‹ uvres de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 20 sur 51 · ORDRE ACTIF INTELLECTUEL · texte numérisé non relu

ORDRE ACTIF INTELLECTUEL

'2" et S" classes (Voyez le tableau)

MEMOIRE DES OPÉRATIONS INTELLECTUELLES EN PARTI- CULIER. ACTE DE COMPARAISON ET LIAISON DES JUGE- MENTS. DU RAISONNEMENT CONSIDÉRÉ COMME OPÉRA- TION ET DES DIVERS ACTES INTELLECTUELS] ^QUI LE COMPOSENT.

L'être pensant peut bien sentir, percevoir, imaginer ou se représenter les autres existences sans signes institués ou convenus avec lui-même ; mais en parlant et s'entendant, il double réellement l'image ou l'impression quelconque liée au son articulé ; il aperçoit, il 'pense. En communiquant donc le caractère d'aperception directe et simple à tous les modes en général, les signes volontaires (et ceux de la voix bien éminemment; impriment celui d'aperception réfléchie à ces modes originellement actifs en particulier, qui constituent le premier ordre de facultés ou d'opérations intellectuelles. C'est sous cette forme composée seule qu'il nous est donné d'en prendre connaissance, de nous en faire des idées individuelles. C'est ainsi que la pensée peut se mettre en regard d'elle-même, s'adresser des questions telles que la proposée, et tâcher d'y répondre, tantôt en se concentrant en elle et cherchant

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comment, et sous quelle modification elle se trouve pleinement constituée, tantôt en regardant au dehors pour se réfléchir spéculairement clans les objets de ses représentations ou dans ses organes, pour connaître les instruments et les moyens de son exercice ; mais c'est surtout la connaissance par concentration qui appelle les secours de signes oraux.

Les termes particuliers que nous rattachons en efïet à chacun de nos actes intellectuels, séparément de leurs résultats sensibles ou des perceptions passives avec qui ils s'agrègent, les empêchent d'aller encore s'y confondre, s'y absorber entièrement; c'est, comme nous l'avons dit, une barrière opposée à la pente de l'imagination et des habitudes : plus de tels signes sont nuiltipliés lorsqu'ils correspondent d'ailleurs à des actes réellement distincts, plus nous avons de facilité pour étudier et connaître notre pensée i et sans doute il est bien moins dangereux ici de trop diviser dans les termes individuels que de trop composer dans les classes générales); c'est en évaluant ces îovmnXe^ sentir, percevoir, rappeler, penser, etc., par un retour plus intime dont les signes mêmes nous fournissent l'occasion et les moyens, c'est en prenant ces derniers sons sous leur véritable titre, ou comme signes d'opérations déterminées en elles-mêmes, et non pas seulement comme termesde valeurs composées représentatives qui s'adressent à l'imagination, c'est par là, dis-je, que nous prenons une connaissance claire de ce qui est dans le domaine propre de notre intelligence. Tels sont nos moyens d'analyse, et la personnalité elle-même, ce jnoi si sujet à s'envelopper (1), combien sa propre concep-

(1) On ne saurait donc le considérer comme intu! à lui-même ainsi que l'entendait Leibnilz.

tion réflective ne tient-elle pas à la valeur individuelle que nous donnons à son signe expressif (1) ?

Les fonctions, que les signes remplissent dans les idées purement réfléchies de nos opérations, doivent donc être bien distinguées de toutes les autres idées d'un ordre quelconque, et c'est en effaçant complètement cette distinction que l'on a été conduit à assimiler le raisonnement ou l'analyse métaphysique avec les plus simples déductions abstraites qui peuvent se fon-

(I) 'l'oul 1(1)1 f/age ne peul se fonder que sur la réflexion originelle, mais rinslitnlion des signes réagissant sur la faculté institutrice lui rend ensuite progressivement bien plus qu'elle n'en a reçu. « A l'origine des langues, dit Smith (Voj-ez ses Considérations sur les lanr/ues) il est très probable que les pronoms personnels n'étaient pas connus, quoique l'usage nous les ait rendus familiers; ils expriment une idée très abstraite et très métaphysique. I-e mot Je, par exemple, est un mot d'une espèce tout à fait particulière ; il n'indique pas, comme le mot homme, une classe particulière d'objets, séparée de toutes les autres par ses qualités personnelles et propres; loin d'être le nom d'une espèce, il désigne au contraire, lorsqu'on s'en sert, un individu précis, \a personne qui parle ; il peut être regardé à la fois comme mot propre et mol rotnmun ».

Ceci peut s'appliquer à tous les termes expressifs de nos actes intellectuels. Les prendra-t-on sous l'acception propre et individuelle ? on aura une analyse réfléchie et une simple énumération; sous l'acception générale ou commune, comme on le fait ordinairement pour la sensation, par exemple, on aura une analyse logique, il faut opter.

« Ce mot, continue Smith, exprimant donc une idée très métaphysique, ne devait pas s'offrir promptement aux premiers inventeurs des langues. Il est facile d'observer que les pronoms personnels sont au nombre des premiers mots dont les entants apprennent à faire usage ».

Cette séparation et distinction totale des pronoms demandent en effet une réflexion assez complète, exclue par la prédominance de la sensibilité et de l'imagination dans les premiers âges de la vie, comme dans l'enfance des sociétés, aussi ces pronoms sont-ils restés confondus avec le verbe dans les langues en particulier les plus favorables à l'exercice de l'imagination.

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dcr sur les méthodes mécaniques. Mais par cela seul que les procédés du raisonnement ou de l'analyse, seraient dirigés par des méthodes mécaniques, ils cesseraient d'appartenir (dans mon sens) à la métaphysique ; ils lui seraient diamétralement opposés et les résultats hypothétiques ou conditionnels obtenus par cette voie, n'ayant pas de moyen de vérification ioptérieure, ne sauraient donner la solution d'aucun problème de cet ordre ; quels qu'ils pussent être, ils n'entameraient même pas, pour ainsi dire, les questions posées dans un point de vue réfléchi.

Ce qui distiniiue le raisonnement qu'on pourrait appeler métaphysique, ce sont les fonctions que remplit la faculté que nous avons précédemment caractérisée sous le nom de mémoire intellectuelle. C'est ici qu'elle jouit sans restriction du titre que lui donna l'ancien philosophe cité auparavant [ex rehus mente co?iceplis(( proposition ») titre qui constitue en effet la mémoire intellectuelle, dans son rapport exclusif à la réflexion à qui elle redit (ou qui se redit plutôt à ellemême) les actes ou jugements antérieurs. Elle peut être dans son plein exercice. Là précisément où toute représentation cesse par la nature même des choses, et ne peut continuer sans entraîner certaines illusions bien communes, qui mettent ce qu'on ne cherche pas à la place de ce qu'on poursuit, et font penser à une chose en parlant d'une autre ; là enfin où il ne devrait pas y avoir de mémoire possible, suivant les définitions reçues.

C'est dans cet ordre de surcomposés ou cet ensemble d'opérations comprises par les métaphysiciens sous le titre général de raisonnement, que nous achèverons de déterminer le caractère et les autres modes d'exercice

de cette faculté de rappel, qui est elle-même le premier mobile d'activité de tout raisonnement développé dans les formules de nos langues usuelles ou scientifiques. Mais cherchons d'abord dans notre point de vue les raisons de ce nouvel ordre d'opérations, dont le titre propre et complexe se trouve produit ici pour la première fois, quoique les éléments se trouvent bien renfermés dans les analyses antérieures, sous des dénominations plus particulières.

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