‹ uvres de Maine de Biran (volume 2)Chapitre 38 sur 51 · ARTICLE III · texte numérisé non relu

ARTICLE III

Rapports des affections avec la volonté. Sympathies morales.

Toutes les parties du même corps organique, pénétrées d'un principe de vie commun qui les anime, tendent toujours soit à élever leur sensibilité propre au ton des forces étrangères qui les excitent, c'est-à-dire à imiter et reproduire l'action de ces forces par une réaction proportionnée, soit à se mettre à l'unisson les unes des autres, c'est-à-dire à répéter individuellement le mouvement ou la détermination primitivement imprimée à l'une d'elles et par conséquent à s'imiter réciproquement, soit enfin à se porter au ton des organr-s simi-

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laires (riin autre être aiiinié de la même espèce, ou encore à répéter et imiter les modifications ou fonctions de cet être similaire. Le principe de la sympathie identique à celui de limitation end)rasse donc tous les phénomènes les plus variés de cette classe d'impressions aftectives dont nous avons parlé jusqu'ici, ou autrement le principe comnmn des phénomènes sympathiques n'est autre que celui de la vie sensitive ou animale. Les organes de cette vie sont les seuls en effet qui soient susceptibles de recevoir en eux ou de transmettre au dehors les affections vraiment et proprement sympathiques ou sympatliisantes. Les signes par lesquels le principe de la vie, ou, comme disaient les Anciens, l'(\me sensitive explique ses affections, ses besoins, ses appétits, sont des mouvements instinctifs produits dans les organes sans conscience et sans connaissance du but. et qui en entraînent de semblables au dehors par une impulsion également aveugle et aussi peu intentionnée.

Les signes par lesquels l'intelligence explique ses opérations et ses vouloirs sont des mouvements vo/ontnircs produits librement dans un but déterminé à ravaiice. avec l'intention, préméditation et connaissance de l'effet à produire. Or ces mouvements peuvent aussi être produits ou imités par une volonté de même nature ; mais cette puissance n'est point ici nécessaire dans revercice de la faculté d'imitation, qui peut également s'y prêter ou s'y refuser. Il n'y a donc point ici de sympathie dans le sens propre du mot qui veut dire pdtir ou souffrir arec ; car rien n'api)artient à la passion, tout est à l'action.

(l'est donc avec raison que, rattachant tout ce qu'il y a de ^Taiment sympathique dans nos affections à la classe des impressions immédiates, nous l'avons tout à

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fait séparé de celle des j)liéHOHièHes de la ijerccption et de la volonté^ et la nécessité de cette séparation se trouve assez justifiée par les rapports, que nous avons ol)servés dans les articles précédents, des sympathies des organes du fœtus, de celles qui accompagnent l'état de sommeil ou qui correspondent évidemment à tels états, telles dispositions des organes internes.

Non, encore un coup, il ne dépend point de la volonté de faire naître ou d'imiter aucune de ces impressions, (]ui font la base de notre existence immédiatement heureuse ou malheureuse. Ces affections aimables et douces, qui tiennent même à une nature morale plus relevée, sont également iiors des limites de notre puissance ; que dis-je, elles perdront tout l'ascendant naturel qu'elles ont pour nous émouvoir et cesseront môme d'exister, à l'instant où la volonté cherchera à leur donner des lois et à reproduire ou à imiter leur charme suprême.

Mais quoiqu'il n'y ait aucune action possible de la volonté sur les affections sympathiques, quoiqu'il y ait même plutôt opposition à cet égard entre le principe de nos actes libres, et celui de toutes nos passions, il n'en est pas moins vrai qu'il existe entre eux une sorte de liaison ou de relation intime, dont il importe de fixer les limites et d'apprécier les moyens et les circonstances, puisque c'est là que réside le lien de deux natures qui peuvent s'agrandir et se perfectionner l'une jDar l'autre.

Ici les phénomènes de la synq>atliie se présentent sous le point de vue le plus étendu, et qui embrasse tout rensem])le des rapports existant entre les afï'ections immédiates de la sensibilité et les déterminations réfléchies de la volonté. C'est dans ce vaste champ de

rapports, qu'on peut voir se former et se développer eu entier toutes les passions humaines qui, entées sur les appétits de l'instinct, s'étendent et se fortifient de tous les produits de rintelligence. Je ne puis qu'effleurer ici un sujet si fécond et si riche et je terminerai ce mémoire déjà trop long par quelques considérations générales sur les rapports qu'entretiennent toutes les impressions affectives internes, dont il a été précédemment question, avec la volonté et l'intelligence ; d'où la sympathie morale, les sentiments de l'àme et les passions mixtes fondées sur les communications d'homme à homme, dans ces relations compliquées que fait naître l'état social.

