CHAPITRE PREMIER
FONDEMENT DE L'INSTITUTION DES SIGNES. SECOND ORDRE DE FACULTÉS INTELLECTUELLES. PARALLÉLISME DE CET ORDRE AVEC LE PREMIER TABLEAU CORRESPONDANT DE LEUR DIVISION.
I. Le premier et maintenant l'unique appui de cette faculté active d'aperception ou de réflexion, qui constitue éminemment selon moi l'être intelligent et pensant, me paraît être tout entier dans l'association des idées (ou des premiers produits d'une activité dont l'habitude a effacé le caractère), à des signes conventionnels ou artificiellement institués. C'est à l'emploi de ces derniers,
(1) Si la partie que j'ajoute ici n'était pas en quelque sorte de surérogation, j'aurais besoin de réclamer l'indulgence pour les abréviations actuelles comme pour les longueurs passées, et peutêtre l'obliendrais-je plus aisément sous le premier rapport. M. DE B. IV. — 10
et particulièrement à l'usage des sons articulés, pris dans cette nouvelle fonction de sigjies, que paraît commencer l'exercice de V activité intellectuelle projDrement dite. Hors de là, tout semble livré aux saillies d'une imagination sans frein et sans guide, point d'exercice disponible ou proprement volontaire des opérations de la pensée, et par suite, dans mes principes mêmes, point d'occasions, de moyens, ni presque de possibilité de réfléchir ou d'apercevoir ses actes, car ces deux conditions en effet sont réciproques et inséparablement liées. L'individu n'aperçoit réellement et d'une manière invariable (hors de l'habitude) que les actes dont il dispose ou qu'il veut^ et il ne peut disposer que des actes ou modes aperceptibles, dans certaines conditions instrumentales dont nous avons parlé (1).
11 paraîtrait donc, qu'en se plaçant hors de toute institution de signe pour analyser les facultés humaines^ on tombe dans l'inconvénient que j'ai voulu surtout écarter ou prévenir, celui qui consiste à voir, pour ainsi dire, les opérations de l'intelligence de dehors en dedans, et sans s'occuper de ce qu'est l'être pensant pour lui-même, de chercher seulement ce qu'il peut apparaître à un spectateur.
Ainsi l'on j^ourrait se croire autorisé à me rétorquer les arguments que j'ai pris la liberté d'élever contre une doctrine particulière qui se fonde presque entièrement sur ce point de vue extérieur.
Et, en etfet, si l'on considérait uniquement la pensée connue art/]Q, ne pourrais me défendre d'avoir encouru les mêmes reproches que j'ai osé adresser à des maîtres ; et sous ce rapport il serait encore bien vrai qu'en
(!) Voyez le cliapitrc 11, paitic 11.
DE L.\ DKCO.MPOSITIOX DE LA PENSÉE 147
laissant mon travail an point où je l'ai conduit, je terminerais justement l'analyse de la faculté de penser, là où cette faculté commence et où la philosophie s'en empare pour étudier les opérations et en régulariser la marche.
Mais avant ïarf, est la nature, avant l'habitude et au sein des plus intimes habitudes, sont les facultés ou puissances fondées sur certaines conditions premières manifestées dans certains modes d'exercices qui les spécifient et caractérisent leur nature propre. Or, je dis que c'est jusque-là qu'on doit remonter pour connaître leflicace des signes institués dans leur principe, et apercevoir le véritable mobile de cette institution. Je pense donc que nous nous trouvons maintenant assez avancés sur ce point fondamental, et que les principales difficultés relatives à la théorie de Vart sont levées, si nous avons bien suivi la théorie et les vraies formules de la nature.
Ainsi que le monde des êtres microscopiques disparait à notre vue, ainsi que ces degrés mesurés, ces proportions prises avec tant d'exactitude par le géomètre sur un globe que nous trouvons si grand, disparaîtraient comme ce point globuleux au regard d'un être qui nous surpasserait comme nous surpassons l'insecte ; de même toutes ces divisions., tous ces degrés tracés dans une autre sorte de monde sensible, qui est bien microscopique pour notre œil intérieur, doivent se confondre et disparaître au regard étendu d'une intelligence développée qui, en possession de tous ses moyens d'exercice, planant également sur toutes les classes de modifications et d'idées, associant les produits de tous ses sens dans une communauté qu'il est devenu si difficile de rompre, transportant aux uns l'activité inhérente
aux autres, ne saurait jdIus se reconnaître dans l'état primitif de germe, dont le tableau, même fidèle, lui serait offert, ni concevoir chacune de ses facultés séparées dans une source particulière.
