DES HABITUDES ACTIVES Î
riraient do leur aciivilc, p.ir rcxln-iiir l'acilih- de leur rxercicc. (]r serait \o trioiiiplir «lt.> riiahiliidc ! .. alors, sans doiit(\ il sélèviM-ait des pliilosojjlics, (jiii ciierchel'aieut à enrai/er (•(> iMt'caiiisiuo, roviciidraicnt à l'aiicicnne métliodo, eu iccoininanderaieid la praticjiit', y Iradiiiraient leurs résultats, après les avoir trop aisélucut obtenus dans la nouvelle (/// lumen /mh/icfim susf/nere va/erent, comme dit Newton lui-même, en parlant de la traduction synthétique).
Alors ceux qui auraient exclusivement pratirpié la spécieuse générale, et qui s'en seraient fait une habitude, résoudraient sans peine plusieurs problèmes de morale et d'idé(doi:ie, autour desquels nous tournons si laborieusement, et se croiraient peut-être des hommes supérieurs, tandis cpi'ils ne pourraient soutenir, sans avoir d(^s éhlnuissenienls, la lecture des profonds penseurs de nos jours. Les leviers de l'esprit sont comme les leviers |)hysi(]ues ; ils nous aident, mais quelquefois trop, en empêchant le développement de nos forces naturelles. Aussi, dès (|u'ils nous abandonnent, nous demeurons livrés sans ressource à toute la faiblesse qui provient de leur usage habituel. Tout ceci nous ramène à la méthode et aux moyens indiqués (dans le chap. IV de cette section) dans l'objet de développer les bonnes habitudes de la mémoire, de former et de maintenir ce juste tempérament, cet équilibre des forces de la [)ensée. Exercer (par des moyens appropriés) toutes res forces, mais graduellement, et sans jamais les exceller : laiie iiiir Iiabitude, un besoin de la représentation claire des idées, et de leur rallienuuit aux signes : nous préserver de l'entraînement des mots, et des formes purement mécani(jues : telles sont les conditions premières que devrait remplir une méthode, pour atteindre
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le but proposé ; or, on ne saurait disconvenir que la synthèse ne soit celle qui y tende d'abord le plus directement. Ce n'est point cette méthode ténébreuse, j^ustemcnt proscrite par Condillac, qui ne se compose qu avec des chimères, part de principes vagues ou abstraits (1)
(I) Comme dans noire conrluite nous avons certains principes, certains raisonnements d'habitude qui, se succédant avec une extrême rapidité, nous entraînent souvent, sans que nous nous en apercevions, à adopter tel ou tel parti, à nous tourner d'un côté ou d'un autre, il y a toujours, miMiie dans la spéculation, quelques principes avec lesquels on s'est familiarisé, et qui, se présentant d'abord à la pensée, lui donnent la première impulsion, et déterminent à commencer le raisonnement de telle manière : or c'est du comme ncnment que dépend tout le reste.
Un métaphysiciPH qui serait prévenu, par exemple, de l'opinion qiie les idées générales s-ont 1 origine et le fondement de toutes les autres, aurait sa mémoire remplie de termes abstraits. A'axiomes, etc., etc., qui ne manqueraient pas de se retracer les premiers dans toute question proposée à résoudre : il faudrait donc, ou dénaturer la question pour la rapprocher de ces principes abstraits qui en sont si éloignés, ou établir une chaîne artificielle, longue, embrouillée, laborieusement tissue, et qui souvent ne conduirait encore qu'à des mots. Cependant si le melaphi/sicien était de plus f/(;o?nètre, s'il était accoutumé à clierchcr et à atteindre infailliblement la vérité, en suivant un certain ordre de déductions, dans un système d'idées dont les signes sont naturellement déterminés, et où la forme du raisonnement est identifiée avec le foii'ls; l'habitude lui ferait préjuger la même détermination des signes, transporter les mêmes formes (avec le sentiment de l'évidence qui s'y trouve associé) dans des questions où cette confiance dans les termes est très dangereuse, et où l'on peut s'égarer très miHhodiquement. II lui suffirait donc d'avoir procédé, par ariomes, demandes, théorèmes : d'avoir établi dans l'ordre familier (auquel l'habitude attache une importance exclusive), de longues suites de raisonnements, sur des définitions de mois, ou des hypolhèses creuses, pour donner ensuite et considérer luimême i-es rêves, comme des lois de la nature, ses identités verbales comme des démonslralions réelles.
