ACTE III, SCÈNE II
Que, voyant approcher le moment de sa mort,
Cet inflexible père a connu le remord ;
Qu'il a maudit cent fois sa cruauté funeste:
Sans doute il pressentait la vengeance céleste.
J'apprends que, loin de lui, sa fille, sans secours,
A Cambrai, dans un cloître, a terminé ses jours;
Que le fruit d'une amour aussi triste que chère
Elst mort enseveli dans le sein de sa mère.
Cette horrible nouvelle a fixé mon destin,
Et mon cœur ne fut pas un moment incertain.
J'abandonne la cour, la ville, ma province;
Je demande, et j'obtiens de la bonté du prince
L'honneur de le servir au sein des mêmes lieux
Où de mon Héloïse on a fermé les yeux.
Là je gémis en vain; là, depuis douze années,
Héloïse au tombeau consume mes journées;
Là, de son souvenir sans cesse déchiré,
Je respire à longs traits l'air qu'elle a respiré.
Je l'entends, je la vois, tout m'offre son image;
Elle eut mes premiers vœux, et mon unique hommage ;
Le jour que du trépas elle a subi la loi ,
Le bonheur et la paix, tout a cessé pour moi.