M- DR H. II
D'un autre côte, comme la plupart des phénomènes se développent à nos sens dans un ordre successif, c'est principalement sur cet ordre que devront se mouler les habitudes de notre imagination et de nos jugements. Cette classe d'habitudes est donc en même temps la plus nombreuse et la plus facile à reconnaître.
Si plusieurs impressions se sont succédé, un certain nombre de fois, dans un ordre constant et uniforme, l'organe de la pensée aura contracté les déterminations nécessaires pour les reproduire de la même manière, et avec une précision, une régularité, une assurance qui se proportionnent toujours à la fréquence des répétitions. La première impression, ou le premier terme de la série ne pourra donc se reproduire sans que tous les autres se réveillent successivement et dans leur ordre, comme dans une chaîne dont les anneaux, quoique distincts entre eux, sont étroitement unis, l'impulsion communiquée au premier se transmet rapidement jusqu'au dernier de la file.
Si nous supposions que l'impulsion commençât par un des anneaux mitoyens de la chaîne, le mouvement se propagerait également en montant comme en descendant vers les deux extrêmes ; de même si un terme quelconque de la série habituelle d'impressions, vient à se réaliser seul au dehors, il ne manquera pas de réveiller dans l'imagination tous ceux qui l'ont précédé (en rétrogradant jusqu'au premier) comme ceux qui l'ont directement suivi. En considérant un ternie quelconque par rapport à celui qui le suit (ou que l'imagination reproduit toujours immédiatement après lui en vertu de l'halntude), ce terme est dit ou jugé cause (1), et
(1) C'est pour avoir voulu que l'idée de cause et d'effet renlei'-
DKS HAHITUDKS l'ASSlVKS
son suivant est dit on jui;*'* >'lf^f- Ainsi, (jnaiid nons voyons un corps en mouvement, nous imaginons, ou nous supposons tout de suite une cause, c'est-à-dire un autre corps qui a cho({ué celui-là, et nous remontons ainsi de cause en cause jusqu'à la main (pii peut avoir lancé le premier mohile, l'habitude excluant avec opiniàtret«* toute autre cause de mouvement (1) ; de même si nous voyons un corps qui s'avance vers un autre, nous supposons sans hésiter, ou nous réalisons d'avance par la pensée, le mouvement qui va être communiqué
iiiAt une roliition aiilrc que celle d'une succession liabiliielle ou (les conditions expérimentales de cette succession, que l'auteur du Tèmo\<jna(je du sens intime, Lif/nac. a imaginé son système des causes occasionnelles, ([u'il reproduit d'une autre manière que Matcbranche. Suivant lui, il est im^iossible que l'àme meuve les membres, parce (pi'elle ignore le mécanisme des muscles et des nerfs. (E.)
(l)Cet effet de l'habitude est bien prouvé par les efforts qae l'on a laits itour rattacher tous les phénomèmes aux lois du mouvement impulsif (•). (C.)
(') Les Kanlistes considèrent cet effet de l'imagination comme une des formes ou des lois auxquelles est actuellement assujettie notre cognilion, et nient le fondement qu'elle a dans l'expérience. Tout ce qui ne comporte point de chances contraires, est suivant eux, inhérent à notre cognilion et est antérieur à toute expérience, indépendant d'elle. Tels sont ces princi[>es : il n'.v a pas d'elTet sans cause, d'a«lion sans réaction, etc.
Mais pounjuoi ne mettent-ils pas au nombre de ces principes ceux-ci ■? Les graves doivent toujours tendre vers le centre de la terre: le soleil doit aller de l'Orient à l'Occident, car il n'y a point là pour la plu[)art des hommes des chances contraires. Coii>menl celui qui n'aurait jamais agi concevrait-il l'action égale h la réaction, qui n'aurait jamais vu ni louché concevrait-il un hors de moi (?). I>ire comment a lieu l'expérience dans l'homme, en faisant aljslraction de toute condition organique et déduire cette ex|iérience des formes pures des lois de cognilion qui ne sont ([«e le résumé des ex[»ériences premières et constamment répétées... c'est une absurdité. E.)
au dernier, et cet effet, auquel nous sommes préparés par tant de répétitions antécédentes, nous paraît tout simple.
L'iiabitude nous crée des causes dans Yordre des successifs, comme des essences dans celui des coexistants, et ces relations de priorité et de postériorité que nous nommons idées de cause et d'effet, ont tout leur fondement dans les déterminations de l'organe de la pensée assujetti par l'hall tude à retracer nos impressions successives dans le même ordre selon lequel elles se sont constamment reproduites (1).
Fortifiée par une nmltitude d'expériences (2), cette
{\) L'idée de cause nous vieni, dans Toriginc, de l'exercice de nos mouvements, de noire propre action ; ce n'es! qu'en modifiant tout ce qui nous environne, en exerçant notre puissance, que nous pouvons nous considérer comme causes actives. En transportant notre force, (d'abord avec notre volonté, et puis abstraite de la volonté) aux corps qui se meuvent, nous les considérons à leur tour comme o^e/</*', comme doués de forces comme causes (').
