III. RECHERCHE SUR LE FOxNDEMENT
DKS CONCEPTIONS d'iDENTITÉ ET DE COMPRÉHENSION
Nous avons le sentiment de Y identité du moi sous des modifications diverses. Ce sentiment, inséparable de la puissance d'action ou d'effort, s'étend par une liaison première et nécessaire, et du dedans au dehors, aux termes constants sur qui la même force se déploie. C'est ainsi que nous reconnaissons l'identité des substances étrangères. Otez l'action d'une force constante ou le mode relatif d'effort, nous ne concevons plus de fondement à la notion d'existence identique en nous, ou hors de nous.
Nos modifications, en se répétant, ne sont point reconnues identiques par elles-mêmes, mais seulement dans les causes subsistantes, auxquelles nous les rapportons par l'habitude d'un jugement premier, et presque toujours il nous arrive de transporter à l'effet senti Y identité de la cause aperçue ou supposée.
Les images plus ou moins confuses, les vues spontanées et fugitives de notre esprit, peuvent toujours se rallier à quelques signes qui sont encore des termes ou des produits de l'action que notre volonté crée. Il ne serait pas trop hardi peut-être, d'affirmer que, hors de l'association à ces signes, les mêmes modes passagers
pourmient se produire inténeuremeiit, sans qu ily eût aucun type fixe de leur identité.
Dans toutes les conceptions quelconques, qui ne représentent point directement des objets, tout le mobile de la réminiscence est bien évidemment dans le signe. Prenons par exemple, les idées les plus simples de la quantité, qui n'ont aucun titre réel hors de leur ternie déterminatif.
Que je donne un signe à l'unité, et que je le répète indéfiniment en cette sorte : 1 + 1 + 1? etc., je ne conçois jamais qu'une seule idée numériquement individuelle, parce que je ne produis qu'un même signe, un même, acte, mais que j'attache des termes différents à chaque collection progressivement croissante de l'unité, j'aurai autant d'idées distinctes que de termes ; en répétant chacun d'eux en difTérents temps, j'ai la conscience de ridentité de l'opération qu'il exprime, tandis que les idées de divers nombres demeurent parfaitement séparés dans mon souvenir.
Lorsque je dis 1 -\- 1, ou que j'ajoute l'unité à ellemême, j*ai deux idées identiques, ou plutôt une même idée reproduite deux fois dans mon esprit ; le signe dont je me sers pour indiquer cette répétition, n'est point celui de l'idée même, il doit en être bien distingué. Lorsque je réunis les deux unités sous un seul terme 2, ce nouveau signe indique une autre opération et même une autre idée ; il n'y a pas en effet d'identité réelle entre la conception de deux objets isolés dans l'esprit, et celle des mêmes objets réunis et comme fondus en un seul tout pas plus qu'entre les signes 1, 1 et 2 qui expriment ces deux points de vue ; mais le terme 2 comme la formule 1 -|- l ont pour fonction égale de représenter ou de rappeler à mon esprit deux
choses qui, soit unies, soit séparées sont toujours deux dans la quantité ; c'est cette égalité de fonction, que j'exprime par la formule équationnelle 1 -|- 1 = 2, qui n'est point du tout la même que l'équation vraiment identique 2 := 2; cette dernière n'apprend rien, la première est une analyse ou une définition.
En continuant de former les collections de la même unité, je dis encore l-)-2:r=3, ou 1-Hl-|- 1=3 et j'ai encore trois opérations et trois idées différentes, comme si je figurais des impressions de cette manière 1,1,1 puis 1 (1 -f- 1) qui marque la réunion de deux parties et la séparation de l'autre, puis enfin (1 -[- 1 + ^ ) qui les réunit en une seule idée. Ces trois points de vue sont réellement autres, mais les trois expressions ont encore pour fonction égale de niarquer une valeur triple constante, ou une même idée reproduite trois fois, quel que soit l'arrangement ou la forme que je donne à cette répétition considérée dans le signe ou dans l'objet. Je concluerai de là c|ue Videnlilé n'existe j)oint, du moins n'est jamais que partielle dans les vues de l'esprit, lors même qu'on se croit le plus en droit d'affirmer qu'elle est absolue, et que l'égalité de fonction entre deux signes qui expriment une idée considérée sous deux rapports différents, ou deux idées considérées sous un même rapport, doit toujours être bien distinguée d'une identité réelle qui suppose à la fois le rappel d'un seul et même acte et d'une seule et même idée, que la permanence du signe fait reconnaître les mêmps dans leur répétition indéfinie.
