‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 257 sur 269 · ACTE I;II, SCÈNE IV. 4oi · texte numérisé non relu

ACTE I;II, SCÈNE IV. 4oi

Ne viens-tu pas de voir que, durant ton absence,

Ton frère a d'un monarque affecté la puissance?

Veux-tu que ses amis, sûrs de l'impunité,

En couronnant son front parlent de liberté?

Ou bien , veux-tu tenter au sein de notre ville

Le dangereux hasard d'une guerre civile?

Quand l'échafaud vengeur atteint tous les forfaits,

Ij'Etat peut prononcer, la loi décide en paix.

Mais, quand l'Etat n'est rien, quand la loi gémissante

Voit tomber les débris de sa -force impuissante.

Quand il faut terminer le combat engagé

Entre un usurpateur et le peuple outragé,

Alors avec le fer tout citoyen décide.

Alors tout homme libre est un tyrannicide.

TIMOLÉON

Il faut donc...

ORTAGOR AS.

L'immoler.

Quoi! ma main dans son cœur...!

ORTAGORAS.

Non; tu n'as pas besoin de ce nouvel honneur.

Ton amour pour ton frère exciterait ma crainte :

C'est moi dont le poignard délivrera Corintlie.

Par mes ordres bientôt de hardis citoyens

Oseront arrêter Anticlès et les siens.

Je veux dans l'avenir consacrer ma mémoire;

J'ai traîné, soixante ans, des jours vides de gloire:'.

4o2 TIMOLÉON.

Compagnon des héros, je ne fus qu'un soldat; Rien de mon front vieilli ne rajeunit l'éclat. Mais, quand j'aurai frappé celui qui nous opprime, Assuré que les Grecs, en rappelant son crime, Chanteront le vieillard qui l'aura fait périr. Tous mes jours seront pleins, et je pourrai mourir.

TIMOLÉON

Et si tu succombais?

ORTAGORAS.

Ne crains pas ma vieillesse :

Lorsque dans nos remparts une indigne jeunesse Conspire pour le crime et pour la royauté , Un vieillard doit venger l'antique égalité. Pour les républicains l'âge n'a point de glace : J'aurai de cent guerriers le courage et l'audace; L'aspect de l'oppresseur affermira mon bras, Et les dieux de Corinthe ont juré son trépas. Il est mort... Loin de toi les faiblesses vulgaires; Va, les bons citoyens seront toujours tes frères: Pour conserver l'Etat, la liberté, la loi. Tu ne perds qu'un seul homme, et cet homme est un roi.

TIMOLÉOW.

Je vois qu'il est puissant; je vois qu'il est coupable. Il suffit. Doime-moi cet écrit redoutable : Il le verra. Je veux, par cet arrêt de mort. Dans son cœur parricide enfoncer le remord. Reste sous ce portique: un grand dessein m'anime; Ne crains rien pour le peuple, il aura sa victime:

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