(2) Une impression (jui nous a vivement frappés attire en elle comme dans un centre toutes celles qui la suivent ou l'accompagnent, et cette liaison étroite établie dans l'imagination se transforme en un principe de causalité. C'est ainsi que les comètes ont été longtemps considérées comme causes ou comme signes des événements avec lesquels coïncidait leur apparition. 11 faut observer de ne pas confondre les signes avec les causes. Toujours distincts pour les philosophes, ils se confondent toujours pour l'imagination superstitieuse et l'habitude ramène aussi la cause réelle ou apparente à la simple valeur du signe. Le vulgaire qui ne cherche pas à pénétrer les causes ni le comment des phénomènes et qui est bien plus conduit par une imagination superstitieuse que par une curiosité de savoir, ne s'informe point du comment de la liaison, mais de cette liaison même. Aussi ne demande-t-il
(') Nous imaginons dans les corps qui semblent résister au mouvement, je ne sais (luoi d'analogue à la sensation de résistance de nos membres. Cette imagination s'est fortifiée par les habitudes de noire enfance. (E.)
DES HAlilTUUlCS PASSIVES 13.i
haliitiulo acquiert un ascendant irrésistihle, devient le mobile de toute notre conduite, la cause déterminante de nos actions journalières. La succession constante des mêmes phénomènes se trouvant représentée, en eflet, par une suite tîxe et parallèle d'images ou de déterminations persistantes dans le sens intérieur, le premier signe associé suffit pour réaliser d'avance l'enscnihle de ces phénomènes au regard de l'imagination. Fi;ippés de ces tableaux, comme des événements mêmes qu'ils nous annoncent, nous agissons, nous disposons avec sécurité tous nos moyens d'industrie, tantôt pour mettre à profit les influences favorables, tantôt pour détourner les eil'ets pernicieux dos causes ennemies. L'apparition do létoilo do St/rins préparait l'antique Egypte aux débordements fertiles du Nil ; l'ignorant matelot, comme le disciple éclairé de Newton, lit dans les phases de la lune le temps des marées fortes ou faibles : le simple habitant des campagnes juge sans baromètre des variations prochaines de l'atmosphère, et règle tous ses travaux sur l'ordre immuable des révolutions célestes. Tout devient signe dans la nature, parce (jue tout se lie par rhal)itude (1) dans l'organe doué de la
point en voyant un phénomène extraorJinaire connmenl il peut avoir oli' emmené, mais ce qu'il sir/nifie, ce qu'il annonce, i/imagination ne rétrograde point dans lencliainement de l'elTot à la cause, mais se porte en avant pour en chercher ou représenter les suites. Ce dernier progrès est fondé sur la crainte et sur une prévovanco naturelle On a trop confondu la valeur des signes prise de l'imaginalinn avec la notion n'-fléchie de cause ijui se fonde sur un Jugemenl lie l'esprit (N'oyoz Hume). (K.l
(1) Il ne fiiuf pas rapporter à Ihabitude exclusivement ou à la répétition fréquente des mêmes impressions simultanées ou successives, celte association qui s'est faite dans l'imagination il faut avoir égard de plus au degré de vivacité des impressions et à leur rapport avec les dispositions sensilives. Il faut reconnaître aussi un
faculté de percevoir les phénomènes, d'en conserver et reproduire les images...
Mais revenons à notre série d'impressions familières ; nous en avons assimilé les termes aux anneaux contigus d'une chaîne mobile ; et si on supposait en eflet chaque impression représentée par le mouvement correspondant dune fihre du cerveau, on pourrait imaginer un enchaînement quelconque entre ces fibres <h)ut l'habitude resserrerait les liens, rendrait les conmiunications plus intimes, etc. (1).
Dans cette hypothèse, l'action communiquée à la première, ou à l'une quelconque des hbres ainsi liées, se transmettrait rapidement à toutes les autres, et lindividu aurait une suite d'idées ou de représentations intérieures, parallèle et correspondante à Tordre habituel des perceptions qui lui viennent du dehors. Maintenant il peut arriver, ou que ces dernières perceptions se succèdent en effet dans l'ordre accoutumé, comme l'individu les imagine, et pendant qu'il les imagine, ou que cet ordre étant subitement interverti, troublé à l'extérieur, contrarie celui des habitudes du cerveau, ou enfin que ces habitudes aient leur effet libre et spontané, indépendamment de tout signe, de toute provoca-
penehant nalurel (ou du moins résultant du premier développement de nos facultés), qui nous entraîne invisibleinent à chercher partout des causes et au défaut de connaissance des lois de la nature, h nous contenter des plus grossières analogies, des plus légères apparences. (E.)
(1) Ces sortes d'hvpothèses, dont Bonnet a fait un si grand usage, ne sont point destinées à expliquer le comme«^ des faits; mais il faut les considérer comme des symboles conventionnels propres à rendre ces faits eux-mêmes plus sensibles, à les mettre, pour ainsi dire, en relief, et à exposer leur liaison dans un ordre plus méthodique. (C.>
DK.S IIAUITUUKS I'ASSIVKS 135
tii>n t'tiaiiij^ère. Nous exainiiuToiis sinccssivciiM'iit (•hacun «le i«'s trois cas.
