M. DE I'.. II. — H
queinent arrêtée dans une pente que l'hal^itude avait creusée et rendue si facile, elle s'éveille, s'étonne, s'irrite contre une résistance inattendue, et réagit avec toute la force d'un ressort longtemps comprimé ; c'est alors quelle ai^pelle toutes ses impressions, naguère si faibles, si languissantes, leur donne une vie nouvelle, transporte un charme illusoire sur l'objet qui n'est plus, exagère le tal^leau du bonheur passé, pour rendre la j)rivation j)lus cruelle.
Ainsi l'habitude nous cache sous le voile de l'indifférence, la force des liens q^u'elle a tissés ; pour connaître ces liens il faut vouloir leur échapper, il faut les sentir se relâcher, se briser!...
Ces deux êtres, ces deux éj)oux qui ont passé leur vie ensemble, n'éprouvent plus peut-être, l'un pour l'autre, qu'un sentiment bien faible, bien calme ; l'âge, le temps, l'habitude en ont concentré la force expansive ; mais si la cruelle mort vient à rompre ces anciens nœuds, linfortuné qui survit repousse une existence qui n'est plus soutenue, suit le' cercueil qui emporte des cendres chéries, et va bientôt y mêler les siennes (1) !
(1) l/habilude étend son empire sur les affections de tous les êtres sensibles; et les animaux y sont assujctis comme nous, et souvent plus que nous. Ce fidèle ami de l'homme, le chien, accoutumé à servir, à caresser son maître, ne sait plus se passer de lui... Vient-il à le perdre, il le cherche partout avec la plus inquiète agitation, quelquefois ne peut lui survivre, et meurt sur sa tombe. Quel exemple touchant de fidélité et en même temps quelle preuve du pouvoir de l'habitude, le sensible contemplateur de la nature, Bonnet, nous a transmis dans l'histoire de ces deux moineaux du Canada, élevés, nourris et morts ensemble dans la même cage !... Les centres sensibles conservent et retiennent toujours avec plus de force lesdélerminalionsqui leur ont été lentenlent et constamment imprimées. Cette loi doit s'observer encore plus régulièrement dans les animaux dont lorganisation se rapproche de la nôtre.
DKS HAIIITUOE.-* PASSIVES 163
Fatig:ué de la vie nioiiotonc du pays où il est ué, ce jeune inconstant va demander à un autre ciel, à d'autres climats, des imj)ressions nouvelles; mais bientôt il revoit en imagination les lieux où rappellent ses premières lialiitudes ; c'est toujours là que vient errer sa pensée ; rien ne peut lattacher, rien ne peut le distraire ; le malheureux se mine, et succond)e sous le poids de la maladie du pays !
De cond)ien de modifications, de deirrés de force et de persistance, ne sont-elles donc pas susceptibles, ces habitudes de Fimagination et du sentiment, selon que l'objet est réel ou chimérique, nu ou enveloppé de nuages mystérieux, simple ou varié, absent ou présent, libre de tout obstacle ou environné de résistances !...
C'est en ayant égard à de telles différences, dans la nature même des objets ou des idées, que l'on peut concilier ])lusieurs contradictions, et expliquer |)lusieurs anomalies notables dans les effets ordinaires de l'habitude. Mais, pour achever d'éclaircir ce sujet important, voyons encore comment l'imagination peut recevoir une direction fixe ; comment les idées et les sentiments I onservent une vivacité, une énergie inaltérables par suite de certaines dispositions plus ou moins constantes, soit de l'org-ane de la pensée, soit des centres sensibles sur lesquels il réagit, et qui irradient vers lui (1).
parce <[uc leur sensil)ililé éprouve moins (Jppi^rliirl>alions aciidcnlellcs, cl que les modes on sont moins variés. ((". |
(l) Nos senlinienls rélléchis penvcnl se transformer par l'Iiabitude en sentiments directs et c'est là un des elTels les ping remarquables de son influence sur plusieurs passions. On poursuit d'abord un objet non pour lui-mcme, mais comme moyen de parvenir à un but désiré. Hientôt le but est perdu de vue et l'on s'attache au moven, pour lui-même. On commence ;'i étudier pour
II. Indépendamment de toute détermination acquise, l'organe de la pensée tire quelquefois de son propre fonds, des tableaux, des suites, des combinaisons d'idées, qui ne se rallient à aucune espèce de modèle donné par les habitudes des sens, ou celles antérieures, de rimagination.
