DE L EXERCICE ET DES HABITUDES DE LA MÉMOIRE MÉCANIQUE
Les sons ou tons articulés, considérés en eux-mêmes, et abstraction faite de toute valeur représentative actuelle, ne sont que de simples produits de la force motrice : s'ils dillèrent des autres inouvemenls volontaires, proprement dits, c'est parce que ceux-ci ne se manifestent à la conscience que par cette impression particulière à.'effort (^ui se proportionne toujours à la résistance ou à l'inertie des organes ; tandis que le son est doublement sensible à l'individu qui léniet volontairement, et par ce même etfort, et par la perception que l'ouïe en reçoit.
Retenir, rappeler des sons, exercer la mémoire mécanique, ce n'est donc que retenir et répéter une suite de mouvements ; aussi cette mémoire des mots est-elle la première en exercice : c'est celle de nos facultés dont la culture est la plus simple, la plus assurée, la plus extensible dans ses produits ; son accroissement est aussi sensible, et parait suivre les mêmes lois que celui des forces musculaires
Les babitudes de cette faculté mobile, la manière dont elles se conti'.ictent, les ellets ([u'elles produisent, portent rcinjtrciutr «lu {tins parfait ni»''oanism<', et indi-
quent elles-mêmes leur origine. C'est ce dont nous allons juger, en appliquant au sujet actuel ce que nous avons dit en général de la répétition de nos mouvements.
I. Soit donnée une série de mots à apprendre (comme on dit) par cœiir^ ou à réciter dans un ordre fixe et déterminé ; que ces termes soient intelligibles et représentent des idées liées entre elles, ou non, cela importe assez peu au but présent; car il faudrait également concentrer toute son attention sur le matériel des sons ou caractères ; autrement, on retiendrait bien le sens de telle phrase, de tel discours; mais, par cela même qu'on s'en serait approprié les idées, il deviendrait souvent impossi])le de les exposer précisément dans les mêmes termes, ou dans le même ordre, et on aurait ainsi manqué le but proposé. C'est donc exclusivement de l'association successive de tels mouvements vocaux, qu'il importe de s'occuper : pour cela, d'abord il faut insister sur chaque articulation (1), déployer un certain degré d'ell'ort, imprimer, en un mot, à l'organe qui est là le princijjal intéressé, les déterminations qui doivent faciliter son jeu. En répétant plusieurs fois le même exercice, l'instrument vocal se monte peu à peu sur un ton persistant. L'attention ou le déploiement de forces nécessaires, dans le principe, pour exécuter chaque mouvement en particulier, diminue progressivement ; bientôt le ressort animé jouera de lui-même à la i)lus faible impulsion : le rappel s'excrçant simplement sur le premier ternie, tous les autres viendront
(1) .Ne pas se contenter de la récitation mentale, comme on dit (juelqiielois très improprement; car Vesprit n'est là pour rien ; il erre souvent ailleurs, pemlanl (|iie cette prétendue récitation mentale a lieu. (C.)
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se raug-er à la lilc «laiis Imi' or.lrc, sans ('•lie a|)|ic|<s. sans (ju'il soit iiiriiic possildi- de 1rs ('carlcr. (iCsl liini là la légèi-ot*', la |)romi)fitii(lo, raiiloiiiatisiiif des iikhivomcnts (riiahitiide.
l'^n articulant los ronmdcs lial.itiudlcs, la itcnsrc est donc oisive ou distraite, et le niccanisnie n'en va «jur mieux; une attention sup<M'tlue enrayerait sa nioltilité, comme une fonction trop grande et disproportionnée à la résistance, roidit les inus( les et empèclie leur jeu.
La lixité cju ont acquise les déterminations roca/fs, la pres(}ue indépendance actuelle où elles sont de la volonté qui les forma dans le principe, nous e\[)liquent comment il est si diflicile d'intercaler de nouveaux termes, de changer Tordre, la vitesse (1) de succession; la mesure, l'accent, l'élévation ou l'abaissement de la voix sur certaines syllabes, etc., quand tout cela se trouve converti en mécanisme par une longue et fréquente répétition : ainsi se trouve justitié le titre que nous avons donné à cette espèce de Mémoire.