1*^ Lors({ue 1rs liln'cs S(»iit disposées au mouvcimMit et luoiitées, jtoui- ainsi dire, au ton d une suite d'ohjets familiers, l'apparition de l'un d'eux suflit seule pcmr retracer tous les autres ; le cerveau devance le sens externe, réa.iiit sur lui, et lui montre, par une sorte de réflexion, bien plus qu'il ne ])erccvrait directement. Chacune des libres ayant donc déjà pris d'elle-même le mouvement que l'action du dehors tendait à lui comnmniqucr, lors(jue cette action viendra à s'ell'ectuer dans l'ortU'e accoutumé, elle apportera peu de changement à l'état de la libre qui, semblable à une corde vii)rante animée, doit éprouver moins de changement par la force qui la frappe dans le sens de ses oscillati(jns actuelles, que par celle (|ui la tirerait du repos absolu (1). S'il
(I) La vue diin beau sile ou celle d'un ouvrage de l'art que nous voyons sans avoir élé prévenu nous alTecle plus la première l'ois qu'il nous frappe, mais si ces objets nous ont été décrits et (]iie nous nous en soyons fait préalablement une image, la première vue nous fera une impression moins agréable (jue la seconde. L'espèce de contrariété (jue nous éprouvons en voyant im objet différent de celui que nous nous étions tlguré, altère notre jouissance. Lorsipie nous le revoyons pour la seconde fois, il n'a plus à la vérité le cliarinc de la nouveauté, cependant, il en conserve assez pour plaire et limaginatiou ne nous annonçant [)lus de beautés cbiméri(|ues ; notre attente n'est pas déçue, (l'révot, p. i^S. tome Ip'!.
Si l'objet est au-dessous de l'image que nous nous en étions faite, il n est |)0inl étonnant que la première vue ne nous trappe point, ou nous fa.si)cune im[)ression désagréable, mais s'il est au-ik'ssus,je ne vois |)oinl pour(|uoi celle première vue nous serait moins agréable que la seconde, à moins qu'on ne fasse consister le plaisir dans la connaissance, qui peut être cm|)écliée, en effet, dans les premiers mouvements de surprise ; mais si la contrariété que nous éprouvons en voyant un objet différent de celui <juc nous nous étions ligure était en diminution de l'agrément que sa première
KUVRES DE MAINE DE lUKAX
y a moins <le changement, l'impression sera donc plus faible ; mais qu'est-ce que cet affaiblissement d'une impression dans le centre cérébral? est-ce une dégradation successive jusqu'à l'entier évanouissement conmie dans la sensation simple? Non, la perception répétée ne se dégrade j)oint, à proprement parler, elle devient seulement plus indifférente^ n'en demeure pas moins également susceptible de distinction ; lorsque l'insouciance de l'habitude la laisse échapper, l'acte volontaire (jui la forma peut encore souvent la retenir, la raviver et lui rendre, sinon son attrait, du moins sa clarté première (1).
Le même mécanisme nous explique donc la promj)titudc, la facilité de succession, de nos perceptions répétées, comme notre indifïérence pour leurs objets. Nous voyons aussi pourquoi tout effet habituel, se trouvant accompli d'avance dans l'hnagination, lorsqu'il se réalise au dehors, n'a plus aucune force pour nous émouvoir et nous surprendre, pourquoi nos sens glissent avec tant de distraction sur la surface des objets familiers {consuetiidine octdorum assuescunt aniyni, neçKe mirantiir neque reqitirunt causas earum reritm qiias semper vident. Cicero. Tuscul.). Qu'y a-t-il en effet
vue peut nous inspirer, il n'y aurait point <lc beau senti dans la nouveauté, point (l'émolion attachée il la première conlemplation car le beau ne nous parait jamais tel et ne nous saisit l'orlement que dans la perception de ce qui surpasse tous les tableaux imaginaires. (E.) (1) Si sentir est la même chose que percevoir, pourquoi ne pouvons-nous pas de même retenir et raviver nos modifications alTectives, lorsque l'habitude les flétrit? l'our([uoi tous les elTorts de Tattention sont-ils impuissants pour l'aire revivre l'odeur du sachet de Montaigne? Cela prouve la difîérence qu'il y a entre les fonctions du centre qui perçoit, et de l'orijane ipii sent. (G.)
DKs HAMrTui)i:>; r^^9 ivi:s 137
(le nom eau. (rintrrcssaiil .i ((tiiiiailn- dans un oWjrl (It'jà \n tant de fois ? Poniciiioi le sens cxtci-nc s'appli- (|n»'iait-il cncoro à le visiter en détail? Où est lo hosoin, loi'S(|ii(' riiuauination mobile a tout embrassé dès le premier avertissement ? Où est le motif, lorscjne l'apatlii(iue inditlerence étoiiil'e toute curiosité ? (l'est ainsi <jue la nature étale vainement à nos yeux accoutumés, ses plus beaux, ses plus imjjosants pbénomènes ; leuiordre de succession est uniforme, leurs gradations bien ménagées ; on est préparé à les voir parce (ju'oii les a toujours vus, et ce f{u'on voit prépare toujoui's à ce qui doit suivre.
Facilité, rapidité, inditlerence, voilà donc les trois résultats concomitants de Ibabitudc, tant ({ue l'ordre perçu demeure parallèle à Tordre imaginé.
