‹ uvres de Maine de BiranChapitre 18 sur 63 · UNION DU MOI AVEC LES INTUITIONS · texte numérisé non relu

UNION DU MOI AVEC LES INTUITIONS

lorsque nous lais.>uii> mer notre imagination, prennent quelquefois la consistance des objets réels aux regards du moi, sans qu'il soit en son pouvoir de détruire le prestige, alors même que Têtre cotnpos sut reconnaît que ce n'est qu'un prestige (1).

Tels sont les caractères généraux de toutes les intuitions associées au sentiment du moi, suivant le premier mode de l'union. Ces caractères, pris de la vision, conviennent également en effet à l'exercice passif du toucher, -oumis à la simple pression des corps qui viennent s'applir quer au nôtre, comme à l'audition passive, et aussi à la partie non affective, quoique très peu notable, des odeurs et des saveurs. Faute d'avoir nettement distingué les deux éléments qui entrent dans nos diverses sensations extérieures, Condillac me semble être tombé dans quelques écarts de théorie qu'il importe ici de relever.

Dans le système de cet auteur, toutes les impressions reçues par les différents organes de la statue avant l'exercice du toucher, qui leur donne im objet ou un support étranger au moi, sont assimilées et considérées comme des affections simples, avec lesquelles le moi de la statue est identifié. Mais comment pouvoir mettre sur la même ligne une intuition telle que celle de la couleur, se projetant si naturellement dans un espace, et une impression

. 1 1 Ch. Bonnet, dans son Essai analytique sur les facultés de Came (ohap. XXITl). rapporte un exemple très remarquable de ces visions qui, se créant spontanément dans le sens même de l'intuition, peuvent affecter rindi\-idu comme des objets réels. Quoique l'individu, en réfléchissant ou comparant, reconnaisse que ce sont de pures illusions, il ne dépend de lui en aucune manière de ne pas les voir comme des réalités.

" Le crerveau de Ch. Lullin t), dit Bonnet, « est un théâtre dont les aachines exécutent des scènes qui surprennent d'autant plus le spectateur qu'il ne les a point prévues. » J'ajoute : et que sa volonté (son moi) était impuissante pour les distraire et n'y prenait aucune part active.

affective telle que l'odeur, qui se borne à modifier la sensibilité intérieure ? En n'ayant égard, comme nous le faisons ici, qu'au mode de vision le plus complètement passif, il est impossible d'admettre que le moi, dès qu'on le suppose existant pour lui-même, puisse s'identifier avec des couleurs comme avec des impressions purement intérieures. En effet, que l'intuition soit simple comme l'est celle d'une seule couleur, ou composée comme celle du spectre coloré, toujours y-a-t-il des parties contiguës, juxtaposées ou coordonnées dans un espace que le moi est nécessité à mettre hors de lui, par la loi même qui constitue primitivement son existence et son individualité personnelle. L'organe visuel (et ceci s'applique aussi à tous les autres sens de l'intuition) se localise d'abord d'une manière immédiate, comme terme propre de l'effort général qui fait la veille, et indépendamment de tout acte exprès du vouloir ou de l'attention appliquée à des objets d'intuition externe. Etiam quâ non patet usus ocuhrum usque in spissis tenebris.

C'est donc sur l'organe même, ou au-devant de lui, que les couleiu-s pourraient d'abord et naturellement être perçues ou senties, avant même qu'il y eût aucun pas fait dans la connaissance du monde étranger, avant aucune association de la vue avec le toucher. C'est ainsi que le fameux aveugle de Cheselden, aussitôt après l'opération qui lui rendit l'usage de la vue, percevait les couleurs comme si elles eussent été appliquées sur ses yeux. C'est ainsi encore qu'on voit un espace coloré dans l'œil même, lorsqu'il est pressé obliquement. Ainsi, quand l'organe est fatigué, ce sont des couleurs accidentelles qui se succèdent ou se combinent spontanément, suivant un certain ordre régulier que les lois de la physique peuvent même expliquer jusqu'à un certain point; ce sont des

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suffusions scintillantes que le moi voii notter autour de lui dans le vague de l'espace, sans pouvoir en aucun cas -^e les attribuer comme des modes propres de la sensibilité (1).

Dans une intuition composée de différentes couleurs, la statue ne se sentirait donc pas elle-même variée (comme le dit Condillac d'une manière plus ingénieuse que solide); mais ce serait l'espace ou l'étendue même organique qui lui apparaîtrait comme varié. Le moi varié implique ime véritable contradiction dans les termes; c'est comme si on disait l'unité multiple.

Ce que nous venons de dire des intuitions visuelles et de leur premier mode d'union avec l'effort ou le wmh, qui ne concourt point à les produire, s'applique aux impressions non affectives et passives des autres sens, et cela sufSt pour établir les principaux caractères des ]>hénomènes compris dans le système actuel. Il s'agit maintenant de développer les divers phénomènes qui rentrent dans ce système.

(1) Voyez à ce sujet un Mémoire très curieux de M. de Buffon sur les couleurs accidentelles.

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