Ces produits en quelque sorte anomaux, peuvent n'être que des saillies de la sensibilité cérébrale, des lueurs passagères, qui, n'ayant point d'anneau commun avec la chaîne des idées habituelles, n'exerceront aucune influence durable sur l'état de la pensée, ne laisseront après elles aucune trace dans le souvenir. Ainsi un homme à jeun oublie les bons mots que les fumées du vin firent jaillir, la veille, de son cerveau ; les songes les plus attrayants disparaissent au réveil ; et ces idées si brillantes, si exti'aordinaires, produites quelquefois par une exaltation vaporeuse, deviennent absolument étrangères à l'individu rentré dans son état naturel, et sous l'empire de ses habitudes (1).
se rendre recommandable dans le monde, et on finit par s'attacher à l'étude comme mobile attrayant d'activité.
L'ambitieux, Tavare qui recherchent les dignités ou l'or pour les plaisirs qui doivent en résulter, ne voient bientôt plus que les places et l'or; les moyens de s'en procurer deviennent des jouissances réelles et exclusives. J'ai connu un homme qui ramassait de l'argent pour les pauvres et qui finit par devenir avare. (K.)
(1) L'elTel d'une seule impression forte équivaut quelquefois à l'elTi't habituel et réitéré d'une impression faible et durable (Leibnit/.).
On ne doit pourtant jamais compter sur la durée de ces produits d'une sensibilité exallée. Les meilleures dispositions, les plus belles idées peuvent naître subitemeni, dans le cœur ou dans l'esjjrit, mais il faut (pj'elles soient pour ainsi dire ancrées dans le système et qu'elles soient devenues objet de réflexions ou des fonctions intellectuelles pour qu'on puisse compter sur leur stabilité, autre-
DES HAltlTL'DKS PASSIVES
Mais il poiil arrivci- aussi que ces iniaycs fantastiques acijuièreut de la consistance par leur durée, et se transforment en habitudes opiniAtres, dont l'intlucnce s'étendra sur toute la niasse des i<lées acquises, en disjoindra la chaîne et altérera pour jamais le jugement.
Cette transformation des produits de l'exaltation du cerveau en habitudes persistantes peut s'opérer de trois manières pi-incipales ; d'abord par la continuité de la cause quelconfjue, (]ui auit directement, et d'une numiére intime sur l'organe cérébral; en second lieu, par l'association de l'image fantastique avec les objets réels ou les idées ordinaires qui la reproduisent sans cesse en se répétant, et qu'elle altère par son mélange ; en troisième lieu, par les dispositions lixes d'un organe interne ou d'un centre sensible, qui d'abord excité par l'image produite dans le cerveau, réagit h son tour pour l'y entretenir. Parcourons rapidement ces trois cas.
1" L'action spontanée du cerveau ou la cause anomale qui agit dans son sein peut être assez énergique, assez continue, pour imprimer à ses produits toute la force, la durée, la consistance des objets réels ; et alors les perceptions des sens externes, disparaissant devant ces produits, ou s'imprégnant de leurs couleurs, ne sauraient en dévoiler le prestige, en opérer la diversion. Les jugements portés sur l'existence réelle (2) et
nienl cllos sont coiuino îles songes, dos irvcs ijiii s'ôvanonissenl au réveil. (E.)
(1) Les livres de physiologie sont remplis de faits se:i)blables qui inellenl bien souvent on déraiit les lliéories des méta(»li\siciens. (C.)
