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sur les objets familiers. Puisqu'il a fait l'épreuve du pouvoir des signes pour rappeler et fixer plusieurs impressions qui lui échappaient, comment ne tenterait-il pas surtout de soumettre au même pouvoir ces sensations, ces modifications afi'ectives, qui fuient si vite et qu'il serait si heureux de retenir, de raviver à son gré ?
Il a donc (et de très bonne heure sans doute) des signes expressifs des diverses sensations qu'il peut éprouver dans ses organes, et, en général, du plaisir, du bien-être, de la volupté ; il en a aussi pour la douleur, le mal-être, etc. Toute nuance un peu tranchée du sentiment peut avoir un nom distinct dans sa mémoire ; mais ce n'est pas tout d'avoir le nom, il faut que son association avec la chose signifiée soit tellement fixe, qu'il ne puisse s'en séparer dans le rappel, et que le même acte volontaire, qui s'exerce directement sur le signe, i:)uisse faire revivre l'image dans le cerveau, ou l'impression affaiblie dans l'organe ; sans cela il ne reste qu'un son vide, un simple mouvement. Mais, pour que l'association ait pu d'abord se former de cette manière intime, et amener par suite de tels résultats, il faut, comme nous l'avons observé déjà, que la force motrice se soit également et simultanément déployée sur les deux termes ; que l'impression et le signe aient été embrassés dans une attention [active) commune. Or, ici la nature de choses exclut cette égalité, cette liberté d'attention ; et les mêmes causes organiques, qui privent la sensation de signes premiers volontaires, l'empêcheront encore de s'associer régulièrement avec les signes artificiels ï-éunis.
En elTet, la modification afiective, actuelle, a-t-elle un certain degré de vivacité? Comment songer ou
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va(juor librement à l'opération (|ui doit la noter on la circonsc l'ire? Dst-elle faible et indiiléi-ente ? elle disparaît, et se perd dans l'acte niCnie qui tend à la fixer. Après que la sensation n'est plus, certaines circonstances accessoires etpercrp/ift/es, par elles-mêmes, jiourront, il est vrai, en réveiller le souvcnii : l'individu, saisissant cette réminiscence j)lus ou moins confuse, lui donnera-t-il un sii^ue? Mais alors cpie fera-t-il de plus qu'augmenter le nombre des accessoires préexistants, sur lesquels se fondait déjà la réminiscence, et la fortifier par un signe nouveau ? signe disponihle à la vérité, et qui servira (comme un monument que l'on visite k volonté) à lui attester qu'il a été modifié dans telle occasion, dans telles circonstances qu'il se représente, mais sans pouvoir réveiller rien de semblable à la modification passée, encore moins en reproduire Vidée.
Cependant il peut arriver que, dans certaines dispositions physiques, le rappel du signe associé excite dans les organes une sorte de frémissement, produise même une sorte d'effet électrique sur tout le système ; ce n'est point encore là une idée de sensation, mais une atl'cction très réelle, présente, sur le renouvellement «le laquelle le signe n'aura jamais un pouvoir direct et constant (1).
(1) Cesl ici une affection sympa(lii«[iic du genre de celles U-ès communes «pii déterminenl l'action du cerveau par une irradiation organique et réciproquement. Les actions et réactions synipalliiqucs ne sont pas toujours réciitroques, ainsi la sensation du besoin réveille bien l'idée de l'objet perceptible propre à la salis- Taire, mais l'idée ne réveille pas la sensation. 1/impression d'une odeur de rose réveille aussi l'idée de sa couleur et de sa forme, mais la vue seule ne réveille pas l'odeur, et cela est une preuve que les sensations ne l'ont ipiexciter syni[tatliii|uemenl le cerveau, les perceptions cl les idées étant des produits directs et liomogènes do son activité. (E.)
La fonction des signes associés à des sentiments, ou des modifications affectives quelconques, sera donc ou nulle, ou excitative, et, sous ce dernier rapport, toujours variable et indéterminée ; elle difierera donc bien essentiellement de la fonction représentative, dont nous avons parlé en premier lieu : cependant, si l'individu ne réfléchissait pas, il se sentirait incessamment porté à les confondre ; l'habitude lui ferait étendre, sans qu'il s'en aperçût, le pouvoir de ses premières associations réelles, à tout ce qu'il aurait pu, dans la suite, revêtir de signes ; et il croirait fermement avoir des idées, toutes les fois qu'il trouverait des mots dans sa mémoire. Cette illusion dominerait surtout la pensée, lorsque les noms se rattacheraient à des idées vraiment archétypes, à des concepts purement imaginaires, à des êtres fantastiques, mystérieux, moteurs de craintes ou d'espérances, etc. Mais n'anticipons pas sur ce que nous devons dire ailleurs, et ne poussons pas plus loin une fiction qui, invraisemblable dans le fond, ne nous en a pas moins fourni des résultats directement applica])les aux premières habitudes de notre langage.
