M. DE M. II
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n'y a aucun rappor*-; nécessaire entre la manière d'agir d'une cause externe quelconque et son produit sensitif, puisque, la cause restant la même, le produit passe par toutes les nuances de dégradation, jusqu'à son évanouissement complet ; i** que ce dernier effet n'a lieu probablement qu'autant que les forces sensitives, d'abord plus vivement excitées et en quelque sorte cumulées dans un organe par l'application continue de la cause irritante, se remettent successivement dans le même équilibre où elles étaient avant l'impression, comme le fluide électrique, cumulé dans un système solidaire, ne se manifeste qu'alors que son équilibre de répartition est troublé, et demeure inactif ou invisible, dès fju'il s'y trouve rétabli (1).
Tout ce que nous avons dit des sensations continues s'applique de la même manière aux sensations répétées. Lorsqu'une cause d'impression a agi assez longtemps et assez fortement sur un organe, elle en a changé l'état, élevé d'abord le ton relatif ; mais, d'un autre côté, le principe sensitif a élevé les forces du système pour les mettre, pour ainsi dire, au niveau de cette excitation et conserver le même rapport qu'auparavant ; il persiste pendant un certain temps dans cette détermination ; si, pendant qu'elle dure encore, la même cause vient à agir de nouveau, il est évident qu'elle devra produire moins de changement que la première fois, puisqu'elle trouve l'organe et le système montés d'avance, en partie, au ton où elle tend à les porter, et
(1) Cette tendance des machines organisées ('), pour revenir à leur état propre ou habituel, et y persister, est comme la force
(') F.., (Formez) (?) prétend expliquer par un seul et même principe l'origine de tout plaisir sensuel, intellectuel et moral ; il les fait tous consister dans un libre exercice de Vactiviléde l'âme et dans
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({u'clli^ ;iltôr«' par r()ns«''(jiipnt liim iiKiiiis le i-;i|)j)()rt dos forces ; la sensation sera donc moins vive. Plus les i'é[)étitions seront fi'é({iientcs et se succéderont dans de courts intervalles, plus les effets se rapprocheront de ceux de la continuité. Si les intervalles étaient assez longs pour que le système et l'organe fussent revenus à leur état primitif, il est simjile que la sensation réjiétée serait comme nouvelle.
F/hypothèse précédente peut sapplicper en général
irinei-lie «lans In mati«n'e brûle ; et c'est peut-être par ce côté qu'on pourrait le mieux les comparer, s'il v avait quchiue comparaison [lossihle en ce genre. Il me semble que c'est sans aucun fondomenl (pic plusieurs philosophes ont soutenu fjue l'âme (ou le principe substantiOé île nos déterminations et de nos volontés raisonnées) exerçait une activité réelle sur les sensations. « Elle agit, disent-ils. pour retenir et fixer la sensation agréable ». Mais pourquoi la laisset elle donc si promptement flétrir par l'habitude? Pounpioi ne la ravive-t-elle pas dans l'organe émoussé, et d'ailleurs agit-elle de même pour fixer la douleur si persistante ? Il n'y a point dans la sensation pure, de volonté proprement dite, puisqu'il n'y a pas et qu'il n'y a jamais eu (ïpffort perçu. L'action sensitive s'exécute sans conscience, suivant des lois et lies déterminations qui lui sont propres : aussi n'ai-je pas cru pouvoir attribuer rafTaiblissement de nos sensations (comme celui de l'impression d'cfTort) à une diminution de résistance, à une facilité acquise pour les mêmes mouvements volontaires. Les elTets de l'habitude difTèrenl dans les deux cas. sous tant de rapports, que la même explication ou la même hypothèse ne paraît pas pouvoir s'y adapter. (C.)
l'éloignement de tous les obstacles qui nuisent à cet exercice ; mais il est facile de voir que les mêmes causes qui augmentent d'une part celte activité! sensitive diminuent l'activité intellectuelle, et que les deux sortes de plaisir se trouvent souvent opposés, .\insi, c'est bien pour exercer cette première sorte d'activité que certains hommes aiment k boire, 'a faire bonne chère, mais ceux qui cultivent leur intelligence savent bien que plus leur sensibilité se trouve ainsi activée, plus la pensée est disposée à sommeiller, etc. Il n'y a pas la même op[tosilion entre les plaisirs moraux et l'exercice de l'intelligence. (E.)
