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par l'âme. Cette vérité résulte très bien de tout ce que j'ai dit dans mon mémoire et nous sommes d'accord jusque dans l'expression. Mais il est une autre classe de sentiments que l'on peut appeler actifs parce qu'ils supposent une coopération active de nos facultés et une réaction de l'âme dans les impressions reçues ; l'habitude, bien loin d'affaibUr les sentiments actifs les rend chaque jour plus nécessaires et fait que l'âme y trouve sans cesse de nouvelles jouissances. Je me félicite de plus en plus de me trouver d'accord avec vous jusque pour ainsi dire dans les expressions. Cet accord me confirme davantage dans mes principes, et ceux qui connaissant mon mémoire liront votre extrait ne pourront s'empêcher de croire, ou que les deux auteurs ne font qu'un, ou qu'il y a entre eux des communications intimes... Mais nonj ce n'est pas de l'auteur du mémoire dont il s'agit; ce n'est pas ce soKtaire dont le nom et l'ouvrage vous sont inconnus, aux idées duquel vous avez fait l'honneur d'aUier les vôtres, ce n'est pas lui que vous avez voulu opposer à Bichat, c'est un nom plus connu avec lequel je vous rends grâce de m'avoir mis en relation, sinon pour le public, du moins pour moi-même. Que ce soit avec vous ou avec lui que je me trouve d'accord, je ne m'en sens pas moins honoré.
En lisant ce passage de l'extrait, je m'applaudissais de me trouver jusque dans l'expression dans un. accord avec vous tel qu'il me semblait que nos idées eussent été jetées dans le même moule, f avais même les présomptions de croire qu'ayant pris connaissance des miennes dans le mémoire vous n'aviez pas dédaigné d'y associer les vôtres. Cette inteUigence, quoique secrète, pouvait me suffire et me dédommager de l'honneur de la citation qu'un nom aussi obscur que le mien n'avait peut-être
pas le droit de réclamer. Mais la lecture du 2^^ extrait dissipe ces soupçons ; ce n'est point avec (moi, [rayé] et au-dessus) M. B. directement que vous vous êtes entendu, mais avec Buisson ; mais qu'importent les noms si les idées sont les mêmes : l'accord dont je me félicitais n'en subsiste pas moins, il me paraît même encore plus parfait. J'ai à me réjouir d'avoir à m'autoriser de deux autorités respectables au lieu d'une que je croyais avoir.
J'ai bien des grâces à vous rendre de m 'avoir fait connaître l'ouvrage de M. Buisson ; je ne perdrai pas un instant pour m'en procurer la lectuie. Je suis impatient de justifier de mes propres yeux comment il est possible que deux esprits puissent être à plusieurs égards dans un si parfait unisson sans s'en être jamais communiqué.
Le titre de Vie active que M. Buisson a substitué à celui d'animale est beaucoup plus exact et porte dans l'esprit des idées bien plus justes. Les organes qui dans l'homme sont les instruments exclusifs de cette vie se distinguent en ce qu'ils conservent avec l'intelligence des rapports immédiats, qu'ils n'agissent que par elle et sous elle ; c'est uniquement par ces organes que la volonté agit, c'est-à-dire produit des mouvements dirigés vers une fin déterminée. L'action proprement dite suppose toujours une intelligence. J'exprimais la même idée en disant que l'action se réfère toujours à une volonté et j'ai montré avec Bichat qu'il n'y avait point de volonté proprement dite dans la vie passive ou dans la réaction qui suivait nécessairement l'impression. L'ensemble des phénomènes qui lui sont soumis présente donc partout des actions et c'est ce qui justifie le titre de vie active adopté par M. Buisson comme celui de facultés actives que j'ai été fondé à adopter dans mon mémoire sur des motifs et sur des caractères absolument identiques.
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J'adopte entièrement les raisons que vous opposez contre le fondement absolu que M. Buisson donne d'après M. Bonald à sa division physiologique : « L'homme est une intelligence servie par des organes. » Je crois avoir démontré la réciprocité d'action et de réaction que vous soutenez si justement. Tous les organes consentent, conspirent ensemble : « conspirât in unum, consentit... omnium» (?). Pourquoi donc l'origine propre de la volonté serait-elle affranchie de la commune loi? Toutes les fonctions forment un cercle, « abenut in circulum » ; pourquoi celles dont résulte plus directement la pensée seraient-eUes en dehors du cercle ? Ici les faits parlent plus haut que toutes les spéculations abstraites.
