‹ uvres de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 34 sur 51 · L'ÉCOLE SECONDAIRE DE BERGERAC · texte numérisé non relu

L'ÉCOLE SECONDAIRE DE BERGERAC

Maine de Biran avait plusieurs motifs de s'intéresser aux établissements d'instruction de son arrondissement. En premier lieu, l'instruction publique était une des branches les plus importantes de son administration ; mais le psychologue s'y intéressait autant que le sous-préfet; car il trouvait dans les méthodes d'éducation, l'application et comme la vérification expérimentale de ses théories ; enfin Maine de Riran avait un fils, Félix, né en 1796, et il était naturel qu'il désiratle garder près de lui, lui épargner les années d'internat auxquelles il avait été condamné lui-même, et surveiller son instruction.

Au moment où Maine de Biran fut nommé sous-préfet, il n'y avait à Bergerac que deux établissements d'études secondaires : l'un fondé par le citoyen Berrut avait été érigé en Picole secondaire en 1803, mais tombait en décadence depuis sa consécration officielle (180G) ; l'autre était un établissement ecclésiastique fondé sous les auspices du curé de Bergerac, qui demeurait indépendant de son administration, quant à la forme et au mode d'enseignement. Maine de Biran rêvait d'un établissement modèle où seraient appliquées des méthodes d'éducation rationnelle. Mais pour réaliser ce projet il fallait qu'il trouvât un Directeur compétent. Il crut le rencontrer dansun ancien professeur de mathématiquesà l'Ecole de Brest, Desgranges, que le hasard avait conduit à Bergerac. II ne res-

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tait donc plus qu'à organiser le nouvel établissement d'instruction publique de la ville de Bergerac et il rédigea dans cette intention un projet qu'il adressa à tous les pères de familles de l'arrondissement. L'initiative de Maine de Biran devait être couronnée d'un plein succès, et pourtant il ne se bornait pas à imiter ce que l'on avait fait, dans les villes voisines ; son projet contenait des idées neuves dont il réussit à assurer l'exécution.

Le collège comprenait les deux degrés d'enseignement, primaire et secondaire. Maine de Biran conçut le projet de confier la direction de l'Enseignement primaire à un élève de Pestallozi. Il indiquait dans une note ajoutée à son projet le caractère et les avantages de cette méthode nouvelle d'enseignement. Le principal but de Pestallozi n'est pas, dit-il, de communiquer aux enfants un certain nombre de connaissances exactes, dont ils auront besoin, dans la vie, mais de donner aux facultés du premier Age le mode de culture qui leur convient, c'est-à-dire d'exciter et de développer en eux la raison et l'attention, en un mot, ce qu'on appelait au xvii« siècle le bon sens. L'institution primaire apparaît dès lors comme une préparation essentielle à toute la suite des études. Si c'est le plus bas degré de l'enseignement par le programme restreint, élémentaire, des connaissances, il est le plus important et le plus élevé par le but qu'il vise, savoir la formation du jugement. Maine de Biran était partisan résolu d'une éducation libérale, c'est-à-dire capable d'affranchir les esprits des préjugés, de la routine, de la superstition et de les rendre meilleurs et plus heureux. « Quoiqu'on puissent dire, écrit-il à Degérando, certains personnages du jour, ce n'est qu'en éclairant les hommes, en développant en eux par de bonnes habitudes premières, ce germe de raison inhérent à notre nature, en les prémunissant contre les illusions d'une imagination déréglée, qu'on peut rendre l'espèce meilleure et plus heureuse » (1). L'instruction primaire n'était donc pas,

(1) Juillet 1807.

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pour lui, simplement destinée aux enfants du peuple, elle était une préparation générale à toute la suite des études, puisqu'elle formait l'instrument nécessaire de tout progrès intellectuel et moral. On voit que les conceptions pédagogiques de Maine de Biran découlaient directement de sa conception de la nature humaine. liaison et volonté, par suite attention, ne font qu'un à ses propres yeux, puisqu'elles "consistent dans l'éveil de la conscience et dans la possession de soi. Mais ces facultés sont liées dans le corps à certaines fonctions organiques. Le développement mental est inséparable de l'exercice des sens, et d'une certaine attitude du corps. Il ne faut donc pas les négliger et c'est ici qu'il serait vraiment juste de dire que a qui veut faire l'ange, fait la bête ».