(â) Il sérail curieux .le l'iiire \oir, dil M. Amillon, qu'au fond la question : s'il v a un univers hors do nous, est la morne que la question : s'il y a des revenants, car si l'univers est une réalité
les rapports de ces images ont une inflexibilité (1) ; les sentiments qui en résultent, une énergie que rien ne
diirérenle de nous el de nos idées, il est très possible que ce que le peuple appelle des revenants et ce que le philosophe appelle un phénomène psychologique ni plus ni moins explicable que tant d'autres soit ansai une réalité, et s'il n'y a point dans ce dernier de réalité, que ne soit sensiblement une image tracée dans noire cerveau, que sa vivacité semble seule animer et projeter hors de moi, qui me prouvera que tous les objets qui m'environnent sont réellement à distance de moi, et ne sont pas simplement un état de mon âme qui dans ce cas croit toujours voir ce que dans le premier cas on croit voir passagèrement, tant il est difficile de vouloir raisonner et analyser encore un fait primitit sur lequel toute métaphyque doit reposer {Mémoire de Berlin, 1801). (E.)
(1) Il est remarquable que les jugements d'habitude motivés sur les impressions qui venaient du dehors, se transportent entièrement (lorsque la l'acuité perceptive est oblitérée) aux images produites l»ar l'action déréglée du cerveau. Ce visionnaire qui croit apercevoir des personnages, des tableaux qui n'existent que dans son imagination, les voit hors de lui à distance sur un plan solide... Celui qui se croit de verre tremble d'être brisé au moindre choc : tout cela est conséquent et se rapporte aux habitudes acquises antérieurement, ou au souvenir de ces habitudes. En comparant nos impressions à nos idées, nous nous sommes toujours aperçu que les premières avaient un degré de vivacité tellement supérieur que les autres en étaient constamment éclipsées. Si donc nos idées viennent h prendre la même force qu'ont ordinairement nos impressions, nous les réaliserons de la même manière; el, par une suite de notre expérience, de nos habitudes, nous rapporterons ces idées, ces modifications, à la résistance extérieure... Un aliéné n'est donc tel que parce qu'il juge confonnément à l'habitude, d'après des idées aussi vives que des impressions. Si l'idéalisme était fondé, nous serions donc tous comme dans un état d'aliénation permanente. On sait que, dans dilférenls cas de manie ou d'aliénation mentale, il n'y a quelquefois (ju'une seide idée dominante et pcrsislanleOr. qni entraîne une suite de jugements bizarres, les autres idées ou jugcmenls conservant leur rectitude ordi-
(') Ce serait un art bien utile que celui d'élever à la puissance dominante d'une idée fixe les principes les plus importants de la morale, de la politique et de la religion naturelle (.Meister, Des Idées fixes). (E.)
DES HAMITUDKS PASSIVES lfi7
peut lialancer, altérer et distraire. Tant que le loyer intéfit^'Ui' seia alimenté par la même «luse, l'Iiahitude n'aura donc aucune espèce d'influence directe sur ses produits; seulemeut elle contribuera bcaïucoup àa^'-graver son action, à l'incorporer davantage au système cérébral et à la rendre plus rebelle aux moyens curatifs, moraux ou physiques, que l'art pourrait lui opposer.
2<* Des idées bizarres (1), singidières peuvent naifre quelqueiois subiteuient dans les tètes les plus saines, par le seul eii'et de l'activité et des dispositions momentanées du cerveau ; ces idées, d'abord peu saillantes, peuvent se mêler, s'associer avec les impressions des
naire : il n'y a donc dans ces cas, qu'une partie de l'organe cérébral qui soit airectée, ou dont le ton soit discordant avec celui des autres. C'est peut-être un surcroît d'énergie sensitivc, une concentration de forces qui isolent, jusqu'à un certain point, les impressions de cette partie, et rendent son jeu indépendant du système auquel elle est liée. Si cette concentration, qui est souvent un efTet de l'habitu le. avait lieu dans un organe éloigné du cerveau, il en résulterait un affaiblissement graduel des impressions de cet organe excentrique, comme il arrive dans les irritations continues; mais, dans le foyer même de la vie. il ne saurait y avoir dalTaiblissement par concentration. Tout est là du ressort de la conscience. (C.)