2» Mais pendant que l'imagination, avertie parle premier signe extérieur, se bâte de réaliser la séiie accoutumée, avant que l'organe plus lent n'ait pu en saisir les ternies, s'il survient au debors une interruption, un changement dans l'ordre familier ; la libre, la corde animée vibrante se trouve brusquement arrêtée dans ses oscillations : une force puisante tend à lui imprimer des mouvements contraires, son état est changé, sa sensibilité excitée... Selon les degrés d'opposition, la grandeur ou la vivacité des contrastes, le plaisir ou la peine attachés à l'étatantérieur, l'importance de l'ell'et attendu, ou seulement selon l'ancienneté de l'habitude, la rapidité et la force dont elle entraînait les libres dans leurs mouvements (1), l'imagination dans sa jx'nte ; I individu
(1) Cel elTel peiilélre compai'L' <i oeliii ipic nous t''|ii'OiivoDS lorsqu'un organe moteur, élanl dispos».' à soutenir tel deirré de rôsislance acroulumée, la cause habituelle vient k inan<iuer, ou trompe l'efTorl attendu, comme lors.|ue nous Taisons un grand mouve-
sera frappé de surprise (1), crétonnement, d'admiration, de crainte, de terreur ou d'eUroi.
C'est ainsi que tout phénomène nouveau (2), toute susjjension, tout changement dans un ordre qui nous est devenu familier, réveillent notre attention, notre sensi])ilité engourdies par Fliahitude. Si l'ordre constant de la nature (3), si la marche régulière de ces globes qui se balancent dans l'espace, si les produits trop
ment pour un petit effet, etc. Le sentiment de surprise ne peut naître qu'h la suite d'une comparaison entre Veffet et la cause; il a donc la même origine que cette dernière idée; l'être sensitif pouri-ait passer par une suite d'états affectifs, sans éprouver ce que nous appelons surprise. (C.)
(1) La surprise se proportionne toujours aux contrastes ; la force de ce sentiment est relative en partie aU changement produit dans les dispositions des organes des centres sensibles, et en partie à la nouveauté des perceptions ou des idées et à leur opposition avec celles (jue lliabitude a rendues familières. Une personne (jui est disposée à la gaité ou qui a un sentiment heureux de l'existence, reçoit une nouvelle fâcheuse et inopinée. Son émotion est plus forte que si elle eut été disposée à la tristesse. 1.,'habitude du malheur a ses avantages. C'est là un contraste sensitif qui a lieu aussi dans les sensations simples, sans le concours du jugement. La surprise perceptive est seule fondée sur les comparaisons réelles. Il faut distinguer ces deux cas. (E.)
(2) Oiiid non in miraculo est cum |»rimum in notitiam venil ! (C. l'iin. Jlist. Nat.). (C.)
(3) L'ordre nous paraît si simple, il est tellement en accord avec nos habitudes que nous ne l'admirerions pas s'il n'était quelquefois interrompu. De là vient aussi peut-être que la vertu ne reçoit les plus brillants éloges que dans les siècles corrompus. FJle y fait contraste. Les crimes sont les anomalies du monde moral. Heureux les peuples chez (jui la vertu n'est pas plus admirée que cet ordre si régulier et ces belles consonnances de la nature qui frappent pourtant si peu nos regards accoutumés ! Heureux les peuples et les individus qui s'étonnent du vice comme d'un phénomène extraordinaire. La plus funeste disposition est celle où le crime n'étonne plus et où l'on s'attend aux effets de la dépravation comme Ihomme constamment malheureux s'attend aux elfets de sa sinistre étoile. (E.)
UKS HAHITIDES l'ASSIVKS J3Ï
Uiuroruu'S des composés (|Uc' nous souincttous à notro expérience, peuvent refroidir la curiosité, amortir l'ardeur, le besoin de connaître ; des anomalies réelles ou apparentes, dans cet ordre réputé invariable, des faits extraordinaires, des combinaisons imprévues, souvent oli'ertes par d'heureux hasards, viennent rendre le mouvement à lesprit humain, l'arrachent à sa léthariiie, et le poussent encore plus loin dans la carrière indéfinie, ouverte à sa perfectibilité. (Jue de recherches, que de travaux, que de découvertes vont se Fattacherà un seul fait nouveau qui se trouve en opposition avec le système des idées, des habitudes d'un siècle ! c'est toujours plus par ses écarts apparents que par sa marche réi:uliére, que la nature nous invite à l'étudier, et ikjus apprend à la connaître 1 i.
Pour nous émouvoir et nous plaire, il faut toujours aussi nous attirer doucement hors de ce cercle d'impressions trop étroit, trop uniforme, où l'habitude nous retient et nous fixe ; c'est là tout le secret des beauxarts : c'est en ménageant des surprises à nos sens, eu nous créant de nouvelles manières de voir et d'entendre (jne le peintre et le nmsicien nous ravissent. Remarquez surtout avec quel art ce conqjositeur habile sait tromper les habitudes de l'oreille, la transporter dans des modulations inattendues, l'éloigner du repos vers lequel elle gravite, pour lui en faire mieux goûter les douceurs !...
Surprise, émotion plus ou moins vive, lorscpie l'ordre jiereu contrarie l'ordre inuiginé, second eil'et cpii se proportionne à la force et à la persistance des habitudes.
(i) Il V a élonneineiil toules les l'ois que nous ne poiivons raiiporler l'objet qui nous IVajipt' à aucun tiiodole, ompreini d'avanre dans l'imaginalion ou la mémoire. Voy. Smitli. (K.)