En ne considérant que le nombre, on peut donc dire qu'il y a, non identité, mais égalité absolue de fonction entre deux signes ou formules, cjui peuvent être substituées l'une à l'autre dans un calcul, le résultat demeu-
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raût le même ; ainsi je puis substituer 7 + 2 à o + ^ et remplacer ces deux formules par un seul signe 9, et il n'y aura rien de change dans le nombre ou la quantité totale résultante, quoique les vues de l'esprit soient réellement distinctes et que les expressions ne puissent être dans plusieurs cas, prises indifféremment l'une pour l'autre.
Lorsque j'observe pour la première fois la propriété commune, qu'ont ces deux formes 7 + 2 et 5 -f- 4 de donner exactement une même valeur 1>, je fais une découverte dans mes idées, je perçois l'égalité et non l'identité de deux rapports, car l'identité aperçue ne peut jamais être une découverte, ce n'est qu'une reconnaissance. Dans toutes idées autres que celles de la quantité nombrable, on ne peut jamais à plus forte raison substituer un signe à un autre en conservant l'identité d'idée ou de rapport (nous ferons voir bientôt qu'il n'y a même pas lieu à égalité) et comme l'ont très bien vu de judicieux philosophes, il n'existe j)oint de parfaits synonymes dans aucun système de nos idées mixtes.
Quand il ne s'agit que des idées de quantités homogènes dans leurs éléments, l'ordre de composition de ces derniers ne change rien à la nature du résultat total, considéré sous le rapport unique de son extension ; que l'unité ait été simplement ajoutée un certain nombre de fois, ou qu'on ait pris telle de ses collections déterminées quelconques, pour composer le même nombre, la (piantité résultante sera exactement la même ; mais dans nos idées ynixtcs de tout ordre il serait- possible que les éléments fussent les mêmes en nombre et en qualité, et qu'il n'y eut aucune identité entre les composés qui s'en forment, si ces éléments variaient dans
leur nature intensive, si leur ordre, leur proportion changeait, si quelques-uns d'entre eux avaient dans tel composé, auquel ils concourent, une primauté ou une j)rédominance qu'ils n'ont plus dans un autre produit mixte, dont le langage exprime pourtant l'idée constante.
Le signe numérique ou permanent dans sa forme matérielle visible ou audible, rappelle bien une opération identique, et qu'il dépend de nous d'effectuer toujours de la même manière. VoiLà pourquoi la réminiscence, insépara])le du signe, tient lieu parfaitement ici de l'opération première et complète. Toute combinaison de signes, qui exprimera ou rappellera le même résultat, j)ourra être dite absolument égale en nombre et en valeur à une autre quelconque, dont la fonction sera de reproduire la même quantité ; ainsi l'expression ou idée (7 --t- 2) n'est sûrement pas identique à celle de (o -|- i), mais en tant qu'on les rapporte à la même collection 9, il y a égalité parfaite de fonction, et c'est ce qu'on exprime en formant Téquation 7 -|- 2 = 5 -f- -4, conclue de 7 -|- 2 == 9 et de 5 -f- 4 = 9.
Dans nos autres idées composées d'éléments divers, et que nous n'avons point faites ni pu faire nous-mêmes, le même signe, en se répétant, peut bien ne pas correspondre dans notre esprit à la même idée, et c'est le plus souvent une grande illusion de transporter au caractère intrinsèque de cette dernière, Xidentité qui n'appartient qu'au terme propre du rappel ; il ne s'agit point ici seulement de rappeler un signe et de répéter l'opération dont il exprime nettement le résultat, mais il faut savoir de plus, si l'élément sensible ou objectif de l'idée, la matière ào\A l'acte intellectuel est la forme, a conservé cette permanence qui lui est attribuée par
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confmion avec la partie formelle agrégée ou combi?iée. Or, nous avons la preuve que ce premier élément varie sans cesse par sa nature dans une multitude de cas, et presque toujours il est impossible de vérifier et d'assurer hors du signe une telle identité