Le cours d'Etudes primaires se composait de quatre parties. La première que Pestallozi nomme le manuel des Mères consiste dans le soin d'imposer des noms aux choses. La deuxième est une géométrie pratique où l'enfant apprenti à tracer les figures, et à connaître leurs rapports, sans se servir de règles ni de compas. La troisième est le calcul figuratif où les abstractions sont représentées aux sens. Enfin la dernière est le dessin métrique qui n'est encore qu'une sorte de géométrie sensible. Tous ces exercices tendent au même but : donner aux enfants l'habitude d'apprécier exactement et vite les distances, les dimensions, les proportions des objets, de les reproduire par le dessin, et par ce moyen, développer en eux la qualité la plus précieuse dans les classes inférieures, la sûreté du coup d'œil, et d'une façon plus générale, l'esprit d'observation qui permet de lier exactement les signes aux idées et les idées aux choses. Cette qualité est nécessaire dans toutes les classes de la société, mais chez les enfants des classes plus élevées, elle doit être complétée par d'autres, qui seront le résultat propre de la culture donnée par l'enseignement secondaire.

Ainsi, au lieu d'exercer la mémoire mécanique et de favoriser notre tendance au moindre effort, l'instituteur primaire doit combattre chez l'enfant les habitudes passives des sens

et de l'imagination, et développer la mémoire représentative et toutes les facultés actives qu'elle suppose. II faut lui donner le goût et l'habitude de l'initiative, de l'effort personnel. Mieux vaut une tète bien faite, pense Maine de Biran comme son compatriote Montaigne, qu'une tète bien pleine. Or bien penser c'est essentiellement bien juger. Le meilleur moyen de former le jugement de l'enfant, c'est de l'habituer à porter son attention sur les objets qu'il perçoit comme sur les actes qu'il exécute, car l'attention se manifeste par le bon usage des organes qui servent la pensée au lieu de l'asservir, c'est-à-dire de l'appareil musculaire des organes sensoriels. Maine de Biran trouvait donc dans les méthodes d'enseignement de Pestallozi une application de sa propre théorie de l'intelligence. Et il résolut de confier l'enseignement primaire de l'Ecole secondaire de Bergerac, à un de ses disciples.

Comment connaissait-il l'œuvre de Pestallozi? probablement par Stapfer. Stapfer, quand il était ministre des sciences et des arts de la République helvétique avait placé Pestallozi à l'asile de Stanz (1708) pour soigner matériellement et élever spirituellement les malheureux orphelins du canton d'Unterwald dont les parents étaient morts pendant la guerre avec la France. Sur ses instances le gouvernement favorisa l'illustre pédagogue, en lui fournissant, à llnstilut de Burgdorf, le terrain nécessaire à ses expériences. Stapfer favorisa la demande de Maine de Biran à son compatriote, qui à la fin de l'année 1807, lui envoya un de ses élèves, l'instituteur Vaudois, François Barraud.

Le succès de la nouvelle méthode fut considérable. Maine de Biran le constate en toute occasion, et dans ses lettres au préfet de la Dordogne, et dans ses Discours à la distribution des prix : « 0 vous tous qui avez le bonheur d'être pères, bénissez le nom de Pestallozi. C'est le bienfaiteur commun de vos enfants. Il a semé de fleurs l'entrée d'une carrière bien épineuse; il leur épargne chaque jour bien de ces larmes que nous versâmes tous dans le jeune âge ». Et comme cette méthode nouvelle d'enseignement soulevait des critiques chez

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ceux qu'inquiète toute nouveauté (1), Maine de Biran leur répond dans le même discours : « Ces méthodes sont nouvelles pour nous, et la seule nouveauté des choses ou de noms prévient et irrite souvent les esprits qui n'ayant pas assez de force pour sortir de l'ornière de l'habitude, condamnent sans examen tout ce qui s'en écarte et voudraient arrêter un mouvement qu'ils sont incapables de suivre: « Pourquoi, s'écrient-ils, vouloir être plus sages que nos pères? A quoi bon les réformes dans les systèmes d'enseignement ou d'éducation et comment ose t-on proposer de changer les méthodes anciennes auxquelles nous devons ces hommesà jamais célèbres qui ont illustré la France littéraire et savante et que ceux de nos jours n'ont jamais égalés ». Mais, répond Maine de Biran, la méthode ne donne pas plus le génie à ceux qui ne l'ont pas, qu'elle ne l'enlève à ceux qui le possèdent en naissant ; « elle tend surtout à développer également pour tous cette faculté de raison, nécessaire à toutes les conditions, applicable à tous les états et à tous les besoins de la vie humaine ». « Laissons donc déclamer les esclaves aveugles de la routine et des préjugés et pendant qu'ils nient le mouvement, marchons, avançons vers le but, opposons toujours les faits aux déclamations, l'expérience aux arguments, la bonne foi au charlatanisme,

