‹ uvres de Maine de BiranChapitre 20 sur 63 · RÉMINISCENCE MODALE · texte numérisé non relu

RÉMINISCENCE MODALE

uire qu'il y ait une réminiscence de la sensation en général ? Est-ce que nous reconnaissons les affections simples

uime une douleur interne, comme un degré de chaud ou de froid, une simple odeur, sareur, etc., qui viennent à se reproduire, de même que nous recoimaissons nos intuitions et les objet-s qu'elles représentent ? L'acte de réminiscence est-il le même dans les deux cas ? Est-ce la même chose de reconnaître en soi une modification, ou de reconnaître hors de soi un objet d'intuition ? Je dois m'arrêter quelques instants sur un sujet délicat où me paraissent avoir échoué les métaphysiciens qui ont le plus analysé les sensations et les idées (1).

Posons d'abord en fait que toute affection générale non localisée, comme sont les impressions de la sensibilité intérieure, qui ont précédé l'exercice du sens de l'effort, ou qui se trouvent hors de son domaine, échappe aussi par elle-même, à toute espèce de réminiscence et de souvenir; notre expérience la plus constante nous apprend qu'il n'y a pour nous aucun moyen de faire revivre les modes du plaisir ou de la douleur, pas plus que d'en mesurer les divers degrés d'intensité, d'établir

(1) Je prie qu'on lise dans VEssai analytique de Ch. Bonnet tout ce que dit ce philosophe sur la réminiscence. On verra combien il fait de vains eflForts pour expliquer mécaniquement l'acte simple et intellectuel de la réminiscence, combien il cumule d'hypothèses yagues et sans fondement, combien il imagine de jeux de fibres variés. Quand même on pourrait expUquer physiologiqnement la manière dont les impressions laissent dans les organes ou dans le cerveau des traces qui se hent, se réveillent les unes par les autres, etc., on n'en serait pas plus avancé poxir expliquer comment le moi peut se reconnaître et " indre aux images ou aux impressions renouvelées l'idée du passé.

est là un fait de sens intime ou de réflexion bien plus inexplicable iJAT les lois de la ph\-3iologie que les faits phjrsiologiques ne le sont par les lois de la mécanique ordinaire. H y a hétérogénéité absolu© entre les deux ordres de faits ou d'idées que l'on veut comparer. Hartley, Bonnet et CondiUac n'ont pas assez senti cette hétérogénéité.

quelques comparaisons entre la manière dont nous sommes sensiblement modifiés dans le présent et celle dont nous l'avons été dans le passé, etc. Comment pourrais-je savoir, par exemple, sans le secours de mon thermomètre, que la chaleur et le froid sont les mêmes en différents temps ou à des époques correspondantes ? Comment reconnaître qu'une douleur de goutte, un mal de tête périodique renaissent égaux, plus forts ou plus faibles ? Assurément la sensation ne se mesure ni ne se reconnaît elle-même, et cette absence de souvenir caractérise également tout ce qu'il y a de purement affectif dans notre nature.

Il est vrai que lorsqu'une sensation vient à se reproduire dans une certaine partie du corps où elle a déjà été localisée, je reconnais immédiatement que j'ai déjà été affecté dans cette partie, d'une manière que je ne puis dire la même, ni plus ou moins douloureuse ou agréable, mais que je reconnais être à peu près du même genre. Cette espèce de réminiscence, que j'appelle modale, ne se fonde point sur l'affection passive, ou ne lui est pas plus inhérente que ne l'est le premier jugement personnel énoncé par la formule Je sens. Ce jugement primitif et le souvenir qui en est la trace se fondent uniquement sur l'attribution première de l'impression agréable ou douloureuse à un siège ou lieu déterminé du corps, que le moi reconnaît toujours immédiatement comme sien, par cela même qu'il reconnaît sa propre identité. Ecartez cette base de la réminiscence, et vous n'aurez plus aucun moyen de reconnaître si la sensation reproduite est la même ou semblable. C'est une nouveauté absolue dans l'existence, et l'impression répétée, fût-elle plus affaiblie encore, ne porte point en elle-même l'empreinte du temps passé.

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