Lorsque deux expressions différentes sont supposées correspondre au même terme ou à la même idée complexe, c'est toujours en tant que cette idée appartient à deux idées différentes rapportées à une môme classe, ou que les deux signes expriment, sous un fond commun, quelques nuances particulières ou quelques circonstances accessoires qui se trouvent en plus ou en moins dans les deux composés. Dans le premier cas, nous formons unb suite d'équations logiques entre cliacune des deux idées composées et une troisième qui est censée renfermer leurs communs éléments, les embrasser également toutes deux dans leur extension, et être comme la mesure partiellement exacte de l'une et de l'autre. Ainsi nous disons que V homme est un animal, que le lion est un animal, à peu près comme nous dirions 7 -|- 2 ^=: 9, o -f- i =::r 9 ; mais dans ce dernier cas nous concluons l'égalité absolue des deux premiers meml)res de l'équation, parce que nous n'avons égard qu'au rapport du nondjre des éléments idetdiques. Dans le second, cette égalité ne peut avoir lieu, parce que outre la somme des idées ou qualités partielles prises séparément dans chaque idée totale spécifique ou individuelle pour former le même^enre animal, il est resté encore dans chacune de ces idées totales génératrices plusieurs éléments divers, qui ne sauraient entrer en équation. Le terme identique, appliqué également aux deux espèces subordonnées, n'embrasse que le nombre des éléments qui ont été extraits
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de toutes les deux pour le former, et laisse toute l'autre partie différentielle, absolument indéterminée et sans expression : il n'y a donc point là d'identité dans aucun sens. Je dis de plus qu'il n'y a point d'égalité de fonction dans le signe général, considéré sous le rapport de son exleiuion commune aux deux idées spécifiques diâérentes qu'il embrasse par convention, en n'ayant égard qu'au nombre des éléments extraits de ces idées. Nul doute que le signe de l'idée générale ne convienne également à l'une ou à l'autre, lorsqu'on les considère sous le rapport de tel nombre de qualités abstraites : mais comme ces qualités ou propriétés, quoiqu'exprimées par les mêmes termes, peuvent différer singulièrement par leur intensité, et que les degrés ne sont point susceptibles de mesure, on voit bien que l'équation logicjue ne subsiste que dans la forme, et que Xidentilé du signe peut devenir très illusoire. L'idée ^animal étant formée de celles de divers phénomènes, par exemple, sentir, se mouvoir, se nourrir^ croître, se propager, etc., convient également aux espèces de Y homme et du lion^ quant aux nombres des éléments qui font partie de ces deux dernières collections partielles : mais il n'y a point identité entre chacun de ces éléments ni par conséquent entre les deux collections partielles qu'exprime le mot animal, abstraction faite même des autres éléments différentiels non exprimés; soit par exemple, l'idée complexe exprimée par le terme homme, analysée de cette manière : s -\- m — ;< -î- c -j- ... -\- p <en ne prenant pour abréger que les lettres initiales des propriétés composantes, sentir, se mouvoir, etc. : l'idée spécifique de lion étant exprimée par la formule s^ -^ ///' 4- «' -}- c' -j- •-- + 1'\ si j'extrais de ces deux formules les éléments semblables et
identiques par l'hypothèse pour en composer une seule idée, je ferai s -\- m -{- n -\-c = A et s' + ^>«' -H n', etc. = A'. Alors suivant l'identité logique ou supposée par la similitude ou l'analogie des formes, j'étendrai à A' tout ce que j'affirme de A, et effaçant leur caractère en ne mettant pas plus do différence entre les idées A et A', que nous n'en mettons entre le même terme animal répété deux fois dans une proposition, je raisonnerai comme si s -f- m -j- n -f-c, etc., égalait .s' H- m'-h n',etc., de même que 7-1-2 égale o -h 4, parce que tous deux vont se résoudre dans la même idée d'un seul et même nombre, et ont un même rapport à l'unité; je traiterai des qualités intensives comme des qualités extensives, je supposerai et j'affirmerai en moi même, par un résultat infaillible de l'habitude, l'identité des idées où je trouve établie celle des signes, et la liaison de ces derniers me tiendra lieu des actes de comparaison qui devaient seuls former le lien de mes jugements.
Bientôt peut-être, et lorsque mes idées surtout n'auront pas de modèle fixe en dehors, je subordonnerai la nature même des choses à mes classifications ou à mes conventions artificielles, car enfin si je n'ai besoin que de consulter la valeur des signes pour former l'équation 7 -|- 2 = 5 4-4, pourquoi aurais-je besoin d'un autre secours que de celui du langage ou de mes propres conventions, pour raisonner sur toute espèce d'idées, c'est-à-dire dans tous les cas pour réduire, au moyen de l'identité^ des jugements renfermés les uns dans les autres.
Lorsque les signes n'expriment que des opérations ou des rapports, ils se confondent avec les choses signifiées, on peut alors attribuer sans inconvénient aux uns et aux autres les mêmes propriétés.