Le philosophe, au contr-iire, qui est accoulumé à ne puiser ses principes que dans la nature des choses sensibles, dans le sein même des idées qu'il veut connaître, qui n'a pas toujours raisonné
UKS HABITUDKS AiTIVEs Sdo
conmio lie la source de r«''vi(lcnce, les cuinule 1rs uns sur les autres, et tourne sans cesse laliorieuseinent (Iîmis la sphère creuse des identités verbales : niais cefle synthèse, que notre maître commun a lui-même souvent prati({uée sous un autre nom ; celle (|iii se confoi'me à l'ordre direct de la génération des idées, n'admet d'abord que les éléments les plus simples, c'est-à-dire, les j)lus claii's et les mieux détermint's voyez cha}). IV), les combine successivement entre eux, ne l'ait les signes
avec des signes bien (Jélerniinés, el (|ui a appris à se méfier des lorines, conoenlre d'abord son allenlion sur la valeur des termes, rassemble toutes les données qu'il peut avoir sin- leur composition intrinsèque ('), les refait pour peu qu'il s'en mt'lie ; et trouve ainsi ordinairement, tians la eomparaison exacte el détailb'e des l'Iéments dont une question se compose, le vrai résultat qu'il vouilrait obtenir. Il n'alTccle le plus souvent aucun ordre, mais il suit loujours le véritable, relui de la trénéralion et de la liaison naturelle des idées.
Dans les deux cas. c'est l'babitudc qui détermine la manière dont on commence le raisonnement spéculatif, comme l'action ju-alique ; c'est elle qui étend les leçons de l'expérience h des cas où elles ne sauraient s'applifjuer i>o géomètre métapbjsicien est. à l'éganl des signes, comme un liomme qui n'aurait jamais vécu que dans une société d'amis el de gens si'irs ; il commettrait bien • les fautes et des indiscrétions, quand il [)asserait dans une société flrangère et corrom ue. I^e vrai mé<apbysicien est comme celui qui, entouré; de bonne heure d'ennemis, forcé de se tenir toujours sur SCS gardes, a contracté riiabilude très utile de la réserve el de la circonspection. (C.)
(.') C'est la ce que Condillac a nommé analyse et qui serait plus proprement nommé synthèse ; à moins ipi'on ne lit consister expressément le caractère de la méHioiie d'analyse à chercher toujours dans le sens même des idées dont il s'agit de connaître les éléments ou (i'évaluer les rapports, les moyens qui peuvent servir à cette connaissance, tandis (jiie la synthèse tendrait h remonter de prime abord à des éléments ou des principes conventionnels pris hors des idées mêmes dont il s'agit, et composés entre eux, jusqu'à ce qu'on parvint aux résultats observés.
qu'en faisant les idées, et s'impose toujours la loi nécessaire de les retracer ensemble. Cette méthode, avec laquelle la pensée sait toujours d'où elle vient et où elle en est, avance lentement, mais avec assurance, sans jamais s'oublier ni se perdre de vue ; peut s'arrêter à volonté ou continuer sa marche ; passe de l'ombre'à la lumière par des gradations bien ménagées, est conduite enfin sans être entraînée, éclairée sans être éblouie.
C'est la pratique dune telle méthode qui conserve à la pensée son heureuse indépendance, la prémunit contre la pente si dangereuse des habitudes mécaniques, lui inspire cette méfiance qui n'admet aucuns termes, aucuns éléments douteux, les ramène souvent à l'examen, les refait ou les vérifie : méfiance salutaire, dont les vrais philosophes nous donnent l'exemple et le précepte, seul contre-poids de l'aveugle habitude, source de la sagesse et cause active de tout progrès réel (1) !••.
(1) Habitudes des difterenles racullés inlellecluelles examinées les unes par rapport aux autres. Influence particulière et réciproque de la réflexion sur les habitudes morales.
Jusqu'à quel point les habitudes de l'imagination peuvent-elles devenir nuisibles ou utiles? N'est-il pas quehpiefois nécessaire d'exciler l'organe de la pensée ? Les habitudes de méditation ne peuvent-elles avoir des inconvénients ? Opposer les occupations intellectuelles les unes aux autres, n'est-ce pas un moyen d'entretenir la santé de l'esprit, etc. ?