140 ŒUVRES DE MAINE DE lURAN
3<* Puisque, dans une série d'impressions familières, l'imagination joue le principal rôle, et que c'est à son jeu dhabitude, plutôt qu'à l'exercice actuel du sens externe, que sont dus tous les effets précédents, ces effets seront donc encore à peu près les mêmes, si en écartant tout signe, toute cause étrangère de provocation, nous supposons que la chaîne des fibres, disposée au mouvement, cifcctue ses déterminations, soit spontanément, soit par une impulsion intestine quelconque. Facilité, tendance invincible, à imaginer les objets dans l'ordre, le rang où ils se sont habituellement succédé, et, en raison même du nombre et de la fréquence de leurs répétitions, difficulté d'isoler les termes les uns des autres, rapidité dans leur succession, qui empêche de les examiner en détail, d'en apprécier le nombre et la qualité ; indifférence qui les soustrait actuellement à l'action de la volonté, mais j3ossibilité subsistante (malgré l'habitude) de rendre à ces produits immédiats de l'activité j)erceptive leur distinction première, si la volonté y est de nouveau déterminée ; oppositions, contrastes entre les suites d'idées habituelles et d'autres moins anciennes ; surprises, émotions, combats, entraînements en sens inverse, où l'habitude a dautant plus de force, que son influence est moins aperçue ; prestiges, illusions de toute espèce... La scène intérieure n'est que la répétition de celle qui se passe au deliors, et l'individu est lui-même son propre théâtre. Nous verrons bientôt connnent l'imagination peut avoir ses habitudes propres et indépendantes de celles du monde extérieur ; mais nous avons l)esoin de considérer encore les deux facultés représentatives et percej)tives, dans leur rapport et leur influence réciproques (1).
(1) Cesl en vertu de ce lien étroil parlociiiel Ihabilude unil nos
DKS IIAltnriJKS PASSIVES 141
Cnnipardison dos i/)i/)r('ssioîis hahifnrlles avec les imai/es. — Jufjmieuts qui en f/ri'ivenf
III. L<)rs({U(> 1 une (les iiiijjicssioiis associres cluiisuin' série ou un ensemble sert de sifiiic à la perception totale, celle-ci, contempl«V comme par réflexion dans le miroir imaginaire, n'attire souvent que l'attention la plus superficielle : rin(li\ idu jelfe sur l'olijrt familier le
impressions, iios senliinents el nos idi-es, el les lail se correspondre, s'influencer perpéluelleinent dar^s la pratique qu'il nj a jioint de délauls, enlioremenl isoles, qu'il n'csl point d'iiabiludcs indifférentes, parce qu'il n'en est pcul-ètrt' aucune qui ne puisse ar(|UL'rir une influence fildieuse. Telle habitude, telle négligence dans nos manières extérieures, nos niouvenienls, notre démarclie. nos gestes, risque souvent de se communi(iuer au caractère individuel de nos sentiments et d'influer sur toute notre existence. Ce mouvement d'habitude devient comme un sif/tie .qui réveille plusieurs modifications intimes auxijuelles il est associé, etc.
Il v a à remarquer sur ce (|u'on appelle dans le monde les bonnes manièi-es ou les manières agréables que pour paraîli-e telles, il faut fju'clles soient devenues comme naturelles, ou que toute gêne, toute apparence de contrainte en soient exclues. Ce naturel du beau monde, n'est que l'arliliciel au plus haut degré, mais presque aussi prompt, inafierçu et irrélléchi ipie l'instinct primitif dont il a ()ris la [dace. Il s'en distingue bien néanmoins dans tout ce qui tient au sentiment et aux passions « l^es personnes (pii jouent quelques passions ou même ([ui se laissent entraîner à des manières, à des tics, fut-ce même ceux que contracte un roi par l'habitude de siéger sur son Irùne, nous inspirent IcM ou lard la pitié ou le mépris. Les passions tranches que nous remar(|nons dans les hommes non corrompus nous dilatent I Ame de [daisir» (Gré'try, tome 'A). Le naturel proprement dit du sentiment réveille en nous le naturel, nous sympathisons avec lui. .\u contraire les manières ou les tics el tous ces airs artificiels, quoicpie devenus par l'habitude une seconde nature, n'ont aucun attrait sym[)alhiijue et plus souvent, ils nous repoussent. C'est l.*! un cachet certain qui peut nous ap[irendre à distinguer le naturel de ce qui ne l'est pas. (K.)
ŒUVRES DE MAINE DK BIRAX
coup d'oeil rapide et léger de l'indifférence et passe outre. Ce coup d'œil, tout léger qu'il est, ne suffit pas moins pour reconnaître l'objet, comme étant le même que celui qui a frappé tant de fois la vue ; or, cette reconnaissance suppose une ou peut-être plusieurs comparaisons infiniment promptes (et l'indifférence même, dans ce cas, suppose le jugement) (1).
Veut-on "s'assurer que ces opérations, quoique inaperçues, existent réellement ? Que Ton imagine quelque changement dans la forme ou la position de l'objet connu : en glissant sur lui avec sa rapidité ordinaire, le sens percevra tou,t de suite le changement, et s'arrêtera dans sa course ; mais le rapport daltérité suppose bien celui d'identité perçu auparavant.
Gomment reconnaissons-nous donc qu'un objet est le même, ou qu'il a changé ? Sur quoi se fonde ce jugement? Gomment nous échappe-t-il dans certains cas, au point de se confondre avec l'impression même ?