Résumons-les ici en peu de mots, et concluons : 1" Que les signes articulés, secondairement associés avec les perceptions, remplacent les mouvements premiers, devenus insensibles par leur répétition continuelle, renouvellent l'activité de conscience, perdue ou voilée par l'effet de l'habitude, approprient les impressions à la faculté motrice du rappel, et les font passer du domaine de ï imaginât ion sous celui de la méïnoire.
2" Que l'extrême facilité et rapidité du langage tend à ramener de nouveau à un aveugle mécanisme toutes les opérations auxquelles il sert de fondement, à en obscurcir l'origine, à en faire méconnaître la nature et
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\v iioiultrc: (HIC cet cHct (le rii;il»itii(l(^ rorrospond à rairaihlisst'iiicnt pioyrcssir de ïe//'nr( rom/, ou do la ih'tei'iiiiiiation nioti'ico, et nous cache les liens (jui unissent nos signes à nos idées (comme il nous déroix' ceux qui existent entre les mouvements ou les déterminations premières du tact, et les impressions visuelles i ; que c'est ainsi (juo nous parlons trop souvent à vide, en croyant penser, ou que nous pensons avec la rapidité de la parole sans nous douter de sa nécessité (comme nous ne croyons pas à la nécessité d'intervention du tact, dans les ju:^ements de la vue) : ell'ets dont nous verrons bientôt les conséquences.
3° Que dans tous les cas où il s'agit d'associer un signe à une perception, ou à une image déterminée, c'est toujours la faute de l'individu, de sa précipitation, de sa légèreté d'habitude, si l'association est irrégulière ou mal faite, et le rappel sans effet représentatif. .Mais tous ses efforts d'attention sont inutiles, ou cette attention volontaire est elle-même impossible, lorsqu'il veut étendre le pouvoir de ses signes hors des bornes de la représentation ; car la nature, qui n'a pas donné de signes de rappel aux sensations ou modifications purement affectives, ne veut pas que l'art soit plus puissant quelle.
\° Dans l'association des signes et des idées, il importe donc (le distinguer les obstacles qui peuvent provenir de la nature de l'un ou l'autre des termes à associer. l/efl"oi-t ou la détermination du mouvement {si(jne) peut avoir trop ou trop peu d'intensité ; l'impression peut être trop faible ou trop affective : il n'y a d'association régulière possible, ({ue dans le développement égal et simultané de la force motrice sur les deux termes; ce <jui suppose ([u'iis lui sont tous les deux également sou-
mis ou appropriés. Ces résultats nous conduisent à distingue r actuellement différentes fonctions des signes, et autant de modes parallèles dans l'exercice de la faculté qui consiste, en général, à les rappeler.
Si le.s signes sont absolument vides d'idées, ou séparés de tout effet représentatif, de quelque cause que provienne cette isolation, le rappel n'est qu'une répétition simjîle de mouvements ; j'en nommerai la faculté mémoire mécanique.
Lorsque l'association se trouve exactement fondée sur les conditions dont nous avons parlé, et qui seules peuvent la rendre utile, le rappel du signe étant accompagné ou suivi immédiatement de l'apparition claire d'une idée bien circonscrite, je l'attribuerai à la mémoire représentative.
Le signe exprime t-il une modilication aiicctivc, un sentiment, ou encore une image fantastique quelconque, un concept vague, incertain, qui ne puisse être ramené aux iuqircssions des sens (source commune de toute idée, de toute notion réelle), et qui, par là même, jouisse d'une propriété plus excilative, le rappel du signe, considéré sous ce dernier rapport, appartiendra à la mémoire sen.sitive.
(Jes trois facultés ne sont que trois modes d'application de la même force motrice qui rappelle ; mais elles diffèrent essentiellement, tant par la nature des objets et, pour ainsi dire, des matériaux sur lesquels elles s'exercent, ([ue par les habitudes très remarquables que leur exercice répété peut faire contracter à l'organe de la pensée; c'est ce que je me propose de rechercher dans les chapitres suivants.
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