‹ uvres de Maine de BiranChapitre 17 sur 63 · CHAPITRE n · texte numérisé non relu

CHAPITRE n

UXIOX DU MOI AVEC LES INTUniONS PAR ATTRIBUTIOX A UN ESPACE

Ce que nous venons de dire s'applique spécialement aux impressions des organes intérieurs, qui sont purement affectives, et à celles du tact passif, de l'odorat et du goût, où l'affection prédomine, lorsqu'elle ne constitue pas à elle seule toute la sensation. Mais nous avons vu que ces sensations particulières renferment de plus une partie perceptive que nous avons distinguée sous le titre d'intuition, en la considérant dans son état de simplicité native, avant même son union avec le moi, confondue d'abord avec l'affection qui l'absorbe ou l'offusque.

Cet élément intuitif ressort de l'impression générale, à mesure que celle-ci perd son caractère affectif ou excitatif par l'influence de l'habitude (1), et l'on voit bien ici combien est réelle la distinction que nous avons établie entre l'affection et l'intuition, puisque toute sensation bornée à la première peut s'évanouir entièrement par l'effet de l'habitude, sans qu'il en reste aucune trace sensible, comme il arrive lorsqu'une odeur, une saveur, un certain degré de chaleur ou de froid, ou une modifica-

( 1 ) Voyez mon Traité sur Vinfluence de Vhabiiude.

tion interne persistent continuellement et au même degré, tandis que toute sensation qui renferme une partie intuitive prédominante, s'éclaircit et se distingue de plus en plus à mesure que l'affection diminue.

En supposant donc maintenant la sensation réduite à cet élément intuitif, accompagnée du sentiment du moi suivant le premier mode d'union, et sans aucune participation expresse de son activité, nous trouvons que cette union, quoique fondée sur la même loi que celle d'où dépend le caractère des sensations affectives, s'en distingue par des effets et des caractères bien particuliers.

Le moi ne sympathise point avec les intuitions comme avec les affections; il ne s'identifie jamais avec les premières comme avec les secondes, par cela seul que l'intuition est indifférente et plus ou moins dénuée des modes du plaisir et de la douleur. Elle n'est point sujette comme l'affection à s'exalter spontanément au point d'absorber tout sentiment du moi; et, dès qu'elle s'unit avec lui, elle conserve avec plus d'uniformité et de constance le nouveau caractère de relation qui lui est ajouté, puisqu'il y a un mode primitif de coordination dans l'espace, qui est propre aux intuitions simples dont le moi ne peut que se distinguer, ou même se séparer dès l'origine même de la personnalité ou de la connaissance, sans qu'il lui soit possible de se les approprier, loin de s'identifier avec elles. Au surplus, le moi, n'étant encore ici qu'un témoin passif de ce qui se passe ou se représente au sens externe, ne change rien au caractère ou à la forme propre de l'intuition ; il la reçoit pour ainsi dire toute formée, et, en vertu des lois de l'organisme, étrangères à la puissance du vouloir. C'est ainsi que les fantômes qui apparaissent dans l'obscurité de la nuit et toutes ces images confuses, bizarres et disparates, qui se combinent en mille manières

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