Prenons d'abord un exemple on le jugement se décèle par sa lenteur, et nous verrons tout de suite comment il devient insensible par sa rapidité.
Qu'après un long temps d'absence je revoie une figure dont les traits, qui me furent jadis familiers, ont éprouvé, par le temps, de grandes altérations, ce que cette fisrure conserve encore de semblable à elle-même
(1) l'ius il y a d'éloignemerit entre le signe et l'image ou le tableau qu'il réveille, cl plus ce signe est indéterminé, plus son eiïet est sensible. Voilà pourquoi tels sons de la musique qui llattenl indirectement le sens, ont un pouvoir si magique sur l'imagination et la conscience. En considérant les sons comme imitatils, ils parleraient d'une manière trop claire, trop positive, trop facile à l'imaginalion ; ils ne l'électriseraient pas, il laut en dire de même des couleurs, etc. Le principe de limitation n'est donc pas ce qui lait le plus grand charme des beaux-arts. (E.)
DKS HAUITUDKS PASSIVKS
peut servir de signe à nioii iinajiiiiation (1) et yretrarcr l'iniage aiuieniie (2 . A l'instant où cette reproduction a lieu, il s'étaldit un»' comparaison détaillée, et trait pour trait, entre la copie et le modèle, (\m me fait aflirmer ridciilité personnelle de l'individu, cl jii-ci-cn même temj)s de tous les chaniiements qui se sont opérés en lui : c'est bien lui, m'écriai-je ; mais f/nanlum mutatus al) illo ! 11 est bien évident ici que la réininiscencese fonde sur une comparaison réelle entre l'imaiie et l'objet ; il s'y joint aussi des circonstances de lieu, de temps qui, comparées dans le souvenir et dans la perception, donnent un nouveau poids au jugement.
Lorsijue l'objet n'a pas cessé d'être familier, et qu'il n'offre aucune trace sensible d'altération, son identité ne peut être également reconnue que par comparaison ; mais, dans le premier cas, les termes du rapport étaient distincts et séparés ; ils se succédaient avec eiï'ort et lenteur. Ici, l'objet et son image, les accessoires de la
(I) « Les fibres du cerveau conservent longtemps les impressions que le sentiment a produites, et quoiqu'elles semblent éteintes, soyons sans in(iui(''tude : dés qu'un sujet analogue les rappellera, vous serez siir alors i|u'elles ne se représenteront que pour se placer mieux que la première lois, puisque c'est au sentiment qui vous domine qu'elles devront une nouvelle existence que l'on pourrait regarder comme une résurrection. Si je puis me souvenir dans (|uelle situation plijsi([ue ou morale, j'étais en composant un trait de cbant oublié, si par exemple, j'étais à la campagne, travaillant un beau jour d'éti". seul, dans une rbambro, etc , c'est en me transportant en réalité ou en id('-e dans le même aspect que je suis certain de retrouver ce trait (|ue je clienberais en vain dans un autre lieu » ((iréiry, Essai sur la musique). Ce pbénomène psycliologi(|ue est intéressant et mérite d'être expliqué. (E.)
(i) Le nom fie l'objet, quelque circonstance associée de lieu, de tem[ts, tout dans ce cas peut servir de signe à l'iinaginalion, la remet Ire sur la voie de ses anciennes liabitudcs, et ilélerminer le jugement do réminiscence (C.)
m ŒUVRES DE MAIXK DE BIRAN
perception, les circonstances associées dans le souvenir, tendent à se confondre par leur ressemblance, leur proximité et la rapidité extrême de leur succession ; la comparaison sera donc insensible. Ainsi, l'habitude influe sur la réminiscence, comme sur toutes autres opérations qu'elle nous dérobe par leur promptitude et leur facilité croissantes.
Nous pouvons voir, par ce qui précède, la raison pour la(]uelle nous sommes si peu frappés des changements et des altérations qui s'opèrent avec lenteur, soit en nous, soit dans les êtres avec qui nous cheminons de compagnie dans la carrière de l'existence ; c'est que nous prenons toujours pour terme de comparaison, l'image la plus rapprochée, la plus fraîche dans nos souvenirs; aussi n'apercevons nous aucun contraste, et cela nous explique encore notre indifï'érence pour tout ce qui est familier. Au contraire, lorsqu'on revoit après un long temps des objets anciennement connus, ou est bien plus vivement affecté que s'ils étaient tout à fait nouveaux ; c'est que leur reconnaissance se fonde alors sur plusieurs comparaisons très saillantes, qui donnent lieu au déploiement de notre activité ; c'est que l'individu, jiressé par les nombreux souvenirs qui viennent s'intercaler entre deux points éloignés de son existence, cumule sur le même objet toutes les modifications que sa présence réveille. C'est ainsi que le sensible Rousseau s'écriait après trente ans : ]'oi/à <lc la porvenchp l
Au jugement, qui nous fait reconnaître les objets, s'en joint ordinairement un autre qui, soit par habitude, soit par la manière dont il nousaflecte, est encore plus sujet à se confondre avec l'impression même ; je veux parler de ce jugement (d'autres diraient ce sentiment)
DKS HAHITi;i)ES PASSIVKS M'.'i
qui nous lait trouver 1rs oltjcts ln-aux ou laids 1). Les ((ualitrs, (|U(' nous ('.\[)iiuioiis j)ai- «es toiiues, sont eu uénri-al hicu moins i'('lali\<s aux lois [ir(Mui«"'r('scl«' noti'fî sensibilité, (]u aux liahiludfs acijuiscs de noti'e imagination. Sans examiner s'il existe un />^v/// absolu iondé sut" ■ces lois, observons, quant aux babitudes, (juc nos iib'-es de hcautè no sont point, comme on dit, tir<:ln''liiitrs^ mais calquées sur certaines imjjressions cboisics d'abord parmi cidles qui nous sont le plus familières : l'imagination réunit ces idées, en l'orme ditl'érents lii'oupes plus ou moins lixes (2»; lorsqu'un objet vient ensuite
(1) Nous (lisons (lue les objets sont heau.v coinine nous disons qu'ils sont colorés. <iuoii|ue ces expressions usuelles ne doivent s'entendre que de la propriélé qu'ont, les objets d'exciter en nous tel sentiment ou telle impression, il faut toujours un terme fixe sur lecpiel noire imagination puisse se reposer; mais la disjjosilion, 1 ordre, la convenance, le nombre des moyens a[)propriés à ce but exerce airréablement nos lacultés. si bien que ce serait se tromper beaucoup que d attribuer tout le |)laisir que nous éprouvons à ce rapport d'utililé dans le but, qui n'entre dans ce plaisir que comme tei-me éloigné de repos et non i)oinl comme nioiiile.
