‹ uvres de Maine de Biran (volume 3)Chapitre 6 sur 18 · LE MEMOIRE DE L'ACADEMIE DE BERLIN · texte numérisé non relu

LE MEMOIRE DE L'ACADEMIE DE BERLIN

Le 5 octobre 1806, le Moniteur français publiait au nom de la classe de philosophie spéculative de l'Académie de Berlin la question suivante qu'elle proposait pour sujet de prix. « Y a t-il des aperceptions internes immédiates ?

pression du Mémoire sur la décompositiofi de la pensée, comme l'atteste ce projet de contrat.

(( Entre nous soussignés Pierre Maine Biran, membre du Corpslégislatif et de la Légion d'honneur, demeurant présentement à Paris, rue Mazarin, Hôtel Mazarin et Victorine Félicité Lemaire, veuve Courcier, imprimeur-libraire, quai des Augustins, 17, sommes convenus de ce qui suit, savoir :

Moi, Maine Biran, auteur de deux ouvrages dont l'un intitulé Analyse des faits du sens intime, et l'autre, des Rapports de la physiologie avec la connaissance des facultés de l'esprit humain, formant chacun un volume in-8o, cède à Mme veuve Courcier ce acceptant le droit d'une première édition des deux dits ouvrages tirés chacun au nombre de 750 exemplaires, moyennant le prix de 868 francs pour les deux que je reconnais avoir reçu à la date de ce jour, de Mme Courcier, en un mémoire d'impression qu'elle avait avancé pour moi et qu'elle m'a remis acquitté.

Et moi Vve Courcier, m'oblige à faire les frais d'impression desdits ouvrages, tant du papier que de tout ce qui le concerne et à remettre en outre à l'auteur 25 exemplaires de chaque ouvrage, avant la mise en vente. 11 est aussi convenu qu'il ne pourra être fait de nouvelle édition de l'r.n ou de l'autre de ces ouvrages, avant que celle-ci ne soit épuisée.

Fait en double entre nous, à Paris, le 15 août 1811 ».

11 ne fut donné aucune suite à ce dessein, comme le prouve ce second projet qui ne fut pas davantage exécuté.

« Entre les soussignés l*ierre Maine de Biran, membre du Corps législatif et de la Légion dbonneur, demeurant à Paris, rue du Bac, d'une part, et Victorine Félicité Lemaire, Vve Courcier, imprimeur-libraire à Paris, rue du Jardinet 12, d'autre part, a été convenu ce qui suit :

Art. ler. — Le traité fait sans signature le 15 août 1811, entre ledit Maine de Biran et ladite Vve Courciei*, pour l'impression des deux ouvrages y désignés, n'ayant pas reçu son

IXTRODUCTION DE L EDITEUR CXXV

En quoi Taperception interne diffère-t-elle de l'intuition?

Quelle ditTérence y a-t-il entre l'intuition, la sensation et le sentiment '?

Quels sont les rapports de ces actes ou états de l'âme avec les notions et les idées, d

Cette question était précédée d'un exposé de motifs, dans lequel l'Académie de Berlin s'élevait contre la tendance de

exécution, demeure sans effet comme non fait ni avenu, les soussignés renonçant respectivement à son exécution.

Art. 2. — Ledit sieur Maine de Biran a présentement remboursé à ladite Vve Courcier qui le reconnaît les 868 francs que cette dernière avait par ledit traité payé au dit Maine de Biran pour le droit d'une première édition desdits deux ouvi'ages, ainsi qu'il est expliqué audit traité.

Ce payement a été fait par ledit sieur Maine de Biran en deux billets ou bons chacun de 43-4 francs souscrits par ledit sieur Maine de Biran au proflt de ladite Vve Courcier, payables chez M. Dallemague, banquier, rue des deux portes Saint-Sauveur, l'un le ler octobre prochain, l'autre le 31 décembre suivant ». Fait double à Paris, le 10 juillet 1821 .

Lemaire Vve Courcier, II n'y a pas la signature de Maine de Biran.

Quelques jours après avoir écrit ce projet, Maine de Biran adressait à son éditeur de nouvelles propositions.

