III. La [tratiijue des langues ([ui réunissent la douille
(1) l.es lormes de nos langues inalernolles sont les premiers mobiles «les habitudes de notre pensée, «jui prend nécessairement l'empreinte de celle espèce de moule ilans Icpiel elle tourne sans cesse. On ne peut traiter une (luestion d'idéologie, sans loucher d'un coté à la |tlivsiologie, si l'on veut creuser un peu le tond du sujet, et de l'autre à la grammaire, si l'on en considère les formes extérieures et sensibles. Je sens «ju'en prenant la question actuelle sous ce dernier rapport il y aurait [)lusieurs choses importantes à dire, mais la nature de mon plan no me permet là-dessus •jue des observations superficielles. (C.)
analogie des sii;nes entre eux et avec les idées, seconde de la manière la plus heureuse la formation et le développement des lial)itudes dont nous parlons. Lorsque le mot peint Vidée et que lidée peint le fait, ces trois éléments, unis en un même faisceau, se prêtent un appui réciproque dans la jDensée. Si les idées analogues sont représentées par les formes ou les désinences sensibles des termes articulés, si les combinaisons identiques des faits se peignent dans celles des mêmes caractères ou sons élémentaires, la mémoire suivra la pente facile des habitudes de l'oreille et de la voix. Il n'y a point ici de mécanisme à craindre ; lorsque le but est certain et que la route est sûre, que risque-t-on de s'y laisser entraîner ?
La langue de la chimie moderne est bien propre ici à nous servir d'exemple ; ou en retient les termes avec autant de facilité qu'on saisit les idées ; jamais les unes ne s'isolent des autres, et l'on ne peut pas plus apprendre la langue sans la science, que la science sans la langue. Ainsi, plus l'on se familiarise avec cette dernière, et plus l'on se sent de dégoût pour les expressions vagues, trompeuses, insignifiantes de la vieille doctrine, plus on se fait une habitude, un besoin de la détermination exacte des signes qu'on emj^loie et des idées qu'elles expriment.
Aussi l'étude de la chimie pneumatique me paraîtelle devoir heureusement concourir avec les moyens précédemment indiqués pour former les habitudes de la mémoire représentative.
Quoique nos langues usuelles, destinées à représenter ou à exprimer toutes sortes d'idées et de combinaisons aussi étendues qu'hétérogènes, ne comportent point cette analogie exacte qui n'appartient qu'aux
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sci(Mices dont l'ul)j('t est «iiToiisnil dans nue iiu'^ino espèce d'éléments «m dans un ordre uniloi nie de eonil>inais()ns et de rapports; cependant, en comparant ces langues diverses, on s'aperçoit aisément qu'elles réunissent diil'érents caractères, plus ou moins propres à seconder ou à troultlei- ]»• calinf et la netteté de r-eitréseutation des idées.
Sagesse dans les tours, sobriété dans les tii:iir<'s, ])iécision et clarté dans l'expression, uniformité dans Tordre de construction ; des articulations ni trop rudes, ni trop douces, ni trop flatteuses à l'oreille.... des caractères semblables pourront renforcer la faculté représentative de tout ce qu'ils oteront à la vivacité de l'imagination, à l'énergie du sentiment.
La fixité de construction doit avoir surtout une influence marquée sur les habitudes de la mémoire dont nous parlons. Cette faculté trouve en effet un double exercice dans l'opération qui consiste à rappeler en même temps et les mots et l'ordre dans lequel ils doivent être arrangés ; l'habitude de cet ordre fixe doit être même d'autant plus diflicile à former, qu'elle tend à mettre un frein à l'imagination et à modérer ses saillies. Mais, dès qu'elle est contractée, la pensée s'asservit à la règle, la suit sans contrainte, et avec une sorte de nécessité. Sans doute, les avantages qui résultent de cet assujettissement volontaire sont bien préférables à une liberté désordonnée et licencieuse.
L'image principale se représentant d'abord ])ar son signe (qui est amené le premier dans l'ordre t/irrcl (1)
(1) Ces mois ordre dired. ordre naturel, ap|)liiiii(''s |)ai- pliisieure gi-amniairiens h la consiniction de noire laiigno, jtorlenl Heiil-ètre cux-inèines rempreinle de la puissanre de riial)ilude. r/esl en effet riial)iliide qui nous rend cet ordre fixe dans i'arran-
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de la construction), la pensée se fixe sur cette image et s'arrête à la contempler, comme l'œil se fixe au dehors sur l'objet le plus frapj^ant avant de parcourir les accessoires qui l'environnent. Les accessoires intellectuels se déroulent de même selon leur rang-, dans le tableau de la parole, se réfléchissent à la lumière, sont examinés en détail et par ordre, sans que l'empressement, l'impatience d'arriver à un terme attendu, inconnu ou plus attrayant, portent à franchir les intermédiaires qui l'éloignent.
La sensibilité exaltée, limagination rebelle tendentelles quelquefois à bouleverser V ordre de la raison et à entraîner la parole, une habitude plus forte les contient, il s'élève un conflit momentané, et de l'opposition des forces résulte l'équilibre, le calme... On ne parle bien qu'en se j)Ossédant ; on apprend à se maîtriser en apprenant à bien parler, et la parole elle-même accuse le désordre et le vide de la pensée. Heureux le peuple chez qui les habitudes du langage peuvent s'identifier ainsi avec celles de l'ordre, de la sagesse et de la raison !
L'exercice répété de la mémoire représentative doit avoir sur les dispositions fixes de la pensée les mômes effets qu'a en général, sur celles des organes sensibles et moteurs, un emploi modéré et justement proportionnel de leurs forces, qui n'en laisse aucune partie inactive, et qui jamais ne les excède. Gomme la fonction
genienl des parties du discours, si facile, si nécessaire iiième, qu'il est bien pour nous une seconde nature. Nous ne concevrions pas comment il pourrait y avoir d'autre arrangement possible, si nous ne connaissions pas d'autre langue que la nôtre ; ce préjugé d'habitude est peut-être entré pour beaucoup dans la fameuse dispute au sujet des inversions. (C.)
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j»i(»j>i»' (le riiitelliiioncc est do cii'coiistriiv notteiiicnt los iinuiios et de les rattacher à des sienes, «die remplira toujours cette loiiction d'une manière d'autant plus imperturbable, qu'elle s'en sera fait de bonne heure une habitude, une nécessité (or, c'est à ce but essentiel que tendent tous les moyens indicjués dans ce chai)itre) ; la continuité d'un tel exercice met en valeur toutes les parties de l'organe central, multiplie et fortifie leurs communications, n'en laisse prédominer aucune, mais, au contraire, les maintient dans cet équilibre, cette correspondance exacte, qui constitue la vraie capacité intellectuelle, et forme, pour ainsi dire, le lempi' rament (eiujtéré àc la pensée. ^