Cependant^ c'est dans ce monde des invisibles intellectuels que tout doit se trouver renfermé dans une sorte de germe préexistant à cet état, où la vue directe peut s'y appliquer; c'est ici qu'il ne se forme point de parties nouvelles, mais que les premières, voilées à nos sens par leur petitesse, ne font que se développer, s'étendre dans toutes leurs proportions sans ti^anscréation ni métamorphose, d'où il suit que toutes les analyses infinitésimales, qui donnent les éléments, doivent se trouver ajDplicables aux êtres complets et qu'on peut reconnaître encore ceux-ci dans leur premier état, en tenant note des circonstances qui ont concouru à les dévelopj)er ou à étendre leurs parties sans en augmenter le nombre (1).
D'où il suit encore (et pour ce qui nous concerne) que nous replaçant actuellement dans l'ordre naturel de l'observation, considérant les facultés humaines dans ce jeu et cette plénitude d'exercice où elles se signalent comme titres de divisions enctjclopédiques, et s'érigent pour ainsi dire à elles-mêmes des monuments qui les font reconnaître, nous devrions retrouver les mêmes conditions, les mêmes caractères, les mêmes mobiles
({] Mais qui est-ce qui peut ou qui veut bien s'armer du microscope de la réflexion? Où sont les Lyonnets en métaphysique, et quand il y en aurait, comment seraient-ils traités par ceux qui ne voulant embrasser la nature intellectuelle que dans des points de vue généraux, n'aiment pas plus à s'informer en détail de ce qui peut être renfermé dans la première sensation, que les grands naturalistes ne s'amusent à compter les nerfs d'une chenille, ou à découvrir comment est pliée l'aile d'une mouche ?
qui ont servi à tracer les divisions premières et élémentaires, en voyant ainsi amjilifiés au regard simple ces mêmes éléments si subtils, découverts à une sorte de microscope, nous devrions, dis-je, pouvoir assigner, dans un ordre appelé supérieur, tout ce qui a été caractérisé dans Yinfériexr, d'où il suivrait que ce supérieur n'est pas tel par sa nature, mais n'est que Yinférieur même qui a monté. C'est ce que nous allons voir peutêtre en tenant compte d'une circonstance bien importante, et d'un second élément dérivé dont nous n'avons pu parler jusqu'à présent et dont les partisans de l'ordre supérieur sont aussi trop souvent sujets à faire abstraction; cette circonstance est celle de l'emploi des signes artificiels et du fondement de leur institution, dont nous allons maintenant traiter en peu de mots.
II. Tout acte qui précède ou accompagne constamment une impression ou un mode quelconque, de telle manière que celui-ci soit senti ou perçu^ comme en étant un résultat partiel ou absolu (1), est, par là-même, constitué signe volontaire de ce mode : signe intérieur qui seul transforme l'impression sensible en idée complète, en tant qu'il est aperçu sous la relation du moyen au but, de la cause à l'effet ; c'est ainsi seulement quil devient disponible..., signe purement extérieur lorsqu'il est uniquement déterminé dans l'état instinctif par des affections vives qui excluent l'aperception et avec elle la disponibilité.
Les signes ainsi considérés entrent donc déjà essen-
(1) Je dis absolu ou total, lorsque le mouvement volontaire est moyen unique de l'impression; partiel, lorsque ce moyen concourt avec l'action d'un objet externe^ comme dans l'exercice de la vue ou de l'ouïe extérieure, etc.
liiO ŒUVRES DK MAINE DE BIRAX
tiellcnicnl dans cet exercice précoce des sens actifs, sur lequel se fonde la connaissance relative de 7noi {substantiel) et de mode interne organique ou d'objet étraniçer, exclu entièrement des fonctions sensitives et perceptives mêmes, où l'acte se trouve naturellement confondu dans le produit représentatif dont il n'est même pas toujours moye;i nécessaire ; le signe se trouve institué par la nature même dans Faction complète du toucher et de la voix ; c'est de là qu'il ressort par une comparaison ra23ide mais assurée, qui s'établit entre la détermination même d'une force motrice et son résultat disponible, aperçu ou senti comme tel. Là est le rapport simple qui peut précéder le composé et aussi le modèle de toute association ultérieure active, qui, par une seconde institution du signe, va donner un double appui à la rétlexion, une double prise à la volonté et deux moyens à la fm .