(1) M. de la Valette-Mombrun, dans son Ouvrage sur Maine de Bh'an, nous raconte l'histoire de riîcole pestallozienne de Bergerac. François Barraud, le directeur de rEcole primaire, ne put s'entendre avec Desgranges qui était le principal du Collège. Il quitta donc le collège et il fonda, en 1810, un établissement libre, qui eut, pendant la durée du séjour de Maine de Biran, le plus grand succès. Peu à peu cette école qui dans la pensée de Maine de Biran devait être une pépinière d'instituteurs pestalloziens devint un simple pensionnat pour les enfants de la petite bourgeoisie de Bergerac. Maine de Biran, dans une lettre k Uegérando, le constate, non sans regrets. Il garda jusqu'à la fin de sa vie la même estime pour la méthode de Pestallozi et des sentiments d'une fidèle reconnaissance pour son auteur. Nous en avons la preuve dans la visite qu'il fit en 1822, au grand pédagogue suisse, dans son Institut d'Yverdon, qu'il trouva en pleine décadence. L'entrevue de ces deux philosophes et bienfaiteurs de l'humanité fut touchante :

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et tôt OU tard viendra le triomphe complet de la raison et de la vérité ».

Ce discours optimiste, où s'exprime si résolument la foi de Maine de Biran dans le progrès humain, nous montre combien à cette époque, il se rapproche, par les idées et les sentiments, de ses amis d'Auteuil, notamment Cabanis, le médecin et l'intime ami de Condorcet. Il a instinctivement horreur de tout ce qui opprime en nous la liberté de l'esprit : préjugés et fanatisme; il attend le bonheur du développement de la raison. Sans jamais embrasser le parti contraire, il pensera, dans la dernière période de la vie, que le bonheur ne dépend pas seulement de nous, et que la raison et la volonté ne font que nous ouvrir l'accès d'un monde supérieur où la vérité nous illumine directement.

Nous publions une note, trouvée dans les manuscrits de la Bibliothèque de l'Institut (fonds Naville), où Maine de Biran fait des réserves au point de vue psychologique, sur cette partie importante de la théorie pestalozienne, qui se rapporte € aux noms, aux formes, et aux nombres ». Cette note se compose de trois fragments, dont le premier, sur la méthode de numération, est le plus clair et le plus important.

On peut admettre deux méthodes de numération. La première consiste à apprendre d'abord la série des nombres, pour les appliquer ensuite aux objets. La deuxième apprend à voir les nombres dans les objets nombrables, pour les abstraire ensuite, comme des signes communs. D'après Pestallozi, cette dernière méthode serait la plus conforme à la marche de l'esprit humain.

a Arrivé à Yverdon, écrit Maine de Biran dans son journal, mon premier soin a été de rendre visite au bon Pestallogi qui m'a reçu comme un ancien ami et s'est attendri en me parlant de son Institut... 11 a été question d'un journal d'éducation qui serait fait sous la direction de Pestallogi et qid serait traduit en français. M. Pestallogi a voulu me reconduire jusqu'à ma voiture, accompagné de M. Schmid. Nous nous sommes embrassés cl promis souvenir et correspondance ».

INTRODUCTION Dli L'ÉDITEUR LSIII

La différence des deux méthodes, remarque Maine de Biran, est peut-être moins grande qu'on ne pense. Il est bien rare, en effet, qu'un enfant compte tout à fait machinalement ; en général, il applique les signes en comptant. D'autre part, chaque fois que le nombre des objets dépasse celui qu'on peut percevoir, il faut bien en revenir aux signes. Par exemple, quand l'enfant dit 19, c'est le signe qu'il a dans l'esprit, non les objets. Au fond le calcul ne peut jamais être intuitif. 11 peut y avoir dans l'esprit la représentation simultanée ou intuitive de cinq à six objets, placés symétriquement dans l'espace ; au delà de ce nombre, il n'y a plus d'intuition, mais même dans ce cas, une seule intuition n'embrasse une pluralité d'objets qu'en tant que l'esprit lui imprime en quelque façon le sceau de l'unité, et les groupe en une seule image : et le calcul ou le dénombrement est toujours successif, et dans un temps ; or la forme du temps ne se représente pas.

