérêt particulier; mais il m'est impossible de comprendre comment, en aucune circonstance , un homme qui joindra l'équité naturelle aux lumières trempera dans cette conjuration de quelques - uns contre tous. En un pareil ordre de choses , un magistrat aussi juste qu'éclairé serait véritablement un prodige, et serait un prodige inutile : il ne pourrait changer l'esprit du gouvernement; il se verrait sans cesse contrarié par ses collègues; et, ne voulant point devenir oppresseur, il rentrerait bientôt dans la classe des opprimés. C'est ce qui arrive dans tous les états despotiques; c'est ce qui ar-
DES INQUISITEURS DE LA PENSÉE. 429 rivera toujours eu France, si les formes arbitraires uy sont pas entirèrement abolies. Citoyens, qui représentez la nation, songez donc à resserrer dans ses bornes légitimes l'autorité des magistrats, autorité naturellement usurpatrice; qu'ils deviennent ce qu'ils doivent être : les simples agens de la puissance législative, les exécuteurs des lois écrites. Qu'un homme n'ait pas le droit de dire à un homme : « Tu ne publieras point ton opi- «nion, car ton opinion n'est pas la mienne;» voilà le dernier degré du despotisme. Quant à moi, je viens de remplir mon devoir de citoyen: je viens de dénoncer à la nation que vous avez l'honneur de représenter, je viens de vous dénoncer à vous-mêmes une tyrannie aussi absurde qu'étendue. Vous établirez sans doute en Fratice la liberté de publier sa pensée : j'attends vos lois pour obéir, et je respecte vos lumières; mais, si la presse, le théâtre, la chaire, les tribunaux; si toutes les manières x\e publier sa pensée ne sont pas également libres ; si dans cette partie , comme en toute autre , vous ne détruisez pas toute espèce de puissance arbitraire, au nom de l'équité qui est au tond de vos cœurs, au nom de la vérité que vous aimez , je suis obligé de vous le dire : vous aurez fait une infraction au droit naturel, et vous n'aurez point élevé l'édifice de la liberté.
LETTRE
Jeudi 27 août 1789.
V ous avez inséré, Messieurs , dans votre journal d'aujourd'hui une lettre anonyme sur la censure tlu théâtre. Cette lettre est absolument dénuée de principes ; et, si elle n'avait pour lecteurs que des hommes d'une raison exercée, je ne me donnerais pas la peine d'y répondre; mais elle pourrait produire une espèce de petit effet dans un moment où les idées du grand nombre ne sont pas très-nettes; dans un moment où mille esprits timides reculent devant la liberté , et semblent regretter l'esclavage. La liberté est un fruit d'une digestion pénible : il ne saurait convenir aux es-
I. Il a paru, dans le Journal de Paris du 27 août, une lettre anonyme sur la censure du théâtre. Chénier a cru devoir v répondre : il a réfuté d'une manière victorieuse les raisonnemens de l'anonyme. Les cent voix de la Renommée ont attribué cette lettre anonyme à M. Suard, ci-devant censeur des théâtres, et pensionné ad hoc.
( Note de l'Éditiiii .
tomacs débiles. La tragétiie de Charles IX, demandée par le public, a peut-être occasioné en partie les discussions actuelles sur la censure des t)uvrages dramatiques. J'ai traité cette importante question dans un écrit particulier ^ J'ose y renvoyer les personnes qui peuvent se laisser convaincre par la justice et par la raison. Je vais , pour les mêmes personnes, rassembler ici quelques principes , reconnus évidens par tous ceux qui entendent les matières politiques. Une fois ces principes admis, je ne demande aux lecteurs que d'être conséquens.
N'est-il pas vrai que, dans toute déclaration des droits de l'homme, le premier principe , le voici : tous les hommes sont égaux en droits? N'est-il pas vrai que de ce premier principe découle celuici : tout homme doit pouvoir exercer ses facultés physiques et morales en tout ce qui ne nuit point au droit d'un autre homme? N'est-il pas vrai que de ce second principe découle celui-ci : tout homme doit pouvoir publier sa pensée de quelque manière que ce soit, sauf à être puni s'il a blessé le droit d'un autre homme? N'est-il pas vrai qu'il y a trois manières de publier sa pensée : la parole, l'écriture et l'impression? N'est -il pas vrai
I. Voyez l'ouvrage intitulé : De la Liberté du Théâtre en France , pn'scnl volume, page 3/|5 et suiv. [Note de l'Édit.)
que la première manière peut s'exercer par la voie du théâtre, de la chaire, des tribunaux et de simple conversation ? Remontons aux principes, soyons conséquens , et ne craignons pas notre raison.
On cherche la liberté dans V indépendance : elle n'est que dans la règle , dit l'anonyme. Je suis de cet avis. 11 en conclut qu'il faut une censure pour ie théâtre : ce n'est pas raisonner conséquemment. On doit en conclure tout le contraire. Il faut une règle, c'est-à-dire, une loi. Yous ne pouvez établir une censure , sans établir l'opinion d'un seul homme ou de plusieurs hommes décidant souverainement. L'opinion d'un seul homme, ou de plusieurs hommes, n'est point une loi: c'est dans la loi qu'est la règle. La liberté consiste à ne dépendre que des lois.