C'est assurément franchir un grand intervalle et s'épargner aussi un travail de réflexion assez difficile, que de fonder d'abord tout le langage sur la communication extérieure et symj)athique des sentiments et des idées, sur l'imitation réciproque de deux êtres qui se trouvant tout d'un coup à l'unisson de pensée, comme d'organisation et de besoin, sont déjà su])posés des personnes douées d'une certaine mesure d'intelligence. Ne faudrait-il pas savoir avant tout, comment elles sont arrivées jusque-là ; si elles ont pu y parvenir sans le secours de signes intérieurs déjà peut-être institués par elles, les mêmes dont elles vont faire usage pour transmettre au deliorsles idées complètes qui s'en trouvent revêtues?
Le langage institué ne crée point à l'individu des
DE LA DÉCOMPOSITION DE LA PENSÉE loi
facultés nouvelles (1); son emploi suppose bien plutôt le préétablissement des conditions particulières et l'existence d'une faculté vraiment supérieure à celle d'être affecté et de sentir. Mais cet emploi habituel d'un langage perfectionné réagit si puissamment, il est vrai, sur la faculté même institutrice, modifie, étend et compose d'une manière si remarquable le jeu de toutes les opérations intellectuelles dérivées, qu'en se plaçant hors de la nature et cherchant l'origine de la pensée comme art, c'est vraiment remonter à la source, que de tout rattacher à cette première institution artificielle du signe. Resterait à savoir si l'on peut bien en posséder ainsi la théorie tout entière ; et si (pour me servir d'un exemple trivial), il ne faut pas savoir comment on marche, avant de s'informer comment on danse.
Les fonctions du toucher composent déjà avec celles de la voix, sous l'influence de la même volonté motrice, et indépendamment de toute communication artificielle, un système de signes et une sorte de langue naturelle, où se trouvent exprimés, savoir : dans les premiers
(I) La seule différence, disent quelques philosophes, qu'il y ait entre les animaux el nous, c'est qu'ils n"ont pas nos signes; mais pourquoi n'ont-ils pas nos signes? Ce ne peut être uniquement et d'abord, parce qu'ils sont privés de la faculté de remarquer une sensation particulière renfermée dans un autre, ou en étant une circonstance (c'est à-dire de sentir en jugeant, ou plutôt de juger en sentant): car je crois bien que celte facullé originelle d'rt?mlyse suppose déjà elle-même quelque emploi des signes institués; mais c'est la faculté de former le premier rapport simple d'existence ou l'aperception de l'acte voulu, distingué de son résultat, qui leur manque, si je ne me trompe, parce que la manière dont tous leurs mouvements en général sont déterminés et effectués par les actions sympathiques en exclut le sentiment propre, et par suite exclut la possibilité d'un vouloir plus positif, qui attache une signification à ses mouvements et les institue signes.
signes du toucher, tout le fond réel de la nature extérieure ; et dans ceux de la voix, un véritable langage intérieur où les modifications les plus intimes de l'être sentant et pensant trouvent un signe d'annotation approprié qui les distingue, les double ou les réfléchit vers leur source ; il ne s'agit plus que d'étendre ces fonctions suivant le plan indiqué par la nature.
Or, sous la loi des habitudes et des affections (en supposant ces deux mobiles identifiés dans leur source ou le passage immédiat de l'un à l'autre, comme il arrive probablement dans l'état simple d'animalité), je dis encore que l'individu ne pourrait point ainsi ajouter à la nature ou imprimer à sa pensée quelque direction analogue aux résultats directs du premier exercice de son activité ; il faut qu'il lui reste une puissance d'agir et d'apercevoir; mais cette puissance ne reste que dans le rapport de l'aperception à certains modes, produits d'une activité motrice qui sont en défaut dans l'instinct pur, et dont cette cause aveugle, non plus que l'habitude ne saurait diriger, o])SCurcir ou aveugler entièrement les produits dans la suite ; tels sont les actes qui composent les deux langues mères de la nature. L'être actif et intelligent les crée en tout ou en partie, les parle ^ \e^ entend, les applique, et par là-même s'institue être pensant. Encore un pas, un second acte de la même puissance, un nouvel exercice de la même réflexion, et le langage artificiel se trouve comjilètement institué, et avec lui la pensée supérieure. Ce n'est point une nouvelle carrière qui commence mais un nouveau progrès dans celle qui se trouve ouverte par la nature à la perfectil)ilité de l'être capable de s'élever d'abord à la hauteur du signe intellectuel.