Paris, le 6 août 1821,

« .l'ai l'honneur de proposer à Mme Vve Courcier le projet d'arrangement suivant :

« M. Courcier ayant retiré des mains du libraire Henrich une certaine quantité de Xeuilles imprimées d'un ouvrage de philosophie S dont il devait être l'éditeur, j'avais fait un double avec ledit M. Courcier, par lequel je m'engageais à lui fournir le reste de l'ouvrage, plus un second ouvrage du même genre, le tout formant deux volumes que M. Courcier se chargeait d'imprimer à -ses frais, en me remettant un certain nombre d'exemplaires sans aucune rétribution pécuniaire, attendu l'avance qu'il avait faite pour acheter les feuilles imprimées par Henrich. Je n'ai point le double sous les yeux, mais je crois qu'il date de 1810.

Les événements arrivés depuis nous ont empêchés Mme Vve Cour-

1 Le mémoire sur la décomposition de la pensée.

certains philosophes, à négliger, dans le problème de l'origine et de la valeur des connaissances humaines, les faits primitifsdu sens interne, et à trop facilement admettre la certitude de certaines formes de nos connaissances; en un mot, à supposer des abstractions à la place des faits primitifs.

« Cette question, dit Maine deBiran, semblait être un appel à l'auteur des deux Mémoires sur l' habitude et la Décomposition de la faculté de penser, récemment couronnés par l'Institut

cier et moi d'effectuer chacun de notre côté l'arrangement convenu.

J'avoue que je n'ai pas eu, pendant plusieurs années, ni le temps,, ni la liberté d'esprit nécessaires pour un ouvrage de cette nature.

Mme Courcier, de son côté, n'en a pas paru pressée et l'on en. conçoit les motifs.

Aujourd'hui il ne serait pas juste de nous rendre réciproquement responsables d'un délai involontaire. Cependant, comme- Mme Courcier avait avancé un capital, je crois juste de la dédommager d'une partie des intérêts et de faire pour ma part le sacrifice du nombre des exemplaires que je m'étais réservé pour la cession des mes manuscrits.

Je suis prêt aujourd'hui à livrer à Mme Vve Courcier l'un de ces manuscrits formant un volume d'environ 300 pages d'impression qui sera intitulé : « Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de f homme, etc. ».

Ce volume sera suivi d'un autre qui contiendra un mémoire de philosophie couronné à l'Académie de Berlin.

Nous pourrions d'abord mettre en vente le premier volume qui forme un ouvrage sépai'é.

Je n'exigerai rien pour la cession de mon manuscrit que je livrei'ai à Mme Courcier en lui payant la moitié des intérêts échus jusqu'à ce jour du capital avancé par feu son mari.

Je pense que ce projet est raisonnable et juste. La première demande de Mme Courcier ne l'était pas, et je ne puis consentir à y adhérer. M. le Comte de Tracy à qui j'en ai parlé l'a jugé comme moi.

Je prie Mme Courcier de me communiquer ses intentions et d'agréer l'assurance du dévouement de son très bumble serviteur

Maine de Biran *.

Nous savons que ce pi'ojet ne fut pas plus exécuté que les projets précédents.

^ Les manuscrits de ces projets viennent du fond Crateloup. Ils. nous ont été communiqués par M. le chanoine Mayjonade.

IXTRODUCTION DE L'ÉDITEUR CXXVII

de France. Je me sentais prêt pour y répondre plus qu'aucun autre ne pouvait l'être. J'aurais pu même me borner à adresser mon dernier 3Iémoire à l'Académie étrangère et elle aurait cru qu'il était composé d'après son programme. J'employai en ell'et pour traiter la nouvelle question les mêmes principes, la même espèce d'analyse et le même fond d'idées que dans mes précédents Mémoires. Je sentis seulement le besoin de transformer mon langage et de modifier le plan de ma dernière composition ; ayant reçu fort tard le programme de Berlin, je n'avais pour ce travail qu'un petit nombre de jours qui me suffirent. » (1)

Dans une lettre à Degérando du 4 avril 1807, Maine de Biran écrit : « J'ai employé quatre semaines pour composer ce Mémoire en me retirant en moi-même, autant qu'il m'a été possible au sein de toutes les nombreuses distractions qui m'environnent. J'attache du prix à ce travail et j'y ai quelque confiance, parce que les idées en ont été miàries et élaborées pendant longtemps, quoique j'en aie eu trop peu pour le rédiger, eu égard à l'étendue de l'ouvrage. » (2)