(1) Il n'est point étonnant qu'on ait trouvé souvent la cause de la manie ou de la folie dans les organes intérieurs ; car c'est sur ces organes que se portent essentiellement les effeLs des passions et de toutes les représentations d'images analogues à nos dispositions sensitives qui sont, à leur tour, si pro[)res à les faire naître et à les fixer. 11 est probable que la dissection montrerait plus souvent dans le cerveau le siège de toutes les aliénations mentales qui proviennent dune contention d'esprit, et dans les organes intérieurs la cause plus fréquente des manies produites par les passions exaltées et soutenues. Les personnes les plus exposées aux maladies mentales sont telles(|ue l'avarice, la superstition ou l'amour dominent et dont les âmes sont livrées hux nmiiveiuents tunuiltucux qui excitent ces passions. (E.)
ŒUVRES DE MAINE DE lURAN
sens ; elles acquerront par là une certaine consistance, prendront place dans les séries ou les combinaisons régulières des jugements, y porteront un germe d'illusions et d'erreurs qui se développant par la répétition fréquente des mêmes opérations ou jugements produira des habitudes d'autant plus opiniâtres, que la source en est moins suspecte et plus cachée dans les profondeurs de l'organisation.
Coni])ien d'erreurs, de mécomptes, de paradoxes, de vaines hypothèses qui ne doivent pas leur naissance et leur ténacité à une autre cause ! Et si le philosophe qui se tient le plus en garde contre ces illusions du sens intérieur ; qui, par la nature des idées dont il s'occupe, doit y être le moins exposé, ne peut pas toujours se flatter que ses jugements habituels en soient tout à fait exempts, que sera-ce de ces imaginations déréglées qui se livrent avec tant de confiance à tous leurs fantômes, repoussent la lumière de l'analyse qui tendrait à les dissiper, se nourrissent uniquement de chimères, et ont enhn accoutumé leur cerveau à cette sorte d'irritations factices, dont nous avons déjà examiné les efi'ets ? Ce sont des visions, produites d'abord par une exaltation passagère, mais ensuite transformées en habitudes par une contemplation assidue ou une répétition fréquente, qui finissent par aliéner entièrement l'imagination de ce dévot qui se croit tel saint envoyé de Dieu, ou Dieu même ; de cette femme qui s'identifie avec telle héroïne de roman; de ce fou d'Athènes qui considère comme sa propriété tous les vaisseaux du Pirée, etc. (1).
(d) On ne peut remédier aux mouvements irréguliers et désordonnés du cerveau, conune aux troubles de l'économie, qu'en
DKS HAlUTIIiEs PASSIVKS 169
On voit donc que si l'activit»'; spontaiitr Ai- \'i>vis:\ue cérébral fournit quelquefois la matière preniieie, en quelque sorte, tles images fantastiques, c'est la préoccupation continuelle, l'attention d'abord volontaire, qu'a pu leur donner l'individu, cVst surtout leur association avec des objets extérieurs, familiers, ([ui leur fournissent souvent l'occasion de se reproduire, (jui les fixent et les incorporent ensuite à la pensée. Aussi un des plus puissants moyens de corriger ces aberrations est-il d'écarter avec soin toutes les impressions sensibles, qui, par une liaison directe ou indirecte, pourraient en ramener les causes, et alimenter, en se répétant, une imagination délirante ; et cela prouve en même temps combien il doit être diflicile de faire diversion à ces images opiniâtres qui se fondent sur un ordi-e de choses s m' nature/...
Nous pourrons observer dans la suite tout ce que la répétition disponible des signes du langage ajoute aux divers produits de l'imagination, que nous avons indiqués dans ce chapitre ; terminons en examinant la part que peuvent y prendre les dispositions des organes internes.
3° Toute inqjression, toute action un peu énergicpie, qui commence dans un organe quelconque, se transmet plus ou moins obscurément aux diverses parties du système, par l'intermédiaire du centi-e (jui leur sert en
0|n'Tanl un j^iand clian;,'eiiicnl dans la inaniéro de vivi(> de ceux nui on sont at(a(iués Cesl ainsi (lu'Ilippoiraloconsoiilail derel'aire totalement les habitudes dans le traitement de l't^pilepsie. Voilà pourquoi les vovages sont si généralemenl utiles contre ce genre d'afTeetions, contre tous les dt'-sordres de l'imagination et les peines morales. Il s'agit d'imprimer aux organes des directions opposées à celles (|u"ils ont coutume do recevoir. (K.)