L'anonyme prétend, Messieurs, qu'il est une borne où la liberté doit s'arrêter : rien n'est plus vrai. Là commence la censure, dit-il: ce n'est pas raisonner conséquemment. Il fallait dire : là commence la loi. Supposez des hommes tels que vous voudrez , ils seront des hommes : ils jugeront avec passion. La loi seule est sans passion; la loi seule est une borne véritable. Du moment qu'il existe une censure , il n'y a plus de borne véritable , puisque la borne est dans l'opinion de ceux qui exercent la censure : ceci est l'évidence. Que l'a-
nonyme réfléchisse, qu'il soit conséquent, et qu'il ne craigne point la raison.
L'anonyme nous parle des Grecs, des Romains et des Anglais : faut-il encore. Messieurs, à la fin du dix -huitième siècle, employer cette manière de raisonner? Regardons-nous les Grecs, les Romains et les Anglais, comme le modèle de la perfection ? Si cela est, ayons des ilotes , établissons l'esclavage , les combats des gladiateurs , une chambre haute, un parlement septénaire. Si ces choses nous paraissent vicieuses, examinons aussi les autres; mais les autres sont raisonnables. Ici la question de fait devient une question de droit. En vérité, ce n'était pas la peine de parler des Grecs , des Romains et des Anglais. Les législateurs anglais, travaillant il y a cent années, ont établi la liberté sur une base plus solide que les peuples anciens. Les Anglais se sont élevés à la hauteur de leur siècle : élevons-nous à la hauteur du nôtre. Un siècle entier n'a- 1- il rien ajouté à la somme des lumières ? Cette opinion serait trop ridicule. Soyons conséquens, et ne craignons pas notre raison.
L'anonyme assure que l'Angleterre est le seul gouvernement moderne où existe la liberté de la presse. L'anonyme se trompe : elle existe en Suisse, en Hollande. Il ne fallait pas oublier surtout l'Amérique septentrionale , pays où la liberté
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politique et civile est injfiiiiment plus étendue , plus solide, et mieux établie qu'en Angleterre, grâce aux lumières du dix -huitième siècle; heureux pays où la liberté de publier sa pensée est illimitée, sauf à être puni dans le cas déterminé par la loi. Revenons au théâtre : pendant longtems, en Angleterre, il a été libre, comme la presse; c'est Walpole qui le rendit esclave, et c'est tout dire pour ceux qui connaissent l'Angleterre. Les hommes éclairés , les hommes justes de son tems , s'élevèrent contre lui , particulièrement milord Chersterfield ; mais ce fut en vain. Walpole était sûr d'avoir la pluralité des voix dans tout ce qu'il proposait. J'ai fait ailleurs des observations sur ce point'; mais, sur ce point -là même, un homme de beaucoup de mérite , M. Brissot de Warville, m'avait déjà prévenu^.
L'anonyme méprise beaucoup l'ancienne censure des théâtres : je suis charmé qu'il soit sur ce point de l'opinion générale. Il veut que la censure soit désormais exercée par des gens éclairés : je ne demande pas s'il connaît quelque monsieur Guillaume qui veuille vendre des tapissei'ies ;
I . Voyez l'ouvrage intitulé : "De la liberté du Tliéâtre en France , présent volume, page 371. [Nvte de l'Éditeur.)
1. Forez les I,ettres de Brissot sur l'Histoire d'Angleterre, ■i vol. in-8". {Note de l'Éditeur.)
mais que ces nouveaux censeurs unisserjt l'intégrité aux lumières ; et je dirai ce que j'ai déjà dit : Ce sont des hommes, ils auront des passions. Je veux encore les supposer sans passions , ce qui répugne à la nature humaine; et je dis que ce tribunal d'hommes parfaits tiendra tout au plus lieu d'une loi excellente ; et je dis encore que leur autorité sera souverainement injuste, par cela seul qu'elle sera arbitraire, par cela seul qu'elle tiendra lieu de la loi.
Mais., dit-on, Messieurs, la loi n'est pas faite. Je le sais. Mais elle serait difficile à poser. Qu'importe, si elle est possible? Or, elle est possible. En effet, du moment que nous concevons un délit, nous concevons une peine contre ce délit, par conséquent une loi qui détermine la peine.
Mais il vaut mieux prévenir les délits que les punir. Mais, tout homme ayant le droit de publier sa pensée, sauf à subir la peine déterminée par la loi., du moment que nous l'empêchons de publier sa pensée, nous le dépouillons d'un droit. Or, dépouiller un homme d'un droit, c'est le punir : ainsi, nous punissons un homme avant qu'il soit coupable, le tout pour ne pas le punir. Voilà sans doute une merveilleuse invention. D'ailleurs, on ne prévient les délits que par la crainte des châtimens : par conséquent, il faut des lois.