Nous n'avons plus besoin maintenant que d'indiquer
les circonstances et les résultats directs de cette institution secondaire pour en voir ressortir complètement un second ordre d'opérations ou de facultés dérivées.
III. La condition, qui donne au signe volontaire sa première valeur disponible, consiste toujours dans un certain équilibre de deux facultés ou modes d'exercice de la même puissance, distingués dans leur caractère originel sous les noms propres de réflexion et d'attention. Les conditions de cet équilibre peuvent se trouver naturellement établies dans l'exercice particulier d'un sens prééminent en cela sur tous les autres, mais elles ne sont pas toujours également remplies dans l'exercice même individuel de ce sens, encore moins dans son association avec d'autres qui les excluent.
La détermination active, par exemple, qui prend l'initiative et doit conserver la prédominance dans les fonctions propres du toucher, peut s'effectuer de telle manière que l'effort presque entier s'absorbe, pour ainsi dire, dans l'inertie organique du sens encore obtus et peu exercé. Les formes du solide demeurent alors confondues dans la résistance totale ; rien ne se lie dans l'apercepfcion, ni par conséquent dans la mémoire, et la détermination ou le rappel des mêmes mouvements, demeure à vide et sans objet. Au contraire, lorsque ces mouvements trop faciles sont devenus extrêmement rapides et légers, la perception de formes ou de figures est tout entière dans le résultat sensible ou objectif qui appelle au dehors toute V attention du sens externe ; le rappel alors n'a plus de mobile, ou la volonté plus de prise, sur l'image dont la reproduction ou représentation parait être devenue purement spontanée.
Les mêmes lois doivent présider encore à la formation
(l'un second ordre de surcomposés, car ce sont toujours mêmes moyens, mêmes conditions, même puissance.
L'association régulière des sons articulés à des modes ou idées quelconques ne peut se fonder également que sur un juste équilibre de rapercej)tion inhérente cà l'acte vocal et de l'attention objective qui doit proportionnellement s'attacher au second élément associable de l'idée ou du produit intellectuel surcomposé; c'est comme dans la part que prend le toucher à la perception du comj)osé direct tangible et visible («pcesse est consimili causa Jïtoveri). Si la réflexion se concentre avec le vouloir sur le moyen immédiatement disponible, le but ou le terme immédiat échappe ; le son trop laborieusement arti<îulé, par exemple, demeure seul révocable, et l'image ou le mode associé reste loin du souvenir : que si c'est l'image dont la vivacité absorbe toute l'attention objective, la détermination du signe oral, ayant à peine effleuré la conscience, sera hors de la sphère du rappel; la volonté n'aura nulle prise sur le seul des éléments de l'idée, qui put la mettre tout entière à sa disposition
Mais ces conditions d'équilibre qui fondent une association régulière ( ) (1)? l'exercice parfait de nouvelles facultés, trouvent souvent des limites ou des obstacles insurmontables dans la nature ou le caractère même des éléments hétérogènes à associer.
Le signe, par son titre et sa fonction même, ne peut être que constant, égal et disponible. Les éléments associables au contraire sont divers et de toute nature. Les modes actifs sont seuls homogènes entre eux. Dans les composés qui s'en forment, chacun peut jouer tour
(1) Mol omis.
DE L.\ DECOMPOSITION' DE LA PENSEE loo
à t )ur le rôle de signe, quoique d'une manière plus ou moins parfaite ou assurée. Les termes, par exemple, destinés à représenter des figures ou des idées géométriques, sont infaillibles et constants dans leur propriété significative ; le composé réunit le caractère de clarté et de dis^^onihilité propre à chacun des éléments ; la représentation objective y acquiert plus de netteté ; l'aperception est doublée dans le signe ou l'acte qui en détermine le rappel.