2" Celui qui a fait aujourd'hui telle quantité de mouvements, sera capalde d'en supporter demain une plus
(Il De là résulte souvcnl une sorle de bégayemcnl. «le hreilouillemenl ou «J'eiiibarras dans la parole, <iue l'on conserve loiile sa vie, après en avoir coniraclé l'Iiabilude dans renlaiire, par le mécanisme de la récilalion : c'est là un dos moimlros imonvénienls de celle prali(|ue pédanlesiiue, i|ui élail si toit ou usage dans nos anciens collèges (';. i.C.)
(') Un autre résultai do ces liahiludos méianiqucs, c'osl do former des parleurs, qui trouvent d autant [dus do plaisir ol de facililé dans cet exerciiC ijuc leur pensée moine on domeuro plus oisive. Règle générale, les hommes ipii cherchent à pénétrer dans la prolondeur des chosos ne sont pas beaux parleurs, ceux i|ui no s'atlachonl <|uà la linidit.' du discours doivent parler avec aisance. (E.)
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grande, et ainsi de suite : comme celui qui a porté tous les jours le veau naissant finira par porter le bœuf, de même celui qui a retenu par cœur dix lignes eu un jour, peut en apprendre douze le lendemain, etc. ; et on s'applaudit de ces progrès matériels qui se mesurent, pour ainsi dire, à la toise... Ce n'est pourtant pas de cette manière que se jnesurent les vrais progrès de l'intelligence ; ce n'est pas ainsi, et en avançant, pour ainsi dire, dans une même ligne droite, que se développe la force pensante ; ses ressorts délicats veulent être maniés avec un peu plus de soin et de précaution; ils sont sujets d'ailleurs à plus de perturljations et d'anomalies dans leur jeu.
(Cependant, quelque généralement extensibles que soient ces forces mécaniques, Ibabitude même les fixe et les circonscrit dans certaines bornes : des dispositions générales, ou de la direction particulière qu'elle a imprimées à notre force motrice, dépendent toujours les degrés de difficulté ou d'aisance, de peine ou d'attrait que nous éprouvons, quand il s'agit de passer d'une espèce ou dune série de mouvements, d'actes ou d'impressions, à une série nouvelle. V analogie seule peut, dans ce cas, nous ménager des secours, des points de repos, nous rendre le passage facile et le changement agréable.
L'analogie des sons, des mots, comme celle de toute espèce d'impressions^ d'idées, etc., ne peut être fondée que sur leur identité partielle, sur la reproduction fréquente des éléments semblables qui les composent. Y a-t-il plusieurs de ces éléments comnmns entre deux termes, ou deux suites, l'organe préoccupé de l'une est déjà tout disposé à se prêter à l'autre. C'est tout à la fois changement et constance, variété et uni-
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fonnilé ; de là la iacililc, l'attriiit (1). Au contraire, faut-il passer dune st-iif laïuilièrc à une autre opposée, ou (|ui ne renfenne aucun élément commun, il faut faire violence à toutes ses habitudes; de là les diflicultés, la peine. Lois(pi"on est accoutumé (2j, par exemple, à ne réciter que des vers, on apprend, en jrénéral, assez tliflicilenient la prose ; et, en général, on a bien plus de dispositions pour retenir les poètes. Les désinences semblables, le retour périodique des mêmes syllabes, surtout le rythme, la mesure, sont autant d'analoiries, qui donnent des ailes à la mémoire ; l'oreille, frappée comme par une suite de ccnips éuaux et répétés, dans les mêmes intervalles, transmet ces vibrations inoc/irone.s, au centre moteur, qui, naturellement dis-
(1) On sait avei- (iiiollc facililë et «iiiei attrait Foreille cl la voix, qui sont liées par la coimnunaulé des habitudes, passent dun Ion londaniental à son octave, sa quinte, ou sa tierce, (jui y sont renlerniées; ou de tel mode au relali/', délerininé par les notes coiimiunes que porte son accord. (C.)
{i) L"oreille. dit Batteux, a ses préjugés aussi bien (jue l'esprit, et pour peu que Ihabitude s'en mole, l'erreur a autant de crédit que la vérilé.