1° La sympathie morale, a dit un médecin philosophe, Cabanis (1), dérive de ce besoin pressant, qu'éprouve de très bonne heure chaque individu, d'agir sur les volontés de ses semblables et de les associer à la sienne propre.

Ce grand o])servateur s'attache à prouver qu'un tel besoin primitif d'agir sur les volontés d'autrui, tout fondé sur les premières déterminations de la sensibilité physique, est le même qui, se transformant par la suite en un sentiment réfléchi, devient le mobile de toute notre conduite, de tous nos rapports moraux avec les êtres de notre espèce.

Mais ici, je trouve une confusion singuUère de prin-

(1) Cabanis, né à Cosnac en 1757, fit ses éludes de médecine. Il lui admis dans la société de Mme llelvélius. Elu membre de l'Institut (classe des sciences morales cl politiques), en l'an IV, il lut un des jufies de Maine de Biran, dans le concours sur Vlufluence iIp l'Habitude. Il lui nommé sénateur sous lEmpire et mourut en 1808. Son principal ouvrage est intitulé liapports du Physique et du Moral de llloinme, 1802.

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cipes, qui tient surtout à ce que le seus propre du terme volonté est tout à fait interverti, et que les opérations propres de cette puissance se trouvent entièrement déplacées de leurs bases naturelles.

Agir sur les volontés de ses semblables, ce serait dominer ces volontés, les attacher à la sienne propre et 23ar suite s'approprier leur moi car le inoi est tout entier dans la puissance de vouloir, d'agir, principe fondamental que je crois avoir mis ailleurs à l'abri de toute discussion ; mais la volonté force hyperorganique est une puissance sut generis qui ne dépend que d'ellemême, ne peut être entraînée, ni forcée dans aucune des déterminations qui lui sont propres ; principe d'individualité, elle reste concentrée dans cette sphère de l'activité réflexive où l'individu se sépare de tout ce qui n'est pas lui, et diffère éminemment de cet autre principe commun de synij)athie, en vertu duquel les affections de chaque être sensible se subordonnent à celles d'un agent passionné, s'identifient, se confondent presque avec les siennes, au point qu'entre plusieurs êtres ainsi montés quelquefois au même unisson de sensibilité, il semble ne plus y avoir qu'une seule et même âme sensitive ; mais c'est alors aussi qu'il n'y a plus de moi individuel et que toutes les volontés particulières réduites au silence sont comme n'existant plus. Si l'on veut donc ne pas confondre ce qui doit être distingué, il faudra reconnaître que l'action ou l'intluence réciproque exercée par chaque être sur ceux avec qui il est en rapport, peut avoir lieu réellement de deux manières très différentes.

Le premier mode d'influence, le seul synqjathique, consiste à agir immédiatement par les affections sur le principe ({ui détermine les actes ou mouvements alors

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irréfléchis et spontanés. Le second qui peut être appelé intellectuel consiste à agir immédiatement sur la volonté et les actes libres qu'elle détermine en éclairant la raison, et fournissant des motifs de détermination appropriés à l'intelligence. Il y a un troisième mode qui jjourrait être appelé mécanique puisqu'il consiste à agir directement sur les actes ou les mouvements mêmes, sans l'intermédiaire des affections sympathiques ni des motifs intellectuels. C'est la manière des tyrans dont la volonté fait la loi suprême, qui commandent une obéissance passive et pronqjte, devant qui les genoux fléchissent maciiinalement lorsque le cœur se tait ou se révolte ; dont tous les ordres sont exécutés à la lettre, sans que l'esprit et la volonté aient part à l'exécution. C'est aiiisi surtout que la force du despotisme devient abrutissante et détruit toute la moralité des actions humaines.

Revenons. La manière dont chaque individu est organiquement constitué détermine, avec le mode du sentiment propre qu'il a de son existence, celui du sentiment de ses rapports dans l'espèce et dans l'individu, et par suite la manière dont il sera porté à agir sur ses semblables, soit en les attirant par les affections sympathiques, soit en les dominant par la force.

