‹ uvres de Maine de BiranChapitre 31 sur 63 · SIMPLES PERCEPTIONS AUDITIVES · texte numérisé non relu

SIMPLES PERCEPTIONS AUDITIVES

Les premières impressions que fait sur l'organe extérieur de l'ouïe le fluide qui constitue le matériel même du son, ne sont d'abord qu'excitatives de la sensibilité, et ce premier ordre de phénomènes affectifs, que nous avons léjà considéré, exclut toute perceptibilité distincte, tout exercice de l'attention, toute participation du moi. Des impressions auditives, dépouillées de cette première propriété excitative, s'approprient bientôt au mode de coordination dans un temps, et c'est sous cette forme

intuitive que l'attention s'y applique en leur donnant un premier caractère d'activité. Mais ce n'est point en agissant directement sur les fibres nerveuses de la lame spirale que la volonté peut influer sur les perceptions de l'ouïe et contribuer à leur distinction plus parfaite; son action se porte tout entière sur J'appareil musculaire qui fait une partie si remarquable de cet organe, et sans lequel l'audition serait toujours confuse et très-incomplète.

Le jeu des muscles de l'oreille n'est pas entièrement volontaire, sans doute, mais il n'est pas non plus absolument involontaire. H ne dépend point de nous d'entendre les sons qui viennent subitement frapper notre ouïe, mais il est en notre pouvoir de les écouter, c'est-àdire de donner à ces sons une attention plus ou moins active et soutenue, dont l'effet est de rendre ces impressions distinctes, d'empêcher qu'elles ne rentrent les unes dans lés autres, enfin de les coordonner régulièrement dans une suite mélodieuse ou dans un ensemble harmonique. L'attention volontaire consiste, en effet, à tendre ou à relâcher alternativement l'oreille pour prolonger telles vibrations, et absorber ou étouffer telles autres.

On peut observer que le degré de l'effort qui constitue l'exercice de l'attention est plus obscur ou plus enveloppé encore dans la perception auditive qu'il ne l'est dans d'autres espèces de perceptions. Ce n'est pas, comme on l'a dit, parce que le jeu des muscles de l'ouïe, étant tout intérieur, ne peut se représenter au dehors, s'objectiver à la vue ou au toucher ; car ainsi, aucun phénomène du sens intime, aucun mode d'exercice de l'effort ne pourrait être immédiatement aperçu, puisqu'il est de l'essence des faits de cet ordre de ne se représenter et de ne se traduire

RAPPORT DES PERCEPTIONS AVEC l'aTTEXTIOX 361

en aucune sorte d'images. ^ïais c'est que, dans la fonction auditive telle que nous la considérons ici, le passif domine toujours l'actif; l'impression sensible, le mouvement qui se confond avec elle ; enfin la part de la cause étrangère, celle de la volonté. Nous verrons par la suite tout ce que l'influence d'im organe répétiteur, exclusivement soumis à cette puissance, ajoute à ce premier degré d'activité des perceptions auditives. Celui que nous venons de signaler suffit pour faire reconnaître le caractère de la faculté qui s'attache à cett« espèce de percep^ tions et celui des phénomènes ultérieurs que nous devons y rapporter.

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