Il faut examiner particulièrement l'influence îles habitudes intellectuelles, du géomètre, du métaphysicien et du poète et les comparer les unes aux autres, apprécier les avantages des éludes métaphysiques et leur influence sur les autres études L'habitude de se rendre compte de la nature du sujet (juelconque qu'on étudie et de remonter en tout aussi loin qu'il est possible dans l'origine des idées n'estelle pas une habitude précieuse ? (K.)
CUNCLL'SIU.N
Lidéoloeie peut s'élever au-(lcssii> <!<■ la ij ranimai rr générale et pénétrer des formes extérieures de la pensée ou des siiines dont elle se revêt, jus(|u'à ces modifications plus intimes, plus profondes dont les siunes >e tirent uniquement de la connaissance des lois rie iinfre organisation, de l'étude ou du sentiment, de cette connexion étroite (]ui existe entre le plu/sii/nr et !<• moral de notre éti'e. dette connexion peul <'lrc, en effet, sentie ou obserrée : elle est sentie par ces individus ([uun tempérament délicat, une sorte de i^ène dans les fonctions vitales ramènent sans cesse au-dedans d'eux-mêmes, rpii entendent, pour ainsi dire, crier les ressorts de la machine et sentent que la pensée se tend ou se rel;\che avec eux. Elle est observée et démontrée avec évidence par ces philosophes qui ont saisi cl coiiiparé la nature sensible dans ses divers états, suivi la marche des affections et des idées dans les variations ort.Mniques correspondantes aux à,i:es, aux forces, aux tempéraments, etc. ; eux seuls « ont m les ithrnomènrs.
la macliine alternativement traurpiille on furieuse.
faible ou vigoureuse, saine <m ])risée, déchii-ante on " réglée; successivement imbécile, éclairée, sfupide,
i)ruyante, muette. léfhar::i(|ue. agissante, vivante.
morte » (1 ).
<i) Voyez larl Locke, ICnriirloin'dip «inrininf. (('..)
298 (Ki;Vhi;s UK MAINK I>K lilUAN
Pour bien traiter la question proposée, il aurait fallu posséder d'abord, dans toute son étendue, cette granimaire générale ou science de nos idées et de nos signes considérés dans leurs rapports mutuels ; car les formes extérieures de la pensée sont jetées dans le moule des langues ; les termes dont ces langues se composent se répètent à chaque instant, et nos habitudes les plus nombreuses, les [dus frappantes, se rallient à leur usage.
Mais il aurait fallu surtout joindre au sentiment de ces modifications intimes, de ces profondes habitudes de la pensée, la connaissance des signes propres à les exprimer ; il aurait fallu avoir par devers soi les termes de rapports nécessaires pour comparer rintluence (le l'habitude dans lo physique et le moral, dans les opérations de la vie et celles de rintelligence, dans les fonctions des organes moteurs et sensibles et celles (Toii dépendent les modes divers de la pensée. La (piestion appelait <relle-nn'me ces rapprochements ; (die fournissait la plus belle occasion de transporter la phijsiolofju; dans Cidèolociie, ou de resserrer encore plus étroitement les liens (]ui doivent désormais unir ces deux sciences. J"ai osé envisager ce but dans le lointain, j'ai fait mes efforts pour en approcher, j'ai puisé dans les sources qui pouvaient m'en fournir les moyens... C'est à des hommes plus éclairés à des tètes, [)lus fortes que la mienne qu'il appartiendrait d'effectuer ce que j'ai entrevu.
l" Les physiologistes distinguent les forces vivantes en sensitives et motrices. En méditant les données de mon sujet, j'ai reconnu ou cru reconnaître qu'il était nécessaire d'introduire la même distinction dans l'analyse des impressions et des idées.