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à toute impression, toute excitation continue ou répétée dans un organe quelconque ; mais tous les organes n'admettent pas des impressions également continues, ni des excitations également vives ; plus ils sont passifs, dénués de mobilité, ou plus le sentiment y prédcjmine sur le mouvement, plus aussi (et par leur forme même) ils demeurent livrés sans défense à la cause qui les irrite et qui peut y rester constamment appliquée, plus enfin l'efîet sensitif est isolé et s'accomplit sans perturbation ; d'un autre côté, ces mêmes organes passifs ont des sympathies plus étendues, des relations plus étroites avec les centres propres du sentiment ; ils en sont quelquefois eux-mêmes des foyers ; leurs excitations remuent donc tout le système et peuvent modifier ses forces, déterminer son action générale. Ce sera donc aux impressions de ce genre que notre hypothèse sera, plus directement apj)licable ; si l'on se borne à considérer ces impressions sous le premier rapport ou comme passives, elle expliquera très bien les circonstances de' leurs altérations par l'habitude. Sous le second rapport, ou comme excitatives, elle pourra donner la clé de plusieurs autres phénomènes qui concourent avec l'affaiblissement des sensations, et ({ui paraissent d'abord être opposés aux effets ordinaires de l'habitude, comme l'accroissement des ])esoins et la violence des désirs d'un côté, correspondants à l'indifférence de l'autre, la périodicité de ces besoins, et, dans certains cas, l'inaltérabilité des mêmes sensations, malgré leur répétition la plus fréquente, etc. Ces pliénomènes ne sauraient évidemment se raccorder avec les hypothèses mécaniques d'une autjmentation de mobilité ou dune callosité artificielle des parties, hypotlièses qu'on emploie souvent pour
DKs haiîItl:dk>^ passives 85
e.\pli(|ii«M' raflaiblissciiuMit des impressions réprtôes. Exaininoiis succfssivoiiKMit les effets de l'habitude sous ces deux rapports, cesWi-dirc sur les inij)ressions considérées connue passtvrs et comme rxcitatives.
^^ueiles sont les impressiom qui s'altèrent le plus par leur répétition.
II. Il est de fait que nos sensations s'altèrent et s'ell'acent plus tôt et plus complètement, en proportion de la passivité de leurs or.uanes propres. Cette condition est liée à celle de la continuité forcée des impressions, puisqualors la volonté ne peut réagir directement pour les distraire ni pour les suspendre.
Et d'abord les impressions intérieures, pour peu (pi'elles persistent dans le même degré, tendent à se convertir en habitudes du tempérament, et, quoique dans cet état elles continuent à influer sur le sentiment de l'existence qu'elles rendent triste ou pénible, facile ou agréable, elles cessent néanmoins d'être senties en elles-mêmes, mais se perdent et se confondent dans cette multitude d'impressions vagues qui concourent à former ce sentiment intime et habituel de notre existence passive. Un tel eti'et paraît l)ien se rallier à l'équilibre ou à la réaction égale des forces sensitives qui se sont coordonnées entre elles, avec le temps, de manière (pierimpressif)nne continuât pas à trop prédominer sur les autres. Mais nous les considérenms bientôt sous un autre rapport.
Le tact passif, répandu sur toute la surface du corps, s'offre par tous ses points à l'impulsion égale, continuée ou variée, des fluides ambiants ou des corps en
mouvement qui l'excitent, le chatouillent, le piquent etc., sans qu'il puisse réagir pour changer ou suspendre leurs effets ; mais la sensibilité veille sans cesse, elle se met au niveau des causes d'impressions, et les modère et les annule (toujours hors les cas de lésions graves et subites).