Quand on dit deux pierres, cela signifie deux fois une pierre ; d'où il résulte que le nombre ne fait pas partie de la perception ; c'est une idée de rapport qui naît dans la pensée à la vue d'une pluralité d'objets, s'y associe, mais ne peut en être dite abstraite. « Le calcul numérique n'est point intuitif par sa nature ou par le droit, à raison de l'espèce des opérations ou des idées sur lesquelles il se fonde, pas plus qu'il ne l'est par le fait, c'est-à-dire à raison de l'impossibilité de la représentation, lorsque le nombre des objets nombrables s'élève au delà d'un certain terme assez rapproché ».

Mais les objets s'offrent aussi à l'enfant sous le rapport de la forme et de la grandeur, et c'est là qu'est proprement le champ de l'intuition. Maine de Biran étudie, dans la seconde partie de sa note, les idées de Pestallozi sur ce point, telles qu'elles sont exposées par un auteur contemporain, de Ghavanne, car les ouvrages de Pestallozi n'avaient pas été traduits, et Maine de Biran ne lisait pas l'allemand. 11 n'est pas douteux, pense celui-ci, que l'enfant acquiert par la vue l'idée du triangle avant de pouvoir compter ses côtés et que cette numération ou analyse, qui se fait par une succession

réglée et mesurée des opérations de l'esprit, s'applique aux objets donnés en masse par l'intuition, comme la forme s'applique à la matière. Or Pestallozi veut que l'enfant s'élève à l'idée des objets par l'idée des formes qu'il composerait luimême avec leurs éléments. En comparant celte marche à celle suivie pour les nombres, on voit que l'instituteur pestallozien fait l'inverse de ce que fait la nature, qui conduit d'abord l'enfant à la perception des formes, et plus tard, à l'idée intellectuelle des nombres. Ce ne sont pas les objets qui donnent l'idée de nombre à l'esprit, mais ce sont eux qui lui donnent l'idée des formes, et ces formes sont proprement abstraites du ,t;roupe intuitif. En appliquant les nombres aux objets, les enfants leur appliquent des idées qui viennent d'eux-mêmes. Pestallozi n'a pas eu égard, en tout cela, à l'origine et à l'ordre régulier des opérations de l'esprit. « Je conçois, dit Maine de Biran, que la méthode de Pestallozi, considérée du côté théorique, doit avoir beaucoup de contradicteurs parmi les métaphysiciens ; c'est à elle à se défendre sous le rapport purement pratique » (t).

Le dernier fragment est une courte remarque sur une opinion de Meister relative à l'attention

L'admiration de Plaine de Biran pour les méthodes d'instruction primaire de Pestallozi, s'explique par la prédominance ([ue celui-ci attribue à l'initiative de l'esprit sur les méthodes mécanifjues ; mais l'esprit procède lui-même tantôt paranalyse, tantôt par synthèse ou intuition. Il semble à .Maine de Biran que Pestallozi n'a pas toujours bien discerné la véritable marche de l'esprit dans les opérations intellectuelles des enfants.

L'enseignement secondaire, auquel aboutissait l'institution primaire, comprenait les langues anciennes, latines et grecques, la langue et la littérature française, la Rhétorique, les Mathématiques depuis les éléments jusqu'au calcul différentiel

INTRODUCTION \)K L KDITEUI; LXV

inclusivement, enfin la logique qui complétait le cours des Etudes.

« J'ai vu — ce qui est surprenant — des maîtres, écartant tout le charlatanisme des mots, s'attachera rendre à leurs élèves l'instruction facile autant que solide et agréable ; renoncer à les faire briller ou à briller eux-mêmes aux dépens de la raison et de tous les progrès à venir par une culture prématurée et inalentendue de l'imagination ou de cette espèce de mémoire qu'on peut bien appeler mécanique, puisqu'elle réduit toute l'instruction des collèges à un véritable mécanisme, si commode pour les maîtres et si pernicieux aux facultés intellectuelles des disciples. J'ai vu, dans cette école, lier étroitement la connaissance de la chose à celle du mot, l'idée au signe. J'ai vu un mathématicien profond, guidant avec une sûreté, une assurance, une rapidité étonnante ses élèves les plus avancés dans toutes les profondeurs de l'analyse et du calcul, s'arrêter sagement aux premiers éléments de la science mathématique, et employer toutes les précautions pour franchir convenablement ce passage du sensible à l'abstrait, si délicat pour la première enfance et dont le commun des maîtres sent si peu les difûcultés. J'ai vu le grammairien philosophe suivant avec ses élèves tous les détails les plus analytiques de la proposition et de chacune des parties dont elle se compose, les forcer à remonter contre le torrent des habitudes de la langue maternelle, les obliger à se rendre compte de toutes ces formes usuelles, de l'ordre et de la dérivation des mots, qu'ils emploient si souvent sans y penser, en passant du sens propre au sens figuré suivant l'analogie et la filiation naturelle des idées qui représentent chacune de ses formes : exercice infiniment précieux qui attache à l'étude des langues le charme piquant de la curiosité et fait d'un travail trop exclusivement consacré à la simple mémoire dans les méthodes ordinaires, le moyen le plus propre à faire naître des habitudes précieuses de réflexion et à développer le plus toutes les facultés de l'intelligence ».