( ;«' (jllt* (les siuiics r\|«'iMriils. des cxlM-riciircs Iciitt-rs (lircctciiit'iit sur lr> |>;iili«'s sensibles ri in-italilrx. in;inilVst(Mit .m [)li\sici(Mi. se dévoile d (iin- ;iiiIit manière à la conscience de l'obseividenr rellei lii, (|iii se compare à lui-même dans l'exercice des fonctions de ses sens; il se sent passif dans certaines inii)res- >>ions, actif dans d'autres; il reconnaît (ju'il > a en lui une force qui sent et une autre qui ment [sm/in/r/i/ et volonté), que ces deux forces condiinées prédoinineni tour à tour l'une sur l'autre et conconrent. d une manière très inégale, dans les diverses im[)ressions qu'il reçoit.
En examinant d'abord les sens externes, on voit que les uns sont doués d'une mobilité particulière, tandis que les autres sont ou paraissent tout a fait immobiles ; ceux-ci ont un sentiment plus exquis, leurs impressions sont toutes excitatives ; ceux-là sont plus délicats que sensibles, et leur sensil)ilité nuMue semble être subordonnée au mouvement qui la dirige et la tempère : l'individu perroit par ces derniers organes ; il est allecté, il sent (dans toute la force <lu mot) par les autres ; la sensation dilfère de la perception.
I/ètrc réduit à des organes passifs inunobiles. on dont il ne percevrait pas, ne dirigerait pas les mouvements, serait borné aux facultés instinctices, il n \ aurait point en lui de personnalité distincte ; par 1 odorat seul, par eximiple, son existence serait peut-être comparable, à celle de l'buitre ou du polyi)e, bien loin (pi'il fût capable de former des (oinliinaisons, des alisirortions {\), etc. Toute fa<'ulté active et perfectible
(I) Coiiniio loni supiiOsO Comlillac il. IJoniiel (No.vtv If l'i-mhlies sensations et VEssai analj/liqite sur t'fitne). (<■ )
commence à la perception, au mouvement volontaire (Nous avons expliqué ce mot volontaire).
L'action de la pensée, en Tabsence des objets, n'est <|ue la répétition de celle qui a été exercée par les sens sur ces objets. L'organe central peut en conserver la détermination et l'clfectuer de la même manière, par une activité qui lui est propre ; mais il n'agit directement pour élaborer, combiner et reproduire que les impressions transmises par des organes mobiles, ou soumises à l'action volontaire, 11 n'y a donc point (Vidées correspondantes aux sensations /,ures, mais seulement aux perceptions. Les idées sont images ou copies : les unes se reproduisent spontanément, les «lutres se rappellent par un acte renouvelé de la volonté qui concourut à les former. Il n'y a de rappel (|ue des mouvements et des impressions qui leur sont associés : ces mouvements sont les signes des impressions : les signes sont naturels ou artificiels selon que l'association s'est formée, dans l'acte même de la perception, j)ar le concours des organes moteurs et sensibles, ou par une détermination réfléchie et jiostérieure de la volonté.
La faculté de rappeler constitue ce que nous appelons (Ml général mémoire ; son exercice se fonde essentielleuient sur les mouvements ou signes associés.
L'imagination consiste dans la reproduction spontanée des images. Les objets mêmes, associés dans une perception commune, remplissent pour elle l'oflice de signes ; elle est mise aussi en jeu par les organes internes, el en re(;oit souvent des lois. L'imagination diffère de la mémoire, comme la sensation difl'ère de la perception.
"2° La sensation, continuée ou répétée, se flétrit.
sofKscin'ci/ j;t.i<1ii('11ciih'iiI, cl linit p.ii- disp.nailrc sans Inissrr aprrs ollc aiiciiiif liacc l.c iiiuiivniH'iil rt'pr'fi" ilcvicill lolljollls j.liis pifcis. |.|iis |.|umj.| ri plus facile : la l'acilit»' froissante cori'esjioiid à rallaildissc- Mient (le ïc/forf ; et si cet ellbi-t devenait nul, il u'\ aurait plus de (•oMS(i<Mi((» du inouvenienl, plus de volonté: mais, a (pielque dei^ré de facilité «pie le mouvement parvienne, il reste prescjue toujours un souvenir, une ilrlerniinalion île l'elFort premier ; et lois même (pie laclioii motrice est devenue pres(iue inseiisilde à riiidividii (|ui rex(''cut(\ son ])i'odnit n'en es! (pic |)lus assun'' et plus distinct.