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Lorsque plusieurs termes se contractent, pour ainsi dire, en un seul, comme -^- 1 et 1, dans 2, où les signes 1 et 1 se trouvent compris ou inscrits dans 2, comme si on les rangeait ainsi 1 — 1 , nous disons métaphoriquement qu'une idée est renfermée dans une autre ; c'est une véritable figure, calquée en grande partie sur les images de la vue. Nous disons aussi que les qualités secondes, qui sont réellement nos propres sensations, sont renfermées dans les objets, que les effets sont renfermés dans les causes ; c'est ainsi que nous exprimons très improprement les divers rapports de liaison, de coexistence ou de dépendance de nos modifications et de nos idées entre elles et de leurs objets. Mais comme l'analogie n'est pas l'identité, toute liaison de dépendance ou de coexistence n'est pas compréhension ; le rapport de la coexistence même suppose bien diversité et non pas identité.
Nous disons que deux impressions ou deux images sont liées entre elles, lorsque l'une a le pouvoir de réveiller l'autre, de telle manière que l'être sentant se trouve modifié par une seule, qui vient à se produire en lui, à peu près comme il le serait ou comme il l'a déjà été par leur ensemble. La disposition, que deux modes quelconques ont à s'associer ainsi, tient souvent à une certaine analogie naturelle des impressions, dont la cause est cachée dans notre intime organisation, quelquefois dans le consensus sympathique des parties impressionnables, etc. En vertu de cette analogie, l'individu qui passe d'une modification à celle qui suit, sait à peine que son état est changé, et si les modes sont de nature à être comparés, il affirmera en luimême la ressemblance des effets et peut-être Yidentité des impressions ou de leurs causes. La même liaison
peut dépendre aussi des habitudes ou do la répétition fortuite des mêmes impressions successives ou simultanées ; le résultat est à peu près le même.
De telles associations se forment en nous de très bonne heure, et précèdent même la connaissance. Il s'en établit aussi, pour ainsi dire, à notre insu, dans toutes les époques de la vie ; ces associations existent alors dans la sensibilité ou l'imagination, et non point dans le jugement ; pour qu'elles puissent être dites dans le jugement, il faut qu'elles soient remarquées, ou que l'individu ait conscience de deux manières d'être, qui se suivent ou s'accompagnent ; alors elles sont pour lui en liaison ou en dépendance lune de l'autre ; on ne saurait dire qu'avant cette conscience double, le jugement soit renfermé dans les impressions, pas plus que nos sensations elles-mêmes ou bien les vues de notre esprit, les abstractions sensibles, ne sont renfermées dans les objets, avant que nous ayons éprouvé les unes, ou eu l'occasion de former les autres (1).
La faculté d'aperception ne s'applique directement qu'aux actes de la volonté ou à leurs résultats ; les associations des modes actifs sont donc véritablement dans notre conscience, ce sont des jugements ; ces jugements se lient dans l'ordre successif, et se déduisent, pour ainsi dire, les uns des autres, suivant certaines formules naturelles ; mais des habitudes profondes cliangent cet ordre ; elles suppléent nos actes, en eifa-
(1) L'erreur des platoniciens (pii réalisaient les idées en les plav'ant hors de l'entendement même, dans une région mystérieuse, parail être bien loin de nous; et cependant toutes les formes de noire langa.re consacrent cette réalisation absolue des produits intellectuels, comme s'ils persistaieni liors de l'esprit cpii les conçoit.
cent le sentiment, ou si elles les laissent subsister, c'est en accélérant leurs séries, de manière que les extrêmes se touchent, les prémisses vont se fondre dans la conséquence et à la place d'actes ou de jugements multiples, liés entre eux par une suite d'actes de comparaison, il n'y a plus en apparence qu'un résultat sensible unique. C'est ainsi que tous les jugements qui accompagnent nos sensations, lorsque nous rapportons de différentes manières les qualités aux objets, les inij^ressions à leurs causes, les images à leur modèle, etc., nous échappent absolument et que nous ne distinguons plus les signes naturels des choses signifiées, les prémisses des conséquences ; nous sommes portés à croire que les idées découlent du dehors par le canal des sens, faites de toutes pièces ; c'est alors qu'on peut dire par une métaphore assez juste, que nos jugements et leurs suites sont renfermés ou enveloppés dans la sensation.