Ainsi le fond de l'Enseignement secondaire est constitué par

M. DE B. V. — e

LXVI ŒUVKES DE MAINE DE BIRAX

l'enseignement des Mathématiques, et l'étude précise des langues anciennes et du français. Il était partisan de la méthode qui venait d'être inventée par Dumarsais, des versions juxtalinéaires, qui développe le goût de l'exactitude et de la précision. Mais à côté de ces exercices fondamentaux, il voulait qu'on fît une place à la langue anglaise, aux arts d'agrément. Un ecclésiastique devait être attaché au collège, et les enfants protestants, instruits à part dans la religion, selon la volonté des parents.

En bon administrateur qu'il était, Maine de Biran se préoccupa non seulement des programmes et des méthodes d'enseignement, mais de l'organisation du collège. 11 veut intéresser les parents à sa prospérité. Dans ce but, il crée une commission nommée par les Souscripteurs, qui sera chargée de veiller à sa bonne administration, au progrès des élèves, à tous les moyens de perfectionner l'établissement. Cette commission était invitée à se mêler intimement à la vie du collège; elle assistait aux examens ; Maine de Biran, dans ses Discours de distribution des prix, était d'autant plus autorisé à louer les maîtres, à conseiller les élèves, qu'il connaissait directement les uns et les autres, les ayant vus à l'œuvre, qu'il avait assisté aux exercices, y avait pris part, en interrogeant les élèves, qu'il était pour tous non un étranger de marque, mais un chef respecté et aimé.

Le collège devait accorder des bourses à cinq élèves pris dans la classe du peuple, et sur le choix de la commission des Souscripteurs. La ville de Bergerac entrant dans les premiers frais d'établissement et d'entretien des bâtiments du collège, avait elle aussi le droit de désigner cinq élèves qui suivraient pendant deux ans les cours de l'Institution primaire. Au terme de CCS deux années d'étude, on ferait subir un examen public et sous les yeux mêmes des autorités constituées à ces cinq élèves boursiers. Le premier devait être adopté par le Collège et admis pendant cinq ans à suivre les cours de l'Enseignement secondaire. Chacun des élèves boursiers de l'Ecole secondaire serait enlin exercé pendant la cinquième année de

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son cours comme répétiteur de l'Institution primaire et après ce temps pourrait être envoyé par le sous-préfet en qualité d'instituteur de l'une des principales communes de l'arrondissement.

Maine de 13iran voulait donc qu'on format dans les collèges et les lycées les instituteurs primaires, et qu'on réalisât intimement l'union des deux enseignements. D'excellents esprits demandent aujourd'hui qu'on réforme dans le même sens notre enseignement, par la suppression des Ecoles normales primaires. L'association des parents d'élèves était organisée par lui beaucoup plus étroitement qu'elle ne l'est aujourd'hui, et elle était beaucoup plus étroitement mêlée à la vie du collège. Elèves, maîtres, parents, administration municipale, représentant du gouver-nement participaient à des titres divers, et avec des fonctions ditférentes, à la vie de ce corps organisé qui se trouvait ainsi bien loin d'être isolé comme il l'est encore, mais largement mêlé à la vie de la nation.

Ouand il quitta Bergerac, pour aller siéger au Corps législatif, Maine de Biran fonda « un prix d'encouragement, qui sera décerné chaque année à l'élève qui, au jugement du directeur et des professeurs, sera reconnu pour avoir fait le plus de progrès dans les lettres et dans les mathématiques ».

La fondation de la Société de Médecine et la création du collège de Bergerac, furent de toutes les œuvres, qui marquèrent son passage à la sous-préfecture, celles dont il fut à la fois le plus fier et le plus heureux, et qui laissèrent dans son cœur le plus durable souvenir : c'était en même temps celles qui se rattachaient le plus étroitement à son amour de la philosophie.

Juin l*J22.

Pierre Tisserand.

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