Si toutes iKjs facultés et oj)ér;itious, sous (juek[ue nom (ju'on les distingue, ne sont cjuc des modifications de celles de sentir on de mouvoir, elles devront participer il l'une ou à l'autre de ces deux influences de l'habitude : s'altérer, se dégrader (et dans certains cas s'exalter) comme sensatioi^s ou sentiments^ se dévelo})per, se perfectionner, acquérir plus de précision, de rapidité et de facilité dans leur exercice, comme inoiivrments : l'influence de l'habitude est une épreuve certaine, à lacpielle nous pouvons soumettre ces facultés, pour reconnaître l'identité ou la diversité de leur origine : tontes celles qui seront modifiées de la même manière, en passant par cette espèce de creuset, devront être rangées dans la nn'^me classe, et réciproquement, etc., etc.
Pendant (pie la sensation icpétcc sallaiblit dans lorgane ou la partie excentricpie quelconque, immédiatement excitée, le principe sensitif, ou le système, l)eut en conserver la détermination, tendre à l'etTectuer dans les intervalles accoutunn's, réclamer les mêmes mobiles d'irritation, s'exaspérer contre leur absence...
■M)'2 (KlIVIiKs 1)K yjMSV. DK niRAN
(le lîi le désir, i^roduit de l'instinct des organes, qui donne des lois à la volonté sans en recevoir, et pourrait avoir Jieu sans volonté, sans mouvement, sans puissance. C'est ainsi que des sensations, tout en s'affaiblissant par l'habitude se transforment pourtant en besoins impérieux.
Si la cause excitante quelconque était immédiatement apjDliquée à un centre ou foyer de sensibilité, les aifections, loin de s'affaiblir, ne feraient que croître en énergie ; ainsi toutes les passions, naturelles ou factices, tous les sentiments, éveillés d'abord par des images ou produits, et fixés ensuite par les dispositions des organes intérieurs, ces images mêmes, lorsqu'elles naissent de l'exaltation continuée de la sensibilité cérébrale, etc., ne font que se fortifier par la durée ou la répétition de leurs causes productives.
Les organes de la sensation ou de l'appétit, se blasent plutôt qu'ils ne se perfectionnent par la répétition de leur exercice. Si leurs impressions dans certains cas) paraissent conserver ou recouvrer toujours la même fraîcheur, c'est qu'elles sont ravivées par les dispositions périodiquement renaissantes des centres (|ui leur correspondent ; hors de là, leur sensibilité propre s'émousse en s'exeryant, et leurs mouvements, qui se sont exécutés dès la première fois avec assurance, n'acquièrent guère plus de perfection en se répétant.
L'habitude intlue d'abord sur les organes de la perception, en modérant leur sensibilité trop délicate dans l'origine. Cet etfet môme prépare et contribue à favoriser le développement de leur motilité propre. C'est là que commence un véritable progrès dans les opérations et les facultés immédiatement liées à l'exercice
rc^NCM sin\ .»ii.i
flos siMis. Mais plus Irs iiKnivriiH-nfs (1»'\ icmit'iit facilos, plus la porcoption (jui en (Icpt'iul afwjiiicrt de [U'rcision et <li' clarti'. plus aussi l'iiulividu unMonnait la part i|U il y preud, plus son activité sonvoloppc : lo sujt't et If terme de l'action, rellort et la résistance se trouvant enfin presque identifiés, tout sendd»- revêtir le caractère passif de la sensation.
Une foule d'opérations, d»' juizenients se pressent autour de cette perception, devenue si rapide et si simple en apparence ici il faut nécessairement remonter du jeu partiel des sens externes à celui de Tortrane central, qui réunit, combine leurs impressions, les transforme, les échange les unes dans les autres.