Il vaut mieux prévenir les délits que les punir,
Par bonheur, Messieurs, l'auteur n'est pas conséquent. S'il l'était, ar-mé de ce beau principe, il nous ôterait la liberté de la presse; il nous rendrait l'espionnage de la police et les lettres de cachet; il nous donnerait une inquisition religieuse et une inquisition d'Etat. Qui ne volt que les institutions les plus sinistres seront excusées, si l'on admet ce principe vague et sans but? C'est celui des tyrans et des esclaves. C'est ainsi que, pour n'avoir point de délits à punir, on a commis l'éternel délit de ravir à l'humanité ses droits imprescriplibles.
Mais la liberté du théâtre mérite une tout autre considération que la liberté de la presse. Des trois manières de publier sa pensée, la parole, l'écriture et l'impression, certainement la première est celle dont les effets sont les plus importans. D'après cela, établirons-nous une censure pour les tribunaux? Etablirons -nous une censure pour la chaire , dont les effets sont encore plus populaires que ceux du théâtre^ Le malheureux qui manque de pain ne donnera pas quarante-huit sous pour écouter une tragédie ; il entendra le sermon gratis. Faut-il une censure pour les sermons ? L'homme qui parle dans la rue peut enflammer le peuple par ses discours: ne pourra -t-on parler dans la rue sans consulter un censeur? Ah ! laissons de misérables objections qu'inspire l'habitude de
l'esclavage. Une vue courte aperçoit aisément les inconvéniens de la liberté de publier sa pensée. Une vue étendue découvre le remède dans cette liberté même assujettie à des lois. Lisez des mandemens et des réquisitoires : vous y verrez que Voltaire, J. J. Rousseau, Ra}nal,sont des incendiaires, et que les livres ont produit tous les crimes. Les raisonnemens qu'on fait maintenant contre la liberté du théâtre , on les a foits contre la liberté de la presse. La raison nous a donné l'une; la raison nous donnera l'autre : c'est une révolution inévitable; mais on peut lutter plus ou moins long-tems contre la raison.
Remarquez , Messieurs, que la liberté du théâtre a un grand inconvénient de moins que la liberté de la presse : c'est que nul ne peut échapper à la loi. Il est possible de faire imprimer un livre sans nom d auteur, ni d'imprimeur, ni de libraire ; il est encore possible d'imprimer de faux noms; mais, en fait de pièces de théâtre, l'auteur peut être forcé de se nommer. C'est à la loi de l'ordonner ; c'est aux comédiens à ne point se charger d'une pièce anonyme. Croyez-vous, après cela, qu'il y ait beaucoup de délits? Croyez-vous, Mes- .sieurs, qu'on affronte un châtiment certain?
Mais on peut éluder la loi. Dites qu'on peut n'être pas dans le cas de la loi. En fait de personnalités, par exemple, il faut que la personnaUté
438 LETÏKE AUX AUTEURS
soit démontrée , pour que l'auteur soit puni. Établissons une censin^e quelconque , nous ne bannirons point du théâtre les personnalités qui ne sont pas démontrées. Si nous vouions les empé-r cher, nous élèverons un tribunal inquiet, soupçonneux , cent fois pire que l'ancienne censure , trouvant partout des allusions, des personnalités. Si un auteur éprouve une injustice, il aura, diton, recours aux magistrats, qui jugeront d'après leurs opinions. Quoi! toujours des hommes! toujours des opinions! et jamais des lois! C'est dans la loi qu'est la règle. La liberté consiste à ne dépendre que des lois.
Les idées me gagnent en foule; et je finis de peur de faire un livre. Si l'anonyme n'est pas convaincu , qu'il me réflite ; qu'il lise mon écrit sur la liberté du théâtre; qu'il lise encore ma dénonciation sur les Inquisiteurs de la pensée ' ; qu'il tâche d'y répondre, non par des autorités, ni par des récits pathétiques de tous les maux qu'il suppose gratuitement, mais en prouvant que mes principes sont faux, ou que mes conséquences ne découlent point de mes principes. En attendant, ne craignons pas notre raison. Les citoyens ne doivent être soumis qu' aux lois établies par les
I. Voyez plus haut, présent volume, page 3J<8 et suivantes Note de l'Éditeur. )
Représentans delà nation. Toute espèce de magistrats ou d'assemblées d'administration doit seulement faire exécuter les lois. Poursuivons partout l'arbitraire, détruisons 1 arbitraire , ou ne prononçons plus le mot de liberté, si nous ne pouvons concevoir la cbose. Quand la génération , vieillie dans le délire de l'esclavage, aura quitté la vie, il viendra, sans doute, une génération plus courageuse, plus raisonnable, plus digne d'élever l'édifice de la liberté, que nos faibles mains ne peuvent construire.
J'ai l'honneur d'être, etc.