lions ou mauvais, suivant qu'ils sont conformes aux habiludes ou aux lois de notre sensibilité ou de notre pcrce|)libilité, le bon et le beau ont une influence réciproipie. L'n objet qui Halte nos passions en plaisant à notre esprit, nous en parait plus beau. S'il se joint au jugement qui nous le fait trouver l)oau des ra[qtorts qui iuléressenl nolrcsensibilile.il nous parait meilleur, etc. Voilà pourquoi les beaux-arts, la poésie, la peinture qui réunissent le bon des passions et le beau de l'esprit ont tant d'euq)irc sur nous. (K.)
(2) L'ne modeO nous parait bizarre, ridicule dans sa nouveauté : mais, si elle dure quelque temps, nos yeux s'j habituent, cl elle ne nous affecte plus en aucune manière, parce que la comparaison du type {déjà ancien dans l'imagination) avec les objets join--
(') La mode est si puissante qu'en exagérant le sentiment des convenances naturelles, elle exclue le sentiment des disconvenances \'(tvcz .Smilli. Tlif'iiiii' ries sfii/iini'iifs mnraii.i-, toiuo b'"", 42U). il-:.)
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frapper les sens, il est comparé au groupe, au modèle idéal qui lui correspond, et jugé beau ou laid, selon qu'il a plus de qualités analogues ou contraires à ce modèle (1). L'habitude donne à ces comparaisons, qui sont quelquefois très nombreuses, sa facilité et sa promptitude ordinaires : alors on juge de la beauté comme on sent, comme on goûte une saveur (2). Puisque ce prototype que nous nommons beau idéal,
naliers, est devenue insensible. Les jeunes gens aiment le changement dans les modes, et généralement en tout, parce que la vie de leur cerveau réclame cas contrastes qui laniment: c'est comme le besoin du mouvement. Les vieillards, pour qui comparer, mouvoir, sentir même est une peine, tendent nécessairement à l'uniformité ; la nature les conduit ainsi par degrés à cette uniformité, ce parfait repos de la tombe. (C.)
(1) L'artiste observe les objets, saisit les rapports qui excitent en lui ou dans le plus grand nombre de tels sentiments, et il cherche à les reproduire, il les transporte de la nature dans larl. Il est des arts où le beau et l'utile peuvent se trouver unis comme dans l'architecture. Il en est d'autres où il ne peut exister (ju'un beau relalil' comme dans la peinture et la musique. Les hommes qui songeaient d'abord à se garantir, dans leur cabane, des injures de l'air, n'avaient point assurément aucune idée du beau dans leur construction, mais après avoir pourvu au premier besoin, ils durent chercher les formes les plus agréables k la vue. Or il en est de telles ijui sont fondées sur certaines proportions, et ce sont celles-là que Fart étudie. Il est de ces proportions prises dans la nature ijui remplissent un but d'utilité ; telle est l'observation de la forme des oiseaux aquatiques appliquée à la construction de la carène des vaisseaux. Il en est d'autres qui n'ont de rapport qu'au beau. Telles sont les proportions du tronc d'un arbre majestueux appliquées à l'élévation des colonnes dun édifice. Lorsque l'artiste a trouvé et combiné ensemble les rapports qui donnent à l;i fois le beau et le bon, comme en architecture, la forme la plus agréable, la plus solide ou la plus commode, il a atteint le vi-ai but de son art. (E.)
'2) Nous avons toujours deux sortes de modèles pour juger des produits de l'art ou de ceux de la nature, l'un idéal, modèle de perfection ; l'autre formé des impressions familières. Un objet peut paraître beau, comparé au dernier modèle, quoique très imparfait
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se compose <r.ilM>i(l des impressions de nos sens, il doit varier avec l(»iil ce (pii les occ-asionue, comme les climats, les lieux, les coutumes, les degrés de sensibilité des nations et des individus (1).