De deux ou plusieurs perceptions dill'érentes, séparées dans leurs organes, mais qui se répètent constamment ensemble, résulte presque toujours uiu^ seul»impression mixte, (jui doit être considérée coniiiic uihvéritable résiiltanle de toutes celles qui la composent, puisqu'elle tient de toutes à la fois, sans être aucune d'elles en particulier. De là, il arrive premièrement, (ju'une impression qui, si elle était isolée, se rappro- (herait du caractère passif, acquiert 1 activité qui lui manquait, par sa combinaison avec une antre, dont la tnotilité prédomine. Cet effet se nianifestedans l'association intime de la vue avec le tact, et surtout de l'ouïe avec l'organe vocal. Un homme qui entendrait <ans avoir la faculté de parler, ne distinguerait presque point les sons, et assurément il ne les l'ajtjieUrrnil
Il arrive en second lieu (pic les inqtressions, ainsi associées et transformées dans un centre commun, ne leçoivent plus leur caractère de l'action même des ^ens qu'elles intéressent directement, mais bien du feu
intérieur de l'organe central, qui, réagissant avec la somme de ses déterminations acquises, change, complique, rectifie et quelquefois dénature les rapports simples des sens externes, substitue les souvenirs à la perception, et réalise ce qui a existé, plutôt qu'il ne perçoit ce qui existe. De là la confirmation de cette sentence d'un grand pliilosophe : « Omnes perceptioiies tàin sensùs, qiiàm mentis, sunt ex analogid liominis, non ex analogiâ nnive>.si, etc. » De là la rapidité et l'assurance dont nous percevons ou croyons percevoir actuellement par un sens ce qui n'est point de son domaine, ou qui excède évidemment sa portée ; de là une multitude d'illusions d'autant plus difficiles à détruire (ju'elles sont plus anciennes, et que les témoi- Linages les plus authentiques, les expériences les plus répétées semblent déposer constamment en leur faveur ; de là l'ordre établi par les habitudes de l'imagination, confondu avec la nature des choses ; la supposition d'une existence fixe et nécessaire, là où il n'exista (ju'un concours fortuit et passager ; la généralisation (les expériences particulières, la conversion du relatif en absolu, des faux rapports à'essentialité dans les impressions habituellement simultanées, ceux de caiisnliiê dans l'ordre familier des successives (1).
De là la sécurité avec laquelle nous attendons les j)héuomènes qui se sont toujours également suivis ; limprévoyance des chances contraires, le trouble, la surprise, fadmiration ou la crainte qu'elles inspirent en se réalisant, l'émotion dans le changement, l'indif-
(1) C'est l'ignorance de nos habitudes premières (jiii a lait regarder le type innaginaire auquel nous rapportons les perceptions particulières comme une idée générale innée, ou comme une l'orme inhérente à l'entendemenl. (K.)
lÏToiicr dans riiiiiforinitr ; de là ciiliii coltc multitude de jut;ein(Mits qui se coiifoiKleiit pour nous dans lu sensation même, et toujours (par la même eause) parce (jue les mouvements nombreux, tant internes (ju'extcrnes dont ils dépendent, sont devenus extrêmement rapides, faciles; et que rattenlion n'étant j)lus excitée par Veffort, ou le mouvement même qu'elle dirigeait dans le principe, demeure inactive, et abandonne tout à l'entraînement de l'imagination et de l'babitude.
L'habitude intlue sur notre faculté perce})tive, comme sur les forces motrices simples. Cette faculté prend donc sa première origine dans le mouvement. Si, comme l'a dit lionnet, la perception ne différait de la sensation que par le degré, elle devrait tendre toujours ' -:alement à s'obscurcir ou à s'exalter, et ne serait >usceptible d'aucun progrès.
m. Toutes les opérations quelconques, lorsqu'elles sont fréquemment répétées, cessent de procurer à l'organe moteur central cette activité qui, lui donnant la conscience de ses forces, faisait en quelque sorte sa vie ])ropre.
Les mouvements premiers, associés aux impressions, se répétant continuellement depuis l'origine, deviennent insensibles par suite du perfectionnement même des organes ; leurs fonctions naturelb's de signes sont absolument oubliées ou méconnues; il n'y a plus de rappel disponible; tout est sous le pouvoir de Yiniaq in al ion.
Les signes secondaires du langage viennent heureusement enrayer cette mobilité de l'habitude, révéler a l'individu l'espèce d'empire qu'il peut exercer sur plusieurs de ces modifications, lui créer une seconde mémoire.
M. DK B. II. — io
Parmi les mouvements volontaires qui peuvent également servir de signes de rappeL ceux de la voix, outre la disponibilité et la commodité parfaite de leur exercice, ont l'avantage unique et infiniment précieux de rendre l'individu doublement présent ù lui même, par Xeffort qu'ils déterminent et l'impression qu'ils produisent ; ils justifient la préférence qui leur est accordée dans les communications mentales ou sociales.