Les signes institués viennent briser cette enveloppe, rétablir de nouveau l'ordre successif, développer la chaîne concentrée de nos premières déductions, ou plutôt en renouer les fils ; les étiquettes attachées k deux modes ou deux idées, que nous pouvons éprouver ou remarquer sé23arément, les empêchent à jamais de se confondre ; ces signes mis à côté l'un de l'autre suffiraient pour indiquer l'existence séparée des modes qu'ils expriment, ou le fait simple de leur liaison dans le sens ou dans l'imagination ; mais il y a de plus un terme indicateur de ïaperception ou du sentiment que nous avons de cette liaison et dès lors celle-ci se trouve arrêtée d'une manière fixe pour la jugement. L'analogie ou la convenance de deux idées, qui fait qu'elles s'accompagnent ou sont en rapport de dépendance aperçue l'une de l'autre, est exprimée dans une formule
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qui comprend nécessairement trois termes ; les jugements se lient entre eux, et l'un conduit à l'autre par l'analogie ou la dépendance des idées, comme l'une de ces idées séj^arées a le pouvoir d'en réveiller une autre. L'individu aperçoit cette liaison des jugements, il V opère même par l'exercice de son activité, et il l'exprime par de nouvelles formules, où les logiciens reconnaissent et analysent le matériel de raisoîinement.
Un sens peut être frappé de plusieurs impressions à la fois; diverses qualités peuvent se rapporter au même objet ; un même tableau imaginaire est souvent composé de plusieurs parties ; dans l'institution des signes un seul devra donc se trouver d'abord attaché à une grande variété et multiplicité de modifications ou d'idées; il ne renfermera point, il est vrai, ces modes qui n'ont pas encore été remarqués, mais lorsqu'ils le seront et dans une seconde institution réfléchie du signe, il aura acquis le pouvoir de réveiller toutes les idées ou circonstances collatérales, que l'attention aura séparément fixées. La liaison des idées partielles sous une seule idée, ou de plusieurs termes élémentaires sous un seul terme complexe, lors({u'elle a été formée par l'attention successive donnée à ces éléments, peut toujours déterminer une suite de jugements ou de propositions liées entre elles ; c'est ainsi que le terme s'analyse ou se recompose, en faisant seulement un retour sur la valeur des signes, s'il s'agit dune idée abstraite complexe de notre création, et en comparant de plus l'idée à un mode qui est ou existe donné par les sens ou la réflexion, s'il s'agit d'analyser un fait extérieur ou intérieur.
Dans cette analyse ou cette série régulière des déductions, nous pouvons souvent substituer, à mesure que
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nous avançons, un terme sommatoire partiel à tel nombre d'éléments qui lui équivalent, en reconnaissant Tégalité de valeur, et c'est ainsi que nous arrivons par une suite de substitutions, depuis le premier élément jusqu'au composé total par la synthèse, ou de l'idée totale jusqu'à l'élément générateur par l'analyse. Ainsi pour donner un exemple simple : partant de la décomposition de l'idée ou du terme 8en5-f-l-|-l+l j'observe que 1 + l -f 1 =1 3 et substituant cette valeur, je conclus que 8 = 5 -h 3 ; c'est un raisonnement que l'on peut appeler synthétique; j'aurais substitué au contraire 1+1 + 1^3 si j'eusse été en rétrogradant depuis le terme le plus élevé par une suite de jugements qu'on pourrait appeler analytiques ; nous avons vu ce qui emjîêchait de faire de telles substitutions rigoureuses, lorsqu'il s'agit d'idées autres que celles de la quantité.
Nous pouvons observer que toutes les transformations de l'analyse algébrique sont réductibles à de véritables syllogismes en formes, et qu'on n'y a peut-être pas encore assez vu tout le mécanisme du raisonnement ; il faut en excepter les cas où l'on emploie des formules implicites (1) qui ne peuvent absolument se
(1) Un géomètre pliilosophe nomme furmules implicites ces expressions telles que V — !> ^ui n'ayant en elles-mêmes aucune valeur déterminable sont susceptibles néanmoins, par des transformations ou des combinaisons avec d'autres expressions de la même espèce, de donner des résultats réels. C'est l'emploi dételles formules implicites (ou de tels signes vides d'idées) q,ui fait le caractère de l'analyse, et la distingue de la synthèse; celle-ci ne peut jamais perdre de vue son objet, il faut que cet objet s'offre à l'esprit clair et net, ainsi que tous les rapprochements et combinaisons qu'on en l'ait. La synthèse ne peut donc jamais employer de formules implicites, raisonner sur des quantités absurdes, sur
traduire ; alors il n'y a point de raisonnrment d'aueime espèce.
La transformation faite du terme encore composé, dans sa valeur analytique, lorsqu'il s'agit de la résolution d'une idée comj)lexe, ou de plusieurs termes élémentaires dans leur valeur synthétique, lorsqu'il s'agit de recomposer, se fonde d'abord sur la liaison des signes, qui donne lieu au rappel réciproque de l'un par l'autre,