Les idées simples, ou modes directement représentatifs, prennent bien aussi dans l'institution du signe volontaire, qui leur est ajouté, un caractère de réflexion qu'ils n'avaient pas, mais ici la fin est telle, qu'elle marchera encore souvent avant le moyen, ou que l'image entraînera dans sa spontanéité naturelle le signe destiné à le modérer ou l'approprier à une puissance régulatrice. L'imagination prévenant ou entraînant quelquefois cette puissance pourra même la conduire dans certains cas, au hasard, plus heureusement qu'elle n'aurait pu le faire elle-même avec intention ou choix de moyens.
Enfin, le second élément d'association peut être d'une nature si hétérogène à celle du signe que l'activité intellectuelle ne puisse s'y appliquer par ce nouveau moyen artificiel, et que, dans les composés mixtes et toujours irréguliers qui s'en forment, le mode afl'ectif signifié demeure toujours hors du vouloir ou l'absorbe (1).
A ces diverses formes d'association correspondent autant de caractères propres à spécifier les facultés que
(1) Je ne dois pas insister ici sui- les détails qui m'entraîneraient trop loin et qui se trouvent exposés ailleurs. S'oyez en particulier le Mémoire sur l'habitude, déjà cité.
nous avons à examiner encore dans un autre ordre, non de nature, mais d'exercice et d'application.
Considérant, en effet, le point de ralliement commun que prennent dans le centre, d'où la volonté irradie son action, les modes et les idées qui se trouvent associés à des signes disponibles, suivant les différentes manières qui viennent d'être indiquées, nous sommes conduits à rapporter les différentes opérations de la pensée, prise dans son exercice général, à autant de fonctions de ce centre qui correspondent parallèlement, et chacune à chacune, à tel ordre de fonctions {se7isitives, perceptives^ aperceptives ou réfléchies)^ attrilmées auparavant à tel sens externe particulier, comme à sa source naturelle, en sorte que les mêmes opérations (jui forment directement ce qu'on appelle en général (et d'une manière trop vague) les idées sensibles, se trouveront appliquées par le moyen des signes à la formation ultérieure, ou à l'élaboration des produits intellectuels de tout genre, connus sous divers titres, auxquels la métaphysique s'attache spécialement, en considérant ces produits bien loin de leur origine, ou ne les ramenant, pour ainsi dire, qu'en masse à la sensation. Essayons de montrer le parallélisme.
1. Et d'abord les images simples, produits spontanés de la réaction sympathique cérébrale dans l'instinct ou les passions naturelles, peuvent être considérées dans leur siège, centre particulier, comme les affections directes dans les organes internes ou externes. Elles sont en dehors du siège de l'intelligence, et ne reçoivent pas plus le frein du signe que les impressions directes correspondantes ne reçoivent l'influence de la motilité volontaire. Obscrv^ons aussi que toutes les affections inmiédiates, dont nous parlons, se caractérisant dans le
physique par certains signes extérieurs appropriés, n'ont point de termes qui leur correspondent dans la langue des idées, à la hauteur desquelles leur confusion absolue dans le sens, leur nullité totale dans le souvenir, ne leur permet en aucune manière de s'élever ; nous ne pouvons nommer sensations et encore d'une manière bien vague, que les modes composés du premier ordre, qui se trouvent déjà unis à une première forme intellectuelle de personnalité (1).
Les signes, associés ainsi aux modes directement sentis, forment avec eux un premier ordre de surcomposés intellectuels qu'on pourrait appeler avec Locke (mais dans un point de vue plus analytique) idées de sensation. Ces idées renferment ou motivent dans le signe associé une certaine espèce d'opérations, que nous résumons, dans le tableau ci-après, sous le titre d'ordre passif intellectuel, première classe de composés de cet ordre (voyez ci-après).