général de point d'appui, de communication et par où passe, eu quelque sorte, leur résultante. Réciproquement l'action sensitive, qui commen<îe avec un certain degré de force dans le cerveau, se communique, se réfléchit à toutes les parties, et surtout aux centres, aux foyers principaux de sensibilité, qui en contractent et retiennent, d'une manière plus ou moins fixe, des dispositions on des déterminations particulières. C'^st ainsi que toutes les impressions se combinent, s'échangent perpétuellement les unes dans les autres, participent à la même individualité, sont enveloppées dans un commun jugement ; c'est ainsi que toutes les habitudes tant premières et nécessaires que secondes et accidentelles, se fondent, s'étendent et s'afl'ermissent. De là vient aussi sans doute en grande partie, ce qu'on appelle l'action et la réaction du physique sur le moral ( 1 ), c'est-à-dire, des images vives que l'organe de la pensée produit par son activité, ou par suite de ses habitudes, sur les affections et dispositions des organes internes, et de ces dispositions fixes, sur la nature, la vivacité et la durée des images.
On ne saurait guère douter en effet que l'apparition de telles idées ne réveille et ne dispose, d'une certaine
( l ) On se fait, selon moi, une idée faible de celle action, lorsqu'on se borne à la caractériser par des effets que produisent l'imagination et les passions sur les dispositions et les mouvements apparents des organes ; car ce n'est encore là i[u'iine action du physique sur le physique, ha moral consiste uniquement dans la volonté el celle-ci a son siège exclusif dans le centre cérébral. L'action des organes intérieurs sur ce centre et vice versa est la seule dont on doit s'occuper f|uand on parle du moral et du physique.
Pour avoir confondu ces choses très distinctes, des physiologistes tels (]ue Cuvier, onl attribué à la volonté une influence sur les fondions organi(|ufs (]ui n'appartient qu'à l'imagination. (E.)
DKS HAItirUUKS PASSIVES 171
manière, tels or;j;uu<'s iiit«''i'ioups (jui, .igissani à leur tour sur le cerveau, y lavivcnt, y piitrctinmciil l<*s uu'uies idées (1).
(",<'tte réci})n)cité d inihiciicf, et uiriiir la priorité (laclidii des parties ou foyers de scnsibilitr, situt-s lioi-s de l'oruaue céréhral, se manifestent dans tous les appétits, toutes les opérations de Vinslincl; mais lors(]ue nous sommes hors de la nature, <'t sous l'empire des besoins factices, riiiiaiiination, à son toui', devance et prévient l'action organi(|ue qui devait la mettre enjeu, et c'est des habitudes propres de cette faculté que dépend souvent le pli artificiel que reçoit et conserve l'organisation ; ainsi des imatres obscènes, plutôt qu'un besoin pressant d'accomplir le vœu de la nature, déterminent trop souvent, dans une société corrompue, l'irritation précoce et factice du sixième sens : ce centre acquérant une prédominance funeste, par la reproduction fréquente des mêmes images, peut contribuera son tour à les faire naitre, et fomenter ainsi la dépravation physique et morale. Les soucis, l'agitation d'une vie toute artificielle (2), les tourments d'une andjition déme-
(1; On manque et penl-ètre inanfiiiera ton loiijonrs de données et d'observations snflisanU's pour déterminer, dans tous les cas, quelle est la disposition générale, dans les organes internes qui correspond à tel mode, à telle allure de la pensée: ou encore quel est lorgane particulier dont l'action fait nailre tel genre d'idées; mais celte correspondance est une vérité de sentiment pour tout homme <pii sait observer lui même, surtout lorsfpi'il est doué dune contiliilion délicate. Je n'ai pas besoin de nommer le philosophe dont jai emprunté dans cet article les idées, et quelquefois peut être les expressions, mais j'ose dire que ces idées mêlaient devenues pro[>res de|)uis longtemps, et m'avaienl été suggérées par ma constitution même. <|uoique je n'eusse pas su les développer, ni peut-être me les éclaircir [lariaitemenl moi-même. (C.)