Le sentiment énergique d'une grande force radicale ou de tempérament ne crée que trop de ces despotes de nature, en qui l'on remarque une (hsposition précoce à dominer toutes les volontés par cette force même ; conmie ils se sentent d'abord capables de maîtriser immédiatement des actes ou des mouvements physi (jues, ils dédaig-nent le recours intermédiaire au moyen synq)athique ou au motif sensible et intellectuel, qui peuvent déterminer les opérations des agents moraux.

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Des homnios ainsi disposés, et en général tous ceux <]ui s'appuyent soit sur une grande force de nature, soit sur une grande force de situation, qui remplace la première dans une société policée, de tels liommes, dis-je, ne peuvent exciter dans autrui aucun attrait sympathique de bienveillance et d'amour, parce qu'euxmêmes ne l'éprouvent pas, ou qu'ils négligent d'en employer les signes ; aussi peuvent-ils bien forcer certains actes extérieurs, accabler du poids de leur puissance tout ce qui les environne, mais non s'approprier les volontés et encore moins s'associer les ccvurs. Disons-le pourtant, IfiS moindres signes sympathi(|ues, lorsqu'ils émanent de la puissance, exercent encore un enqjire plus assuré sur toutes nos alfections : un de ces signes suffit pour clianger la répulsion de la crainte dans un attrait de bienveillance. Heureux en cela les puissants et les forts, s'ils savaient reconnaître le principal' avantage qu'ils ont sur les autres hommes, ou s'ils voulaient profiter de cet avantage, le seul réfil, le seul digne d'envie de leur position, qui consiste à se faire aimer, adorer pour peu qu'ils fassent pour se rendre aimal)les, pour peu qu'ils cherchent à agir sur les affections sympathiques de ceux qui les approchent, qu'ils conservent les apparences du ménagement et du respect pour le principe libre des volontés et des actions qui élèvent à leur niveau des êtres placés au-dessous d'eux dans la hiérarchie conventionnelle de nos sociétés civilisées.

Quant aux êtres faildes, ils ne peuvent qus tendre par une nécessité de leur nature à associer tous les autres êtres à leurs besoins, à leurs plaisirs et à leurs peines, à tous leurs sentiments, à toute cette existence enfin qui a tant besoin d'être soutenue. La nature aussi les a

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doués de toutes les qualités physiques et morales les plus propres à faire naître dans les autres cette tendre sympathie, ces sentiments bienveillants et doux dont ils sont en même temps les objets et les modèles. Telle est surtout cette moitié, la meilleure et la plus intéressante de notre espèce, qui, abaiidouuant aux hommes le terrible droit de dominer par la force et de régner sur la nature 'matérielle, s'est réservé le droit plus doux, plus assuré de régner sur les cœurs, de dominer sur la nature sensible par l'attrait puissant de la plus irrésistible, la plus générale et la plus aimable des sympathies. C'est la femme surtout qui, par un charme secret dont la volonté ne songe pas même à se défendre, sait entraîner doucement ces mêmes actes que la force de l'homme commande et (jue sa tyrannie arrache. Toule l'existence dans la femme se trouve placée sous l'empire des affections et des passions expansives et dont elle-même ressent toute la puissance. C'esf dans son cime aussi que se trouve le type de tous les sentiments les meilleurs, les plus afï'ectueux de la nature humaine : la pitié pour la souffrance, le dévoûment généreux pour le malheur, l'indulgence pour les faiblesses et cette disposition constante d'attendrissement qui console les peines et rend même nos plaisirs plus doux, par cette teinte d'une sorte de mélancolie voluptueuse qu'elles savent y répandre, charme, appui et consolation de toute notre vie. Femmes, il faudrait ne pas avoir été porté dans votre sein, ne pas avoir sucé votre lait, n'avoir jamais goûté aucune de ces jouissances ineffables qu'on trouve près de vous seules, dans les relations intimes de ce commerce familier, celui même <pii est le plus étranger aux sens, pour récuser les droits naturels ([ue vous avez à toutes nos affections, pour

nier les titres de votre prééminence morale, calomnier cette faildesse heureuse qui lui sert de fondement ou vouloir en abuser.

•2" liapports (Ira affections avec les passions sociales.

« L'homme, (ht ce philosophe que je me plais souvent à citer, parce que je sens que mes idées sympatiiisent presque toujours avec les siennes, l'homme dont la constitution est la jdIus heureuse et en même temps la plus rare est celui qui a ses deux vies dans une espèce d'équilibre, dont les deux centres, cérébral et épigastrique, exercent l'un sur l'autre uue égale action, chez qui les passions animent, échauflent, exaltent les phénomènes intellectuels sans en envahir le domaine, et qui trouve dans son jugement un obstacle ([u"il est toujours maître d'opposer à leur impétueuse intluence ».