Il y a chez les anciens une sorte de mécanisme auquel l'oreille s'habitue. C'est, non seulement le même espace à parcourir, mais encore la mémo marche, le même retour de brèves et de longues qu'on peut i.omparer à ces relrains dont le chant nous parait, quand une lois nous le savons, plus naturel que celui de la plus touchante mélodie, qui ne s'est lait entendre qu'une lois, l'ar exemple, quand nous avons entendu cinq ou six vers asclépiades courant sur les mêmes dactyles, nous savons si bien celte marche que noire oreille prend les devants, elle attend les dactyles ou pieds caractéristiques et se frappe elle-même des sons brefs ou longs qu'elle a relemis. C'est .elle habitude .pii nous fait paraître si chantants les vers grecs et latins, et comme nous ne l'avons pas pour nos vers Irançais <iui peuvent revenir mille lois sans ra[iporler à l'oreille les mêmes sons ni la même (|iiantilé de syllabes, les plus beaux vers lrani.-ais sont pour nous ce qu'est uu bel air que nous entendons [lour la première fois. (K.)
posé à les admettre (l), y coordonne son action propre, et contracte aisément l'habitude de les reproduire, avec une précision, une régularité particulières.
Quoique le rhythme de la poésie ne soit qu'un résul-
(I) (loniinc plusieurs nioiivemenis oi"gani([ues, tels (jiie ceux du pouls, de la resjiiration. sont assujettis à une certaine régularité rythmique, peut-être n'aimons-nous tant, au dehors, la mesure et la périodicité, que parce que nous en portons, pour ainsi dire, le type constant au dedans de nous-mêmes : et ne serait-ce pas en vertu dune loi |)arliculière de notre vitalité, ([ue les organes sensibles et moleurs (et celui de la pensée, qui les représente tous et en est l'abrégé) admettent si aisément des habitudes périodiques? (*).
Il V a un exemple singulier (rapporté par Plols, N-iturai /liston/ of stafordshire) qui prouve la force de ces habitudes : UD idiot, qui demeurait dans le voisinage d'une horloge, s'amusait à en compter les coups chaque l'ois qu'elle sonnai!. L'horloge étant venue un jour à se déranger, cet idiot ne continua pas moins fi en remplir les fonctions, et à compter également les heures, en même nombre et dans les mêmes intervalles. Cet exemple est peut-être moins extraordinaire par la circonstance de Yidiotisme. il est certain que la force de l'habitude est proportionnée à la limitation des facultés, ou au petit nombre d'impressions et d'idées que nous recevons par les sens, ou par l'action de la pensée; et cela nous explique la ténacité des habitudes, dans les idiots, les vieillards, comme chez les hommes qui sont privés du bienfait de linstruction et condamnés h des travaux purement mécaniques. J'observerai sur ce dernier sujet, (juc le principe de la division du travail qui active tant l'industrie et devient la
(') L'organe de la pensée paraît assujetti en cela aux mêmes lois (|ui dirigent les autres organes lorsqu'ils s'accoutument à renouveler dans certains intervalles les mouvements (lu'ils ont déjfi répétés. Chaque organe a sa mémoire, mais celle du centre cérébral est seule volonlaire, la périodique apparlient à l'imagination.
Dans l'apprentissage des opérations mécanlipies. noire esprit est originairement passif et il le devient de plus en plus à mesure • |ue ces opérations deviennent plus familières. Toute occupation habituelle, qui n'exige aucun emploi de l'intelligence en retient peu à peu les facultés {Education pratique, tome II, page 159).
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tat (lu tlli)i\ ri (le r.lIlMllLicmcilt (1rs iiiuls, il fsl l'ciliai'qual)l(' ([u'il se retient siunciit iiKlcjxMMlaïuwieiil de ces mots, so transforme avant eux en liahitudos, et devient ainsi le premier mobile de la mémoire [numéros inrinini si verba leuerem, Viru;. Evlnii-) (1). Le rythme est aux habitudes de lOreilh', ee ([ue la svmétrie esta celle, de l'œil (2).
3** Les moyens que nous venons d"indi<|uer, en même temps qu'ils étendent et facilitent l'exercice de la mémoire mécanique, peuvent aussi fournir de puissants secours à la faculté représentative ; l'analogie qui régne, même dans les formes matérielles des signes, favorise également, comme on sait, la netteté de représentation des idées auxquelles ils sont associés. Mais il
source lies richesses générales d'une rialion, coiimie l'a prouvé Smith, nuit aussi peut-être, dans les uièuies rapports, au dévcloppenient des Cacultés inteliccluellcs et morales des classes ouvrières, qui deviennent entre les mains de l'art, et par l'effet d'iiaiiiludes promplement acquises, des automates aveugles, et de véritables niailiines. (C.)