L'équilibre dont nous avons parlé, et l'action du principe sensitif pour le rétablir, ne se manifeste plus clairement dans aucun autre genre d'impressions que dans celles qui correspondent aux sensations tactiles, et particulièrement à celles de chaleur ou de froid. On sait avec quelle facilité notre corps s'approprie aux changements des climats et des températures (1), pourvu que le passage ne soit pas trop brusque ; combien les mêmes degrés continués nous deviennent insensibles ; comment la sensation se proportionne toujours au ton actuel de l'organe (en sorte que tel degré nous glace ou nous brille alternativement) ; comment de cet organe elle s'étend de proche en proche, et nous affecte d'autant plus qu'elle se concentre. On sait enfin que le principe sensitif tend à maintenir en nous une clialcur toujours à peu près égale, ce qu'il ne peut faire qu'en élevant ou abaissant successivement notre température, et ramenant l'équilibre intérieur, qui, sans cette action serait troublé à chaque instant.
Les odeurs s'affaiblissent aussi graduellement, et finissent par devenir insensibles. « Mon sachet de fleurs, disait Montaigne, sert d'abord à mon nez ; mais, aj^rès
(1) « L'habitude peut donner à llioninie la faculté de conserver la chaleur qui lui est propre, lorsqu'il passe tout à coup par des états opposés et extrêmes de température de l'atmosphère » (Vovez Barthez, Nouveaux éléments de la science de l'homme).
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que je m'en suis servi liuil Join-s, il nr serf plus (juau nez des assistants ». Les odeurs sont nécessairenieut continues, puisque leur oigane est passif et que la resj)ii'ati<>n ne peut être iiiterronipue. Elles ont d'abord une force excitative sur tout le système qui se monte à leur ton. et cesse bientôt d'en éprouver aucun changement. Sous le rapport de l'appétit, elles ont d'autres effets que nous indiquerons tout à l'heure.
Les saveurs s'émoussent plus par leur répétition que par leur continuité, et toujours à proj)ortion que l'organe est plus passif en les éprouvant. Tel ,i;oùt agréable ou désagréable qui nous a all'ectés dans le principe, par ticulièrement dans une boisson, nous devient bientôt absolument insensible jJar la coutume (excepté les cas où ces saveurs sont nauséabondes). Le goût comme l'odorat (1), s'habitue aux irritants factices les plus forts, et il se paralyse presque sous leur action répé-
(1) Il est remarquable que l'influence de Tliabilude s'exerce princi|ialeinenl sur les sensations produites par l'application iuiniédiatc des parties matérielles sur les membranes muqueuses qui sont aux organes intérieurs ce qu'est la peau aux parties externes. Tout sentiment d'irritation ou de pression résistant au contact du corps étranger et de ses parties s'affaiblit assez promplement, pourvu qu'il n'y ait point de lésion réelle. Ainsi la membrane piluitaire devient insensible aux odeurs, la palatine aux saveurs, l'urétlire à la sonde qui y séjourne, les membranes qui tapissent l'estomac et les intestins aux dilTérentes matières liquides ou solides qui les parcourent, etc. Le sentiment de pression ou de résistance tlans ce cas est entièrement passif, et si la sensation de mouvement était dénuée de volonté, elle disparaîtrait de même entièrement par l'habitude. « Dans la profondeur des organes, dit Bicliat, le contact est toujours uniforme (il ne varie qu'à leur origine) ; la vessie ne connaît que le contact de l'urine, la vésicule ([ue celui de la bile, l'estomac que celui des aliments réduits à une p-He uniforme. L'uniformité de sensation entraine la nullité de perception. Pour percevoir il faut comparer et i-^i deux termes de comparaison manquent. » Cela est vrai
tée, et cependant ces mêmes irritants deviennent des besoins impérieux.
Les sons, considérés comme les impressions passives d'un org-ane dénué de mobilité, peuvent éprouver tout raffail)lissement graduel qui résulte de la répétition et de la continuité dont ils sont particulièrement susceptibles. On éprouve tous les jours qu'il est facile de s'accoutumer à toute espèce de bruits, au point d'y devenir absolument insensible; et ce physique, ce matériel à\x son qui, dans le principe, nous affecte si vivement par lui-même et indépendamment de tout rapport perçu, de tout effet de mélodie, j3erd aussi, par sa fréquence, tout pouvoir excitatif ; mais si Fimpression s'altère ici comme sensation, elle n'est point soumise à la même loi, au même mode d'affaiblissement comme perception ; la force motrice combinée avec la sensitive, en change les résultats simples et fait naître d'autres habitudes. L'impression auditive pourra perdre son attrait, mais l'impression vocale conservera sa distinction.