L'individu note par des signes articulés tout ce qu'il sent, perçoit ou imagine en lui ou hors de lui. Mais la nature des impressions auxquelles il associe ses mouvements vocaux, la manière dont il forme ces premières associations, celle dont l'habitude vient à les modifier par la suite, mettent des bornes à l'utilité générale qu'il s'en promettait, ou en corrompent les premiers fruits.
Le son articulé est une perception, il ne pourra contracter de lien étroit et fixe qu'avec les impressions d'une nature homogène à la sienne propre.
Les sensations, les modifications obscures ou fugitives, les sentiments variables, les fantômes, les idées réellement arcliétypes, tous ces produits vains et illusoires d'un cerveau exalté, ne recevront aucune lumière, aucune fixité réelle (mais trop souvent une consistance trompeuse) des notes vocales destinées à les exprimer ou à les rappeler.
En second lieu, quoique les perceptions dénommées soient circonscrites et persistantes en elles-mêmes, il arrive souvent que l'attention ou la force motrice ne les développe pas dans un acte conmiun, ne se partage pas assez également entre les signes et les choses ; alors l'association est irrégnlière ou nulle, le signe demeure seul ou à vide dans la mémoire, ou bien
l"icl»''e est isolée djuis rimni:iii;iti(iii ri (•cli.ipjx' ciisiiifr au laj^pcl aciir.
Kiiliii rcxti-riiH.' t'aciiité dans rarlitiilafidii mi 1(> lapjiol {inécaiiiqiM's) (1rs siuiies, jn'ovciiant de la irpétilif)!) la plus fré(|U(Mit«', pourra liuir par alféi-ci' leurs l'oiictions les plus utiles (do la mémo manièr«' ((u'ellc avait annulé déjà les l'ouctions clos signes premiers) et livrer encore une fois riuiaj^ination sans frein à ses propres saillies. De quel({uo cause que provienne l'isolation du siune, toutes les fois que son rappel est vide de représentation, la mémoire est mécanique.
Si, pai' la nature des modifications associées, le signal n'a (|u"un pouvoir excitatif dans un degré ({uelcon<]ue, sans aucune valeur déterminée ou déterminable, la mémoire est sensitive.
Dans les cas uniques où l'association régulièrement formée avec des perceptions distinctes, donne aux signes le pouvoir infaillible d'évoquer les idées ou imagres, la mémoire est représentativr.
l/hahitnde intlue sur la mémoire mécanique, comme sur la faculté de mouvoir sinq)loment ; sur la mémoire sensitive, comme sur celle de sentir ; sur la mémoire représentative, comme sur celle de percevoir.
Dans le premier cas : suite de mouvements pronq)ts. fa<iles, inaperçus, et à la lin i)res(j[ue automatiques ; dans le second, suite de moditications, de sentiments ou de fantômes évoqués par les sons articub'S ; tantôt allaiblissement, tantôt exaltation dans l'etret sensitif, vicissitudes ])orpétuolles dans la chose signifiée, permanence du signe, jugement illusoire qui transporte à l'une toute la fixité de l'autre.
Dans le troisième cas : suite de signes et d'idées, tissés ensemble dans la même chaîne: rappel |)lus
prompt, plus assuré, plus facile (et peut-être trop facile) des uns, mais toujours fidélité, clarté de représentation des autres ; seule mémoire utile, base unique de l'intelligence humaine.
Dans la mémoire mécanique, le mouvement absorbe toutes les forces de l'organe pensant ; la sensitive fait prédominer la sensibilité sur les forces ; la dernière forme et entretient ce juste équilibre d'où dépend la raison au moral, comme la santé au physique,
La répétition fréquente des mêmes signes articulés modilie, d'une manière bien remarquable, les jugements que nous portons sur les faits, comme sur les rapports de nos idées entre elles, ou des termes entre eux, ou des unes avec les autres.