C'est de ce concours plein et entier des deux sortes de phénomènes atfectifs et intellectuels que se forme le troisième ordre de phénomènes mixtes, qu'on appelle passions dans la langue philosophique ordinaire, et qui diffèrent à la fois des affections immédiates et des idées ou images simples de l'esprit, comme le composé diflere de chacun de ses éléments pris en particulier. C'est aussi de l'ordre alternatif d'influence de ces deux sortes d'éléments ou de la part contributive que prennent tour à tour dans le phénomène composé les facultés ou fonctions respectives des deux vies sensitive ou organique, intellectuelle ou animale, c'est de cette base, dis-je, qu'il faudrait partir, pour disting-uer les diverses passions humaines, les rang-er en classes, ou en espèces, suivant les rapports divers de prédomi-

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nance de telle affection sur la direction des idées ou do telle idée dominante sur la naissance des affections (jui lui correspondent. Je ne puis plus que me borner ici à de simples indications et à quelques exemples [)ropres à faire entendre d "une manière générale, la classilicatiou que j'établis entre les passions humaines.

I" Il y a des passions qui appartiennent proprement au physique, et en partent comme de leur source, y reviennent comme à leur foyer : tels sont tous les instincts, les appétits, les penchants et déterminations* de lOrganisme ou de l'animalité, instincts qui s'expriment et se manifestent par des signes frappants, pris dans le physique même de l'homme, quoiqu'ils soient moins fixes et moins infaillibles sans doute que dans les êtres inférieurs et simples dans la vitalilé, où il n'y a qu'une nature organique et sensitive, seule et sans contrepoids.

Toutes les images ou idées qui s'engendrent d'une telle source ou s'y rapportent ot en dépendent même dans un oi'dro supérieur do progrès, peuvent et doivent être caractérisées comme physiques. La dé^jendance do l'esprit qui se ropait de fantômes, la mobilité et la spontanéité des images, la périodicité de leur réveil alternatif correspondant au retour périodique de certaines fonctions organiques, l'impuissance du vouloir [)our les éloigner ou les distraire, et, dans les cas extrêmes, la nullité de conscience même : tels sont les caractères de la passion proprement dite une ot complète, et, quels que soient alors en résultat les produits de l'automate spirituel, il n'en est pas moins machine, et peut se reconnaître tel, quand il se compare à luimême dans le passage de la passion à l'action.

•i-J 11 y a des passions purement intellectuelles, sentiments proprement dits, que la volonté ne saurait

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directement créer, imiter ou reproduire, mais qui ne naissent jamais qu'à la suite d'un acte ou d'un travail de l'intelligence, ou même de l'influence d'une force supérieure ou extérieure à la nôtre. Nous l'avons vu par le sentiment du beau sensible et intellectuel, du bon et du vrai dans l'intuition des idées, de l'étonnement ou de l'admiration qui saisit l'âme en présence des cliels-d'œuvre de la nature, ou de l'art.

Dans cette exaltation réciproque des facultés de l'esprit et du cœur, on reconnaît bien toute la jDrédominance de l'initiative, qui appartient aux premières. Les sentiments émanés de- cette source se distinguent bien éminemment, surtout par les caractères de persistance et de 2)rofondeur qui leur est propre, ou qu'ils acquièrent dans la réflexion même et la contemplation assidue des idées auxquelles ils se rattachent, et c'est ainsi que la toute-puissance du vouloir a, pour les conserver inaltérables et même pour les produire, une influence médiate^ dérivée de celle qu'elle exerce immèdiateinent sur la production de ces idées mêmes, comme sur la mémoire ou le rappel de leurs signes.

3° Il y a des passions ou des sentiments mixtes et c'est la classe la plus nombreuse, qui tiennent également à deux vies, sans qu'on puisse assigner souvent à laquelle des deux appartient l'initiative ou la prédominance, tant leurs fonctions et leurs produits s'y confondent intimement. Tel est, par exemple, le sentiment mixte de l'amour, où les sens empruntent de l'imagination et l'imagination des sens cet attrait, ce charme indivisil)les répandus sur l'objet aimé où le physique et le moral unis ensemble forment un seul tissu dont on ne peut distinguer la trame.