Dans V Introduction générale aux fondements de la psychologie, il exprime, en ces termes, le motif qui le détermina à prendre part au concours : « Je n'aspirais point au prix, vu que je ne pensais pas le mériter; mon but principal était de soumettre mes opinions philosophiques à une seconde épreuve. Il me parut que si j'obtenais d'une Académie étrangère, oij le plus sage éclectisme dominait sur tout esprit de secte, une marque d'approbation, quelque légère qu'elle fut, j'y pourrais voir une garantie de la vérité de mes principes, et me flatter plus raisonnablement d'avoir trouvé l'élément qui doit rapprocher les divers systèmes de la philosophie, car opposés,dans les points que l'homme ignore et doit toujours ignorer, ces systèmes doivent s'accorder dans ce que nous savons ou pouvons savoir » (.3).

{{) Edition Naville, tome III, p. 343.

(2) La Quinzaine.

(3) Edition Naville, tome I, p. 27.

Ainsi ce que recherche 3Iaine de Biran, dans l'adhésion qu'il espère d'un corps de savants étrangers aux conclusions nJe ses travaux, c'est une sorte d'épreuve ou plutôt de contreépreuve de leur valeur. Il invoque l'autorité de personnes compétentes, capables de vérifier, parleurs propres réflexions, la thèse qu'il soutient ; est-ce qu'il existe un autre critérium de la vérité en philosophie que l'accord de penseurs non prévenus, et d'origine différente?

Le succès dépassa de beaucoup ses espérances (1). Si son

(1) De Tracy prit part au Concours institué par l'Académie de Berlin. Son Mémoire peu étendu (de 30 pages environ, papier ministre) ne paraît pas avoir eu rimportance de celui de Maine de Biran. Il serait intéressant pour nous de le connaître. Il écrit à Maine de Biran le 8 septembre 1806, qu'on en fait une copie qui ]ui est destinée. Cette copie lui est-elle parvenue? On n'en trouve aucune trace dans le fondNaville et dans le fond Savy de Biran de la bibliothèque de l'Institut. Peut-être serait-on plus heureux, en faisant des recherches dans les manuscrits de de Tracy (s'ils subsistent) !

Comment de Tracy accueillit-il le succès de son jeune concurrent, dont il avait été autrefois le juge?. M. de laValette Mombrun dans sa thèse sur Maine de Biran nous le montre « battu et mécontent, déguisant mal son dépit » « Ce que les hommes pardonnent le moins, lit-il encore, c'est d'avoir raison >. Nous ne trouvons aucun -écho de tels sentiments dans les lettres publiées jusqu'à ce jour. Et rien ne nous permet de suspecter la sincérité de de Tracy, lors- -qu'il écrit : « Mon écrit partira tel qu'il est, parce que c'est l'exposé de ma persuasion actuelle et telle qu'elle résulte de mon étude propre. .Mais si vous ne l'adoptez pas, je serai charmé que votre Mémoire soit un factum contradictoire, et s'il est couronné j'aurai une double joie de votre succès et de Tavanrementde la science qui sera constaté par une décision à laquelle je me rendrai, si je suis convaincu, ou sur laquelle je travaillerai de nouveau, si je ne le suis pas ou si l'on juge que tout n'en soit pas dit. Mais ce qui me fait surtoutgrand plaisir, c'est que si on nous goûte, vous ou moi, nous éliminerons en commun bien des choses de cette philosophie étrangère et étrange, dont le renversement me paraît le préliminaire nécessaire à toute saine doctrine. »

Le 14 avril 1807, il lui fait part de sentiments analogues : « Beste à savoiràcelte heure ce que ferala pauvre Académie de discussions philosophiques au milieu du tumulte des armes. Mais dût-

INTRODUCTION DE. L'ÉDITEUR CXXIX

JMémoire n'obtint pas le prix qui fut accordé à un disciple de Schelling, Suabedissen, on lui décerna un accessit, et en contradiction avec son règlement, l'Académie de Berlin voulut qu'une médaille fut offerte à son auteur. Le billet cacheté, contenant son nom, que Maine de Biran avait joint, selon l'usage, à l'envoi de son manuscrit, s'étant perdu, l'Académie invita l'auteur qui l'avait expédié du midi de la France, à se faire connaître, ^l. de Biran se nomma, et reçut quelque temps, après du secrétaire de l'Académie royale, cette lettre extrêmement élogieuse.