mais non dans le sens que l'entend Blchat. Les sensations affectives réelles ne dépendent point de comparaisons réfléchies entre un état et un autre, mais elles sont inhérentes à la succession même des états organiques, et s'il n'y avait point de personnalité formée d'ailleurs, il n'y aurait pas d'affection ; c'est là le point délicat où Condillac et Bonnet et après eux tous les métaphysiciens me paraissent avoir erré, faute d'une analyse assez profonde ; comme ils supposent qu'il y a personnalité dans la sim[tle affection, ils veulent qu'il y ait comparaison entre un état affectif et un autre, et que l'intensité même du plaisir et de la douleur résulte de cette comparaison. Bonnet va même jusqu'à dire que la personnalité consiste dans le sentiment du passage d'une modification h l'autre, tandis que ce sentiment suppose évidemment la personnalité. Ils ont voulu absolument trouver toutes les facultés dans la sensation simple, tout expliquer par une force unifjue ; et de là les erreurs (';. (E.)
(') Distinguons ici et dans ce qui précède l'affection simple dfr
DKS H.\I1ITI;dES I'ASSIVKS 8!>
La liiiiiirro irrite dalxtr»! avec une certaine force les libres de la rétine ; la sensibilité mise en Jeu contracte ou dilate la pupille par une action tout à l'ait indépendante de la volonté ; elle élève le ton de l'orpane, le dispose, l'approprie au de.uré du stimulus extérieur, de t«dle manière (pi'il n'est plus aftecté, qu'il ne sent plus l'impression continuée ou répétée de ce même degré.
Si l'œil était immobile, si ses impressions étaient isolées, l'habitude ne dégraderait-elle pas les couleurs, comme elle altère les odeurs, les saveurs, etc.? Il est probable (|ue l'efl'et ne serait point le même ; car les fonctions (hi centre, auquel les couleurs paraissent être particulièrement appropriées, dill'èrent des fonctions purement sensitives (l).
la sensation ou de ce f[ue Locke appelle idée de sensatio/i. Par exemple, dans les sensations de l'odorat et ilu gotît, comme dans certaines douleurs internes, il entre dans l'alTection, indépendamment de l'idée de cause, un jugement qui la rapporte à quelques parties du corps el un sentiment de personnalité qui est lié au jugement, l'un ne pouvant avoir lieu sans l'autre. Or l'habitude tend incessamment ;i convertir nos sensations en alTections simples de bien ou mal être. Une odeur, par exemple, qui n'est plus sentie, n'en affecte pourtant pas moins l'organisation, au point de devenir ime sorte de besoin du système, et, si la cause odorante cesse, l'individu en ressent la privation par le malaise qu'il éprouve. Une affection vive qui absorbe le sentiment du moi peut, en s'affaiblissant, prendre le caractère de la sensation ou s'unir au jugement, comme au contraire la sensation alTaiblie jusqu'à un certain point se transforme en alTection. La même chose a lieu entre la sensation et la [)erce|)tion ; la sensation alTaiblie donne lieu au jugement el à la perce[)tion distincte de cause extérieure ; mais, la réciprociue ne saurait avoir lieu dans ce cas, c'est-à-dire qu'une perception conserve toute sa fixité et ne peut plus descendre au caractère de la sensation. Cela tient à des conditions organiques. (F).)
(1) Il est pourtant un phénomène remarquable qui semblerait prouver (\ue les couleurs sont susceptibles de s'altérer comme les
Quoi qu'il en soit, comme l'action volontaire des divers muscles de Fœil coïncide toujours avec l'excitation nerveuse de la rétine, comme l'organe s'électrise lui-même par ses mouvements, amplifie l'action des rayojis lumineux quand ils sont trop faibles, les modère ou s'y soustrait quand ils l'offensent, le jeu des forces sensitives éprouvera encore ici de puissantes diversions ; les résultats de l'habitude se partageront entre l'affaiblissement d'un côté, la persistance ou les progrès de l'autre.
Ces observations prouvent, ce nie semble, que l'habitude n'altère nos impressions qu'en raison de leur^^o*sivité ; que l'intervention de la force motrice suffit pour faire varier ce résultat en amenant d'autres produits, qui ne sont point soumis à la même loi ni aux mêmes modes de dégradation, et auxquels l'hypotlièse précédente ne saurait être applicable.