2, Les perceptions ou images associées aux signes volontaires dans la prédominance de l'attention fixée par le résultat sensible de l'acte sur l'aperception de cet acte même, conservent dans le centre commun un caractère de spontanéité analogue à celui des représentations directes du sens. Toutes les opérations intellectuelles, qui se rattachent aux signes associés de cette manière, ou à de tels éléments, ont pour type les fonctions de la vue, et l'ordre de facultés immédiatement dérivées de cette source. Nous sommes autorisés à leur donner dans le tableau un rang parallèle à celui qui a été compris déjà sous le titre d'ordre actif, première classe des composés perceptifs. Nous ajouterons
(1) Voyez le tableau 1. Ordre de composés sensibles.
seulement à ce titre, comme au précédent, l'épithète d'inle/iectiiei qui exprime, non des produits d'une nature absolument différente, mais un caractère cVac/ivilé supérieure que le signe rattache à l'image ; c'est ainsi que la réminiscence devient plus assurée dans ce dernier ordre de composés, comme la forme personnelle dans celui dont nous venons de parler.
3. Dans les associations régulièrement formées par un juste équilibre de réflexion et d'attention, qui embrassent deux éléments ou modes actifs homogènes, les produits composés de toutes les opérations qui les élaborent conservent dans l'organe intellectuelle caractère de l'aperception objective, directe dans le sens externe ; c'est l'exercice du toucher, et encore toutes les facultés immédiatement comprises dans cet exercice, qui leur servent de fondement et de type ; nous trouvons donc ici matière à une seconde classe de surcomposés de Y ordre actif intelleciue/., parallèle et correspondant à la môme classe de l'ordre sensible, dans le premier tableau.
4. Enfin, lorsque l'élément associé est uniquement de nature réflectible, analogue à celle du signe oral, ce sont deux actes réfléchis qui s'ajoutent l'un à l'autre, et le produit surcomposé de cette association est dans la pensée, comme la détermination vocale et auditive est à la fois dans le sens direct et répétiteur de l'ouïe et de la voix, qui sert aussi de mobile et de type à toutes les opérations ou idées de cet ordre ; il correspondra donc parfaitement à celui qui renferme la troisième classe de facultés considérées dans l'ordre du tableau suivant. Je résumerai et figurerai ainsi ces parallèles en donnant à chacun quelques développements utiles dans les chapitres suivants.
DE LA DÉCOMPOSITIOX DE LA PEXSÈE
BASE ET PROJET D'UNE DIVISION DES FACULTES, CONSIDÉ- RÉES DANS LES MODES GÉNÉRAUX D'EXERCICE DE LA PEiNSÉE OU LEUR COMPLÉMENT D'ACTIVITÉ INTELLEC- TUELLE, C'EST-A-DIRE DANS L'ASSOCIATION COMMUNE DES SENS (OU FACULTÉS ÉLÉMENTAIRES), LES UNS AUX AUTRES SOUS L'INFLUENCE DES SIGNES VOLONTAIRES CONVENriONXELS.
La distinction et trop souvent la séparation complète établies par les métaphysiciens entre deux ordres de facultés appelés^ l'un intellectuel, l'autre sensible, se fondent sur l'hypothèse d'une dépendance absolue, où les sens et leurs premiers produits i«imédiats sont constitués à l'égard des impressions des objets extérieurs, dépendance qui ne peut plus avoir lieu quand, ces objets n'agissant plus, les idées restent ou certaines opérations s'accomplissent, etc. De là le motif d'une division; mais en ayant égard aux fonctions proprement actives des sens, et à la part essentielle que prend la volonté dans la formation des premières idées dites sensibles, comme à deux sortes d'éléments de ces mômes idées réjDutées simples ; observant de plus, que l'institution des signes articulés a pour objet essentiel de fonder la production ou le rappel de toutes sortes d'idées et de modes sur l'exercice constamment disponible d'un sens tel que la voix et l'ouïe, on ne peut plus faire de séparation entre deux ordres [intellectuel et sensible) de facultés. Toute la distinction à établir, comme tout le changement à faire dans les classes qui forment le tableau précédent, pour qu'ils représentent l'ensemble des opérations élémentaires et constitutives de l'intelligence humaine dans la nature et dans Vart, consistent à tenir note des résultats d'un nouvel élé-
ment actif qui, étant introduit dans ces classes, comj)oseles simples et surcompose les composés. De là un nouveau tableau qui ne peut comprendre que les éléments du premier, élevé seulement d'un degré dans l'éclielle de l'activité intellectuelle, tout en conservant un parallélisme absolu.
CHAPITRR II