« Le Mémoire que vous avez envoyé à l'Académie, méritait selon moi, d'être couronné; il n'a eu que la seconde place et méritait la première. Je me suis félicité d'être un de vos juges, puisque j'ai pu vous admirer avant le public et exprimer hautement mon admiration. Vous jugerez du travail de votre trop heureux rival. Le Mémoire de M. Suabedissen lui fait beaucoup d'honneur; il porte l'empreinte delà méditation, et le style en est simple, précis, lumineux. Mais au fond, ce n'est qu'un exposé clair, complet, de la philosophie qu'on appelle à tort, en Allemagne, la philosophie de la nature, du système de Schelling; il était facile pour un Allemand, défaire

elle les négliger momentanément, vous aurez toujours fait un e.tcellent ouvrage et ces choses-là restent et produisent leur effet un jour ou l'autre.

Dussé-je être bien battu, je m'en réjouis, car sans me vanter, je ne me borne pas à aimer la vérité plus que mes amis ; je l'aime mieux que moi-même, ou plutôt je ne m'aime point du tout, quand je la combats. Aussi cela ne m'arrive jamais, que quand je ne m'en aperçois pas. »

Enfin le 23 janvier 1808, il félicitait son heureux rival de son succès en ces termes : a Je voudrais seulement savoir à quel système il a tenu que vous n'ayez pas les premières voix ; je suis convaincu que c'est à quelques préjugés. Cabanis vous fait mille amitiés. Votre souvenir lui est bien précieux. Il ne l'est pas moins à tous les miens. Pour moi, vous savez si je vous suis tendrement attaché. » (1)

(1) Correspondance inédite de de Tracy à M. de Biran (Fond Naville) {Genève).

M. DE B. III. — i

■ce Mémoire. Dans le vôtre au contraire, il y a une marche neuve et originale. Vous cherchez à résoudre la question par la voie de l'analyse, et cette analyse est aussi ingénieuse que profonde. Vous vous engagez courageusement dans le labyrinthe du moi avec le fil conducteur d'un esprit supérieur; vous vous placez dans le point central, et de là vous en tracez, d'une manière ferme, les sinuosités et vous en signalez les issues. En général ce mémoire rappelle les beaux temps de la philosophie française, les temps des Descartes etdes Malebranche. Voyez, je vous prie, Monsieur, dans ce que j'ai l'honneur de vous dire, l'expression faible mais fidèle de mes sentiments, de vains compliments seraient également indignés de la vérité, de vous et de moi. Quand votre excellent ouvrage aura paru et que je pourrai le relire, je prendrai la liberté de vous exposer quelques doutes et quelques objections avec autant defranchise que j'en mets à vous présenter mon admiration. Quand on cherche sincèrement la vérité, c'est s'accorder que de se combattre.

Ce qui m'étonne surtout et me réjouit, c'est que vous ne partagez pas la manière de penser de la plupart de vos compatriotes, qui, depuis Condillac, ne veulent voir d'autres sources de nos connaissances que l'expérience, ne placent cette expérience que dans les sensations, et s'imaginent qu'en analysant le langage, ils résoudront le problème générateur. L'analyse du langage peut répandre du jour sur le développement de nos facultés et sur la nature de nos représentations, mais elle ne pourra jamais nous servir à découvrir l'origine de nos idées. C'est dans le sens intime, dans la conscience du moi, qu'il faut aller chercher cette source, plus cachée que celle du Nil, et quand on y procède comme vous, on peut se promettre autant et plus de succès que Bruce. » (1)

Malgré l'invitation obligeante qui lui en était faite, Maine de Biran ne se décida pas à publier son Mémoire tel quel. « Cet ouvrage, dit-il (2), me semblait devoir être fondamental et

(1) Fond de la Bibliothèque de l'inslitul.

