M. DE H. II
de leurs produits ; elles contribuent également aux divers degrés de manie, de folie, aux visions, aux extases, aux songes, aux effets surprenants du somnambulisme, etc. Tous ces modes se ressemblent en ce que la volonté de l'individu n'y prend aucune part, et qu'il est affecté, poursuivi, entraîné malgré lui par des images attrayantes, tristes ou pénibles. La persistance, l'opiniâtreté de ces images, leur teinte particulière, la force des passions qui s'y joignent, les rapports qu'elles ont avec la satisfaction des besoins naturels ou d'babitude, la périodicité de leur apparition, qui concourt avec le sommeil et le réveil alternatifs des organes de l'appétit, sont autant d'indices qui peuvent nous éclairer sur la nature et le siège de leurs causes productives, ou du moins (et c'est ce qui nous intéresse ici plus particulièrement) sur l'analogie, la correspondance étroite qui lie les opérations propres du sentiment à celles de Viniagi nation.
Terminons ici lareciierche et la longue énumération des données de notre sujet. Nous venons de voir comment l'exercice de la mémoire et de l'imagination dérive immédiatement de la nature même des impressions, ou de la manière dont l'être moteur et sensible perçoit on sent l'action des objets; nous verrons dans la suite comment toutes les ojîérafions, les plus éloignées des sens en apparence, se réfèrent également à l'une ou à l'autre de ces deux sources ; et le mode particulier d'influence que l'habitude exercera sur ces opérations pourra nous indiquer la faculté dont elles dépendent^ et la classe dans laquelle nous devons les ranger : ainsi, tout ce mémoire ne sera, pour ainsi dire, que la continuation des analyses qui précèdent ; il doit servir en même temps à les confirmer, si elles sont exactes.
IN'IROUUCTION 67
La division dr mon travail se tronvc tonte ti-act'c pai' la manière dont j"<Mi ai posé les l)ases.
l^Je rochorchorai d'ahord quelle est l'influence de l'habitude sur la faculté de sentir, ou comment les mêmes sensations (les mr«mes impressions passives) répt'^tées modifient cette faculté.
•2° Quel est l'etlet de la répétition des mêmes mouvements, considérés conmie les .s/r7/i(?.v naturels et premiers des impressions aux([uelles ils concourent, et qu'ils servent à distininier, à fixer, à transformer en perceptions.
3° Comment ces perceptions formées et répétées dans le même ordre, successif ou simultané, s'associant étroitement dans l'orcane cérébral, chacune d'elles devient un signepour l'imagination, acquiert ainsi une capacité représentative, très éloignée de son caractère propre, individuel et détçrmine une foule de jugements (|ui se confondent dans l'impression même parleur rapidité et leur aisance.
La faculté de percevoir se lie immédiatement k l'imagination (considérée dans sa fonction simplement représentative), et l'habitude n'influe sur les opérations des sens, qu'en les faisant concourir avec l'exercice de l'imagination : nous ne séparerons donc point ces effets, mais nous les examinerons dans leurs rapports réciproqties. 4° L'imagination, considérée comme une modification de la sensibilité propre de l'organe cérébral, est soumise à diverses causes internes d'excitation, qui produisent des habitudes particulières plus ou moins persistantes ; et c'est de là que dépendent en partie les passions factices qui tyrannisent notre espèce. Nous tâcherons de reconnaître les etlefs princii)aux de ces habitudes.
Nous réunirons ces quatre sortes de recherches dans une première section, qui comprendra ce que nous appellerons les habitudes passives. En effet, la plupart des opérations dont nous venons de parler se rangent d'elles-mêmes dans la classe que nous avons désignée ainsi, tandis que les autres parviennent très promptement à ce degré de facilité où l'individu n'a absolument aucune conscience de l'action qu'il exerce pour les produire ; d'ailleurs ces opérations, converties en habitudes, ne sont jamais que le produit de la répétition des mêmes circonstances extérieures (1), des actes, des mouvements que l'individu a été déterminé, forcé en quelque sorte d'exécuter sur lui ou hors de lui ; s'il était borné à ces habitudes, il ignorerait sans cesse le pouvoir qu'il a de se modilier, et sa volonté comme son pouvoir seraient circonscrits (par l'habitude même) dans d'étroites limites.
L'activité réelle, prise dans le sens idéologique, ne commence donc qu'avec l'usage des signes volontairement associés aux impressions (ou remarqués par l'individu dans ces impressions mêmes), avec l'intention de communiquer au dehors ou avec sa propre j)ensée. Cette faculté (particulière à l'homme) de convertir ses mouvements ou signes naturels en artificiels, donne lieu par son exercice répété et les divers modes de cet exercice, à une classe d'habitudes qui, ne différant point essentiellement des premières, se transforment néanmoins dans le développement indéfini de notre
(1) C'est là ce qu'on appelle ordinairement coutume. « La cou- « tume, dit-on (voyez cet article dans V Encyclopédie ancienne), n nous rend les objets familiers, Vhabitude nous rend les mouce vements faciles. » Nous prouverons que ces deux effets reviennent au même, et que la distinction est inutile. (C.)
INTRODUCTION fiS
perfectibilité, de maiiirrc ;i pai-aiti'c olx-ii- à des lois particulières. Apr«'S avoir établi le fondcMient de ces habitudes, nous rechercherons dans la seconde section ;qui aura pour titre des haliit iules actives] leurs eilets idéologiques, qui se rallient principalement à l'exercice de la mémoire, dont nous distinguerons dillerentes espèces, suivant la nature des impressions ou des idées associées aux signes, et le mode même de ces associations. Le rappel des idées par leurs signes entraîne les jugements portés sur la valeur de ces derniers, ou sur les rapports des idées mêmes: d'un autre côté, nos jugements se suivent dans l'ordre habituel que la mémoire donne à nos signes ; de là les méthodes ou les formes du raisonnement, qui deviennent pour nous àe% habitudes mécaniques auxquelles nous nous laissons entraîner, comme à des suites familières de mouvements.
Ces diverses habitudes ont plusieurs points de contact avec les erreurs, les préjugés invétérés de toute espèce, comme avec les lumières et le perfectionnement de l'esprit humain ; nous n'avons pas pu nous empêcher d'insister quelquefois sur ce sujet important.
Restreint aux termes précis de la question, ce mémoire eût été plus court et sans doute meilleur ; mais, dans un sujet qui tient à tout, j'ai éprouvé souvent combien il était diflicile de se circonscrire.
Tout imparfait qu'est encore mon travail, j'ai osé le reproduire, non par un sentiment de présomption, mais comme un témoignage du respect et de l'obéissance que je devais aux juges éclairés qui ne dédaignèrent pas d'encourager mes premiers efforts.