(2) Les passions arlidcielles, telles que l'ambition, l'avarice, finissent ainsi par se rapjuocher par la force de l'habitude des
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surée, les terreurs vaines de la superstition, la soif dévorante et inextinguible de Tavarice, etc. se fondent d'abord sur certaines perspectives idéales que l'imag-ination captivée ne se lasse point de contempler ; mais la contention, et tel mode de contention habituelle du cerveau, excite sympathiquement l'action des centres sensibles avec lesquels il se met en rapport, trouble l'ordre naturel de leurs fonctions, y détermine un état durable de resserrement, de spasme, y fait naître des congestions, etc. Ces dispositions, amenées parles habitudes de l'imagination, devenant causes à leur tour (1), influent puissamment sur les facultés de la pensée, impriment une force, une direction, une teinte uniformes à tous ses produits. Telle est, sans doute, une des
appétits de riiibiincl : le mécanisme de ces passions s'identifie en effet avec celui des appétits premiers, lorsque le cerveau, siège des phénomènes intellectuels, qui était d'abord un centre d'action, est devenu un centre de réaction sjnipalhique et que la sympathie, d'abord passion des organes intérieurs est devenue rtc//re. le cerveau devenant passif à son tour: c'est la l'elfet le plus saillant de l'habitude sur les passions. (K.)
(1) Les viscères qui servent à satisfaire une passion acquièrent de l'énergie par leur irritation habituelle et filtrent une plus grande quantité de leur humeur sécrétoire. Chez le gourmand, par exemple, les sucs nécessaires à la digestion deviennent plus abondants et plus actifs, et font naître l'appétit, déterminant l'imagination à se représenter les objets analogues, elc Chaque passion porte sans doute sur un organe intérieur particulier et en influant sur ses fonctions occasionne un changement non seulement dans la quantité des sucs, que cet organe filtre, mais peut-être encore dans leur qualité, comme on a vu, par exemple, la colère exalter tellement les fiuides animaux que la morsure communiquait la rage. Ceux qui ont été mordus par les animaux enragés [trennent leur instinct. Il paraîtrait donc que dans les passions l'influence de l'imagination et tel mode de celte influence peut donner une qualité |)articulière aux fluides animaux qui excitent ii leur tour les organes. (K.)
1>KS HAIflTi;i)KS PASSIVKS 1(3
causes principales de réiici-itic croissante, de la jx-rsistance et de l'inaltéral)ilife des idées ([ui \nu{ se rallier à qu(d(pie Dassion dominante. Ainsi lliabitude, (|ni flétrit l'imagination et paralyse le sentiment, dans l'action continue ou répétée des mêmes causes extei'nes, ne peut rien (sous ce rapport) sur les produits immédiats d'un mécanisme intérieur, qui se fortifie pai* sa duit'e même, rirest/ue acquirit eunda.
En comparant donc les idées, les penchants, les habitudes qui naissent de ces deux genres de causes, savoir, de l'action répétée des sens externes, ou de l'expérience et de la volonté réfléchie d'une part, de l'activité du cerveau propre et spontanée, et surtout mise en jeu par les dispositions fixes des organes internes, de l'autre, on reconnaît bien, par l'énergie et la durée des eilets, la prépondérance de ces dernières causes. Et comment pouvoir se refuser à l'ensemble et à la multitude des preuves qui les manifestent sans cesse au sens intime même? Qu'est-ce qui détermine ces modes si variables que nous éprouvons dans le sentiment de notre existence, dans l'action et Vallure de toutes nos facultés, à différentes époques, différentes saisons de l'année, souvent à chaque heure du jour? D'où vient que nos habitudes intellectuelles, formées avec tant de peine et de lenteur, demeurent quelquefois tout à coup sans effet? ()nv signifient ces penchants, ces idées opiniAtres, qui s'emparent an contraire subitennMit de toute notre imagination, persistent malgré la volonté, et usur[)ent la place des plus anciennes habitudes? Pounjuoi un état analogue de l'organisation, revenant à des périodes de la vie correspondantes, rend-il la fraîcheur de la nouveauté à d'anciennes idées (jue l'on n<' cherchait plus, et ravive-t-il des habitudes «pie l'on croyait effacées?