Si (pielqnel'ois une sorte d'instinct du beau, du i:rand, du sublime dans t(>us les genres, semble entraîner le génie hors du cercle étroit des objets réels, pour le transporter dans un monde imaginaire dont il crée, ordonne, p<ilit, élabore à son gré les éléments, l'iiabitude le retient encore dans ses excui'sions, conmie par une force centrale : ce sont toujours les nuances du ciel de son pays qui se présentent sous ses pinceaux ; c'est la terre natale qui fournit la matière première dont il construit ses palais encbantés ; cette l>elle nature qu'il concjoit, qu'il parait deviner, n'est encore (jue la copie endjellie de celle qui frappa ses premiers regards, et donna l'impulsion à sa sensibilité naissante (1).
d'après le premier. Observons (juc le modèle abstrait auquel nous rapportons nos idées pour les ranger dans telle classe diffère du modèle sensible qui nous les fait trouver beaux ou laids. Ce flernier est une image ; l'autre une sorte de mesure qui n'a pas d'existence liors du langage. Nos termes de relations (et tous le sont hors les noms [)ropresi comme beau, grand, jeune, vieux, petit, etc., supposent des arcbélvpes gravés dans notre esprit par l'habitude. ' (E.)
(I) (.'est à la vue surtout que s'adresse le beau ; le toucher juge plus du bon ou de lulilc. Le sculpteur grec qui jugeait des formes au toucher ne pouvait guère en apprécier le beau : ce dernier sentiment tient h la surprise que donnent de vastes ensembles, dont les rapports de [)arlies sont saisis siiuullant'ment. Les sens qui ne procèdent que |)ar succession de moiivemenls ne sont donc pas les sens du beau. Tous les arts ont en quebpie sorte leur mélodie et leur harmonie fondées sur la manière naturelle dont procèdent les sens auxquels ils se rapportent. Quoique la vue. comme embrassant naturellement un ensemble, soit un sens iiarmoniiiue, elle
Combien de jugements, d'opérations entrent dans l'exercice de cette fonction de percevoir, qui nous paraît maintenant simple ! Le terme sensation, affecté indistinctement à tous ses produits, est lui-même une preuve pai'lantc de ce que peut l'habitude. ]3our nous cacher le nondjre et l'esjîèce des actes qu'elle dirige. Quoique nous ayons longuement insisté sur ce sujet, nous sommes encore loin, sans doute, d'en avoir misa nu tous les éléments ; mais nous pouvons conclure de ce chapitre et de celui qui précède, que dans l'état actuel de nos facultés, toute perception se compose de jugements d'l)a])itude plus ou moins nombreux ; que ces jugements, ces comparaisons qui nous échappent se fondent sur un même mécanisme : le sens externe donne le premier avertissement, le j^remier signe, le premier terme de raj^port; l'organe intérieur réagissant avec
doit aussi être soumise à des lois de mélodie, dans le passage de telles couleurs, tels groupes, telles formes à tels autres. Ce passage doit être soumis à certaines règles comme le chant. C'est dans l'architecture surtout que cet effet doit êlre sensible. La musique sadresse tout à la fois à l'imagination et aux sens, et dans un degré plus éminent que la peinture : l'architecture et la sculpture s'adressent plus exclusivement aux sens et parlent moins à limaginalion précisément parce que leur langage est plus déterminé. De là il suit que les arts tels que la peinture, et surtout la musique ne produisent point leurs grands eflels, comme arts imitatils ; c'est là la moindre cause du charme qui leur est attaché. Lorsque l'artiste ne vise qu'à l'imitation absolue de quelque objet par les couleurs ou les sons, mieux il réussit, moins il laisse à faire à l'imagination. Le plus grand clfet de l'art consiste à exciter seulement celte faculté en la plaçant dans telle situation sentimentale donnée et puis à lui laisser le choix des couleurs et des figures du tableau. De là il suit que des personnes douées d'une sensibilité délicate peuvent éprouver beaucoup de plaisir à entendre une belle mélodie qui laisse un libre choix à leur imagination, tandis que celles qui ont moins de sensibilité ont besoin d'être excitées et fixées par les sons des paroles. (K.)
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ses (Irtonniiiatidiis ;u(niisf'S, fournit les autres ternies les plus iiillueuts, puis<ju'ils doimeiit à la perception son principal caracti^'re. L'habitude a j)our effet de rapprocher ces termes, de ren(h-e hmr succession infiniment prompte et facile ; alors l'individu, ignorant ce (jui se ]>asse en lui-même, transpoi'te son action, sa force propre à rol)jet résistant, et l'hahille de tout ce dont il se d«'pouille (1).
(1) La manière «loiil le froiît se forme dans les arls comme dans la morale \m\v une suite (l'iinpressions répétées ou eontiniies cl sans le conioiirs apparent du jugement ou <le la rélU-xion esl un des phénomènes les plus remarquables de l'Iiahilude. C'est là (ju'elle domine et que les facultés actives ne peuvent la remplacer. 11 n'est pas besoin de règles ni de raisonnements pour sentir le bon ou le beau dans les arts conuiie en morale, ni pour apprécier le vrai évident, mais le raisonnement comme les règles établies sur les décisions du sentiment servent à justifier les conditions et les motifs (le nos jouissances; en nous en rendant compte la réflexion les double. (R-)