(2) Mémoire de Berlin (CXXX).

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR CXXXT

je ne voulais pas qu'il parût avant d'avoir reçu le degré de perfection que je pouvais y ajouter. »

Il redemanda son manuscrit qui lui fut envoyé et qui fait actuellement partie du fond Naville de la Bibliothèque de l'Institut. Il comprend 196 pages, grand format. C'est une copie corrigée et annotée par l'auteur, assez longtemps après. Nous savons en effet qu'en 1821, Maine de Biran proposa à la veuve Courcier, imprimeur-libraire, quai des Augustins, de publier le Mémoire couronné à l'Académie de Berlin. C'est à cette occasion qu'il composa^, très probablement, le fragment publié par Cousin dans son troisième volume sous le titre de Mémoire de Berlin, et qui ne pouvait être qu'une introduction, très différente du reste par le fond et la forme du Mémoire antérieur de quinze années. Peut-être est-ce à la même époque que Maine de Biran fit les corrections im.portantes du manuscrit que nous possédons !

Ernest Naville reconnaît que le Mémoire de Berlin reproduit le fond des idées et la marche du Mémoire sur la décomposition de la pensée; mais il en trouve la rédaction extrêmement supérieure sous les rapports de la clarté, de la précision et de la vigueur du style; « l'un de ces écrits, ajoute-t-il, est l'ébauche de l'autre. » (1) Nous sommes d'accord avec lui sur le premier point.

Le simple examen de la table des matières, montre l'identité de fond et de plan des deux Mémoires.

PARTIE PREMIÈRE. — Etat de la question considérée dans diver's systèmes de philosophie spéculative. Discussion des termes dans lesquels elle est proposée. Des moyens que nous pouvons avoir d'en fixer le sens . § 1. — Examen des doctrines philosophiques qui prennent dans un sens abstrait ou général les termes propres des opérations de l'intelli-

(1) Edition Naville, tome III, p. 563.

gence et méconnaissent le caractère des faits primitifs du sens intime 7

§ 2. — Du fondement naturel de la science des principes dans la théorie de Locke. Comment on pourrait y distinguer les caractères et la nature des faits primitifs 25

§ 3. — Des systèmes abstraits de métaphysique

et de leur rapport avec la science des principes 33

§ 4. — Méthode d'après laquelle nous devons procéder dans la recherche des faits primitifs du sens intime. Plan général et division de ce travail 45

PARTIE DEUXIÈME. — Des fondements cC une division réelle des faits primitifs de la nature humaine.

Section phemière. — Division de la sensibilité affective et de la motilité volontaire.

Chapitre premier . — § 1 . — De l'affection élémentaire. Comment on peut déterminer ses caractères et ses signes dans la physique et

le moral de l'homme 57

§ 2. — Divers signes auxquels nous pouvons connaître un état purement affectif 60

Chapitre II. — § 1. — De la puissance d'effort ou de la volonté, origine, fondement et condition primitive d'une aperception immédiate 75

§ 2. — Recherche d'un signe naturel propre à déterminer le caractère du vouloir primitif et le fondement de la personnalité et de l'aperception immédiate 90

§ 3. — Hypothèse sur l'origine de la

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR CXXXIII

personnalité et del'aperception interne immédiate 96

§ 4. — Réponses à quelques considérations subordonnées à la précédente sur l'origine de l'aperception immédiate et le principe de causalité 100

§ 5. — Del'aperception immédiate dans le rapport au sentiment de la coexistence du corps propre et à la circonscription ou à la distinction de ces différentes parties 108

Chapitre III. — Application de ceqidprécède à une analyse ou division des se7ïs externes. Comment on peut en déduire une distinction réelle entre les facultés ou états de l'âme dont on demande la différence. Division des trois systèmes sensitif, perceptif ou intuitif

etaperceptif 119

§ 1. — Système sensitif ou passif . . 122 § 2. — Système perceptif ou intuitif

(mixte) 126

§ 3. — Système aperceptif actif . . 138 § 4. — De l'aperception interne immédiate. Comment elle se fonde sur l'exercice actif de l'ouïe et de la voix, en particulier 149