(1) Nalnrà ad numéros ducimur. Le mouvement rvllimi(|ue constitue une sorte d'imitation musicale ou poétique de cha(|Me sentiment ou atlection particulière qui a ses mouvemenis propres. De ([uoi, en etTet. le mouvement n'esl-il pas le siirne ? (lest là une source d'expression ou d'imitation vraiment inépuisable. (E.)
(2) La mesure est aussi la partie de la musi(pie à hupielle les hommes sont d abord les plus sensibles; elle précède le senliment même de la mélodie, et cela est une suite de cette disposition constante du principe moteur el sensible qui répèle spontanément, dans les mêmes intervalles, les actes ou les atTections périodiques aux(iue!les il a il'abord (dé soumis.
Voici une expérience ctirieu-se indiquée par (irétry dans ses Essais sur la musique, a Je mets trois doigts sur l'artère du bras gauche, je chante intérieurement un air dont le mouvement du sang est la mesure. .\près (pielque temps, je chante avec chaleur un air de mouvement dilTérent, aloi-s je sens distinctement mon pouls (pii accélère ou relarde son mouvement pour se mettre peu ■A peu à celui du même air. »
est des circonstances qui se lient exclusivement au mécanisme dont nous nous occupons ici, et qui sont propres a le convertir en habitude dominante.
Ces circonstances peuvent se tirer encore du caractère particulier des signes usuels ; en second lieu, de la manière dont ces signes sont entrés d'abord dans la mémoire, et des fonctions qu'ils continuent à y remplir en se répétant.
A. Les mots (1) parlés ou écrits peuvent avoir un caractère propre à fixer ou concentrer sur eux l'attention, au lieu delà réfléchirsur les idées : par exemple, si leur articulation était d'abord très pénible ; si leurs éléments tirés des touches les plus rudes de l'instrument vocal, se trouvaient cumulés, sans analogie sensible dans des expressions longues et eml)arrassées. Apprendre à parler, à retenir seulement les mots de sa langue, serait une grande affaire, et comme on n'en aurait contracté l'habitude qu'à force de travail et de temps, on continuerait encore par habitude, à s'occuper bien davantage des signes que des choses, on alimenterait sans cesse la mémoire mécanique, ses produits
(1) Les habitudes de la mémoire comme de toutes les opérations mécaniques tendent à rendre permanent l'état de rêverie et de distraction. On perd la capacité d'observer et de réfléchir. C'est cette incapacité qui produit les châteaux en l'air, le rabâchage mental, état si ordinaire des tètes vides (Voyez : Education pratique, tome II, page 295). (E.)
C'est cet effet du plaisir attaché au retour des mêmes syllabes qui est le fondement de l'analogie, dans toutes les langues. i..a variation du nom adjectif, selon le genre du substantif, qui s'est introduite dans les langues anciennes, paraît être née du goût dune certaine similitude de sens, d'un certain genre de rimes, naturellement agréable à l'oreille de l'homme (Smith, Considérations sur les langues). L'aaiour de l'analogie et de la similitude des sons est le fondement de la plupart des règles de grammaire (E.)
DKS IIAUI l't'DKS ACriVKS iOT
auraient toujours (le la vogu*^ et de riinpdrtauce, ot les sciences «le mots seraient en honneur.
Au contraire des articulations douces, hriil.intrs, sonores, sont bient<^t appropriées à lorg-ane vocal, dont elles entretiennent la tlexil)le mobilité ; mais elles flattent si agréablement loreillc, qu'on les retient encore pour elles-mêmes; c'est comme une suite de tons mélodieux qui font oublier le /;<o/// du compositeur. La sensibilité de l'ouïe est ainsi exercée, mais la pensée demeure oisive et s'habitue à l'inaction.