Examinons maintenant nos sensations continues ou réjDétées, sous le rapport d'excitatives.
autres sensations, lorsqu'elles sont trop lonylcmps continuées. Lorsque lœil s'est fixé sur une même couleur, pendant un certain temps, et de manière à se fatiguer, s'il se porte ensuite sur un mélange formé de cette couleur et de plusieurs autres, il ne verra plus dans ce mélange la couleur à laquelle il s'était habitué. Je suppose, par exemple, qu'après s'être longtemps fixé sur un bleu vif, l'œil se porte ensuite sur un jaune formé du mélange des rayons verts et bleus, il ne distingue plus qu'une couleur verdàlre. Celte observation, et plusieurs autres du même genre, qui sont consignées dans un excellent mémoire de Buffon, sur les Couleurs accidentelles, me paraissent indiquer (jue si l'œil était fixe, passif, ou sans moyen de se garantir de l'impression continue de la lumière, il n'v aurait guère plus de constance dans les sensations de couleurs que dans celles d'odeurs, de saveurs, etc.
DKs HAiirriji)F>
Comiuen/ /es imprr.ssiotis rxcitativcs (levipnnrnt nccfssaires m s'affaih lissant.
III. Atonie inipressiou oxcitativr du sciitiiiit'iit, correspondent deux effets (jue nous avons déjà distingués, savoir : le changeinent fait dans le ton de l'organe, et rélévation progressive des forces du système, qui tendent à se mettre, pour ainsi dire, au même niveau. Ce dernier etlet doit être d'autant plus nécessaire et plus marqué, que lorgane iri'ité a des comnmnicati<^)ns ou des relations sympatliiques plus étendues, et que l'excitation, d'abord plus vive, a été plus continue ou souvent répétée ; alors, à mesure que la sensation s'aiiaihlit et se dégrade dans l'organe (qui éprouve peut-être déjà un commencement de callosité), le système, ou le centre le plus directement intéressé, n'en demeure pas moins lixé au même ton ; et le principe sensitif en conserve toujours quelcjue détermination plus ou moins persistante ; il agira donc encore lorsque la cause excitative viendra à mancpier : à mesure que le ton de l'organe s'abaisse, il fera une espèce d'effort pour le remonter et lui rendre l'action qu'il en avait reyue ; rinq)uissance de cet effort produira le trouble, le malaise, l'inquiétude, le désir (t). Si pendant ce temps
(1) A ces fiélerminations sensitives inefficaces oorrespon»! nécessairement le malaise, le besoin, et les désirs raf/ues qui en sont inséparables. Le besoin se confond, pour nous, avec la direction de nos l'acullés vers l'objet connu, propre à le satisfaire ou à faire cesser la sensation de malaise. Voilà pounpioi on ne s('pare pas ordinairement les besoins des facilités : ce sont deux termes relatifs qui se sup[)Osent l'un l'autre, ccfiendant on pourrait concevoir un être sentant, intérieurement organisé comme nous, mais dénué de mobilité ; cet être éprouverait des besoins, des
d'agitation intestine, la même cause vient à se renouveler, il y aura un instant de calme, mais la sensibilité ne sera point remplie, puisque ses déterminations sont toujours au-dessus du produit réel affectif, et que l'impression, devenant toujours plus faible en se répétant, ne fait qu'irriter le besoin sans pouvoir le satisfaire. C'est ainsi cjuc l'être habitué aux excitations factices, indifférent dans la jouissance, se sent cruellement tourmenté dans la privation.
Si la cause avait plusieurs fois répété (1) son action dans des intervalles égaux et mesurés, le centre intéressé ne manquerait point de s'éveiller au temps, à l'heure fixée par l'habitude ; nouvelle réaction sur l'organe pour en élever le ton, nouveau malaise, nouveaux désirs. Rien ne prouve mieux, sans doute, l'activité particulière du principe intérieur de nos sensations, que ce réveil et ce sommeil spontanés, alternatifs et pério-
désirs vagues, mais sa volonté ne pourrait naître. Nous commencions et nous finissons ainsi (dans le progrès des âges). Le voluptueux dont les organes deviennent d'autant plus exigeants qu'il les irrite sans cesse, a toujours besoin, désire toujours, et ne sait le plus souvent ce qu'il désire, et son malheur mcMiie naît de ce qu'il ne peut plus vouloir (')• (C.)