Chapitre IV. — Du rapport de l'aperception, de [intuition et du sentiment avec les sensations et les idées 157

§ 1. — Système aperceptif intellectuel. 161

§ 2. — Système intuitif intellectuel. . 175

§ 3. — Système sensible intellectuel . 186

De la simple inspection de celte table des matières, il résulte que le Mémoire de Berlin n'est qu'un résumé du Mémoire

sur la décomposition de la pensée. On n'y trouve aucune idée nouvelle; les idées essentielles y sont moins développées que dans le Mémoire de l'Institut de France; la rédaction, plus rapide, en est peut être, par endroits, moins embarrassée, mais elle est moins riche en observations et en analyses, comme en idées générales et en formules. C'est bien plus un résumé rapide et sec du premier, que celui-ci n'est une ébauche de celui-là. Il est vrai qu'en 1821 Maine de Biran songeait à le publier de préférence au second; mais d'une part il y faisait des retouches importantes; en plusieurs pages, il ne reste presque rien du texte primitif; d'autre part, il le faisait précéder d'une Introduction extrêmement étendue. Le fait vraiment regrettable et irréparable, fut la résolution prise en 1806, de suspendre la publication du Mémoire sur la décomposition de la pensée, et par suite, de n'en pas poursuivre et achever la revision et la correction. Tel qu'il est, il nous apparaît comme l'ouvrage le plus important qu'ait écrit Maine de Biran, jusqu'à l'iE'ssat sur les Fondements de la psychologie.

Il faut reconnaître pourtant que l'opinion d'E. Naville sur la supériorité de rédaction du Mémoire de Berlin s'accorde avec la propre opinion de Maine de Biran, qui dès V Introduction aux fondements de la psychologie, le préfère nettement au Mémoire sur la décomposition de la pensée. « Le Mémoire présenté à l'Institut de France sur la Décomposition de la Pensée et celui que j'avais envoyé à V Académie de Berlin, ne devaient pas être imprimés séparément, puisqu'ils contenaient le même fond d'idées, et que, sauf plus de profondeur et de développement dans ce dernier, ils ne différaient que par la forme » (1). Le fait qu'en 1821, liait renoncé à poursuivre l'impression du Mémoire sur la Décomposition de la pensée, qu'il ait conclu un arrangement au sujet de la partie qui avait été imprimée en 1806, et se soit alors décidé à publier le Mémoire de Berlin, constitue assurément un argument des plus sérieux en faveur de la première opinion. Il n'est pas

(I) Edition Naville, tome I, p. 34.

INTRODUCTION DE L'ÉDITEUR CXXXV

impossible de la concilier avec la nôtre. Si l'on part du programme de l'Académie de Berlin, il est bien vrai que le Mémoire sur la déconiposiiion de la pensée, contient déjà tous les éléments de la solution, mais ces éléments ne sont pourtant pas coordonnés dans une réponse appropriée à la question. Maine de Biran n'y traite pas expressément des ditlérencesqui existent entre V aperception interne, Vintuition, la sensation et le sentiment. 11 est hors de doute que sur ce point le Mémoire de Berlin n'apporte des précisions nouvelles, et des développements plus étendus. En ce sens on peut dire que le premier Mémoire n'était que Vébauche du second. La question, mise au concours par l'Institut de France, était plus générale, elle laissait plus de jeu à la pensée de Maine de Biran, qui s'y montre plus libre d'allure. C'est pourquoi la composition en est moins serrée ; mais cette infériorité déforme nous parait très largement compensée par la richesse du fond.

Nous retrouverons dans VEssai sur les fondements de la psychologie., toute la substance du Mémoire de Berlin. « Comme l'ouvrage, dit-il, que j'entreprends, se fonde tout entier sur les termes du programme de l'Académie de Berlin, je m'attacherai d'abord à en préciser le véritable sens, et à indiquer l'objet, le but et les moyens des recherches proposées ». Nous retrouverons aussi dans les Nouvelles considérations sur les rapports du physique et du moral de l'homme, de 1820, toutes les idées développées dans le Mémoire de Copenhague de 18 U. Mais au Mémoire sur la décomposition de la j)ensée, restent attachés la gloire des premières découvertes et le charme incomparable du génie naissant.

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