Une habitude première ne nous permet guère de concevoir un objet, une idée quelconque, sans rappeler le signe qui l'exprime (quoique l'effet soit bien loin d'être récij)ro(|ue) : à force de les percevoir, de les contempler ainsi l'un l'autre, nous finissons bientôt par ne pouvoir plus absolument les isoler. Ils nous semblent participer à la même essence. C'est surtout dans l'emploi des termes archétypes que ce jugement est entranié par une force invincible ; le signe parait tenir alors dans la mémoire la place de la résistance au dehors. Ce sont deux liens qui unissent également des impressions associées par sinmltanéité, deux habitudes presque aussi anciennes, presque aussi profondes. De là le pouvoir magique des termes de substance, d'essence, etc. ; la réalisation des noms abstraits ou généraux ; lés longues erreurs des scolastiques et des métaphysiciens (jusqu'à Locke) ; de là l'extrême difficulté qu'il devait y avoir à séparer dans la suite les signes et les idées. Honneur au philosophe qui com-
ph'ta lo pnMuioi- cette séparation et parvint à tlissomlrc cet at;rég-at, cimenté par les habitudes des siècles ! Il fut vraiment le créateur do la loui'pic et de l'idéoloyic
Toutes les formes haliifucllcs de notre langai,'-!' nous enti'aînent à réalis«M' des ahstraiMions, et (jUoi<pn' en théorie nous sachions très hien à quoi nous en tenir, les meilleurs esprits peuvent être (h'cus dans la j)ratique par cette illusion d'habitude, cnninic ils h- sont en raj)portant les couleurs aux objets.
Malheur à la raison, quand le lant;atre a consacré des expressions insignifiantes, des jneenients faux ou bizarres ! leur répétition continuelle les transforme en habitudes de lOreilIe ou de la voix, et dès lors les termes acquièrent un titre de créance, qui, éloij;nant d'eux toute suspicion, les fait passer aveuglément, et sans le moindre examen : telle est la force des habitudes de la parole, qu'il n'est peut-être pas d'absurdité dont on ne finit par se convaincre, en répétant souvent et longt(Mnps les signes fjui l'expriment !...
Nos jugements sont mt^caniques, lorsfju'ils ne se fondent que sur la répétition des mêmes termes vides dr sens, l.e souvenir d'avoir toujours cru ou articulé les mêmes paroles, tient lieu de toute autre preuve, et ( ette confiance routinière, cette foi machinale s'accroît précisément comme le nombre des répétitions augmente ; son opiniâtreté est proportionnée à son aveuglement : l'une et l'autre j)ronvciit tonte la puissance de l'habitude.
Les titres les mieux fondés comme les plus chimériipies, les plus réels comme les plus faux, les jugements réfléchis enfin, comme les jugements mécanicjues, acquièrent un nouveau poids par le seul fait de leui' répétition. Mais tout ce <pii passe exclusivement sous
Tenipire de l'habitude, doit perdre de son autorité aux yeux de la raison.
L'habitude substitue encore de simples souvenirs à la perception immédiate de l'évidence, qui fonda d'abord le jugement réfléchi; elle transporte aux uns la confiance légitime dont jouissaient les autres, nous cache leurs motifs réels, et s'oppose avec mie force croissante à de nouvelles vérifications, remplace le doute de la sagesse par une aveugle présomption, le besoin de connaître par l'apathique indifférence pour les vérités connues ; c'est ainsi qu'elle dissimule souvent nos premières erreurs -et les perpétue, couvre de nuages la source des vérités, et en circonscrit l'influence.
Dès que nous ne jugeons plus que sur des réininiscences^ les plus longs raisonnements doivent acquérir une rapidité égale à celle de la simple succession des termes dont ils se composent. Or, les habitudes de la mémoire tendent à accroître indéfiniment cette rapidité. Alors la réflexion s'éloigne, l'attention n'est plus, tout est livré de nouveau à un pur mécanisme.
Les opérations les plus compliquées s'exécutent, il est vrai, avec assurance et facilité, mais la pensée sommeille et perd ses forces dans l'inaction. L'analyse philosophique peut naître au sein de cet entraùiement général, comme les plus puissantes ressources de l'industrie dans les grandes nécessités ; mais elle cherche des éléments et ne trouve que des masses fortement agrégées ; elle cherche un fond où pouvoir s'attacher, et lie trouve que des formes légères qui lui échappent ; elle veut diriger, montrer la bonne route, et tout fuit devant elle dans la pente la plus rapide ; alors, cliangeant de titre comme de fonctions, cette analyse ne sera plus celle qui sépare, mais celle qui recompose.
RAPPOin