C'est toujours ainsi dans les points de contact de deux

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vies et dans leur particqîation égale ou commune que se trouvent nos sentiments les plus doux, nos jouissances les plus ineffables. Combien alors d'aflections sympathiques, d'impressions sensibles immédiates et inapcr(;ues en elle-même, réagissent puissamment sur les facultés de Fesprit et combien celles-ci n'exaltent-elles pas à leur tour la sensibilité ?

Dans la classe des sentiments ou passions mixtes dont nous jiarlons, il faut ranger aussi toutes ces passions qui, nées d'un état éventuel des progrès et des institutions de la société où 1 on vit, paraissent bien toutes artificielles dans leur développement et leur complication, quoiqu'elles aient toujours leurs principes et leurs racines, plus ou moins profondes, dans notre nature sensible : telles sont l'ambition, la gloire, l'amour des conquêtes, la soif de l'or, ou l'avarice, etc. Dire que ces passions sont purement artiliciellcs, c'est ])ien reconnaître qu'elles ont leurs premiers mobiles dans l'imagination et rintelligence, dirigées d'un certain côté par l'éducation et le concours fortuit des circonstances de la vie sociale.

Mais il ne paraît pas douteux non j)lus, qu'à telle disposition du tempérament organique et à tel jnode fondamental des afl'cctions immédiates, qui eu résultent, ne corresponde telle passion ou tel sentiment mixte approprié, qui n'attend qu'une occasion pour se développer, mais que toute l'activité de la pensée, toute la force de l'imagination concentrée sur son objet ne sauraient élever au ton d'une passion dominante, sans cette })rédisposition sensitive qui en est le princi2)e naturel.

Il y a plus, c'est que les passions artiliciclles dont il s'agit, ne peuvent s'élever à ce ton persistant, qui les constitue, par aucune cause autre (|ue telle disposition

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analogue de la sensibilité accidentelle d'abord, mais devenue tixe^ permaneiite et transformée par l'habitude en une sorte de tempérament secondaire ou acquis... C'est alors qu'après avoir planté, pour ainsi dire, des racines dans les organes de la vie intérieure, la passion peut finir par subjuguer l'intelligence et entraîner la pensée dans le cercle des mêmes images. Tout semblerait donc rentrer dans les lois fatales de l'organisme.

i° Enfin, il est une sorte de passion purement morale, fondée sur une sorte d'instinct propre à l'être moral et sociable par sa nature, instinct bien irréfléchi sans doute, dans son principe, mais qui, s'alliant à tous les progrès de l'intelligence, étendu, modifié, développé avec elle, ne saurait être suppléé, imité, ni même conçu par elle seule ; c'e«t là que nos idées morales prennent cette forme affective, cette teinte de sentiment qui les caractérise, c'est là que réside le lien invisible qui s'interpose entre les éléments nus de ces idées et les fait communiquer également à l'intuition de l'esprit (1) [ ] contre la sensibilité du cœur; assurément on ne connaît pas la nature de ces idées pour les avoir soumises à la froide analyse cjui sépare et compte leurs éléments ; ainsi le chimiste qui applique ses réactifs à la dissolution des composés organiques ou bruts, n'a aucune prise sur la forme même d'organisation ou d'agrégation qui avait uni ces parties dans le composé naturel.

Le sens moral, qui est la source des passions ou des sentiments et des idées dont nous parlons, peut être caractérisé particulièrement comme sympathique,

(1) Mot illisible. Celle fin de phrase esl inintelligible.

c'est lui qui hors de toutes les causes artificielles, capables de le pervertir, attire constamment l'homme vers Ihomme, les enlace par la chaîne du besoin et du plaisir, rend toutes leurs puissances communes et leur ])onheur naturel sacré ; c'est lui qui fait naître et germer avec toutes les passions douces, expansives, tous les sentiments grands et généreux, ces idées vastes et sublimes qui embrassent les moyens de félicité publique. et particulière, assurent le bien-être de l'individu, l'amélioration et les progrès de l'espèce.

Là aussi se trouve la sanction complète des lois de nature, le sentiment doux et impérieux du devoir, le plaisir pur et céleste qui s'attache toujours à son accomplissement et la peine infaillible qui suit ou accompagne son infraction.

Mais des sujets si beaux et si étendus ne sauraient être traités, comme il convient, dans une question particulière, où ils n'entrent que secondairement et d'une manière accessoire... Je m'arrête par respect autant que par nécessité...

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