Division des fonctions de la vie active ou celles des sens qui servent à la perception et des organes locomoteurs et vocaux exécuteiu-s immédiats de la volonté. Caractère purement affectif des jonctions sensitives, caractère mixte des fonctions perceptives, qui, passives dans leurs phénomènes immédiats sont en même temps soumises à l'influence continuelle de la volonté, leur exercice dépendant ainsi d'ime cause essentiellement active. Distinction entre les organes qui liés immédiatement à l'intelligence sont du domaine de la vie active et ceux qui, relatifs à l'entretien de la vie nutritive, sont uniquement affectibles ou doués de la faculté simple de recevoir les impressions qui les excitent. Toucher actif, ouïe, vue d'ime part ; tact général, goût, odorat, impressions intérieures de l'autre, subdivisions nécessaires de la classe unique des sensations animales de Bichat, subordination des organes locomoteurs à la xne, des vocaux à l'ouïe. L'œil, organe volontaire, considéré sous le rapport de motihté, vision passive distinguée de l'active, ou du regard qui est une
action proprement dite, action pleine et entière dans laquelle la volonté remplit son but, indépendance des fonctions qui composent la vie active dans la manière dont elles se succèdent et s'enchaînent, etc., fonction •et véritable origine des signes visuels et vocaux déduits de cette activité motrice. Tous ces points de la théorie de M. Buisson correspondent mot pour mot à la division sur laquelle j'ai fondé mes considérations sur l'habitude. La lecture du mémoire ne peut laisser aucun doute sur cette correspondance ou plutôt cette unité de vue qui. existe entre M. Buisson et moi. Ces sortes de rencontres, qui arrivent quelquefois dans les sciences, lorsqu'elles ont heu entre des hommes qui sûrement ne peuvent s'être communiqués, sont ordinairement une preuve justificative de la justesse du point de vue qu'ils ont également fixé et tournent au profit de la vérité. C'est là un des premiers motifs qui m'ont engagé à faire valoir les titres que j'ai à la découverte d'une vérité, qui influant particuhèrement sur la classification de faits psychologiques, me paraît devoir surtout faire une révolution dans les principes et le langage des physiologistes français qui propagent la doctrine de Condillac modifiée. Second motif : mon nom est à peu près ignoré. L'unique ouvrage que j'ai pubHé, quoique appuj'^é de grands suffrages n'a encore sans doute que peu de lecteurs et vous-même m'en fournissez la preuve. Le sujet et le titre, la forme et le fond, ne sont pas propres dans ce moment à faire, fortune dans un certain monde. M, Buisson, au contraire, est un savant recommandable et recommandé dans l'opinion. J'ignore si la date de son livre est antérieure ou postérieure à celle du mien, mais dans tous les cas, si, comme j'en ai le dessein, je reproduis un jour ces idées avec de nouveaux développements et
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des applications plus étendues à la morale et à l'idéologie, ces idées d'un premier jet, pourra-t-on s'empêcher de croire que j'en ai puisé le fond dans les ouvrages de Bichat et les développements ou correctifs dans ceux de Buisson ; croira-t-on à la rencontre fortuite d'un débutant avec des maîtres célèbres? H m'importe donc de justifier mes droits dans ce moment même oii ils ne peuvent être méconnus. Mon premier mémoire sml'habitude a été déposé dans les archives de l'Institut national le 15 nivôse an VIII, longtemps avant la pubhcation de l'ouvrage De la vie et de la mort. Le deuxième travail sur le même sujet et contenant les mêmes idées fondamentales, mêmes divisions que le premier a été émis à l'Institut en ventôse de l'an X et imprimé en vendémiaire suivant. Quelqu'une de ces dates est sûrement antérieure à l'ouvrage de M. Buisson. Je ne puis donc être le xDlagiaire d'aucun de ces deux estimables auteurs, et c'est là le seul point que je veux constater.
Le troisième motif de cette longue lettre vous est personnel. Monsieur, les deux extraits que j'ai lus de vous me donnent une haute opinion de vos talents et de vos principes. Vous êtes du nombre dont J'ambitionnerais les suffrages, ou dont il me paraîtrait dur d'être absolument ignoré ; j'aurai rempli mon but.