(1) Sur les habitudes périodiques, voyez Roussel. (E.)
(') L'ennui provient toujours de l'impuissance que nous éprouvons dans nos habitudes sensitives ou motrices. Toutes les fois que ces habitudes sont contrariées par une cause interne ou externe quelconque, nous éprouvons ce malaise qu'on appelle ennui. Les animaux en sont aussi susceptibles, mais bien moins que l'homme. Cet état passii" n'est pas, comme l'a dit Helvetius, un de nos mobiles et d'activité et de perfectionnement, mais au contraire l'ennui est souvent lui-même un résultat de l'activité contrariée. Un grand homme s'ennuie parce qu'il ne peut pas satisfaire le penchant qui le porte îi faire de grandes choses, mais il ne fait pas de grandes choses, parce qu'il s'ennuie. L'ennui seul ne produit rien de bon. (E).
DES HAIUTUDES l'ASSlVKS 93
(li(|iios (1rs contres sensibles ; iii.iis aussi rien ii«> nie seuihie manifester plus elairciiicnt mie ditlercnce réelle entre le principe de l'instinct, de 1 apj)étit et celui des déterminations raisonnées, tontlées sur l'ex^jériencc ; entre les désirs vagues et la vol on Ir (.[in tend ùun l)ut(l), entre les besoins et les facultés. Tout cela se tient, sans doute, se correspond toujours plus étroitement par les progrès de la vie, mais ne doit pas moins être distingué selon la différence d'origine et l'opposition des résultats, que l'influence même de l'hahitude nous décèle.
Outre les déterminations acquises et corres[)ondantes aux excitations artilicielles répétées, les phénomènes indiquent encore dans les organes internes, ou les centres sensibles, des déterminations naturelles réellement instinctives, et antérieures à l'exercice des sens ; ces déterminations seffectuant spontanément, suivant des lois primordiales de la vitalité, demeurent indépendantes, jusqu'à un certain point, de l'empire de l'habitude. Elles se distinguent même surtout en ce quelles résistent à ses altérations, et conservent aux impressions simples qui leur sont appropriées un attrait toujours nouveau, que la plus fréquente répétition ne saurait flétrir. Ainsi l'estomac appète les aliments qui lui conviennent, les attire en quelque sorte, et pousse vers eux lètre sensible et moteur dont la volonté n'a pas encore eu le temps de naître. Kn vain les impressions de ces aliments excitent frécjuemment les organes du goût et de l'odorat: tant quelles correspondent au besoin de h» nature, elles demeurent inaltéraldes : une
(l)Toul re qu'on l'ait avcr connninsanrp, on 1(> l'ait en const*qiience de sa volonté, dit Bonnet. 11 n'v a donc point de volonté vague, (luoiijii'il y ail des désirs vagues. (E.)
a* ŒUVRKS DE MAINE DE BIRAX
force intérieure et constante rajeunit sans cesse ces organes et les empêche de se blaser : le pain et Teau ont toujours la même saveur pour celui qui attend l'impulsion du besoin, tandis que les appétits factices, capricieux, s'irritent et s'émoussent par l'habitude (1). Cette dernière cause n'agit donc, pour atfaiblir les impressions, qu'autant qu'elle en a seule déterminé la nécessité ; et c'est par cette circonstance notable que nous pouvons reconnaître ses produits.
Les sens particulièrement relatifs à l'appétit ne sont donc point susceptibles, comme les autres, de se perfectionner par l'exercice ; leur mode de culture, c'est en quelque sorte V abstinence ; ils sont toujours assez forts, assez fins, tant qu'ils sont influencés par l'action naturelle et non encore pervertie des centres sensibles av«c lesquels ils sont en rapport. Voyez quelle susceptibilité prend tout à coup l'odorat, à l'époque où le sixième sens se développe! Ils paraissent sortir ensemble de leur engourdissement ; voyez ce sauvage afiPamé éventer le gibier et le suivre à la piste... !