C'est ainsi quela mémoire mécanique peut s'accommoder des deux extrêmes. Ses habitudes se fortifient aussi de l'usage des signes arbitraires, après qu'ils ont perdu les traces de leur origine et que leur première empreinte sensible se trouve effacée. Les conventions qui iixent leur valeur sont trop souvent vagues, on les ignore ou on les oublie ; il faut toujours un certain travail pour remonter vers elles, et il est si facile de retenir des mots, d'en parcourir rapidement les séries. Une langue écrite (par exemple comme celle des Chinois) force à penser en lisant, tandis que notre écriture nous conduit seulement à la parole articulée, qui trop souvent elle-même ne nous mène à rien.
B. La plupart des mots que nous avons appris dans notre enfance n'ont été d'abord que de simples habitudes de l'oreille et de la voix. La mémoire mécanique a formé presque toute seule notre premier vocabulaire (j'entends celui qui s'étendait au delà de nos besoins et des objets (|ui fiaj)j)aient immédiatement nos sens) ; une éducation mal entendue s'est emparée de ces matériaux informes, tels que le hasard ou les circonstances les avaient présentés, et a construit avec eux. N\)us savions déjà aific iib'r assez de mots vides de sens, et
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notre ôclucatioii secondaire a-t-elle eu souvent d'autre objet que de grossir et d'étendre ce premier magasin? n'est-ce pas presque toujours avec des mots insignifiants qu'on apprend à lire, écrire, traduire, réciter etc. ? Quel aliment pour la jeune intelligence ! Sans doute il eût été iicureux pour nous, presque tous tant que nous sommes, d'avoir été sourds-muets jusqu'à l'ùge de raison, et d'avoir eu des Sicard pour instituteurs ; nous n'aurions pas connu le joug des habitudes mécani(|ues de la mémoire, ni cette triple enceinte de termes vides de sens qu'il nous a été ensuite si pénible de franchir (1).
Les etfets qui résultent de l'exercice exclusif de la mémoire mécanique sont faciles à apercevoir, et une expérience trop constante les rend assez manifestes... La rapidité progressive des termes articulés empêche le plus souvent tout retour réfléchi vers les idées, qui demeurent nulles ou vagues et indéterminées. La faci- Hté dégénère en automatisme, exclut tout effort d'attention. La pensée Languit, ses forces se perdent, son organe devient incapal)lo de remplir ses véritables
(Ij Jiillais m'oleiidi-e un peu plus sur ce sujet, mais j'ai songé à lout ce qu'en a dit l'éloquent philosophe de Genève, et je nie suis arrêté... On ne saurait Irop déplorer, sans doute, que la sublime raison de ce philosophe n'ait pas eu encore, sur l'esprit de ceux qui dirigent l'instruction publique, le même ascendant qu'eut, dans le temps, sa pathétique éloquence sur les cœurs des mères de Irtmille. l'ius on étudiera la génération de nos idées et" l'ordre de filiation de nos facultés, plus on se convaincra de l'excellence du plan ([u'il trace, pour former et développer les premières habitudes de l'intelligence ; mais, pour bien apprécier ce plan, pour s'en pénétrer, il faut avoir médité les principes de l'idéologie : et on aime mieux, en général, ("litiquer cette science sans leulendre, que de l'étudier pour en saisir les utiles applications; cela est plus commode (<",.)
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toiiftiniis ; loiit se j»;issr, pniir .liiisi dire, liois dr son s«Mii ; rini n'ai'rivc (Ui ne [xM-sisIc dans sa substance intime, rien ne part de ses pndondenrs. (loniinc dans ces tempéraments alhlél'hiries. (s'il m'est permis d'user ici d'une c<)ni[)araison (jui peut èti'e fondée juscju'à un certain point), où le principe de la \i(' se concentre dans les nmscles, accroît leur volume, leur masse, et n'étend les opérations mat/'ricUes de la force qu'aux dépens des fonctions les plus relevées ; l'intelligence, étoufl'ée ici par une mobilité sans objet, ne croît rpi'en surface, en ijouffissure et manque toujours de la vraie éiieruic, celle qui prend sa source dans une sensibilité justement tempt'rée par la force (l).
(I) Heaucoiip de gens [»ai-aissenl avoir une mémoire d'idée, iliii n'ont pourtant qu'une mémoire mécanique de signes. Il est impossible que nous recevions ou que nous retracions simplement les idées des autres. Si nous les avons lortemenl pensées et appropriées à noire intelligence, elles doivent nécessairement en avoir pris la teinte et en sont transformées. (E.)