174 ŒUVRES DE MAIKE DE BERAN
Pourquoi une certaine inertie dans l'organe de la pensée, une disposition à suivre opiniâtrement le même système d'idées, coïncident-elles toujours avec les dispositions d'autres organes pour retenir et fixer en eux les impressions qui leur viennent de causes accidentelles, ou qui sont inhérentes à leur vitalité, ces habitudes, par exemple, si tenaces dans la vieillesse, ces affections si mobiles dans l'enfance, etc., etc. ?
Ces faits (et une multitude d'autres auxquels je renonce) sont si frappants, ils ont des points de contact si intimes avec toutes les habitudes de la pensée en général, forment enfin une branche si importante de leur histoire que j'ai cru pouvoir me permettre, en leur faveur, cette espèce de digression, si c'en est une. Je rentre maintenant dans la recherche des phénomènes jîurement idéologiques et des habitudes actives^ qui se rallient à l'usage des signes artificiels (1).
(1) Appendice sur les affections ou passions habituelles et sur le régime moral qui peut rendre l'homme plus heureux (voyez Bacon : historia vilœ et mortU, article M), d'une manière analogue à ces qualités, et font naître des goûts, des penchants, des instincts particuliers, et impriment à l'imagination une tournure indépendanle et opiniâtre. C'est là une considération qui ne doit pas être négligée, dans l'examen de l'action réciproque du physique et du moral.
Ce que nous avons dit des habitudes de l'imagination prouve que l'exercice de cette faculté, presque purement sensitive, est opposé à l'exercice des facultés intellectuelles proprement dites. Car autant les passions vives et l'excitation des organes inférieurs favorisent la première, autant elles nuisent à l'autre. L'orateur, le poète, le peintre ont besoin de se passionner. Celui qui raisonne ou perçoit des rapports a besoin de conserver le calme et le sang froid ; tout ici pîu'tdu centre cérébral.
Il faut observer sur les habitudes de l'organe intellectuel que la • lifliculté do concevoir certaines idées et leurs rapports est moins dans la nature et la complexitéde ces rapporlsque dans le défaut d'habitudes organiques du cerveau. On éprouve tous les jours cet
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oiTel, en roinmençani par oxein[)lo, à s'or'ciipci' (l'un cerlain svslèiiio d'idées avec Icciuel on a ressé d'ôlre raniilicr, on sent une inertie partiniliére pour lo;,'er en soi ces iilécs ; le cerveau les repousse coniuie Tesloniac rehule cerlains aliments. Mais après un certain temps d'exercii;o, l'organe inicllecliiel s'écliaulTc ; les mêmes iilées sont saisies avec l'acililé et une certaine aviditr-, et c'est seulement dans celte disi)osilion organi(juc <iue les rapports qui échappaient auparavant, malgré leur extrême simplicité, sont facilement conçues pour l'intelligence. (K.)
M. Du Trocheldans une lliéorie de Ihabitude rpii s'iMoigne très peu de mes principes établit comuie conclusion de son ouvrage, ces deux résultats : lo l'habitude des excitants consiste dans l'établissement d'une sorte d'équilibre ou de rapport d'égalité entre la sensibilité et la nature ou le degré d'énergie des causes excitantes. Ce principe revient à ma théorie des sensations ou alTeclions répétées. 11 explique l'afTaiblissemcnt des impressions par l'habitude, mais non le [thénomène de la nécessité du retour périodiipie de ces impressions alVaiblies : 2'^ riiabiludc des actes consiste dans rétablissement d'une sorte d'équilibre ou rapport d'égalité entre les moyens d'artion daV économie vivante et la nature ou l'énergie des causes qui peuvent mettre obstacle à la facile exécution des actes. Cela explique comment les actes ou mouvements répétés deviennent plus faciles, plus prompts et plus précis, mais non pas comment les résultats perceptifs ou intellectuels se distinguent et se perfectionnent.
En énonçant comme une loi générale que Véconomie vivante tend naturellement et spontanément à se modifier pour se mettre en équilibre ou en rapport d'égalité avec toutes les causes qui agissent sur elle, on laisse de côté les lois hyperorganirpies suivant lesquelles le moi apprend à modifier et l'action des causes externes et son organisation même, ou à s'affranchir jusqu'à un certain point de leur empire, à se faire des lois indé[)endanles (]u'il s'habitue à suivre, etc. (E.)