‹ uvres de Maine de Biran (volume 4)Chapitre 8 sur 35 · I.\TIi<JI)i;tTION I)K L'fcDITKUU XXX lit · texte numérisé non relu

I.\TIi<JI)i;tTION I)K L'fcDITKUU XXX lit

ili' Miii Mi'iiiiiirt'. il avait l'ci'il celte pens('e(jiii ala iiu^me signilioiilioii ; u Les faciilt('-s ne sont que les fondions elles-nuhnes ou leurs résultats généraux. Ce mot faculté de liiomme n'est assurément que l'énoncé |)lus ou moinsgénéi'al des o|>éiations produites par h; jeu de ses organes ».

Il explique piiysiologi(|uement les diiïérences (|u'il dé-couvre, [>.ir loUservation intérieure, entre les opérations de la pensée.

H Si avant (|ii(> j'aie dévelop|)i'' ma i)ens(''t' et complété' ridi'-e (lUc j'allaclic au \nolpe/'C('/)/itj/i. on nraiiélail ici [lour nroliicc- Ici' que jieicfnnr est une o/u'-ra/io/i, un jugement résullant il'une conqtaraison entre deux termes dont l'un est Ir moi fl l'autre l'impression (/ue/roti(/ue ou Vohjet lui-même; (|u'il n'y auiait rien de distinct en nous si nous ne rapportions rien hors de nous.

« Je répondrai : \" (|ue toutes les opérations, toutes les l'acultcs de l'individu ne peuvent être que des résultats plus ou moins généraux du jeu de ses divers organes, que s'il a la faculté de distinguer, de reproduire très nettement certaines impressions tandis que d'autres demeurent toujours plus ou moins confuses dans le sens, éi'liappent à tous les souvenirs, il faut une cause organi'jue de celte dilfcrence, que cette cause doit résider principalement dans la structure des sens externes, celle des centres auxquels ils aboutissent et où leurs impressions s'adressent immédiatement ou sont renvoyées.

<( 2^ (Jue la perception ou la distinction de nos manières d'être ne suppose pas peut-être essentiellement un terme ou un objet perçu au dehors, quoique dans le fait et en vertu d'une habitude première nous ne /;e/'6-eyio/«s point autrement; que si par le mode d'action de Tobjet, la nature de l'organe et toutes les circonstances intérieures l'impression doit être confuse, aucun moyen étranger ne saurait l'éclaircir» (l). De même que la dif- I' lence entre les caractères des divers ordres de sensations est expliquée par la diiïérence dans la nature des excitations et des impressions faites sur les nerfs, de même rimaginalion

M. itK n. If- — '■

dépendant de l'aclivité propre du centre du cerveau ne suppose d'autres conditions préalables que celles qui déterminent la distinction des impressions et leur persistance dans l'organe où elles aboutissent (I). Huant à la faculté de rappeler ou mémoire, elle est elle-même soumise ou subordonnée à celle de mouvoir ou de parler (2). Le rappel d'une idée est lié à une réaction motrice analogue à celle qui a produit la perception ; mais comme le sentiment d'elîort qui accompagnait celle-ci a disparu ou s'est atténué, on n'a pas conscience de l'action qu'il suppose.

Cette distinction de la mémoire et de l'imagination, et en particulier le fondement physiologique que M. de IJiran lui attribue, parut suspecte;! ses juges et les critiques, qu'ils lui adressèrent à ce sujet, lui fournirent l'occasion de s'expliquer dans une note du Mémoire imprimé. « Au déploiement de Xa force motrice dans le rappel volontaire, dans l'exercice de la mémoire, j'ai opposé la force sensilive du centre cérébral, dans la reproduction spontanée des images ou l'exercice passif de l'imagination. Cette distinction a paru trop hypolhélique, du moins dans la forme; je ne chercherai pas non plus îi la justifier entièrement sous ce rapport. Lorsque j'ai emprunté des termes de physiologie pour expliquer des faits idéologiques, je n'ai point entendu établir un parallèle absolu entre deux ordres de phénomènes qui diffèrent dans plusieurs points, mais seulement indi(|uer des analogies qui m'ont paru propres à jeter quelque jour sur les principes de la science, et qui ont été en général, trop peu observées par les métaphysiciens. Je prie donc que l'on ne presse pas trop le parallèle » (3).

Cette note, postérieure de quelques mois au Mémoire couronné par l'Institut, montre le progrès qui s'était accompli dans son esprit, pendant ce court intervalle. Il n'est pas douteux (|ue les explications physiologiques ne soient très rédui-

(1) Wiy.VA).

(2) Idvm.

INI'Iii>I>L-CTI()N Di; L liDITHUa XXXV

les dans le Second Mémoire, qu'il substitue volontairement les termes de la langue psycliologique, moi, activité, volonté, à ceux de la physiologie (cerveau, centre cérébral, centre du cerveau). Cette dilVérence déjà sensible, (juand on compare b,' manuscrit du Srrond Mémoire au Premier, ne fait (lue s'accentuer dans le Mémoire imprimé.

H est naturel de se demander si le désir du succès, qu'é'prouvent tous ceux qui prennent part à un concours, n'avait pas entraîné Maine de Biran, à son insu, dans son Premier Mémoire, à emprunter à ses juges leur langage, et le cadre dans lequel ils exposaient leurs idées. Nous trouvons, il est vrai, dans le Premier Journal, un grand nombre de passages, où il incline visiblement vers une doctrine semblable à celle i|u'ils professent. Néanmoins en plus d'un endroit, il fait des réserves en faveur de la liberté ; il s'élève avec force dans un fragment sur les Signes, contre le langage matérialiste d».' (labanis. 11 semble que sur ce point, \e Mémoire sur C/iabilude marque une éclipse partielle de sa pensée personnelle, nous disons partielle, car les faits qu'il constate, la distinction qu'il établit entre l'activité et la passivité, ou, en d'autres termes, entre la conscience et la sensation contiennent virtuellement toute sa pbilosophie future; mais il n'en a pas encore dégagé jtar la réilexion et distingué, avec précision, le caractère spiritualiste. Les diiïérences que l'on constate, dans le vocabulaire, quand on passe du Premier au Second Mémoire, et d'une façon plus significative encore, l'esprit nouveau qui inspire quelques-unes des notes du Mémoire imprimé, nous montrent pourtant que, dès la fin de l'année 1802, il avait abandonné le point de vue de Cabanis.

Telles sont les principales ditlerences qui existent entre les deux Mémoires sur l habitude.

Quant au brouillon du Premier Mémoire, il no difïère du Mémoire de l'an IX ni dans le fond, ni dans la forme, dune manière notable. Le brouillon est plus étendu puisqu'il contient 222 pages alors que le manuscrit n'en a (|ue l")0 ; cette disproportion se manifeste surtout dans la première partie, qui

ŒUVRES DK MAINK DE BIRAK

compte quarante pages de plus. Toute rintrocluclion sur rhistoire de l'idéologie et les sources auxquelles a puisé Maine de rJiian, a disparu dans le manuscrit du Premier et du Second Mhaoire ; nous la publions à part (1).

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