Ce sont les irritations factices répétées (1) qui émous-
(1) La plupart des maladies (pii attaiiuent les fonctions organiques sont iTiarciuées par un accroissement d'activité pendant la nuit, parce que l'habitude, qui assigne cette époque au sommeil, réveille dans le mcme temps la vie organique. (E.)
(1) La même observation s'applique au sentiment du beau moral et au goiit dans les arts ; mais dans tous les cas, il faut bien distinguer le sentiment naturel et bien ordonne du beau et du bon, des goûts faclices de l'habitude. Un goût perverti nous empêche de sentir les bonnes choses, mais en nous rendant les mauvaises nécessah-es, Ihabitude ne saurait les transformer en belles ou bonnes, c'est-à-dire nous donner le sentiment vrai qui est attaché au goût naturel....
L'ennui provient le plus souvent des efforts impuissants que l'ait le principe sensiliC pour maintenir les organes au ton où les
DKS HAItlTUDKS l'ASSlVKS
sont les ori^ancs de ims sensations, pri'\crlissent Irur instinct, soumettent tontes nos fonctions, tous nos l)esoins à l'empire <le l'iiahitude, et étendent ainsi progressivement son altération sur toutes nos jouissances. Kn voilà assez, sans doute, et peut-être trop sur un sujet ([ui parait s'éloi,i;ner, dans plusieurs points, du principal objet de nos recherches ; mais nous avions besoin de bien déterminer l'influence de l'habitude sur les produits immédiats de la sensibilité, et de reconnaître, par le mode de cette influence, par la détiradation et la fug-acité de ses produits, que ce n'est point à cette source que se rallient les progrès de nos facultés perfectibles.
ont mis des causes anlérieiires e( iiahilucllos d'cxcilalion. Lorsque, ces causes venant à mamiucr, le ton sensilii" tend à se rabaisser, cet étal est purement organiiiue et ne provient point, romme on l'a dit, d'aucune comparaison réiléchie entre la situation agréable passée et la présente. Il est vrai que l'ennui emmène souvent de ces comparaisons fjui augmentent la tristesse par les regrets, mais il ne faut pas confondre l'elTct avec la cause. Pascal et beaucoup de moralistes après lui ont vu dans cet étal, où l'être sensitif tend à se remonter et en i-echerche et en appelé tous les moyens, même les plus frivoles, y ont vu, disje, une preuve de notre misère, et cela est vrai, mais lorsqu'ils l'attribuent, au désir que l'homme a de se fuir, aux tourments de sa conscience, ils ont été chercher la cause trop loin et ne l'ont pas vue où elle était. Ils n'ont pas eu assez d'égard aux besoins de notre organisme.
Eu suivant le système de Formez (?) sur l'origine du plaisir et la cause de l'ennui, il faudrait distinguer deux causes de cette disposition, l'une qui tient à l'enifièchement de l'exercice do l'activité sensitive, l'autre à l'empêchement d'exercice de l'activité inlellectuelle. En envisageant ces deux sortes d'activité, j'adopte sa théorie. (E.)
GHAIMTRE II
l/JFLUENCE DE L'HABITUDE SUR LA PERCEPTION (1)
Des perceptions répétées. Comment elles deviennent plus tlistinctes
Si toutes les facultés de Ihoninie étaient réduites à la sensation et à ses divers modes, l'habitude exercerait donc sur elles la plus funeste influence. Hors des besoins naturels, et dans tous les intervalles qui sépareraient leurs paroxysmes, l'être sensitif, ne recevant plus, des impressions accoutumées, cette action stimulante qui fait la vie, demeurerait affaissé dans un état de sommeil ou d'engourdissement ; tout exercice deviendrait pour lui i^rincipe d'altération, et, pour ainsi dire, de mort ; au sein de modifications toujours varialdes, qui fuiraient loin de lui et disparaîtraient sans retour, où seraient, je ne dis pas les occasions et les moyens de perfectibilité, mais même la chaîne comnmne qui unirait les diverses périodes, les divers instants de sa passive existence ?
Quand nous réfléchissons d'un côté au peu de consistance de toutes nos modifications affectives, à la promptitude avec laquelle elles nous échappent, à ce
(1) Ce tilre ne se trouve [)as dans le manuscrit.