‹ uvres de M. J. Chénier (volume 4)Chapitre 258 sur 269 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

TIMOLÉON, TIMOPHANE.

O mon frère!... A ce nom tu ne dois point frémir: Si tu chéris l'Etat, si tu veux l'affermir, Ecoutons tous les deux sa voix qui nous appelle : Il triomphe en Sicile ; à Corinthe il chancelle ; Tu vois les droits du peuple incertains et flottans; Les antiques pouvoirs sont usés par le temps ; Dans la place publique une fiireur mutine. Sinistre avant-coureur de la guerre intestine, A divisé Corinthe en deux partis nombreux, Tous deux craints l'un de l'autre, et tous deux dangereux.

4o4 TIMOLÉON.

Portons au gouvernail une main protectrice; Je veux qu'avec son nom la royauté périsse. Mais de l'Etat vieilli ranimons la langueur; Mais à l'autorité rendons plus de vigueur; Que, déployant au loin leur ombre tutélaire. Les rameaux dispersés du pouvoir populaire, Sous un abri plus sûr désormais rassemblés. N'abaissent pas leurs fronts par les vents ébranlés; Et, de Lacédémone imitant la prudence.

Entre deux magistrats partageons la puissance.

TIMOLÉON

Cet étrange discours est bien digne de toi;

Fastueux et trompeur, c'est le discours d'un roi.

A te parler sans art Timoléon s'engage;

Alors qu'on veut séduire, on farde son langage.

Vainement toutefois tu penses te cacher;

On devine aisément où tu prétends marcher.

Tu veux , au nom des lois , au nom du peuple même ,

Surprendre dans ses mains la puissance suprême;

Et, croyant que l'orgueil me domine en secret,

Tu daignes avec moi partager un forfait!

TIMOPHANE.

Un forfait! moi.-^

TIMOLÉON

Plus d'un. J'ai de quoi te confondre.

TIMOPHA.NE, à pnrt.

Que dit-il ?

TIMOLÉON

A ton offre il faut d'abord répondre.

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